1976 : La NASCAR s’invite aux 24h du Mans

Curiosité dans le plateau 6 de Le Mans Classic (résultats et photos ici). Une imposante Ford Gran Torino est engagée par Jacques Alvergnas, l’auto détonait, et c’est normal. Cet engagement était déjà à l’époque une curiosité puisque l’auto n’était ni un proto, ni une GT, mais une bête sortie d’un ovale de Nascar !


Un rapprochement entre la NASCAR et l’ACO

En 1975 les 24h du Mans sont plutôt dans le creux de la vague. Matra vient de se retirer, Alpine n’a pas commencé sa grosse offensive et le plateau des 24h se réduit petit à petit. L’ACO propose de mettre en commun les classes des 24h de Daytona et des 24h du Mans. C’est Bill France Senior qui est à la tête du Daytona Speedway qui va mener les négociations. Mais il n’est pas qu’aux manettes des 24h de Daytona. C’est également lui qui est à la tête de la toute puissante NASCAR.

L’échange va se porter sur deux catégorie : les IMSA GT viendront au Mans, mais pas que. Deux teams de NASCAR seront aussi de la partie. Ces deux teams sont sélectionnés avec des autos différentes. On verra donc une Dodge Charger engagée par McGriff et sponsorisée par les bières Olympia et une Ford Gran Torino du team Donvaley. Les frais d’acheminement et d’engagement seront à la charge de l’ACO.

Les “Deux Monstres” aux 24h du Mans 1976

Les deux équipes ne sont pas si sereines en arrivant en France. Elles ont peur d’être prises de haut par les équipes européennes et le public. Pourtant celui-ci est enthousiaste et observe de près ces autos.

Sur la Dodge Charger on retrouve Hershel McGriff et son fils Doug. Ils porteront le n°4 en course. Les deux sont des pilotes de NASCAR et sont donc peu habitués aux circuits routiers.
La Gran Torino portera le n°90 et on retrouvera trois pilotes aux commandes. Dick Brooks, pilote du team Donvaley en NASCAR et un autre Dick, Hutcherson. Celui-ci a été pilote de NASCAR dix ans auparavant, mais cela lui a surtout permis de prendre le départ des 24h du Mans avec la Ford GT40 P/1016 qui passera bientôt sous le marteau de RM Sotheby’s. En plus un pilote français est engagé dessus, Marcel Mignot, un pilote rompu à l’endurance.

Côté IMSA, les autos sont deux Chevrolet, une Monza et une Corvette “Greenwood”.

L’adaptation est obligatoire

Pour se donner une idée, la Gran Torino dépasse les 1600 kg et son V8 lui apporte 570 chevaux ! De quoi accrocher malgré tout les 315 km/h. La Charger fait elle appel à V8 de 7L ce qui lui permet d’aller plus vite en ligne droite.

Les deux autos doivent être absolument adaptées pour courir au Mans. McGriff précise notamment “On pouvait taper les Porsche dans les Hunaudières en attrapant les 320 km/h. Par contre nous étions alors incapables de freiner pour prendre le virage de Mulsanne”. Des appendices aérodynamiques sont alors ajoutés, d phares également. Mais le changement le plus notable… ce sont les rétroviseurs, demandés logiquement par les autres pilotes dès le premier briefing.

La dernière adaptation est à voir au niveau des moteurs. Ce sont des moteurs avec un taux de compression plus faible qui seront utilisés. La NASCAR utilisant des carburant au taux d’Octane de 102, tandis qu’au Mans ce sont 90 qui sont visés… et 82 à 83 qui sont obtenus.

Des désillusions en piste

La Charger va casser deux moteurs aux essais. La raison est à chercher du côté de l’adaptation faite pour le carburant. Néanmoins la voiture se qualifie à la 47e place sur 57. La Gran Torino se classe elle 55e.

En course, cela ne va pas s’arranger. Le moteur de la Charger ne va tenir que deux petits tours, ce sera la première auto à abandonner aux 24h du Mans 1976. La Gran Torino va mieux se comporter. Elle tiendra 11 heures en course avant de renoncer elle aussi, après 104 tours couverts. C’est la boîte et le pont qui vont forcer l’équipe à jeter l’éponge. En effet un tour du circuit des 24h du Mans impose alors 22 changements de rapport. Une course de NASCAR complète en compte parfois moins !

Epilogue : tentative avortée et retour dans les années 2010

L’équipe des McGriff va garder une certaine rancœur contre les instances européennes à propos de ce fameux indice d’octane. Et de toute façon, les autos ne sont pas compétitives. Les passerelles continueront d’exister entre IMSA et WSC mais la NASCAR ne reviendra pas se frotter aux 24h du Mans.

Par contre, sur le circuit, c’est autre chose. Jacques Alvergnas a donc entrepris de reconstruire une réplique parfaite de la Gran Torino. Elle sera prête pour Le Mans Classic 2012 et une Charger sera également de la partie. Si cette dernière n’était pas présente en 2016, on peut quand même dire que ces pilotes ont bien du courage d’emmener de tels monstres sur la piste.

Concernant les IMSA, si la Corvette Greenwood n’a pas fait Le Mans Classic, on l’a vue dans la saison. La Monza est également une habituée des plateaux Peter Auto… avec un bruit du tonnerre !


Sources : Camrade-Blog et Motortrend, Photos : David Fox, Luc Joly, Kevin Goudin

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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