Récit du Tour Auto 2017 par l’équipage du D.B HBR5 #192

Au début du mois de mars, je vous faisais découvrir le coach D.B HBR5, une sportive française des années 50. Puis, nous vous avions présenté le HBR5 d’Antoine Laureau, en préparation pour le Tour Auto 2017. Une fois ce Tour Auto terminé, je reviens avec Antoine sur cette formidable aventure.

Salut Antoine, comment est née cette idée de participer au Tour Auto et qu’est-ce que tu en attendais avec ton ami Antoine Moreau ?

J’ai rencontré Antoine l’an dernier au Mans Classic car il a eu la gentillesse de nous héberger pendant l’épreuve, il courrait sur la D.B « Camionnette » #69 comme en 2014. On est devenu ami pendant les 4 jours sur place.

J’ai appris par la suite que l’organisation du Tour Auto 2017 souhaitait mettre en avant les marques Françaises disparues. Si je devais faire le Tour Auto une fois dans ma vie, ça devait être en 2017. Nous nous sommes inscrits en Compétition sur les conseils de nos camarades mais aussi parce que cela apparaissait comme une évidence.

Avec mon ami Vincent Dursen, nous nous sommes mis à préparer notre coach pour des épreuves sur route. Nous avions notamment l’obligation d’installer un système d’extinction automatique et quelques bricoles qui ont pris beaucoup de temps… Avec toutes ces petites choses à faire, nous avons raté une sortie sur le circuit de Clastres car le coach était toujours à Vierzon pour poser l’échappement, co-réalisé sur mesure avec l’Amicale D.B.

Pour revenir à ta question, nous pensions que cette épreuve serait un peu à la cool, que nous aurions le temps de profiter de l’environnement et flâner un peu. La réalité a été très différente.

Peux-tu nous raconter ton Tour Auto ?

Au programme de la première journée, la sortie de Paris et deux épreuves : une spéciale sur route et une sur le circuit du Bugatti. Nous sommes donc partis le mardi matin du Grand Palais, nous nous étions donné rendez vous à 5h45. J’arrive à la bourre, je vais enfiler ma combinaison sans même boire de café. J’en profite pour régler le cadenceur mais on se presse car nous étions en retard sur notre horaire de sortie.
Et là, j’ai découvert Antoine, qui n’est pas du matin. Surtout quand il n’a pas pris son petit déjeuner… donc arrêt à une station service à Élancourt pour un petit ravitaillement.

Nous n’avions jamais fait d’épreuve de rallye avant le Tour Auto, ni ouvert un roadbook… Dès la sortie du château de Neuville, nous nous sommes plantés… On se remet dans le bon sens et en lisant la fiche de pointage, on apprend qu’il y a un temps imparti pour arriver au point de pointage… Cela est très vite compliqué car avec un D.B sans couple important il est difficile de doubler.

On arrive à la première spéciale et je prends le volant. Antoine étant du Mans, il tournera sur le Bugatti. Bilan de la spéciale, nos amis Jean-Marc et Daniel (sur l’autre HBR5 #193) nous collent 2 secondes en 7 min 04 sec. Nous nous retrouvons à la 60ème places sur 67, avec néanmoins la plus petite cylindrée du plateau VHC (jusqu’en 1965). Cinq voitures ont déjà des problèmes mécaniques ou des pénalités.

Antoine prend le volant en sortie de spéciale pour s’acclimater avec la voiture car il ne l’avait jamais conduit. Pour les épreuves de circuit, le pilote est seul dans la voiture et nous sommes organisés par plateau comme au Mans Classic. Antoine connaissant le Bugatti comme sa poche réalise une super performance, alors que le futur vainqueur à l’Indice de Performance part sur un tête à queue avec sa Porsche 356A de 1954. Résultat, nous nous plaçons à la 52ème place sur 67, le #193 est à 19 secondes et déjà cinq voitures n’ont pas pris le départ. Sur circuit, vu notre faible puissance (50ch) il n’y a rien a espéré.

On prend la route via la Mayenne et on arrive à Saint Malo sous un beau soleil. Nous sommes 49ème sur 67 au scratch et 6ème à l’Indice. Nos amis Jean-Marc et Daniel sur le #193 sont en 8ème position.

