Après une 2CV roulant en pleine ville lors du dernier castin (le Tracassin, c’est ici), on enchaîne avec une voiture qui passe une bonne partie du film à l’arrêt ! La Citroën CX est une stars automobile du film camping, aux côté d’autres icônes automobiles mais pour elle, c’est plus qu’un clin d’œil !
Le film en bref :
Titre : Camping
tourné en 2006
Réalisateur : Fabien Onteniente
Genre : comédie
Durée : 1h35
Scénario : Fabien Onteniente, Franck Dubosc
Producteur : Patrick Godeau
Acteurs principaux : Franck Dubosc, Gérard Lanvin, Mathilde Seigner, Claude Brasseur
Synopsis :
Persuadé d’avoir organisé des vacances «premium» à l’intention de sa fille adolescente, Michel Saint Jo prend la route au volant de sa superbe voiture de collection, une somptueuse Aston Martin DB6, direction le sud de l’Espagne. Une panne mécanique sérieuse le contraint de séjourner à Arcachon, le temps nécessaire à la réparation d’un modèle « rare ». Très réticent pour répondre à l’invitation d’un hébergement en camping, proposé par des touristes venus spontanément à son aide, St Jo découvre un univers bien loin de son standing habituel…

La voiture vedette
Melun, Arcachon en une étape ! Aujourd’hui cela semble banal, mais en tractant une caravane pendant la période des congés d’été, c’est une véritable aventure… Il faut faire appel à une voiture digne de confiance, capable d’inscrire des kilomètres au compteur, sans faiblir. On flirte les 670 bornes, sans escale : pour tenir le rythme et ne pas ruiner le dos des passagers, Jacky Pic n’a pas renoncé à celle qui le propulse aux portes du camping les flots bleus depuis déjà quelques années ! Une Citroën Cx de 1983.
D’ailleurs ce qui est amusant, c’est de suivre les puristes ayant débattu sur le modèle choisi pour le film ! Une série GTI avec ses jantes spécifiques et des antibrouillards… une version plus récente puisque les montants de vitres arrières sont en plastics noirs… Alors ? Nous parlons d’une CX 2litres, 102ch, 5 vitesses avec sa finition non dénaturée par les relooking successifs. Les pare chocs sont encore chromés, le conducteur voit toujours défiler les cadrans ruban, spécifiques à la marque. Alors oui, l’aileron arrière a été rajouté et les jantes proviennent bien d’une CX GTI.

Reine de la route, héritière de la révolutionnaire DS, c’est une des dernières grandes familiales sous le label Citroën, puisque le constructeur partagera ensuite châssis et motorisation avec le groupe PSA. Pour l’anecdote, Jacky Pic à l’écran, c’est Claude Brasseur. Il existe parfois d’heureuses coïncidences, car l’acteur populaire peut bien vanter les qualités de l’auto du tournage ! Les CX légendaires de la marque aux chevrons ne lui sont pas étrangères, lui-même copilote sur le Paris Dakar avec un certain Jacky Ickx en 1983 !

Mais comment succéder à une icône ? Les lignes sont tendues, étirées avec une allure générale qui semble plus imposante, mais cependant plus courte de 17cm, comparée à la DS. Le moteur en position transversale offre à l’habitacle davantage d’aisance. Pour la touche de modernité, c’est au dessin des optiques de phares de rompre avec le classicisme : verticaux pour l’arrière en forme de trapèze, ils assoient le panneau de la malle.
A l’avant, les choix deviennent plus discutables tant le globe de la DS et ses deux optiques séparés marquaient l’aérodynamisme. Le bloc en amande n’a de caractère que par son inclinaison soulignée par le décroché du pare choc avant. Cependant, dans le bureau de style situé quai de Javel, Robert Opron, designer, impose des critères d’innovation. La CX doit rompre avec la silhouette « en goutte d’eau » de son ainée. Paradoxalement, la présence d’une calandre et le regroupement arrière de toute la signalisation relèvent plus de l’ancienne école…



