Pièces détachées pour les voitures anciennes : un approvisionnement de plus en plus problématique

Publié le par Benjamin

Pièces détachées pour les voitures anciennes : un approvisionnement de plus en plus problématique

Après la visite de quelques fournisseurs de pièces détachées pour les voitures anciennes et quelques restaurateurs ces derniers temps, de vraies problématiques atteignent le domaine des pièces. Entre qualité et disponibilité, c’est toute la filière qui peine actuellement, de ceux qui vous vendent les pièces à ceux qui les montent. Voici quelques explications.

Le constat

« On part pour le Tour Auto en fin de semaine prochaine mais on n’a toujours pas reçu les roulements de roue » nous glissait un préparateur la semaine passée.
« Tiens, regarde, c’est la bonne référence mais ce n’est clairement pas la même pièce » nous montrait un restaurateur, soufflets de direction en main.
« J’ai beau commander la pièce chez LE spécialiste français, prendre la plus chère, la colonne de direction arrive et il n’y pas de cannelures ! » nous expose un autre.
« C’est la même référence que par le passé mais le matériau a changé et les clients n’arrivent presque plus à monter la pièce » nous explique un vendeur de pièce.

Le domaine de la pièce détachée pour voitures anciennes traverse-t-il une crise ? Force est de constater que l’approvisionnement en pièces de qualité pour restaurer ou entretenir les voitures anciennes devient de plus en plus difficile.

Il faut séparer deux choses. D’abord les soucis d’approvisionnement et de délai. Crise au Moyen-Orient oblige, la logistique mondiale est impactée et les transports de pièces venant d’Asie, notamment, deviennent un casse-tête qui touche tout le monde. Ajoutez à cela d’éventuelles erreurs de stock ou de référence qu’on a toujours connu et les délais se rallongent et certains restaurateurs ne peuvent même plus donner de date de fin pour les travaux !

L’autre problème vient de la qualité. Là, c’est plus problématique puisque cela touche à la fois les restaurateurs qui ne peuvent pas restaurer les autos qui leurs sont confiées, les collectionneurs qui ne peuvent pas non plus le faire eux-mêmes et enfin les collectionneurs qui voient certaines pièces se détériorer plus vite qu’auparavant. C’est surtout sur ce point qu’on va tenter de vous expliquer d’où vient le problème.

Ne pas se tromper de « cible »

Il serait facile de « taper » sur les spécialistes des pièces Renault, Peugeot ou Citroën. Le fait est que les spécialistes établis de longue date dans le milieu de la voiture ancienne sont finalement, eux aussi, des victimes des problèmes rencontrés actuellement. Notez qu’on ne va ici aborder que les refabrications, pas les pièces d’origine, censées être conformes… depuis longtemps !

Certains peuvent être en cause dans quelques cas mais en regardant de plus près, le souci se retrouve plus en amont. Ces spécialistes ont toujours proposé des catalogues de pièces sourcées auprès de fabricants. Rares sont finalement les spécialistes de telle ou telle pièce qui vendent en direct les pièces puisque la plupart (pas tous mais malheureusement de plus en plus) de ces fabricants sont situés à l’étranger, pour une raison très importante et que tout le monde connaît : le coût.

Les équipementiers écoulent leur stocks mais lorsque ces pièces passent du statut de pièce pour voiture neuve à celui de pièce pour voiture d’occasion puis au stock pour voiture ancienne, leur approvisionnement se tarit. Les refabrications passent alors chez des spécialistes de ces pièces mais qui sont rarement les fournisseurs originels. Il faut donc que la rétro-ingénierie mise en œuvre soit performante pour que les dimensions et matériaux soient les bons.

Cette partie ne peut être entièrement maîtrisée par les spécialistes des pièces pour voitures anciennes que nous connaissons et qu’on retrouve sur les salons et bourses ou uniquement sur le net. Ceux-ci peuvent avoir des connaissances plus poussées sur certaines pièces mais la plupart ont des formations qui tiennent plus du mécanicien que de l’ingénieur de bureau d’étude. Ils sont donc contraints de faire confiance à leurs fournisseurs… à leur dépens.

Si les pièces livrées ne sont pas conformes, ils peuvent bien sûr agir pour avoir de nouvelles livraisons mais il est compliqué d’identifier le problème… surtout dans le temps !

Des solutions… coûteuses !

Pour résoudre ces soucis de qualité, on met le doigt dans un engrenage qui a un coût. Nos voitures anciennes ont beau prendre de la valeur, leur restauration et leur entretien devient également de plus en plus coûteux. Ces coûts sont limités au maximum par les vendeurs de pièces pour voitures anciennes et cela participe à la création des problèmes relevés.

La solution ? Un contrôle qualité plus poussé. Le vrai souci c’est qu’il va falloir monter plus qu’un simple bureau de métrologie ! Si certaines pièces sont vérifiables avec des pieds à coulisse et autres micromètres, le faire avec toute une série, déjà présumée conforme par le fournisseur prend du temps et a un coût. Surtout que toutes les pièces ne sont pas faites dans les mêmes matériaux ni dans les mêmes dimensions. C’est une équipe complète qu’il faut mettre en place pour réussir à s’en sortir, et chacun des membres de cette équipe devra avoir une polyvalence qu’on ne retrouve même pas chez les équipementiers !

La conformité initiale est d’ailleurs une chose, la tenue dans le temps en est une autre. Là, on aborde des tests en laboratoire avec des tests sous contrainte voire dans des enceintes bioclimatiques qui sont hors de portée niveau tarif de la plupart des vendeurs de pièces et même de certains fabricants… S’en remettre aux matériaux originels et au dimensionnement des pièces concernées est la seule solution pour contenir les coûts.

Conclusion

On n’apprendra à personne que les pièces pour voitures anciennes de qualité se payent. C’est d’autant plus vrai actuellement mais ça ne suffit pas toujours. Dans leur volonté de contenir certains coûts, les fournisseurs de pièces détachées pour les voitures anciennes doivent faire des choix. On trouvera évidemment des pièces de bonne qualité, qui se payent un certain prix, mais on n’aura jamais une garantie absolue.

La mise en place d’un processus qualité externe ou d’une certification serait impactante pour les collectionneurs qui verraient les coûts de restauration et d’entretien s’envoler encore plus et tous ne peuvent pas se le permettre. Souhaitons que la course au tarif ne pénalise pas plus longtemps les collectionneurs et souhaitons que la qualité cesse de baisser peu à peu.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Sylvain Dias Barreiros

    Merci pour cet article si proche de la réalité.
    Actuellement sur un projet de restauration d’une BMW 2002 de 1973, j’arrive à trouver des pièces neuves chez un fournisseur spécialisé avec en effet récemment un écart dimensionnel considérable sur un guide chaine de distribution.
    En trouvant la référence, j’ai pu la trouver directement chez BMW, cette fois ci conforme.
    Sur des pièces Porsche, je n’ai pas encore eu ce type de problème.
    Pour avoir partager cette expérience avec des collègues possesseurs de R5 Alpine c’est un vrai parcours du combattant…

    Répondre · · 30 avril 2026 à 23 h 29 min

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