Dodge Viper GTS-R, quand le français Oreca faisait briller Chrysler

Publié le par Arthur Legrand

Dodge Viper GTS-R, quand le français Oreca faisait briller Chrysler

Remettons l’église au centre du village : certes la Dodge Viper est un pur produit américain, V10, capot à rallonge et poids démesuré, il n’y a aucun doute sur sa nationalité. Mais si en sport auto et dans la Sarthe la voiture est une légende, c’est grâce à cinq lettres bien françaises : Oreca. On vous raconte l’aventure de la Viper GTS-R !

Une base compliquée

En 1996, dans la catégorie GT, la bataille fait rage : Porsche GT2 Evo, Ferrari F40 et autres McLaren F1 GTR, la concurrence est rude et les voitures sont bien développées.

Quand Chrysler souhaite s’engager en compétition, ils veulent faire de leur Dodge Viper (qu’on a essayée ici) une véritable arme de compétition : l’ambition est claire, gagner. Certes, son argument le plus convaincant est son V10 de plus de 400 chevaux, mais il est aussi un des plus gros problèmes. Poids, consommation, fiabilité : tout cela n’est pas du tout au rendez-vous. C’est avec ce constat que les Américains viennent chercher de l’aide sur le vieux continent pour leur projet, en contactant Oreca.

Hugues de Chaunac, alors patron de l’écurie française, accepte le projet de suite. Fondée en 1973, l’écurie débute en F3, avec un certain Jacques Laffite au volant. Si l’écurie est toujours impliquée en monoplace dans les années 80, elle a entamé un tournant vers l’exploitation de véhicules en endurance avec Alpine à la fin des années 70 qui culmine au Mans avec la victoire de Mazda en 1991. On sait donc faire avec du matériel venant de l’extérieur.

La voiture est livrée dans les ateliers et c’est la douche froide. La voiture est radicale, peut-être même un peu trop : les ingénieurs et mécaniciens voient le travail et la préparation que tout cela va demander, mais un homme croit dur comme fer au projet, Hugues de Chaunac. Il sait que la réussite de ce projet est vital pour Oreca et que s’ils parviennent à faire quelque chose de la Viper, cette expérience propulsera l’entreprise au plus haut niveau.

En 1996, le chantier est donc lancé : il faut métamorphoser un dragster américain en véritable bête de course. En plus des contraintes techniques, il faut ajouter qu’en course les Porsche font la loi et que parmi les différents concurrents, la Dodge est la seule avec un moteur à l’avant. Le développement est confié au pilote Olivier Beretta, qui sera chargé d’essayer la voiture pour la rendre la plus efficace possible. Au début, rien de simple : comme attendu, la voiture est lourde et pataude, mais au bout de nombreuses séances d’essai, la voiture est prête, Oreca a réussi l’impossible : transformer la Viper GTS en véritable scalpel.

Il n’y a presque plus rien d’origine sur la Viper, hormis sa ligne et la base du moteur V10, qui est conservée. Sous la carrosserie se trouve un châssis provenant de chez Reynard Motorsport ; la partie arrière de la voiture est revue avec un nouveau diffuseur et surtout un imposant aileron. À l’avant, le pare-chocs est lui aussi nouveau, avec une imposante lame permettant de gagner encore plus en aérodynamisme et de plaquer la voiture au sol.

Côté moteur, le V10 délivre désormais environ 600 chevaux en fonction des courses, il est surtout fiable et la voiture est métamorphosée. Comme le confirmera son pilote Xavier Micheron, malgré son apparence lourde et son très long capot, elle surprend par son agilité et sa facilité de pilotage. Le pari est réussi, l’américaine est désormais prête à courir dans les plus grandes catégories, Oreca n’a plus qu’à prouver en piste qu’ils ont réussi un coup de maitre.

La suprématie Viper GTS-R

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour prouver que la Viper GTS-R est bien née. Son premier engagement dans la Sarthe s’est fait en plein milieu du programme de préparation, avec quatre voitures engagées dès 1996. Au bout des 24 Heures, trois des quatre voitures terminent, dont une à la dixième place du général, devant certaines Porsche et McLaren. La voiture est prometteuse, elle est peaufinée, et en 1997 les résultats tombent.

Cette année-là, la Viper est engagée avec Oreca pour la première fois en championnat FIA GT en catégorie GT2. En face, les Corvette Callaway, Marcos LM600 et les redoutables Porsche 911 GT2 attendent la nouvelle venue de pied ferme. Le résultat est sans appel : dès sa première participation, la Dodge remporte 6 des 11 courses et décroche le titre en remportant la catégorie avec plus de 20 points d’avance sur la première Porsche.