Au programme de la seconde journée, trois spéciales sur route. Nous sortons de Saint Malo et nous prenons vent, neige et grêle puis soleil, vive la Bretagne. Je commence par faire la spéciale. On s’améliore dans la lecture du roadbook et dans la préparation. Malheureusement, je n’ai pas pu manger une galette saucisse car elles n’étaient pas prête… Bilan de l’épreuve : on se classe 52ème sur 61 partant et #193 à 14 secondes. Antoine prend le volant et sur la seconde spéciale, nous nous classons 54ème sur 60 et le #193 nous devance de 4 secondes en 53ème position. Je reprends le volant pour la dernière spéciale de la journée. Nous nous classons 49ème sur 60 et #193 à 17 secondes.

Lors de cette journée humide, les voitures lourdes et ayant plus de puissance ont eu quelques problèmes (sortie de MGB et Mini notamment). À l’issue de la seconde journée, nous arrivons sur Nantes, escortés par nos amis policier et gendarmes jusqu’au Château de Goulaine. Classés 43ème sur 66 au scratch et nous montons sur le podium du classement de l’indice de performance, car notre coefficient était erroné, en 2nd position.

Au programme de la 3ème journée, trois épreuves : deux spéciales sur route et une épreuve sur le circuit du Val de Vienne.

Antoine repart du Château de Goulaine et nous enquillons sur une épreuve sur route. On s’améliore au fur et à mesure dans l’interprétation du Roadbook, nous nous classons 54ème sur 66 et #193 56ème à 6 secondes. Je reprends le volant pour le circuit du Val de Vienne, nous nous classons 53ème sur 66 et #193 54ème à 23 secondes.

Antoine termine la journée par la dernière épreuve spéciale, nous nous classons 43ème sur 65 et #193 52ème à 1 min 12 sec. Le classement de Jean-Marc et Daniel est à relativiser : Les tambours de freins avants se sont déchirés sur l’épreuve sur circuit du Val de Vienne et Jean-Marc a soulagé le train avant dans les virages de la spéciale suivante. En sachant cela, j’appelle un Amicaliste sur Limoges pour lui trouver des tambours de 400 pour qu’il puisse continuer


Nous sommes à l’arrivée sur Limoges 39ème sur 65 au scratch et toujours second au classement de l’Indice de Performance. Nous réalisons le remplacement des tambours sur #193 et le nettoyage des freins sur #192 ou #1224 et nous endommageons le passage de roue arrière gauche suite à une erreur maintenance sans gravité.

Au programme de la 4ème journée, 3 épreuves : 2 spéciales sur route et 1 épreuve sur le circuit d’Albi. Je repars de Limoges et n’ayant pas entendu le réveil nous nous arrêtons dans un Bar Tabac Presse à la sortie de l’autoroute pour boire un Kawa. Le #1224 commence à avoir des signes de faiblesses et perd de l’huile à chaud.

J’attaque la spéciale et nous nous classons 50ème sur 65 et #193 53ème à 17 secondes. Le petit 850cm3 de 50 ch peine dans les montée de cette spéciale… Je continue sur la seconde spéciale et on se classe 49ème sur 65 et #193 53ème à 16 secondes.

Antoine prend le volant pour le circuit d’Albi et se classe 46ème sur 62 et #193 49ème à 1 min 04 sec. Encore une fois, il faut relativiser car le #193 a été tapé par une Lotus Elan et dans le tour de décélération le bruit présent pendant le tour de piste s’est transformé en une perte de la roue avant gauche…

Nous sommes à l’arrivée à Toulouse encore escorté par nos amis de la Police Nationale et nous nous classons 38ème sur 62 et 3ème à l’Indice car la 356A de Penillard a beaucoup repris dans ces épreuves.

Au programme de la 5ème et dernière journée, quatre épreuves : une spéciale sur route de jour, une épreuve sur le circuit de Pau- Arnos et deux épreuves de nuit. Antoine repart de Toulouse pour respecter notre accord de réaliser 50% des épreuves et nous sortons de Toulouse en tentant de trouver de l’essence car nous en avions pas fait la veille…
Nous arrivons dans les Pyrénées et maintenant nous sommes habitués au roadbook et à la signalisation. L’épreuve est une montée et une longue descente, le coach va se régaler : Nous nous classons 49ème sur 62 et #193 54ème à 27 secondes. Encore trop de montée pour nous… Nous rejoignons Vincent et Jean-Luc pour la dernière maintenance avant qu’ils ne rentrent sur Paris.

