La Mercedes-Benz 300 SL, le Papillon qui Vaut des Millions

Dès qu’il faut parler de ventes aux enchères, on parle sur notre site des stars des ventes. Des autos qui pourraient se vendre au dessus du million d’euros. Les Mercedes-Benz 300 SL font alors partie des valeur sures, des autos qui dépasseront ou se vendront autour de cette barre symbolique. Mais avant de se demander d’où viennent ces prix, parlons de l’histoire DES 300 SL. Car derrière ce nom, il y a deux autos, de route, un coupé papillon et un roadster, mais aussi quelques versions de course.

Sommaire :

  1. L’histoire de la Mercedez Benz 300 SL
  2. Le Prix de la Mercedes Benz 300 SL actuellement

La toute première 300 SL : une bête de course

C’est en 1952 qu’apparaît la toute première voiture à l’étoile qui s’appelle 300 SL. C’est une voiture de sport, développée au cours de l’année 1951. Les Mercedes de série sont alors des autos qu’il est impossible d’engager tel quel en compétition.

Pour le moteur et la transmission de la nouvelle auto on fait appel au 6 cylindres en ligne de 3 litres de cylindrée de la Mercedes 300 Adenauer. Une grosse berline (ou limousine) dont le moteur est robuste, mais également performant. La boîte 4 est tout aussi performante. Légèrement revu, ce moteur devient le type M194 qui donnera son nom à cette première itération de l’auto : W194.

Ce n’est donc pas par sa mécanique que l’auto va se démarquer. Ni par ses trains roulants, classiques, réalisés en acier. Par contre le châssis et la carrosserie vont être au cœur de toutes les préoccupations. Le châssis dessiné par Rudolf Uhlenhaut est un assemblage de tubes, léger, il ne pèse que 50 kilos, et il est très rigide.
La carrosserie est particulièrement aérodynamique. Un coupé, sans aspérités, avec les phares intégrés aux ailes avant. Déjà c’est cette carrosserie qui va faire sensation. Pour la combiner avec le châssis et accéder à l’habitacle très bas, on doit être ingénieux. Impossible de mettre des portières classiques. La structure tubulaire monte trop haut. Naît alors l’idée des portes papillon, qui s’ouvrent vers le haut. Elle seront la base du nom des 300 SL : Papillon, Gullwing ou Flügeltüren.
Autre particularité, pour garder l’auto basse, le moteur est incliné de 50° sous le capot avant.

A l’intérieur, il faut trouver des idées pour installer le pilote. Ainsi le volant s’incline le temps que le pilote s’installe. Une fois en place il le remet en place et est placé devant un tableau de bord auquel il ne manque rien.

Les premiers essais ont lieu en Novembre 1951 mais la voiture est dévoilée officiellement en Mars 1952.

Débuts en course de la 300 SL

Les débuts se font aux Mille Miglia 1952. Trois autos sont engagées et deux autres sont en réserve. L’armada Mercedes impressionne. L’équipage Kilng-Klenk était en tête avant qu’un problème d’écrou ne leur fasse perdre la course. 2e au final, ils devancent Carraciola et Kurrle 4e.

A Berne, les 300 SL font un triplé, seul Carraciola connaît une sortie de piste. Suffisamment grave pour le décider à stopper sa carrière.

Les 24h du Mans 1952, la W194 impressionne encore

Aux 24h du Mans 1952, trois autos sont engagées. Mercedes innove encore sur la 300 SL. Afin d’améliorer le freinage les autos se sont dotées d’un énorme aileron qui peut être incliné et servir d’aérofrein. Ce système ingénieux ne sera pas revu en course, mais reviendra par la suite sur d’autres Mercedes de compétition.

En course, Kling et Klenk ne verront pas l’arrivée. Par contre Lang – Riess et Helfrich – Niedermayr vont bénéficier de l’abandon de Levegh dans la 23e heure pour signer un retentissant doublé dans cet ordre ! Un point de départ pour une autre histoire, funeste celle-là qui aboutira aux 24h du Mans 1955.

Fin de saison en beauté et développement accéléré

La saison continue avec un Triplé au Nürburgring où on voit notamment apparaître des versions découvrables de l’auto.

Mais surtout la 300 SL va signer une victoire marquante outre atlantique. Trois 300 SL sont engagées au Mexique sur la mythique Carrera Panamericana. Une nouvelle fois, une des autos abandonne, celle de Fitch et Geiger. Kling et Klenk vont eux s’offrir la victoire et Lang – Grupp assurent le doublé !

En 1953, l’équipe Mercedes travaillera sur sa voiture sans l’engager dans de grandes compétitions. On la teste en soufflerie et on essaye de trouver des solutions pour baisser la chaleur dans l’habitacle. Le problème des portes papillon est en effet de ne permettre de baisser les vitres… De plus le moteur est développé avec des carburateurs horizontaux et de nouveaux conduits d’admissions. Le but est de pousser le moteur à 200 ch, et ça marche. Mais en fait l’usine n’a pas la tête à la compétition.