La même année, on retrouve quatre Viper GTS-R sur la ligne de départ de la classique mancelle, trois pour Oreca et une pour Chamberlain Engineering. La n°63 terminera à la 5e place de la classe GT2 et 14e au général, des résultats toujours aussi encourageants pour la voiture. On retrouve notamment une des voitures dans sa livrée de 1997 chez RM Sotheby’s.

L’année 1998 vient asseoir la domination de la Viper et prouver qu’elle est définitivement une machine à gagner. En plus de remporter à nouveau le championnat GT2, la marque américaine, toujours soutenue par Oreca, s’impose cette fois-ci au Mans avec une victoire de classe. Et mieux encore, c’est un doublé qui est signé au terme des 24 Heures, avec les Viper n°52 et n°53 sur les plus hautes marches du podium.

La saison 1999 enfonce le clou avec à nouveau le championnat FIA GT2 en poche et surtout une écrasante victoire dans la Sarthe. En effet, en catégorie GTS, les Viper s’imposent aux cinq premières places devant les Porsche qui, rappelons-le, étaient la référence. À partir de ce moment-là, la Viper est devenue la cible à abattre.

L’an 2000 arrive et la Dodge Viper GTS-R est devenue une voiture de référence : son palmarès parle pour elle et elle court désormais au plus haut niveau du GT, qui s’est regroupé en une seule et même catégorie, le GTS. Et l’année débute bien puisque la Viper emmenée par Oreca remporte les 24 Heures de Daytona. Pas la victoire de classe, non : la Viper GTS-R s’impose au général devant les prototypes et les puissantes Chevrolet Corvette. C’est l’apothéose pour l’entente Chrysler-Oreca. La Viper, encore inconnue il y a quatre ans, vient de remporter la première course de l’année.

Quelques mois plus tard, la voiture s’impose à nouveau dans la Sarthe et signe même un doublé en GT. Le programme officiel se termine sur de superbes résultats en 2000 ; à partir de 2001, ce sont des équipes privées qui s’occupent de faire rouler ces voitures, et non sans résultats. En FIA GT, ce sont huit équipes privées qui roulent sur des Viper et à la fin de la saison, c’est le team Labre Compétition qui s’impose, offrant à nouveau à la Viper GTS-R un titre de championne du monde.

Toutefois, la victoire au Mans ne sera pas permise, puisque ce sont les Corvette C5-R qui s’imposent. Les dernières saisons de la Viper se déroulent surtout sur les années 2002 et 2003, où, aux mains d’écuries privées, elle va encore briller face à une concurrence italienne, allemande et américaine plus moderne et plus puissante.

En 2002, la voiture se hisse à la 3e place du podium lors des 24 Heures du Mans derrière deux Corvette d’usine, et la 4e place est signée Larbre Compétition, de quoi offrir un doublé à Dodge. La même année, en FFSA GT, c’est le team Force One Racing qui arrive vice-champion avec une Viper GTS-R. En 2003, c’est une quatrième place que Larbre Compétition décrochera au Mans, prouvant que la Viper, même vieillissante, reste dans la course.

Son dernier coup d’éclat est signé en 2003 : en FFSA GT, la voiture s’adjuge de nombreux podiums mais brille surtout à l’international avec une 3e place lors des 500 km de Donington en FIA GT, grâce, une nouvelle fois, à l’écurie Force One Racing.

Après 2003, la Viper GTS-R voit sa fin de carrière approcher. La voiture est progressivement retirée des différents championnats, manquant de puissance face aux voitures d’usine. En France, en FFSA GT, elle continue de briller en remportant le championnat en 2004 et 2005, continuant d’imposer sa loi, mais la fin du championnat va définitivement clore le chapitre de la Viper en compétition.

En conclusion, l’alliance Dodge-Oreca aura montré ce dont elle était capable. Le préparateur français a créé l’une des voitures de course les plus efficaces, alliant performances et fiabilité. La Viper GTS-R est aujourd’hui une référence pour tout amateur de sport mécanique. De nos jours, la voiture continue de courir dans les séries historiques dédiées aux GT des années 90-2000 et sera bien évidemment présente au Mans Classic Legend, retrouvant la piste mancelle et ses concurrentes germaniques et italiennes.

Arthur Legrand

https://www.carsandpaddocks.fr/

Arthur est un photographe passionné d'automobile. Il a rejoint l'équipe News d'Anciennes en tout début d'année 2025 et a contribué à de très nombreux articles dès sa première année.

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