On vous a déjà proposé des matchs qui tenaient de la bataille entre légendes, comme le dernier entre la Porsche 911 Carrera 2.7 RS et la BMW 3.0 CSL. Cette fois, on redescend niveau tarif et on va aborder un match plus « pratique ». Celui entre deux voitures à visées sportives qui tombent le haut pour pouvoir profiter du soleil. On va donc opposer, en trois manches, la Jaguar XKR Cabriolet et la Porsche Boxster 3.2 S.
Échauffement
On reprend le même principe que les matchs précédents. Sauf que plus qu’une philosophie qu’on va opposer (et encore, ça va être important), c’est un vrai duel pratique qu’on va mettre en œuvre. Mais avant cela, posons les bases.
Déjà, les deux modèles sont sortis la même année : il y a 30 ans, en 1996. Ça ne rajeunit personne ! Ensuite, on parle de deux marques qui ont un beau passé sportif mais qui n’étaient pas forcément au top de leur forme dans les années 90. Jaguar était à la relance et ça s’illustrait avec sa nouvelle XK, première voiture de l’ère Ford. Porsche cherchait à étoffer sa gamme qui arrêtait alors les « PMA » qu’étaient les 928 et 968.
Côté philosophie, on avait deux visions différentes.
D’un côté Porsche qui cherchait à séduire une clientèle plus féminine avec une voiture plus facile que la 911 uniquement proposée en cabriolet. On gardait un 6 cylindres mais celui-ci était placé au centre de la voiture, une solution plus sécurisante au niveau de la conduite tout en gardant de la performance.
De l’autre côté, Jaguar changeait tout en adoptant un V8 pour remplacer, finalement, la XJS et son V12 (ou son 6 cylindres) qui pouvait paraître antique à l’époque. Les XK et XKR étaient disponibles en coupé et en cabriolet et plusieurs niveaux de puissance étaient disponibles.



Ce qui rassemble surtout nos deux voitures du jour c’est qu’elles sont désormais concurrentes. Toutes deux construites au début des années 2000, elles se retrouvent dans les mêmes ordres de prix de nos jours. Le fait que ce soit deux cabriolet les rapproche également du côté de l’utilisation. Mais il y a des différences, c’est certain. Alors on va juger !
1ere Manche : le charisme
Juger les lignes, c’est très suggestif. Certains adoreront le design de l’une et détesteront l’autre… et inversement. D’ailleurs, lors des essais des deux voitures, leurs lignes avaient obtenu la même note : 14/20. Une note honorable pour des voitures venues d’une décennie pas spécialement innovante côté design. Par contre, le charisme, c’est autre chose puisque même une voiture « moche » peut en avoir.
On débute avec l’Allemande. Cette Porsche Boxster 3.2S est une voiture de première génération, qui reprend encore largement les lignes du concept dévoilé en 1993, signé Harm Lagaay qui avait signé les 993 et 968 et visait ici une inspiration venue des 356 Speedster et 550 Spyder.
Le résultat ? On retient surtout les feux qui seront repris sur les 996 et même sur les GT1 du Mans mais qui ne convaincront pas vraiment et seront abandonnés pour se rapprocher des feux ronds des ancêtres. Le Boxster 3.2S affiche globalement un design très 90s avec des surfaces rondes et lisses qui n’en font pas trop. Une voiture consensuelle et réussie.







Du côté anglais, non, la Jaguar XK n’est pas signée Ian Callum qui vient de partir chez Aston et va créer la DB7 à la base technique très proche de la XK. C’est Geoff Lawson, le père de la XJ220, qui se charge de ce design.
Notre XKR du jour est une voiture du début des années 2000. Elle a donc perdu sa bouche reculée dans la calandre. La grille affleure et ça change tout, surtout que la XKR, la version plus musclée de la XK, adopte une véritable grille. D’ailleurs, elle complète sa panoplie de « méchante » avec quelques particularités. D’abord avec les grilles placées sur le capot. Et puis notre voiture du jour est une « Spirit of Legends » qui reçoit des jantes de 20″. Sinon, le dessin est similaire à celui d’une XK.
Ici aussi on est véritablement dans le style des années 90 avec des rondeurs et surfaces lisses. On note cependant que le « décapsulage » de l’auto a été bien dessiné. La capote s’intègre bien à la ligne, même repliée.