Je reprends le volant pour le circuit de Pau-Arnos, mon ami Philippe Boutevin me donne des conseils sur les trajectoires à adopter. Ce circuit est le meilleur pour notre auto et j’ai pris beaucoup de plaisir et en plus notre concurrent direct explose son moteur, après être sorti nous mêmes dans les tours d’entrainement occasionnant la casse d’un de nos longues portées. On se classe 47ème sur 61 et #193 49ème à 1 min 08 sec.

Nous sortons du circuit et nous sommes 36ème sur 61 au scratch et surtout 2nd à l’indice. Il faut juste ne pas avoir de problème et nous serons sur le podium à l’indice ! Nous empruntons les routes du Pays Basque, on s’arrête dans le premier village pour acheter des bérets rouge pour faire honneur à ce beau pays… et là les malheurs du Mans 2016 reviennent, le moteur ne fonctionne plus. Je sais d’où vient le problème, notre allumage… Vincent arrive sur Paris, nous n’avons plus de maintenance, j’hurle, je suis plus aimable. A Antoine d’appeler Vincent pour lui donner la nature du problème. Antoine n’est pas trop au fait de la mécanique, on s’engueule… le stress etc.

On arrive sur un cylindre au parc d’assistance, notre belle performance va s’envoler. On a 30 minutes pour résoudre le problème… Jean-Marc tente de venir nous aider mais je ne l’écoute pas et je l’éconduis. Je lui présenterai mes excuses par la suite : encore désolé Jean-Marc et Daniel mais j’ai cru que notre rêve s’envolait. Téléphone coincé entre mon épaule et mon oreille comme lors du Mans Classic 2016 dans les Hunaudières. J’écoute patiemment Vincent me distiller les informations pour diagnostiquer cette panne. Je bouge l’allumeur, il me dit de mettre une goutte d’huile, de tourner le volant moteur etc… et là la platine de rupteur bouge toute seule…
Je comprends ce qui se passe avec la faible base technique que j’ai, une vis du boitier d’avance à dépression a disparu la platine n’est plus maintenue… Je démonte une vis et Antoine va faire le tour des camions d’assistance pour en trouver une. Miracle, il revient avec une vis correspondant au filetage mais trop longue, mais il a pensé aux rondelles, je remonte le tout et Antoine va faire deux tours du parc d’assistance et c’est reparti ! J’aurais éconduit un mécanicien qui souhaitait me poser des questions sur notre D.B, je ne l’ai pas revu par la suite…

Nous arrivons au parc d’assistance à la cité de l’océan toujours en course. Nous avions décidé avec Antoine d’aller se doucher plutôt que de diner. Taxi, Radisson, frais et détendu, on va manger trois bricoles et nous sortons dernier du parc d’assistance. Problème, nous n’avions pas fait d’essence et c’était juste, nous décidons de trouver une station pour mettre les 20 litres nous permettant de terminer. Arrêt dans une station façon le Mans et nous arrivons dans la minute au point de contrôle.

Antoine va faire la première épreuve de nuit et dans le coach on ne voit vraiment rien, en plus des reflets, de pollutions lumineuses de l’habitacle et le manque de préparation comme le nettoyage du pare-brise. Antoine s’en sort bien sur une petite spéciale : 43ème sur 61 et #193 41ème devant avec 8 secondes.

Je prends le volant pour la dernière spéciale : EC 15 OREGUE, on résout les problèmes de vision en nettoyant le parebrise extérieur et intérieur, on masque les compteurs et les sorties de dégivrages avec du scotch. Je me lance dans cette spéciale qui fut la plus adaptée pour le coach, pas mal de descente et des portions sur du vrai plat.
On ne voit rien, mais j’ai toujours aimé rouler la nuit. On s’élance et vite on voit la 300SL de nos amis allemand (NDLR : la #182 des Von Finckenstein qui perd la victoire de groupe au passage) plantée dans un talus, le cul dans le vide ! Ça promet !

Je continue à envoyer en ne voyant toujours rien et là miracle j’aperçois des feux rouges du concurrent précédent qui va me faire en quelque sorte le poisson pilote. Sachant où sont les virages, je peux astiquer. Je finirai par déposer notre camarade qui en bon gentleman me laissera passer. Antoine ayant perdu le roadbook au bout de 5 minutes je pilote selon mon instinct. Lors de cette spéciale je suis tombé amoureux de la tenue de route du D.B HBR5, vu le nombre de fois où je croyais terminer dans le fossé ou un arbre…

Nous nous classons 31ème sur 61, oui vous avez bien lu 31ème, on laisse derrière nous notamment : une Porsche 911 2.0L, une Ferrari 250 GT, une 356 B coupé 1600 S etc. et je ne compte pas ceux qui sont sorti comme la Mercedes 300SL. #193 termine 39ème à 31 secondes.

