Alpine A110 Gpe 4 2004 HS 76

2004 HS 76 : l’épopée d’une Alpine Américaine

On pourrait croire que l’intérêt porté à la marque est strictement limité à la vieille Europe. Détrompez vous, il existe quelques irréductibles de part le monde qui continuent à faire rayonner la marque Dieppoise. Aujourd’hui, c’est le Graal des Graal que nous allons découvrir, une authentique A110 Groupe 4 usine, exilée au Canada. Son petit nom : 2004 HS 76. En route !


Alpine en bref

Plus jeune concessionnaire Renault de France, Jean Rédélé va commencer par faire courir les modèles de la marque au losange. Après une victoire au rallye Dieppe-Rouen en 1951, il va inscrire la 4cv 1063 aux Mille Miglia et au Monte-Carlo en 1952, puis au critérium des Alpes 1954. Ces coups d’éclat le convainquent de créer sa propre marque dès 1955 et en référence aux succès glanés sur les routes sinueuses des Alpes, la Société Anonyme des Automobiles Alpine est créée rue Forest, à Paris.

Son premier modèle, l’A106 va connaitre un grand succès en compétition avant de laisser la place en 1960 au modèle A108. Avec un design plus soigné, elle va aussi être un succès avec l’apparition d’une berlinette au Tour de France 1960, qui va préfigurer le modèle mythique d’Alpine, la A110.

Porté par la manne financière des licences étrangères (Dinalpine, Bulgaralpine ou Willys Interlagos), Alpine va créer la sensation au salon de l’auto 1962 en dévoilant sa nouvelle auto. Équipée du nouveau châssis poutre maison inauguré sur l’A108, du nouveau moteur Renault de 956cc et d’une nouvelle ligne plus effilée avec une carrosserie en polyester, l’A110 va désormais être le fer de lance de la marque. En parallèle, Alpine va s’associer avec Renault dès 1965 et les voitures vont être distribuées dans le réseau de la Régie dès 1966. C’est une très belle opportunité qui va aussi permettre à la marque Alpine de se démocratiser.

Alpine ou le règne en rallyes

Le point fort de l’A110 est bien sûr son aspect sportif, dans la droite ligne de ses ancêtres. Elle va connaitre dès la fin des années 60 de grands succès en rallyes et conquérir en 1970 le championnat d’Europe des constructeurs avec Jean Claude Andruet. En 1971, l’A110 est la voiture la plus performante, pourtant face à des concurrentes prestigieuses comme les Porsche 911, les Ford Escort Twin-Cam et les Lancia Fulvia HF.

L’apogée de sa carrière sera en 1973 avec la conquête du premier titre de champion du monde des rallyes, devant Fiat et Ford, avec la fameuse équipe des quatre mousquetaires : Jean-Luc Thérier, Jean-Claude Andruet, Bernard Darniche et Jean-Pierre Nicolas. Cette année-là, l’A110 1800 Gr 4 va gagner 6 des 13 courses. En 1974, alors que la A110 atteint le stade ultime de son développement, elle doit faire face aux Lancia Stratos mais gagne encore quelques victoires. C’est le début du règne pour quelques années du groupe Fiat, avec la Stratos et la 131 Abarth.

Malgré tous ces succès, les ouvriers de l’usine se mettent en grève en 1972. Cela entraîne un an plus tard la prise de participation majoritaire de Renault dans le capital de la société. En 1978, Jean Rédélé va quitter l’entreprise qu’il avait créé 23 ans plus tôt, ne se sentant plus maître à bord. À la suite d’un accord avec le créateur de la marque, Renault s’engage à faire vivre Alpine et son usine pendant 15 ans et les derniers modèle de la première ère seront commercialisés en 1995 avec la A610.

“2004 HS 76” : des terres africaines aux neiges du Québec

Michel Gou, notre propriétaire du jour, est un amateur éclairé d’automobiles depuis sa tendre enfance. Son père ne possédait il pas une Bugatti avant son départ pour le Québec en 1957 ?

