Pour ou contre : le Restomod

Le Restomod. C’est un phénomène qui reste marginal dans le monde de la collection mais qui livre des autos incomparables. Des autos modernisées, boostées, et souvent uniques. Alors, pour ou contre le restomod ?

Le Restomod : qu’est ce que c’est ?

Pour vous expliquer le Restomod, on a demandé à quelqu’un de bien calé sur le sujet : Thierry qui est aux manettes de De L’Essence Dans Mes Veines qui aborde souvent le sujet.

Le Restomod, c’est comme le “Port Salut”, c’est écrit dessus ! Restaurer tout en profitant de l’occasion pour y apporter des touches modernes, qu’elles soient mécaniques, au niveau du châssis voire esthétique. Mais attention, il y a une règle bien spécifique : Ne pas dénaturer les lignes originelles. Ce n’est pas du tuning, mais une sorte de tendance tout droit venue des States, qui permet à une classique de proposer en partie les avantages d’une moderne tout en gardant le charme d’une classique.

La 1ère étape de notre voyage est de ne pas confondre le Restomod et le Backdating. Même si l’aboutissement est quasiment identique, le chemin est diamétralement opposé, car le backdating consiste à partir d’une base moderne et de lui donner le look d’une classique. Alors qu’avec le restomod, on part bien d’une classique, mais on lui fait bénéficier de tous les avantages de la modernité, sans gâcher son côté vintage.

La tendance restomod est en fait une évolution du custom, d’ailleurs elle a vu le jour sur les muscle-car, souvent signés par les spécialistes de la Culture Custom (Chip Foose, The RingBrothers, Jeff Hayes…). Il a suffit d’un SEMA Show pour que le style gagne ses lettres de noblesses et deviennent LA modification à la mode de Los Angeles jusqu’à Miami.

Souvent les bases sont ses caisses ruinées, rincées, sorties de grange ou qui se décomposaient lentement au fond d’un terrain vague ou d’un champs. Il faut savoir que la pénurie de certaines pièces (Ou parfois le prix demandé) ont alors poussés les restaurateurs à se transformer en des bricolos usant de la démerde. Ainsi, le train était remplacé par celui d’un modèle plus récent, le small block laissait sa place à une big block moderne, en y étant, on y rajoutait la clim, puis les freins également, tout comme la boite 6, plus moderne, plus rapide… Des roues plus grosses, jantes alu modernes, des liaisons plus performantes, des suspensions plus basses et plus dures et le tour était joué.

Les plus perfectionnistes faisaient poser des petits détails, phares et feux à Leds, sièges au dessin actuel, parfois même le tableau de bord qui allait avec, le tout agrémenté d’une sellerie cuir et d’un placage carbone ou alu. Mais toujours dans l’esprit de la voiture originelle… Une Mustang de 68 recevait les éléments d’une Mustang de 2008, du moins esthétiquement, ça doit semer le doute, sans jamais tomber dans l’excès… voyez le délire ?! Même s’il ne faut pas oublier que le but est de faire revivre une voiture…

Même si ça peut paraître abusé, les voitures gardaient leurs lignes, mais devenaient plus confortables, plus fiables, plus performantes, plus efficaces… plus belles aussi ! Finalement, on améliorait en utilisant les avantages de notre époque. Une sorte d’évolution naturelle. Puis si la recette fonctionnait si bien sur les ricaines, il n’y eut pas de raisons pour qu’elle n’en fasse de même avec les japonaises et les européennes. 

Porsche fut surement le 1er constructeur européen à y avoir droit… Singer allait ouvrir la voie, rapidement imité par les spécialistes de la marque comme Emory, Ruf ou DP Motorsport. Puis ce fut au tour des Alfa, Mercedes, BMW, Datsun, Toyota… Berlines, sportives, 4×4, le Restomod s’est étendu et diversifié, toujours avec la même règle, classe, luxe, mais surtout, discrétion des modifications, même si parfois, une robe sobre peut cacher des dessous totalement délirants, composés de moteurs gavés de chevaux et des châssis dignes des meilleures préparations. 

Quand on voit le niveau des réalisations et la qualité de la finition, on peut classer le Restomod tout en haut de la pyramide des modifications, des préparations. D’ailleurs, on se commande un Restomod, comme on le ferait avec une parure sur mesure. Les spécialistes sont devenus des signatures, dont les engins se vendent aux enchères au delà de la côte de la voiture d’origine. La dernière Singer, parée de carbone, d’un Flat 6 refroidi par air signé Williams et d’un châssis développé et réalisé comme une voiture de course, s’affiche à plus d’1 million de dollar et a été présentée à Goodwood comme on l’aurait fait d’une série limitée signée Ferrari ou Lamborghini. A tel point que même les constructeurs commencent sérieusement à s’y pencher, comme Jaguar qui a donné carte blanche à Ian Callum pour sa MKII (News d’Anciennes en parle dans cet article).