En outre, la CX ne déroge pas à l’audace technologique de la maison Citroën. L’originalité du modèle disponible dès 1974 ne se voit pas ! Il faut découper la structure du châssis pour accéder à une innovation digne de la célèbre DS. Une suspension horizontale est rivetée à l’armature de la caisse. Reliant les deux essieux, elle vient maîtriser les mouvements de l’assemblage monocoque en plus de son amortissement pneumatique.
Le reste de son élan futuriste, le conducteur le perçoit dès qu’il s’approche de la planche de bord. La lunule ovale au-dessus du volant mono branche n’a pas d’égal mais sous des airs de soucoupe volante, le regroupement des commodos en deux bras satellites devient une école d’ergonomie.
Côté motorisation, là ça se gâte ! En 1974, les premiers modèles sont propulsés par le 2litres de cylindrée qui conserve un système de carburation et un arbre à came latéral. Les 102ch délivrés sont insuffisants : la masse de 1265 kg à mouvoir donne des performances inférieures à celles des autres berlines familiales.
Ajouter une boite de vitesse à quatre rapports, enfonce le clou d’un constat peu encourageant puisque la consommation d’essence se situe à 10,5l en moyenne… La surprise est d’autant plus grande lorsque l’on se réfère à la DS 2.3, disposant de l’injection et d’une puissance portée à 130ch ! Ce moteur est en fait un choix par défaut, la CX ayant été pensée pour embarquer un birotor, enterré par la CoMotor depuis.
Le premier prix du catalogue affiche une voiture sous dotée : absence de vitres électriques, de climatisation, d’appui-tête. La colonne de direction ne peut se régler et si l’acheteur se tourne vers les options, les tarifs grimpent rapidement en donnant à réfléchir au regard de la concurrence.
La Citroën CX commence à intéresser les amateurs d’anciennes. Ses multiples qualités routières et surtout son bagage technologique séduisent de nouveau. L’argument supplémentaire, s’il en fallait un, réside dans sa conception «made in Citroën». Les productions suivantes perdront ce savoir-faire et à trop vouloir assagir les modèles, une clientèle jadis fidèle manquera aussi à l’appel ; les chiffres de vente en attestent selon l’historique de la marque.
La place de l’auto dans le film
Après le progrès social de 1936, les salariés de tous secteurs ont accès aux loisirs. Vélos, scooters et mobylettes sont les premiers moyens de déplacement. Après-guerre, les familles modestes découvrent les emprunts bancaires, les traites mensuelles à rembourser pour l’acquisition d’une automobile. Les vacances ouvrent les portes des routes nationales et une année de travail autorise un séjour sur les côtes de la Manche, les plages étendues des marées océaniques. Les plus courageux tenteront en deux jours de rejoindre la grande bleue avec ses couleurs azurées exceptionnelles.
Des familles entières apprennent à jouer les touristes pendant quelques semaines. Elles se mêlent aux habitants des villas du bord de mer, aux curistes aisés soulagés de leurs maux par les vertus des eaux salées… Sans les voitures, point de trajet aux kilométrages de plus en plus longs qui seront la fierté des conducteurs clamant les distances parcourues et le temps effectué !
Rejoignons Jacky Pic sur la route des vacances avec ses rituels de campeur. Car disposer d’une caravane et ne pas vouloir quitter l’emplacement 17, c’est rester fidèle à la beauté du bassin d’Arcachon et à une poignée d’amis. Il ne faut pas oublier l’essentiel : ce mode d’hébergement déclasse tous les autres pour une simple raison : on part quand on veut !
Le film Camping de 2006 touche plusieurs générations. Les vacances au bord de la mer, comme le chante Michel Jonasz, «quand on a payé le prix d’une location, il ne reste pas grand-chose»… Alors le camping représente la solution pour rejoindre le littoral sans faire fondre les économies. Le long métrage est plébiscité par les spectateurs : le concentré d’anecdotes sur les joies de la cohabitation au plein air se paye le luxe de rappeler que les classes populaires, malgré des revenus modestes, gardent le cœur sur la main, toujours prêtes à aider leur prochain.