Les Mercedes-Benz 300 SL de route

Le succès de la 300 SL sur la piste doit se traduire sur la route. C’est notamment l’idée de Max Hoffman, importateur multi-marque qui officie aux USA. Il convainc l’usine de développer la 300 SL pour la route. Il commande même 1000 coupés papillon et règle un acompte qui finit de décider la marque à l’étoile. Notons qu’il n’aura pas tout le temps le même flair, la même méthode se répétant à Munich avec la BMW 507 et un succès bien différent. On en parle dans cet article : Modèles à la une : la BMW 507, finesse absolue.

La Mercedes-Benz 300 SL W198 est dévoilée en 1954

C’est au salon de New York qu’est dévoilée la nouvelle auto. La carrosserie a évoluée. Les lignes de la 300 SL de course sont globalement gardées mais le style est affirmé. La recette générale est gardée : portes papillon, moteur incliné, volant basculant. Elle est très étroitement dérivée de la machine de course. Cependant au niveau mécanique on note une révolution.

La 300 SL est en effet la toute première auto à adopter l’injection, mécanique évidemment. Le moteur de 3 litres permet alors de sortir 240 chevaux, plus du double des autres 6 cylindres 3 litres de la gamme.

L’auto est performante. Grâce à sa ligne, à un poids “contenu”, comme on a pu, à 1550 kg, l’auto file à 235 km/h avec le plus petit rapport de pont et 260 km/h avec le plus gros. Elle accroche les 100 km/h en huit secondes seulement.

Étonnamment l’auto va connaître une belle carrière en rallyes. Elle décroche en 1955 le rallye des Tulipes, mais aussi le Liège-Rome-Liège. Werner Engel s’offre même le championnat d’Europe des rallyes à son volant.

Il faut dire que sur la piste, la 300 SLR a pris le relais de la 300 SL. Pourtant, ces deux autos ne sont pas de la même famille. Les victoires obtenues à la Targa Florio ou aux Mille Miglia, mais aussi la tragédie des 24h 1955, sont dues à la SLR qui est en fait la version carénée de la F1, la mythique W196 qui embarque un 8 cylindres.

Belle carrière pour le papillon

La 300 SL papillon reste au catalogue jusqu’en 1957. 80% des 1400 autos produites sont vendues aux USA, Max Hoffman a réussi son pari. Vendue 7000 $, ou 5 Millions de Francs chez nous, elle est 4 fois plus chère qu’une grosse Chevrolet. Mais c’est sans doute la première supercar et elle séduit.

1957 : le papillon se découvre

Depuis 1955 Mercedes propose une “baby” 300 SL. La 190 SL est un roadster qui reprend quelques éléments stylistiques de sa glorieuse aînée mais troque le 6 en ligne contre un 4 cylindres. Le succès commercial est bien là. Max Hoffman fait alors une nouvelle demande à Stuttgart : découvrir la 300 SL et en faire un roadster.

Celle nouvelle auto est dévoilée en Mars 1957 à  Genève, quelques semaines avant l’arrêt de la production du coupé, et donc son remplacement par cette nouvelle auto. Côté mécanique, la puissance baisse légèrement à 212 chevaux. L’aérodynamique est moins bon, le poids plus haut, la voiture est légèrement en retrait au niveau des performances, mais ce n’est pas ce qu’on lui demande. Elle peut aussi recevoir un Hard-Top, mais sa ligne est alors loin de l’élégance du papillon.

Stylistiquement la nouvelle 300 SL se distingue par une calandre différente, mais surtout par l’adoption de phares verticaux et rectangulaires qui seront une marque de fabrique des Mercedes pour de nombreux modèles suivants.

La 300 SL Roadster va recevoir des améliorations au cours de sa carrière. En 1961, elle adopte quatre freins à disques. En 1962, le bloc moteur est aussi revu. Il est désormais coulé en aluminium et retravaillé, il offre 222 chevaux.

La 300 SL Roadster va rester en production jusqu’en 1963. Il en sera produit 1858 autos, en fait c’est plus que les coupés !

Un cas à part : la 300 SLR Ulhenhaut

Rareté parmi les raretés, la 300 SLR Ulhenhaut ne verra jamais la compétition. Son nom est donc celui de l’ingénieur qui a donné naissance à cette superbe famille d’autos.

Il s’agit ici d’une 300 SL, sa forme ne laisse pas de doute. Pourtant l’aéro est retravaillé et la finesse obtenue est criante. La voiture reçoit cependant le moteur de la W196… et donc le la 300 SLR roadster qu’on a vu au Mans. Elle devait apparaître en compétition en 1956, mais le retrait de Mercedes de la compétition à la suite du drame des 24h sonnera la fin du programme.

