Circuit des Remparts

Le Circuit des Remparts, Tourniquet de Rêve pour Magnifiques Bolides

La course. Plus qu’un mot, une passion partagée entre pilotes et spectateurs. La piste. 1279 mètres, inchangée depuis le 2 juillet 1939 et la première édition du  Circuit Des Remparts d’Angoulême où Wimille, Trintignant, Sommer, Bonnet et 15 autres pilotes alignaient au départ la fine fleur des voitures de sport de l’époque. Aujourd’hui, c’est une des dernières compétitions en ville où s’affrontent des véhicules, de l’origine du circuit aux années 1970.

Ballade en ville

Le Circuit des Remparts, c’est tout d’abord un rendez-vous où, outre les courses, le spectateur pourra admirer des voitures du siècle dernier un peu partout en ville. Un pôle d’attraction. Cette année, une ballade dans le centre-ville d’Angoulême permet rapidement à tous de retrouver quelques Renault à l’occasion des 120 ans de la marque.

De l’origine aux sportives des années 80, de superbes exemplaires trônent sous le soleil de Charente et peuvent être croisés au hasard des rues. Mais la manifestation attire tous types d’autos. Honda, dont la Civic Type R 2017 est le pace-car occasionnel, est également présent avec deux S800, coupé et cabriolet hard-top, et une sublime NSX.

Le circuit

Mais assez flâné, passons aux choses sérieuses, car le Circuit des Remparts, c’est avant tout l’occasion, en France, de voir des bolides en actions sur l’un des derniers circuits en ville chronométré.

Vallonné, le Circuit des Remparts est un condensé de technique, avec, suivant la ligne droite de départ et l’entrée des paddocks, 3 virages à angle droit, en descente, une seconde ligne droite, et 3 épingles en montée, le tout mêlant élargissement et rétrécissements de piste propices au spectacle.

Le record au tour, fut tour à tour, notamment, entre les mains de Manzon, puis Trintignant alias Pétoulet, Fangio, qui atteint la minute en 1978, puis Michelle Mouton sur 205 T16 en 1988. Il est aujourd’hui détenu par Erik Comas sur Berlinette Alpine A110 Groupe 4, et qui, cette année, nous a régalé de son talent au volant de la nouvelle Alpine A110.

Mais sur News d’Anciennes, et malgré les atouts indéniables de la « nouvelle Alpine », c’est son comparse qui a retenu toute notre attention, Ari Vatanen puisqu’au volant d’une M3 E30. Chose fascinante, et malgré sa présence pour une « simple » démonstration sur « le Tourniquet » d’Angoulême, le quadruple vainqueur du Dakar a préparé sa voiture avec méthode et le professionnalisme qu’on lui connaît, notamment dans le réglage de son siège. Moment rare de voir un champion se préparer à l’action !

Le Paddock

Afin de s’imprégner de l’atmosphère si particulière du Circuit des remparts, il est indispensable de passer par le paddock. C’est l’occasion d’y croiser à quelques mètres d’intervalle, toutes les générations d’anciennes, de l’élégante à la bête de course. Les pilotes et leurs équipes y préparent amoureusement leurs bolides.

Plein d’essence, niveaux, traitement des fuites d’huile éventuelles, réglages divers, retrait d’accessoires de carrosserie… Bref, toute réparation ou amélioration de dernière minute susceptible d’apporter un avantage en course est bonne à faire ! Et chaque pilote, le samedi, veille de course, est passé récupérer son transpondeur, l’accessoire indispensable pour assurer un classement sans contestation.

C’est d’ailleurs sous le barnum du contrôle que nos regards se sont croisés… Une Bugatti Type 59 de 1933. Certes, ce modèle n’a pas le palmarès d’une 13, d’une 35 voire d’une 51, mais il ne fut produit qu’en 8 exemplaires à Molsheim. L’un d’eux était ici, au Circuit des Remparts. Livrée noire, flambant neuf, 8 cylindres, 250 chevaux pour 750 kg, la bête est sublime. Le Circuit des Remparts lui a permis de quitter l’Angleterre et Prescott, et la seule charge de son pilote est de… la ramener entière à son port d’attache ! Mais cela ne l’a pas empêché de disputer âprement sa place en qualification.

Les plateaux

Chaque plateau porte un nom célèbre au Circuit des Remparts : une forme d’hommage à ceux qui ont construit la légende.