La CX de Jacky Pic rejoint ce paradoxe : si elle n’était pas destinée à fréquenter les villages de tentes, sa fiabilité, son confort, l’inscrivent dans une longue carrière. Cette forme de générosité la rend donc accessible financièrement au plus grand nombre, en occasion.

Que vaut une Aston Martin DB6 chez le garagiste face à une Citroën CX ou une Renault 21, prêtes à prendre la route malgré un fort kilométrage ? Les constructeurs français peuvent s’approprier la formule : « C’est du grand Mendès ! «
Dans Camping, l’auto est initiatrice de la trame narrative : c’est une panne de moteur qui contraint l’un des personnages à séjourner dans un village de vacances, loin de son confort habituel. Ce sont aussi les voitures qui contribuent à tisser des liens entre des caractères et des milieux sociaux opposés.
Confrontation de classes que rien ne destinait aux rencontres, le récit s’appuie sur des valeurs de solidarité, d’entraide et de bienveillance qui rendent possible une cohabitation initiale vouée à l’échec. Très souvent, dans les films populaires, la voiture s’impose comme une médiation : elle autorise le rapprochement de personnalités étrangères les unes aux autres et brisant la barrière des codes, elle fait tomber le masque des conventions.
Camping doit probablement son succès en salles pour ce langage universel tenu, ce qui lui vaudra un second opus, au grand plaisir des spectateurs, complété d’une troisième version en 2016 !

Au volant avec Claude Brasseur :
Tracter une caravane n’est pas une mince affaire. Il suffit d’observer les autres voitures : le poids de la remorque affaisse l’essieu arrière et relève le nez des autos de telle manière que l’aérodynamisme est totalement gommé. Résultats des courses : consommation d’essence en hausse, plus une paire d’amortisseurs à remplacer au retour des congés payés.
Et bien Jacky Pic peut l’assurer : avec la CX l’assiette de la caisse ne bouge pas. La suspension spécifique corrige la pression excessive exercée sur les sphères. La vitesse moyenne est respectée et d’année en année l’arrivée au camping des flots bleus est prévue vers 16h. Ce chrono laisse le temps de poser la caravane, installer le auvent et préparer le pastis. L’emplacement 17, pas question d’y toucher ! Quant à la CX, ce ne sont pas les deux tours de compteur kilométriques à cinq chiffres qui vont l’effrayer. Le garagiste l’a bien dit : « les Citroën, il faut bien les entretenir, elles peuvent faire le tour du monde ! »
Un reproche à faire ? Peut- être cette direction Diravi, avec une assistance trop marquée : le volant tourné jusqu’en butée revient bien trop vite à la position neutre. Les sensations du toucher de route manquent sur le train avant, mais une fois habitué on parvient à dompter les à-coups de la colonne de direction. Le modèle de Jacky, fort d’une boite de vitesse à 5 rapports, permet de tracter sans consommer trop de carburant.
Notons qu’en 1983 apparaissent les turbos : greffés sur les motorisations diesels (et les GTI), les performances frôlent la centaine de chevaux, ce qui peut faire hésiter au moment de l’achat. Chronomètre en main, Jacky reste adepte des montées en régime sans les décibels d’un camion, donc place aux vrais pilotes ! Une fois la caravane installée, rien n’empêche la CX de s’insérer dans le trafic en taquinant les voitures récentes. Sur ce point, la dénomination de la Citroën correspond aux périodes où le taux de pénétration dans l’air comptait comme argument de vente : 0,37. L’humour de Jacky Pic suffit pour défier SUV, ludospaces en rappelant que la mode cède parfois au bon sens et à la qualité des produits…


Le film Camping est visible sur Netflix. Si vous voulez vous repasser la bande annonce, c’est ici :

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