Il nous reste plus qu’à rallier l’arrivée. On perd la feuille de pointage suite à changement de pilote, gros coup de stress sans importance et nous arrivons à bon port à Biarritz.

Est-ce que vous vous attendiez à de si bons résultats ?

Nous terminons ce Tour Auto 2017, avec la plus petite cylindrée en compétition à la 35ème place sur 61 et surtout à la 2nd place à l’Indice de Performance. Nous n’aurions jamais pensé finir avec un tel classement, que ce soit au scratch ou à l’indice. Tout cela est dû à une grosse préparation et au retour d’expérience du Mans.

Pour te dire, nous n’aurions jamais pensé à avoir de si bon résultats. Dans mes rêves les plus fous, je nous voyais mettre le ruban rouge du vainqueur de l’indice de performance sur le coach comme l’avait fait mon grand père en 1958. Cette épreuve se rapproche des courses des années 50-60, donc une épreuve d’endurance et des grandes plages horaires de conduite/pilotage. La clef d’une telle épreuve est la fiabilité car cela ne sert à rien d’être devant ses concurrents direct si vous vous sortez ou si vous cassez votre auto.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant le Tour Auto ?

C’est le fait de ne pas pouvoir profiter de l’environnement de l’événement. Je crois que beaucoup pensent que les épreuves de Peter Auto sont des épreuves où il suffit juste se les payer, mais cela ne suffit pas… si vous avez la moindre défaillance votre épreuve est morte. Le Tour Auto ressemble en ce sens aux épreuves des années 50-60 où si vous n’aviez pas une voiture fiable vous ne pouviez pas bien figurer.

Qu’est-ce que vous avez préféré ?

Nous avons bien aimé la sortie de Saint Malo avec le passage de Cap Frehel sous la neige et la grêle et comme souvent en Bretagne le soleil qui éclaircissait les nuages. Enfin la partie des Pyrénées, notamment le col de Peyresourde et les différentes montées et descentes.

Avez-vous éprouvé des difficultés ?

On touche du bois. Après une épreuve calamiteuse au Mans Classic 2016, nous n’avons pas eu de problème. On a malgré tout cassé un passage de roue, un phare longue portée et réussi à résoudre le problème d’allumage sur Biarritz.

Après une semaine sur la route dans quel état est la voiture ? Et l’équipage ?

La voiture a bien encaissé les 2500 km, on a d’ailleurs passé les 5000 km au compteur avec le Tour Auto, après une restauration sur 3 ans. Mais on va devoir trouver pourquoi on devait rajouter 1 litre d’huile par jour dans notre petit moteur.

Côté pilotes, avec les cousins d’Antoine, on a pu supporter les 2500 km ! Sinon je ne sais pas comment on aurait terminé…

Comment as-tu vécu l’ambiance sur le Tour Auto 2017 ?

L’ambiance est très sympathique mais on sent la compétition. Je pense qu’on a fait halluciner beaucoup de concurrent avec la plus petite cylindrée du plateau et certains sont venus nous féliciter notamment la #184 qui a cassé son moteur sur le circuit de Pau Arnos.

On a trouvé formidable de parcourir 2500 kms avec la #193 de Jean-Marc Huyghes Despointes et Daniel Patrick Brooks où nous nous sommes soutenus et avons grâce à l’un et l’autre, terminé cette épreuve et challengés à armes égales sur chaque épreuves.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous avons un objectif : le Mans Classic 2018. Suite à notre retour d’expérience du Mans et du Tour Auto, nous souhaitons engager un René Bonnet DJET lors de l’épreuve Mancelle aux côté du coach HBR5, il sera terminé à la fin de l’année.

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Vincent
Rédacteur à News d'Anciennes

Etudiant et passionné d’automobiles , il commence en 2011 en écrivant “Auto d’Antan”, une revue amateur sur les voitures anciennes.

Trois ans plus tard il se lance sur la blogosphère puis rejoint l’équipe de News d’Anciennes en 2016 .

Il partage la route avec sa Motobécane N40T et de son Vélosolex 3800.


1 commentaire sur “Récit du Tour Auto 2017 par l’équipage du D.B HBR5 #192”

  1. Non seulement un beau résultat mais aussi un article bien écrit relatant les moments vécus par l’équipage .Peut-être nous verrons vous lors du Mans Classic de 2018.

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