Plateau Raymond Sommer

Raymond Sommer fut le premier vainqueur en 1939 sur Alfa Romeo 308. Sur le plateau portant son nom, s’affrontent les véhicules antérieurs à 1939, de cylindrée maximale de 1500 cm³. Bien sûr, les Austin Seven, dont aucune ne ressemble à l’autre, constituent le gros du plateau. Viennent ensuite les Riley.

Mais une Bugatti type 40 de 1928, châssis n°40532, élégante dans sa carrosserie où le bois recouvre la poupe de l’auto, attire les regards. Malgré son allure placide, tout comme son moteur 4 cylindres qui est une version dégonflée de celui de la Type 37, elle atteindra une honorable 9e place sur les 13 partants de cette course. La Ratier, déjà vue au Grand Prix Rétro du Puy Notre Dame (à lire ici) termine juste devant, mais subira des dommages suite à un accident après la ligne de chronométrage.

Dans cette course, le podium verra 2 Riley aux 2 premières places et une Austin Seven Ulster montera sur la 3e marche du podium.

Plateau Henri Greder

Ce plateau voit concourir les véhicules les plus modernes engagés, datant essentiellement des années 70. Le Podium s’est partagé entre une MG B, une Porsche 911 et une Corvette C3. Mais outre ces 3 qui ont par ailleurs offert un spectacle passionnant, mêlant glissades, dépassements, et même un tête-à-queue, quelques jolis exemplaires ont joué les seconds rôles sans démériter.

Parmi eux, des Jaguar Type E : quel bonheur de voir ces fauves en liberté se battre comme au temps de leur gloire, au milieu des années 60. Mais le meilleur hommage au pilote offrant son nom à ce plateau est donné par 2 voitures : une Innocenti Mini Cooper de 75 et une Ford Escort RS1600 de 1974. Deux voitures qui s’illustrèrent en leur temps en Rallye, discipline dans laquelle Henri Greder, dit « Titi » fut, en 1964, 65 et 66, Champion de France.

Plateau Marc Nicolosi

Séquence émotion. Quand une vingtaine de Bugatti s’élancent et que leurs vocalises jouent avec l’écho lors de leur passage entre les murs du Circuit des Remparts, le sang se glace, et les poils se dressent sur les bras et jusque sur la nuque. Des 4 cylindres des types 37 (article à retrouver ici), aux 8 cylindres, compressés ou non, des Types 35, des Types 51 et de la Type 59, dont je vous ai déjà parlé, c’est la mélodie du bonheur ! Les roues cirent en sortie de virage et les pilotes ne ménagent pas leurs efforts.

Un bel hommage à celui qui a permis la résurrection du Circuit des Remparts, et dont le plateau porte le nom. Quant aux podiums, deux Type 35B arrivent en tête et sont suivies par une Type 51. Mais sincèrement, pour celui qui a entendu la rage de ces moteurs lancés à l’assaut du « Tourniquet », la course était fascinante et son résultat, somme toute, relayé au second plan.

Plateau Archibald Frazer Nash

Difficile pour ce plateau de ne pas en deviner les actrices ! De 1921 à 1936, ces autos à transmission par chaîne dont la voie arrière est plus étroite que la voie avant, ont remporté nombre de succès Outre-Manche. Mêlées aux Frazer-Nash, quelques GN, datant de l’époque où Archibald fabriquait des Cyclecars avec HR Godfrey (d’où le sigle construit à partir des initiales).

Le programme officiel parle de « vestiges de l’artisanat anglais », et c’est effectivement le sentiment que l’on a en voyant ces voitures. Quant à la conduite, la structure des voies impose les figures de styles, plus ou moins appuyées selon les pilotes, en sortie de virage. Et ce n’est ni une Frazer Nash, ni une GN qui a gagné, certes, même si les deux engagées ont terminé sur la deuxième et troisième place du podium, mais une AC/GN Cognac… Non, pas ce fameux spiritueux qui trouve son origine à moins de 50 km d’Angoulême à consommer avec modération, mais une monoplace à regarder évoluer sans aucune modération ! Elle fut conçue par S.A. Cohen, sur base d’un châssis GN et un moteur AC, d’où le nom de CO-GN-AC.

