Renault Étoile Filante, une turbine pour chasser un record

Renault Étoile Filante, une turbine pour chasser un record
Renault Étoile Filante, une turbine pour chasser un record
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Aujourd’hui on vous parle d’aérodynamique, de technologie révolutionnaire, de kérosène, le tout sur un lac salé et avec une voiture française. C’est la Renault Étoile Filante dont on vous parle.

La turbine, l’innovation à la mode après-guerre

La turbine, c’est l’élément de base de l’avion à réaction. C’est à la fin de la seconde guerre mondiale que la technologie est suffisamment au point pour qu’on la fabrique en moyenne série. Les avions sont encore majoritairement équipés de moteurs à pistons mais les premiers avions à réaction arrivent dans les airs et se généraliseront par la suite.

Le principe est celui d’un moteur à combustion interne. On brûle un mélange d’air et de carburant. Comprimé et enflammé il se détend ensuite en passant dans des ailettes reliées à un arbre. Cette circulation de gaz fait tourner les ailettes, l’arbre et crée donc l’énergie dont on a besoin pour faire fonctionner un véhicule.

Si les premières applications sont donc aéronautiques on tente vite de le transposer sur terre. Ainsi Rover s’y essaye dès 1950 et les Socema-Grégoire et Fiat Turbina des années suivantes sont autant de prototypes qui ne visent que les records voir la simple promotion technologique de leur entreprise.

En France deux sociétés sont des pointures dans le domaine : la SNECMA, société nationalisée qui fournit l’industrie aéro (souvent nationalisée elle aussi) et Turbomeca qui peine à trouver des débouchés après qu’un char à turbine ait été refusé par l’armée. Mais son dirigeant Joseph Szydlowski va trouver un client pour faire le promotion de sa solution.

Un commando crée la Renault Étoile Filante

Son idée est d’aller frapper chez Renault pour proposer une machine de record en 1954. Si ce dernier est alors à 634,39 km/h et détenu par la Railton Mobil Special, il existe d’autres classes de record. Et on s’intéresse alors à celui des moins de 1000 kg, la turbine développant 270 ch n’aura aucun mal à pousser une auto de ce poids et elle-même est relativement compacte et légère…

Si Pierre Lefaucheux n’est pas forcément emballé, l’idée fait son chemin à la régie décide finalement de créer un commando pour fabriquer son engin des records.

Le petit bureau d’étude est dirigé par Fernand Picard va concevoir un treillis tubulaire où le moteur prendra place juste derrière le pilote, le tout au centre d’une auto de 4,84m de long et 1,82 m de large. Pour la carrosserie on cherche bien sûr la finesse aérodynamique et donc des formes travaillées. Rien de tel alors que l’emploi de polyestrer stratifié avec moulage des différentes couches pour obtenir une auto aux formes voulues. Particulièrement basse, 1,1 m, elle soigne son Cx avec une valeur 0,18 ! Seul accroc à la finesse, l’imposante sortie latérale qui doit évacuer la chaleur produite par la turbine.

Concernant la partie mécanique, un ingénieur de chez Turbomeca, Abadie, travaillera de concert avec Albert Lory, père notamment de la Delage V12. La turbine sort donc 270 ch avec une alimentation au kérosène. Le souci c’est que la turbine est un élément mécanique qui demande une vitesse de rotation très, très très, élevée. On parle ici de 28.000 tours minutes ! Forcément il va falloir travailler sur la transmission. C’est ainsi que l’équipe va développer un système qui sera par la suite adapté aux autos de série : la transmission Transfluide.

Une fois le tout assemblé, la Renault Étoile Filante pèse 950 kg. Parfait pour aller chercher le record souhaité !

Les premiers tours de roues de la Renault Renault Étoile Filante

L’auto est finalisée en Février 1956. Elle est équipée d’une bulle au dessus du pilote mais celle-ci va vite disparaître pour sa présentation officielle qui a lieu le 22 Juin 1956 sur l’Autodrome de Linas-Montlhéry.

Toute la presse est conviée et s’il n’est pas question de tenter d’accrocher le record sur place, c’est plus une opération de com’ qui a lieu. Le pilote Jean Herbert, associé au projet depuis le départ est au volant. Il boucle plusieurs tours à une moyenne impressionnante de 190 km/h avec une pointe à 220 km/h. D’autres ont fait mieux, mais les autos étaient plus lourdes. Les articles sont nombreux saluant l’innovation technique et salivant devant le possible record qui sera tenté en fin d’été.

Le développement de la Renault Étoile Filante n’est cependant pas encore achevé. La voiture va donc prendre la direction de Milan pour aller tourner à Monza. Là Herbert accroche les 250 km/h, une nouvelle fois sur un anneau de vitesse. Les solutions sont éprouvées et pour ne rien risquer on fabrique une seconde auto qui ira chercher le record.

La Renault Étoile Filante à Bonneville

C’est dans le temple de la vitesse, le Lac Salé de Bonneville qu’on va aller chercher le record. Depuis 1935 c’est dans ce climat sec au possible que sont accrochés tous les records mondiaux. Les lieux sont moins exposés aux vents que les plages précédemment utilisées.

On commence par une première journée de tests. 500 km sont parcourus, sans que l’on ne cherche à accrocher le moindre record. C’est une vraie répétition et on peaufine les réglages.

Le grand jour c’est le 5 Septembre 1956. La Renault Étoile Filante est tractée sur son emplacement de départ et s’élance. Jean Herbert est au volant et quand il freine (avec des freins à disques et sans aucun frein moteur) après une dizaine de kilomètres le contrat est rempli. Dans la catégorie des autos de moins de 1000 kg la Renault Étoile Filante s’est adjugée le record absolu de vitesse à 308.85 km/h. S’y ajoutent les records de vitesse pour une voiture à turbine sur le mile, sur les 5 km et 5 miles !

Pourtant Jean Herbert est prêt à y retourner. Le compteur installé dans la voiture a relevé 322 km/h et on aimerait accrocher cette marque. Mais la turbine en décide autrement et ne voudra pas repartir. Aucune autre n’est prévue en secours, on s’arrête donc là !

L’héritage de la Renault Étoile Filante

On le sait, la turbine ne s’est pas imposée comme motorisation courante dans l’automobile. Des autos en ont pourtant été équipées en course, chez Rover encore une fois et la Howmet TX l’a même fait gagner en course !

Néanmoins on a beaucoup appris à l’époque, notamment au niveau du freinage et de la tenue de route à haute vitesse. Et puis de nos jours la turbine est de nouveau dans l’esprit de concepteurs automobiles qui pensent à cette solution pour des autos hybrides… même si les problèmes de chaleur notamment sont toujours présents.

Concernant les Renault Étoile Filante, elles serviront d’abord la communication du constructeur, une des autos étant exposée sur le stand du losange au Salon de Paris 1956. C’est celle qu’on connaît le mieux, Renault la sortant régulièrement pour des salons, voire des démonstrations comme au Losange Passion International en 2016.

La même année Renault la ramena à Bonneville, pour les 60 ans du record d’où sont issues les superbes photos ci-dessous.

La seconde auto est restée de l’autre côté de l’atlantique. En 1956 Renault s’y lançait avec sa Dauphine et elle fera le tour des salons aux côtés de la populaire. Elle a ensuite été acquise par un collectionneur et elle est restée au Mexique jusque récemment.

Source : l’Automobile Ancienne
Photos complémentaires : Renault

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