Finalement, ces deux cabriolets sont issus des mêmes époques mais ne montrent pas vraiment les mêmes choses. La Jaguar XKR assume son côté sportif, plus que la Porsche qui joue peut être trop la carte du consensus. Notez aussi que niveau gabarit, ça n’a rien à voir. La Jaguar est 42cm plus longue, un peu plus large et à peine plus haute. En fait, elle en impose. Et c’est ça qui lui permet de remporter cette première manche.



2e manche : beauté intérieure, Allemagne-Angleterre
Normalement, là, on attaque une manche où la philosophie est dictée par l’origine des voitures. D’un côté les anglaises qui jouent soit la carte du luxe (notamment chez Jaguar) soit la carte du dépouillement extrême pour les petits roadsters… qui sont bien loin historiquement, de la XK. De l’autre on a les allemandes à l’intérieur desquelles la notion de « fun » est complètement effacée mais qui ne lésinent pas sur les équipements.
Justement, la Porsche Boxster est bien fidèle à ces préceptes. Côté équipements, on est bien au début des années 2000 avec les 4 airbags et la clim qui font partie des équipements de série. L’instrumentation n’affiche pas 5 cadrans, c’est réservé à la 911, mais 3 qui restent dans l’ambiance Porsche. Le volant à trois branche accueille les boutons de la boîte Tiptronic qui renvoie directement au levier de vitesse.
Par contre, c’est tristounet… Le noir est de mise de la sellerie aux plastiques. Ceux-ci sont de bonne qualité et ont bien vieilli mais il n’empêche que le noir étendu est, certes sobre, mais pas spécialement accueillant.



On passe au cas de la Jaguar. Vous vous attendiez évidemment à du bois. Raté. La série Spirit of Legend ne se limitait pas aux jantes 20″, elle comprenait aussi un intérieur spécifique. La planche de bord était en effet recouverte de carbone. En 2005, ce n’était pas courant et montrait bien que la marque voulait se placer dans le monde du sport (elle venait de quitter la F1). Bien réalisé, il apporte une originalité différente du bois et fait plus moderne, mais moins anglais.
Le noir, ou l’anthracite, est bien présent dans cet intérieur. Le plastique est peut-être de moins bonne qualité que dans la Porsche, c’est l’influence Ford ça. L’instrumentation est claire et lisible. L’équipement est bon et les nostalgiques retrouveront un lecteur cassette ! Par contre, la sellerie grise apporte plus de clarté à cet intérieur. De belle qualité et bien entretenue, c’est un vrai plus.
L’autre vrai plus viendra de l’arrière puisque la Jaguar XKR Cabriolet offre des places arrières. Comme souvent, elles sont réservées à des enfants… quand le filet anti-remous n’empêche pas leur accès.



Résultat ? La configuration de la Porsche la pénalise forcément. Cet intérieur tout noir pourra plaire mais, finalement, sa sobriété est beaucoup trop prononcée. L’intérieur de la Jaguar n’est pas beaucoup moins sobre mais offre quand même de l’originalité et de la clarté. Victoire anglaise !