Plateau Maurice Trintignant

Ici se chamaillent les véhicules d’avant-guerre de cylindrée supérieure à 1500 cm³. Et des noms prestigieux ornent encore les calandres ! Ce plateau est essentiellement anglais avec les MG, type Q et TB, des Riley 12/4 Special et Sprite, Frazer Nash 329K et une Alvis FD 12/75 traction avant qui comme son nom l’indique utilise l’aluminium pour sa structure et son moteur. Viennent ensuite les continentaux, avec une rare BMW 328 de 1939, une sublime Alfa Romeo 8C Monza, et cerise sur le gâteau, deux Delage, marque sur laquelle « Pétoulet », qui a donné son nom au plateau, et qui a remporté le Circuit des Remparts en 1949, a couru après-guerre.

Plateau Jean-Pierre Beltoise

En hommage au pilote récemment disparu, ce plateau regroupe les véhicules produits dans les années 50-60. Les Mini Austin, Morris ou Canon GT, ainsi que les MG A et B constituent l’essentiel d’un plateau plutôt animé ! Deux Alfa Romeo Giulia Sprint GT ont également bataillé dans le groupe suffisamment sérieusement pour finir au pied du podium, trusté par les Mini, justement. Dans ce groupe, il a été assez intéressant de voir évoluer une belle Sunbeam Alpine III et une très rare Volvo B18 544 Sport.

Plateaux de démonstration

Outre les prouesses de Erik Comas et Ari Vatanen, le Circuit des Remparts a été l’occasion de voir évoluer des tricycles cars en démonstration, regroupées sur le plateau Jacques Savoye et dont certaines ont été vues au Grand Prix Rétro du Puy Notre Dame (à lire ici).

Mais suite au renversement sans gravité d’un des engagés, les tours de piste ont été effectués derrière le Pace-Car retirant à cette démonstration son caractère délirant et enjoué : imaginez des véhicules capables d’atteindre les 150-160 km/h, pour les Darmont compressées les plus puissantes, et dont le système de freinage est symbolique, lancés à l’assaut du Circuit des Remparts !

Plateau Louis Rosier

Quant au dernier plateau, à l’instar de son nom, nous sommes en présence d’un plateau de prestige. Louis Rosier fut un personnage marquant du sport automobile Français, non seulement en tant que pilote et par exemple, sa victoire « en solitaire » au Mans 1950, mais aussi en tant que « découvreur de talents » via son écurie éponyme, puisqu’il révélât des pilotes tels Louis Chiron, Maurice Trintignant, Robert Manzon et bien d’autres.

Ainsi, le plateau regroupe des barquettes des années 50 qui se sont illustrées dans les courses prestigieuses de l’époque, où des noms prestigieux apparaissent : Talbot-Lago T26 et T26S, Bugatti 57G Tank, Osca MT4, Lotus Eleven Le Mans au profil étonnamment moderne pour l’époque, et bien d’autres. Et comment ne pas parler de l’Aston Martin DBR1 qui courrait ici ! Un bijou « hors de prix » puisque construite à 5 exemplaires, sachant que le châssis n°1 a été vendu par RM Sotheby’s à plus de 22 millions de dollars en août 2017.

Le bilan

Une superbe manifestation donc, où le public a pu vibrer, tant au niveau acoustique (avec la voix de l’ami Igor en bonus) qu’au niveau émotionnel. Le Circuit des Remparts fait partie de ces événements où l’on se dit j’y reviendrai, car vu les stars présentes cette année, au niveau constructeurs mais aussi au niveau pilotes, l’on se prend à rêver de toucher à nouveau du doigt les idoles qui ont fait de nous les passionnés que nous sommes. Et pour revivre l’ambiance de cette course en direct, rien de tel que de lire (ou relire) « Le défi des Remparts », le numéro 50 de la série Michel Vaillant de Jean Graton, publié en 1988.

Je tiens à dédier cet article à Denis Derex, victime d’un malaise cardiaque à la sortie du Virage Fangio au volant de sa Mini n°158, et décédé le 15 septembre 2018.

Fabien
Un lion et un cheval cabré m'ont fait aimer les voitures de mon enfance... Un livre, «La maîtresse d'acier» de Pierre Coutras, et des légendes, Fangio-Moss-Hawthorn, m'ont conduit à me passionner pour des bolides plus ancien.
A mon tour de partager avec vous.

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