On a suivi un cabriolet dans Rain Man. Cette fois, on va faire un tour avec un cabriolet bien français mais bien plus petit… et bien de chez nous. C’est la Simca Océane qui prend une belle place dans le film Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran EN BREF :
Réalisation : François Dupeyron
Durée : 95mn
Année : 2003
Genre : comédie dramatique
Production : ARP sélection
Acteurs : Omar Sharif, Isabelle Renauld, Pierre Boulanger, Gilbert Melki



SYNOPSIS :
Dans un quartier populaire parisien, la rue « bleue » s’anime en permanence. La journée, les commerçants tirent les étals sur le trottoir et la nuit, sous des lumières tamisées, des couples éphémères se forment. Moise, adolescent, découvre la sensualité, les premiers désirs, mais les élans de sa jeunesse se heurtent à une solitude affective. C’est auprès de monsieur Ibrahim, vieil épicier du coin, sage et philosophe, qu’il va combler son besoin de repères.
LA VOITURE VEDETTE :
La particularité de l’Aronde Océane cabriolet de Simca, correspond à l’audace des propriétaires d’une marque, déterminés à développer leurs produits. La Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile est, en 1934, une filiale de Fiat en France. Le plan Marshall, aide américaine pour la reconstruction d’après-guerre, relance les projets Fiat/ Simca et l’atout d’une étroite collaboration ouvre des perspectives de rentabilité des chaines d’assemblage. Ainsi l’Aronde, qui s’appelle en réalité Simca 9, débutera sa carrière dotée de motorisations Fiat, dans le prolongement de la Simca 8.


Proposer des autos populaires à des tarifs préférentiels va servir de cahier des charges pour la firme Simca. La clientèle, attirée par l’argument du prix et des prestations, assure un succès commercial. Les investissements se multiplient, société UNIC pour les poids lourds et SOMECA pour le matériel agricole. Forte de bénéfices, Simca peut s’aventurer à suivre la mode et ses sirènes du marketing.
La présentation du cabriolet Océane a lieu au salon de Paris de 1956. Mais pour prétendre à une ligne moderne, séduisante et dans le vent, il faut bien observer ce qui existe chez les concurrents. Le parebrise à montants inversés, dit grand angle, des ailerons arrières pour loger les feux de signalisation, font fureur aux USA. Simca se tourne vers Facel en lui confiant le dessin (et l’assemblage) de son futur cabriolet.