3e manche : sur la route
Après deux manches en faveur de la Jaguar, tout va se décider sur la route.
On garde nos habitudes et on s’installe au volant de la Porsche Boxster 3.2S. Déjà, petit coup d’œil à la technique. Le 6 cylindres propose 252ch et 305Nm pour un poids situé autour des 1400kg. Une fiche technique intéressante donc. Par contre, la boîte Tiptronic n’a pas forcément une réputation très sportive. Par contre, le PSM, le contrôle de trajectoire est aussi de la partie.
Avec la « Tiptro » en mode automatique, la ville ne pose pas de problème. La visibilité vers l’extérieur n’est pas folle mais ça ne va pas être un vrai argument. En tout cas l’allemande se montre bonne voyageuse. Capote en place et calé en 6e, le bruit est quasiment absent. On est bien assis, le chauffage fonctionne et on pourrait en faire des bornes calé comme ça. Sauf qu’on est à bord d’une Porsche et qu’on recherche forcément autre chose.



On va aller chercher ça. Par contre, le mode automatique est vite embêtant une fois arrivé sur des routes où on veut tester les capacités sportives. On va prendre la main… de façon peu intuitive puisque c’est avec les pouces qu’on va jouer au lieu des palettes auxquelles on s’est vite habitué.
Le résultat ? La Porsche Boxster 3.2S est résolument sportive. Pas de doute. Son moteur demande à prendre des tours pour se révéler. Sa puissance peut paraître limitée mais quand on monte à plus de 4000 tours, ça pousse fort et c’est à la fois efficace et sécurisant.
Surtout, cette voiture pensée pour être plus sécurisante qu’une 911 réussit son pari. Avec le moteur en position centrale, plus besoin de surcharger l’avant pour rentrer dans un virage à rythme élevé. La direction est précise, les freins sont irréprochables et les vitesses de passage sont hallucinantes. En fait on atteint des rythmes élevés, plus élevés que ce que la voiture ne laisse paraître en tout cas.



On prend place à bord de la Jaguar. La philosophie est donc différente avec son moteur placé à l’avant, déjà. Ensuite ce moteur est un V8 de 4,2 litres qui bénéficie en plus d’un compresseur. Là on joue dans une autre cour puisqu’on atteint 406ch et 522Nm. Par contre, le poids est plus élevé puisque la XKR a été mesurée à 1915kg ! Aïe.
On va démarrer tout doux. Sauf que non. Sur des graviers, ça patine direct ! La boîte auto (pas de manuelle au programme) a beau lisser la chose, on sent que les roues arrières ont envie d’envoyer du lourd dès le départ. La conduite à rythme classique ne souffre d’aucun reproche. Le moteur est onctueux et ronronne en étant un peu plus présent que dans la Porsche. Le confort est royal, même perché sur les 20″ on ne sent pas vraiment la route.



Si l’image sportive de Jaguar n’est pas aussi prononcée que celle de Porsche (surtout dans les années 90 et 2000), la fiche technique suffit à nous dire que cette voiture n’est pas QUE une voyageuse. Alors quand la température est bonne et que la route est dégagée on tente l’accélération un peu plus nette. Rien que du bout du pied, ça fait quelque chose. Alors on répète plus franchement. Ah oui, quand même.
Le compresseur permet au moteur d’être plein à tous les régimes. La force déployée par les 8 gamelles se fait sentir très bas. Et puis ça pousse, ça pousse. Vous sentez que vous allez vite mais un regard au tachymètre confirme que vous ne vous doutiez même pas de votre vitesse.
Les virages arrivent ensuite. La masse de la Jaguar XKR Cabriolet est bien freinée. La direction est précise. La répétition des efforts ne nuit pas aux performances. Par contre, les vitesses de passages vont forcément être limitée, à un certain point, par le poids de la bête. On ne peut pas faire n’importe quoi au volant de la Jaguar, elle ne pardonnera pas tout non plus. Alors on fait attention mais on garde le plaisir d’écraser l’accélérateur en sortie de courbe.



