Toutes les voitures qu’on nous propose dans les grands salons ou qui passent par le bureau d’étude des constructeurs n’arrivent pas sur la route, c’est le but même de cette catégorie Concepts et Études. Aujourd’hui, on s’intéresse à la Citroën C10, une voiture si futuriste qu’on se demande comment… on a pu vouloir la fabriquer !
Citroën et sa gamme, l’éternelle histoire
De la fin de la guerre à 1969 et l’apparition de la GS, la gamme Citroën est une vraie problématique. D’un côté, on a la petite 2cv, la populaire bon marché, bonne à tout faire. De l’autre, on a d’abord la Traction qui, bien que conçue avant-guerre, conserve des technologies qui l’empêchent d’être totalement dépassée. Dans les années 50, on se prépare à frapper un grand coup et sortir la DS. Le fossé risque encore de se creuser entre les deux opposés de la gamme et il faut donc étudier une voiture qui s’intercalera entre les deux.
Les prototypes C et la Citroën C10
Tout commence en 1953. L’étude de la DS est bien avancée et on peut ainsi déléguer une partie du bureau d’étude sur un autre projet. C’est évidemment André Lefebvre qui reçoit la direction du projet. L’homme des révolutions technologiques de la marque aux chevrons a des idées très avancées pour cet ensemble de projets.
La mode est alors à l’aéronautique. Sauf que l’approche des prototypes C est différente. Quand une américaine, ou même les européennes qui « s’inspirent librement », reçoit des ailes arrière en forme d’aileron ou carrément de fusée, l’ingénieur de Citroën s’intéresse lui aux études portées sur l’aérodynamique à une heure où les moteurs à réaction forcent les avions à s’affiner pour aller titiller le mur du son (franchi par Yaeger sur le X-1 en 1947).
Les études portent sur le vent mais ne sont pas faites dans le vent. Le prototype C1 est construit en 1955 et ensuite amélioré avec les C2, C3, etc.



Les travaux se poursuivent, toujours sur une même base ce qui crée une vraie famille de prototypes. L’aboutissement ne tarde pas puisqu’il se place en 1956 quand la Citroën C10 est révélée au grand public. Forcément, celui-ci est marqué par ce qu’il découvre, un an après la DS. La voiture gagne vite un surnom, la Citroën Coccinelle. Néanmoins, la Citroën C10 n’a pas de véritable nom commercial… alors qu’on est tout proche de la produire !
Un cahier des charges pour la Citroën C10
Quand on voit un prototype aussi futuriste que la Citroën C10, on pense forcément à un délire, soit de designer (mais Flaminio Bertoni n’a rien à voir là dedans) soit d’ingénieur. Sauf que les formes ou la configuration de la C10 n’ont rien à voir avec un délire puisqu’on a réalisé un véritable cahier des charges.

C’est ce cahier des charges qui impose quatre places assises. Derrière la bulle, les vitre latérales s’ouvrent en élytre et des portières basses permettent d’accéder aux rangées de sièges. Une fois l’encombrement mesuré, on entoure donc le tout de la carrosserie. Celle-ci est particulièrement étudiée et permet d’obtenir un Cx de 0,258. La voie arrière plus étroite y contribue, la solution est déjà sur la route avec les DS et la forme globale de goutte d’eau l’est également.
Pour la technique, on est parti sur la base de la 2cv. Ainsi, la Citroën C10 embarque le vaillant 425cm³ de la 2cv. Le pire, c’est qu’avec sa puissance modeste, il permet à l’auto d’atteindre les 110km/h ! Pour y arrive, l’aéro est une bonne solution mais ça ne va pas tout seul. La voiture est donc très légère, affichant 382kg sur la balance. Pour y parvenir, pas de miracle, on pioche encore dans l’aéronautique avec une carrosserie en aluminium et des vitrages en perspex.



Too much ?
Citroën est allé très loin avec la Citroën C10. Les ingénieurs aussi puisqu’on a une voiture fonctionnelle et prête à être mise en production. Mais finalement, on freine des 4 tambours et le projet est abandonné. Outre le côté très futuriste qui pourrait certainement rebuter de nombreux acheteurs, on se rend bien compte que l’industrialisation serait trop coûteuse.
La Citroën C10 va donc aller prendre la poussière pendant des années. Les projets C ne sont pas complètement enterré puisqu’en 1960 c’est la C60 qui prend la suite. Celle-ci, beaucoup plus grosse et moins futuriste dans son dessin (signé Bertoni cette fois) propose notamment une lunette arrière inversée. Oui, vous l’avez compris, c’est celle qui deviendra plus tard la Citroën Ami.


Si la majeure partie des prototypes C a disparu, ce n’est pas le cas de la C10 (ni de C8, au moins jusqu’aux années 80). On avait pu la découvrir à Rétromobile 2014 et 2019, elle était visible au conservatoire Citroën avant sa fermeture et elle trônait, comme le montrent les photos, aux côtés de la C60 au salon Motor Passion Avignon en Mars dernier.
Photos complémentaires : Citroënet

Gougnard
sympa ce reportage merci Benjamin
· · 29 septembre 2025 à 18 h 38 min