Sur base d’une Aronde, la banque de pièces est disponible. Sous le capot on utilise le 1300 cm³ flash spécial, avec ses 57cv, est le même que celui de la berline. Le rush super à cinq paliers lui succédera pour un gain de puissance. Stricte deux places, sa longueur ne dépasse pas 4,23 m, ce qui contribuera à l’agilité de l’auto. Mais lorsque les priorités sont axées sur l’esthétique, des lignes séduisantes peuvent masquer des manques basiques en matière d’ergonomie. Par temps de pluie, les replis latéraux du parebrise gênent la visibilité. L’ouverture restreinte des portes limite l’accessibilité aux places avants.
Le cabriolet Océane dispose d’un essieu arrière rigide, d’une boite de vitesses à quatre rapports. Ses roues à rayons Robergel sont étudiées pour améliorer le refroidissement des freins. Une calandre grillagée en aluminium poli, creuse la face avant, ainsi la rondeur des phares insérés à l’extrémité des ailes, harmonise subtilement l’ensemble.
Henri Pigozzi, le fondateur, inspiré par le développement publicitaire, mise sur un lancement de ses produits en fanfare ! « Monsieur Simca », visionnaire, n’oublie pas la clientèle féminine. Son slogan, « je vends mes voitures aux plus jolies femmes de Paris » est éloquent. Il fait appel à Brigitte Bardot et Jean Seberg comme ambassadrices du cabriolet.
Cette volonté d’attribuer une automobile aux femmes élégantes de la capitale, doit se traduire par un modèle à la hauteur. Henri Pigozzi s’attache donc à équiper le cabriolet de touches luxueuses. Les contre portes et la sellerie sont en cuir. Derrière les deux sièges avants, une plateforme légèrement rehaussée peut accueillir des bagages supplémentaires. Un monogramme chromé est fixé sur la boite à gants. L’auto radio se loge discrètement dans le tableau de bord, sans besoin de console supplémentaire.
A l’extérieur, les clignotants, insérés à la carrosserie, sont soulignés d’un ovale chromé. Le volant avec ses trois branches en chrome, spécifique au modèle, fait oublier les accessoires de série de l’Aronde. Comme pour affirmer le standing de la Simca Océane, la course à la puissance n’est pas recherchée : elle n’a pas une vocation sportive, sa prise en main est facilitée par un sélecteur de vitesse au volant. Les petits détails intentionnels sont la clé de contact à gauche de la colonne de direction et le mouvement opposé des essuies glaces, il ne faut rien négliger.
La Simca Océane dans le film
Dupeyron, le réalisateur, fait entrer en scène le véhicule à un moment clé de son récit. Le jeune Moise rencontre une écoute attentive et bienveillante auprès de Mr Ibrahim. Protecteurs, les liens qui se tissent entre l’épicier et l’adolescent dépassent progressivement les conseils avisés d’un homme sage. Utilisant un procédé subtil, les rôles s’inversent.
Le vieil homme se retrouve en situation d’apprentissage lorsqu’il construit le projet d’acheter une voiture. Mais avant de conduire, il faut… un permis ! Les leçons, au volant d’une auto-école, débutent comme une épreuve. C’est Moise qui va le soutenir autour du défi de mémoriser la signalisation du code de la route. Avec humour, Mr Ibrahim souligne connaitre les bases essentielles à un conducteur : il a tout de même tracté, durant sa jeunesse, des remorques avec… un âne !
Secondant la poursuite d’évènements initiatiques, la Simca n’est pas qu’une simple figurante. Son rôle est de conduire Mr Ibrahim en Turquie, terre natale, avec Moise comme passager. Le long voyage de Paris à Istanbul est peu représenté. L’itinéraire est étudié pour traverser la Suisse, la Grèce, jusqu’aux portes du détroit du Bosphore. Quelques scènes figurent les villes propres de Suisse, des vues magnifiques depuis le sommet de l’acropole d’Athènes. Le cabriolet ne faiblit pas, en ne dénombrant aucune avarie. Les journées ensoleillées gratifient les voyageurs d’une météo propre à laisser la capote en toile repliée en permanence.

Le voyage continue de représenter une ode à l’éveil de tous les sens, débutée le long des trottoirs de la rue bleue. Le cabriolet participe à cette fenêtre ouverte sur le monde : il faut écouter, sentir, regarder ! Des ciels changeants se substituent aux commentaires, la Simca elle aussi redouble de discrétion puisque la destination devient prioritaire.
Au volant avec Omar Sharif
Pour confirmer à Moise que l’émancipation des individus demande des efforts, Mr Ibrahim devient à son tour élève au moment de s’installer derrière un volant. Synchroniser ses mouvements, coordonner la lecture des panneaux de circulation, tenir compte du flux des autres usagers, cela requiert de la volonté et de la persévérance. Non sans difficultés, le vieil homme suit le programme d’apprentissage en confiant à Moise que l’enseignement théorique, codifié, à tendance à lui rétrécir l’esprit, lui qui peut passer des heures dans son arrière-boutique à méditer. Crispé derrière les manettes de la voiture école, le moniteur use d’une formule révélatrice pour l’épicier :
« Une voiture, c’est comme une femme, pas de brusqueries ! »
« Mais pourquoi vous ne me l’avez pas dit plus tôt ? Bon, celle-ci est tout de même chatouilleuse des pieds ! »
Avec l’humour de monsieur Ibrahim, Moise peut entendre que personnaliser les objets, donner vie à ce qui parait inerte, c’est une façon de s’en approcher et de canaliser ses craintes. Suivre le guide, tracer une route en conduisant la SIMCA, le vieil homme passe du rôle de confident à celui de véritable soutien tutélaire, tant sur le plan matériel, qu’affectif.


Le cabriolet, toit ouvert, dessine comme sur un tableau d’écolier les contours d’un vaste monde. En traversant la Suisse, le conducteur commente :
« Lorsqu’il y a des poubelles dans les rues, c’est un pays riche. S’il y a des poubelles et des déchets à côté, c’est une ville touristique. S’il n’y a que des déchets à même le sol, c’est un pays pauvre ! »
Mais en ouvrant les portes du sud, la Simca Océane, pimpante et rutilante à la ville, se couvre de la poussière des chemins, effaçant ses lignes à la mode pour se fondre dans les paysages arides de la Turquie.
On termine avec la bande annonce de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran qui est disponible en VOD par ici.



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