Formé au génie à Polytechnique en 1967 puis professeur au département de génie mécanique de l’École Polytechnique de 1970 jusqu’à 2008, Michel a d’abord mis ses compétences au service de NewTech pour développer des freins de camions et a participé à la création du Centre d’essai canadien de l’automobile à Blainville, devenu depuis PMG Technologies. Naviguant toujours autour du milieu automobile, il a également à son actif plusieurs prototypes, pour des clients industriels mais aussi un petit véhicule urbain, le Poly 1 développé avec l’aide de l’École Polytechnique de Montréal.

C’est en 1980 que Michel a l’occasion d’acheter son Alpine A110, alors entre les mains du pilote Québécois Jean-Luc Alamy. Numéro VC n°18395, montée par Alpine en 1974, c’est une caisse “lourde” immatriculée sous le n° 2004 HS 76 puis vendue en 1976 au Canada.

Bien que ce soit une des dernières Groupe 4 construite, “2004 HS 76” bénéficie d’un palmarès à faire rêver : Rallye du Maroc 1974 avec Bernard Darniche, Safari Africain au Kenya 1974 avec Collinge, 1000 Pistes 1975 avec Turgo, Rallye Cross de Loehac 1976 avec Jean Ragnotti et reconnaissance du Tour de France 1976 toujours avec Ragnotti.

Avec sa plaque d’immatriculation d’origine à l’avant, ce modèle est identifiable très facilement sur les photographies d’époque; Michel a même gardé le porte clef de l’équipe de course, simple petite plaque d’aluminium sur laquelle est poinçonnée l’immatriculation de la voiture. Un détail qui fait tout son charme.

Équipée à l’origine pour les rallyes africains, on retrouve plusieurs parties de la carrosserie en polyester souple ainsi qu’un réservoir type aviation, qui conserve encore le bleu Alpine sur certaines parties. Le pare-brise est équipé de fils chauffants d’origine, afin de pouvoir facilement désembuer l’habitacle. Malgré cette préparation pour le terrain accidenté, Michel souhaite utiliser “2004 HS 76” de façon régulière sur circuit et fait rajouter une jupe avant, qu’elle porte toujours aujourd’hui.

La voiture va écumer les circuits du Québec et de l’Ontario pendant 5 ans avant de prendre une deuxième retraite, bien méritée. Il est vrai que la voiture n’est pas faite pour les compétitions sur circuit et qu’elle se révèle difficile à conduire dans ces conditions. Très légère et très vive, avec une suspension très sèche, la voiture est plutôt destinée aux routes sinueuses des Alpes.

Après une restauration faite de main de maître par le spécialiste Michel Guégan de Alpine America ainsi qu’une nouvelle peinture jaune et blanche (couleurs de Renault dans les compétitions d’endurance notamment), 2004 HS 76 peut enfin reprendre du service en 2012 dans sa nouvelle configuration. Avec 170cv pour seulement 750kg (principalement à l’arrière, ce qui explique qu’il faut la maîtriser sur circuit), la petit Alpine (à peine un peu plus de 1m de hauteur) parcourt dorénavant les routes du Québec, notamment au cours de quelques manifestations du club VEA (Véhicules Européens d’Autrefois).

Même si les anciens modèles nous font toujours rêver, l’histoire ne s’arrête pas là. En 2012, c’est la renaissance de la marque, annoncé par Renault et Carlos Ghosn, et en 2017, le lancement officiel de la nouvelle A110, avec carrosserie aluminium, qui va connaitre un succès immédiat. Le premier modèle a été livré en mars 2018 et un retour en compétition s’est opéré en 2019. La nouvelle A110 va-t-elle entrer dans la légende à son tour ? L’avenir nous le dira.


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Guilhem Gaubert
Guilhem baigne dans la culture motorisée depuis sa naissance. Avec un arrière-grand père et un grand-père garagistes, une grand-mère au style de pilotage digne de Tazio Nuvolari et un paternel restaurateur de bolides italiens, ses livres de chevet furent très tôt Piloti Che Gente de ce bon vieil Enzo et le programme du Grand Prix de Lyon 1924 retrouvé dans les archives familiales. Il n'en fallait pas plus pour le retrouver à chroniquer pour News d'Anciennes.

1 commentaire sur “2004 HS 76 : l’épopée d’une Alpine Américaine”

  1. bjr , bien votre article sur la A110 groupe 4 ex usine … mais pourquoi nous parler de la nouvelle Renault/ Audi/TT/A110 ??????? , je n’ai pas envie de triouver cela ici

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