Roulement de tambour, c’est l’heure du verdict. En fait, c’est la partie difficile. Pourquoi ? Parce que là on va devoir vous laisser statuer.
Choix 1 : vous préférez la tranquillité, l’efficacité et vous voulez pouvoir passer fort sans avoir de sueurs froides. Dans ce cas là, préférez la Porsche Boxster 3.2S. Elle est plus équilibrée, plus sécurisante, intuitive et facile. Ça ne lui fait qu’un point dans ce match mais c’est son premier et elle le mérite.
Choix 2 : vous voulez des sensations. La Jaguar XKR Cabriolet se montre beaucoup plus démonstrative. Si on faisait la course, la Porsche prendrait le dessus dans les virages mais la Jaguar recollerait dans les lignes droites et passerait finalement devant avec sa poigne bien plus grande tout en vous gratifiant de vraies sensations de vitesse qui sont pourtant en-deçà de ce qu’affiche le tachymètre !



Verdict final
Même en plaçant la Porsche devant au niveau de la conduite, elle ne battra pas la Jaguar. Le consensus a des avantages mais la personnalité est importante. La Jaguar XKR Cabriolet offre une touche d’originalité que la Porsche Boxster 3.2S retient par pure dogmatisme. À nos yeux, ça suffit à préférer l’anglaise. Pour autant, si la Porsche est battue, il n’empêche qu’elle a des qualités certaines et que c’est une voiture qui a de sacrés arguments à faire valoir.
Certains pourraient se dire que la décision finale viendra aussi du porte-monnaie. Même pas (tout le temps)! Ces deux voitures étaient proposées lors de la même vente par la maison Osenat (qu’on remercie pour avoir permis cet essai) il y a quelques mois. L’anglaise était estimée entre 20 et 25.000€ (finalement vendue 30.100€) et la Boxster entre 18 et 24.000€, des côtes fidèles à ce que pourrez retrouver sur le marché.

| Fiche technique | Jaguar XKR Cabriolet | Porsche Boxster 3.2S |
| Années | 2002-2005 | 2000-2002 |
| Mécanique | ||
| Architecture | 8 cylindres en V | 6 cylindres à plat |
| Cylindrée | 4196 cm³ | 3179cm³ |
| Alimentation | Injection Multipoints et compresseur | Injection Multipoints |
| Soupapes | 32 | 24 |
| Puissance Max | 406ch à 6100 trs/min | 252ch à 6250 trs/min |
| Couple Max | 522Nm à 3500 trs/min | 305Nm à 4500 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Automatique 6 rapports | Tiptronic 5 rapports |
| Transmission | Propulsion | Propulsion |
| Châssis | ||
| Position Moteur | Longitudinale avant | Longitudinale centrale |
| Freinage | Disques Ventilés AV et AR | Disques Ventilés Percés AV et AR |
| Voies | AV 1504 mm / AR 1498 mm | AV 1465 mm / AR 1504 mm |
| Empattement | 2588 mm | 2415 mm |
| Dimensions L x l x h | 4760 x 1829 x 1306 mm | 4340 x 1780 x 1290mm |
| Poids (relevé) | 1915 kg | 1400kg |
| Performances | ||
| Vmax Mesurée | 250 km/h (autolimitée) | 255 km/h |
| 0 à 100 km/h | 5,9s | 6,5s |
| 400m d.a | 14,2s | 14,5s |
| 1000m d.a | 25,8s | 26,5s |
| Poids/Puissance | 4,71 kg/ch | 5,56 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 12,5 litres / 100km | ± 11 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 18 litres / 100 km | ± 20 litres / 100 km |
| Prix | ± 30.000 € | ± 19.000 € |
Pour aller plus dans les détails, vous retrouvez les deux essais ici :


DE LA SAYETTE
C’est presque David contre Goliath !
Mais votre comparaison n’est pas vraiment « fair »: ces deux voitures ne jouent pas dans la même division.
Un jaguariste de très longue date (Type E depuis 45 ans) qui vous veut du bien..
Bien cordialement.
LdlS
· · 27 avril 2026 à 21 h 20 min
Saint-Rich
Trop de plastoc et d’électronique embarquée. Je passe mon tour pour ces deux modèles… Pourquoi donc un filet anti remous ? Et puis du champagne sans bulles aussi ?
· · 7 mai 2026 à 8 h 34 min