Les 300 SL de nos jours : stars des salles de vente

De nos jours l’aura qui entoure le modèle est parfaitement intacte. La Mercedes 300 SL, que ce soit sa version roadster ou le coupé papillon sont donc des autos chères, elle approchent en effet le million… quelle que soit la devise ! S’il est évidemment possible de trouver des 300 SL dans les réseaux de revendeurs spécialisés, vous pouvez être sûrs que ces autos seront souvent inscrites à des ventes aux enchères.

Dans les ventse donc, on les retrouve très souvent, quelle que soit la version. La cote moyenne atteinte par les 300 SL Roadster comme coupé est très légèrement au dessus du million d’euros. Si les ventes américaines tournent plutôt entre 900.000 € et la barre du million, les modèles vendus en Europe ont plutôt tendance à se vendre au dessus. Le volume des autos en vente est globalement le même que la répartition originale : il y en a bien plus aux Etats-Unis.

Quelques questions à Matthieu Lamoure :

Pour avoir un éclairage sur les 300 SL en salle des ventes on a posé quelques questions à Matthieu Lamoure. La maison Artcurial a en effet signé le record de vente d’une 300 SL aux enchères lors de sa vente de Le Mans Classic. Un roadster, première main et presque neuf, il avait 1372 km au compteur. Résultat donc, un record à 3.143.400 € !
En novembre, avec Automobiles sur les Champs 14, la maison parisienne a de nouveau vendu une 300 SL, pour 953.600 € cette fois.

Vous avez vendu récemment la 300 SL, W198, la plus chère de l’histoire. Pour vous, qu’est ce qui explique les 300 SL, qui ont quand même été produites à plus de 3000 exemplaires, puissent atteindre presque systématiquement le million d’euros sous le marteau ?

Il faut revenir tout d’abord à l’histoire de la 300 SL. La 300 SL, si particulière avec l’adoption des « portes papillon », due à la hauteur du châssis tubulaire, était facilement identifiable, même par le grand public. Elle est devenue une légende et une quasi-exception dans l’histoire de l’automobile. Vous pouvez en parler à n’importe qui, femmes, enfants, néophytes de l’automobile, tout le monde connaît celle qui a les portes qui s’ouvrent comme des ailes de papillon ! Également, Mercedes-Benz est une marque au succès international de grande qualité qui s’est toujours illustrée en remportant les plus grandes courses que ce soit avant-guerre ou encore aujourd’hui en Formule 1. Il est indéniable qu’elle est synonyme de performances, de grande fiabilité, de qualité de finitions et de sécurité. La 300 SL bénéficie ainsi aujourd’hui encore de la force de la marque et de son aura.

D’autre part, il est important de comparer les résultats de ventes. Un modèle peut paraître comparable à un autre mais il n’en est jamais rien. Celle que nous avons vendu, en roadster, était le modèle le plus rare, le plus abouti de cette série. Il s’agissait d’une 1963, dotée de freins à disque et d’un bloc moteur en aluminium, mais surtout, elle n’avait que 2800 km d’origine et était une première main. Introuvable donc ! Pour parler des prix, il est intéressant de voir qu’un ‘Coupé’ cote moins qu’un roadster, ce qui n’était pas forcément le cas il y a quelques années. Bien que mythique en coupé, celle-ci pâtit d’une mauvaise aération de l’habitacle et en plein été, il est difficile de supporter les températures élevées et stagnantes dans la voiture. Ceci est certainement une des raisons. En gros, les prix pour un Papillon peuvent aller de €800 000 à €5 000 000 pour un modèle en aluminium produit à 26 exemplaires.

Et du coup, pensez-vous que la “cote” de l’auto est faite, ou peut-elle voir sa valeur grimper encore ?

Il est difficile de prédire l’augmentation de la cote d’une automobile des années 50. Si on prend une 500SL W107 des années 80, oui, sa cote, pour sûr, va progresser dans les années à venir car elle est le modèle de toute une génération qui arrive aujourd’hui sur le marché. Les 300 SL, en 15 ans, ont déjà énormément augmenté en prix. N’oublions pas qu’un beau Papillon se vendait autour de 150.000 € en 2002 ! Je crois malgré tout que les modèles mythiques de l’automobile, à l’instar également d’une plus modeste Jaguar Type E, intemporelle et certainement une des voitures de série les plus réussies, ne cesseront d’être recherchées et placées au fur et à mesure des années comme de véritables œuvres d’art. Ensuite, il est évident que comme tout véhicule, un modèle avec une histoire singulière, un palmarès particulier, une belle provenance, des carnets et livrets d’origine, avec roues à moyeux Rudge, se distinguera toujours à des prix plus élevés que les autres.

Conclusion

La Mercedes-Benz 300 SL a marqué son époque… et la notre désormais. D’une auto construite pour la performance c’est devenu un objet d’art, convoité, dont le prix a évolué. Même avec un éclatement d’une bulle spéculative, n’espérez plus retrouver une 300 SL à 150.000 € !

Benjamin on Email
Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

2 commentaires sur “La Mercedes-Benz 300 SL, le Papillon qui Vaut des Millions”

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