Pour les puristes que cela peut choquer, il reste le Backdating, mais ceci et une autre histoire…

Vous retrouvez plein d’autres exemples sur De l’Essence dans Mes Veines en cliquant ici.

Le Restomod : les arguments pour

Une auto unique

Alors il est possible d’acheter une auto restomodée sur catalogue. Même si au final, la liste des options est telle qu’on aura une auto unique quoi qu’il arrive. C’est sûr que l’auto n’aura rien à voir avec le modèle de base, visuellement déjà. La customisation esthétique reste légère, l’auto sera reconnaissable par les yeux avertis. Mais on verra aussi qu’on a une auto un peu spéciale sous les yeux. Et il y a peu de chances que la voisine de rasso ait la même tête !

Des performances en hausse

Quand le custom se contente souvent de l’esthétique, le restomod passe souvent par une série de modifications techniques. Cela peut aller de la prépa moteur “simple” à de gros changements. Les trains roulants sont souvent revus. Les roues adoptent des jantes plus récentes permettant de monter des pneus performants et modernes. Le freinage aussi, histoire d’oublier les performances des systèmes anciens et de passer sur quelque chose de plus moderne. Côté motorisation donc, c’est souvent là qu’on retrouve le plus modifications, on va de plus gros carbus et de l’admission renforcée au swap qui consiste à mettre un plus gros moteur dans l’auto. Souvent un moteur plus moderne. Exemple : un flat six 3 litres dans une 911 première mouture. La boîte a quelques fois le droit à l’attention du modeur en gagnant un ou deux rapports selon les possibilités.

De la modernité qui ressemble à une ancienne

La modernité, osons le mot. C’est souvent sur la partie invisible qu’on la retrouve, toute la partie électrique voire (gros mot) électronique. Les préparateurs les plus aboutis vont jusqu’à greffer un ABS sur certaines autos, voire une injection électronique.

Dans l’habitacle, la clim n’est pas une priorité, et puis on perd en performance. Par contre une direction assistée est souvent au programme. Et puis on hésite pas à installer des systèmes d’infotainement modernes, et quand ils sont bien intégrés au tableau de bord, c’est un vrai plus.

Le restomod : les arguments contre

On est loin du matching number

Amis de la restauration “sortie d’usine”, le restomod n’est absolument pas pour vous. Forcément le but est d’améliorer l’auto en la rendant plus moderne. Aucune chance de rester conforme à l’origine, à la limite on peut se rapprocher de l’esprit originel, mais sans le copier.

Et puis un swap ou un changement de boîte, c’est sûr, ce n’est pas matching numbers, c’est même la démarche inverse !

Difficile de revenir en arrière

Niveau carrosserie, ça va. Un kit carrosserie, entre de bonnes mains, ça se retire proprement et on oublie son installation une fois la peinture neuve refaite. Mais pour toutes les modifications mécaniques, revenir à l’état d’origine sera compliqué. Peu de propriétaires d’autos converties au restomod gardent leur tableau de bord, leurs sièges, leurs jantes, leur moteur et leur boîte d’origine à côté de l’auto… même si ce sera un plus indéniable au moment de vendre l’auto.

Attention à l’homologation

On le sait, normalement dès qu’on change le moteur par un autre qui n’est pas celui d’origine de l’auto on devrait repasser par la case homologation. Parce qu’en cas de sinistre, l’expert qui verra un moteur V8 AMG dans une Pagode sera très vite au courant de ce qui est arrivé à l’auto. Attention donc aux grosses modifications. Avec un peu de chance, l’auto a été homologuée sur un autre marché plus permissif avant d’arriver en France. Sinon, gare à la galère !

Donc…

Il y en a qui aiment, d’autres qui trouvent que c’est du tuning de luxe. Dans tous les cas le restomod est clivant. On adore ou on déteste. Ce sera difficile d’être entre deux. Dans tous les cas, une auto doit ressembler à son propriétaire et lui plaire. C’est le principal !

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

1 commentaire sur “Pour ou contre : le Restomod”

  1. Bonjour,

    Je me demandais si vous alliez en parler…
    Et oui, finalement, en fin de texte, vous évoquez, non pas la dangerosité de tels projets (modifier une voiture est du travail d’ingénieur, pas de gros bras à casquette de travers), la légalité de tels projets.

    “Attention à l’homologation
    On le sait, normalement dès qu’on change le moteur par un autre qui n’est pas celui d’origine de l’auto on devrait repasser par la case homologation. Parce qu’en cas de sinistre, l’expert qui verra un moteur V8 AMG dans une Pagode sera très vite au courant de ce qui est arrivé à l’auto. Attention donc aux grosses modifications. Avec un peu de chance, l’auto a été homologuée sur un autre marché plus permissif avant d’arriver en France. Sinon, gare à la galère !”

    Vous auriez pu commencer par là.

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