« Oh, une voiture d’occase » diront certains. Sauf qu’ils oublient un détail d’importance… on parle quand même d’une voiture a fêté ses 30 ans l’an dernier déjà ! Vous allez voir que son âge, elle l’accuse tout en étant résolument moderne. L’Audi S6, c’est un symbole de ces « sleepers » ces voitures dont on ne soupçonne pas les performances et qui peuvent vous déposer sur autoroute ou au feu rouge. En tout cas, une voiture qui annonce la couleur dès son nom et dont les performances n’ont pas vieilli !
Au sommaire
Notre Audi S6 du jour
Le style de notre auto du jour est un peu un symbole des Audi de l’époque et une image d’Épinal de l’auto germanique. Carrée mais adoucie, élégante et imposante, la version break est un autre symbole d’un temps où les monospace apparaissent seulement tandis que les ancêtres des SUVs n’ont pas quitté les chemins de terre.
Pour se refaire l’histoire qui aboutit à notre Audi S6 V8, il faut revenir en 1968. Cette année là sort l’Audi 100. Elle va se décliner en quatre générations, C1 à C4. La C4 apparaît en 1990 et va être une des voitures symboliques de la montée en puissance du constructeur aux anneaux. La première version est en effet produite jusqu’en 1994. À cette date, Audi décide de changer son système d’appellation des modèles et la V8 devient l’A8 tandis que la plus petite A4 arrive. L’Audi 100 C4 devient l’Audi A6 C4 en ne profitant que d’un restylage pour différencier les deux versions !
L’Audi S6 apparaît aussi à cette époque. En 1991, Audi a doté sa 100 C4 d’une version plus sportive avec un 5 cylindres de 230ch et elle s’appelle l’Audi S4. Forcément, le changement de numérotation ne permet pas de garder ce nom. Au moment de l’apparition de l’A6 apparaît donc notre Audi S6.

Le style de l’auto ? On l’a résumé sommairement mais pour différencier une Audi 100 d’une A6, il y a des solutions. La première ? La disparition des bandes noires. Les 100 du début des années 90 affichaient un avant barré par un pare-chocs noir. Avec l’arrivée de l’A6, ils sont peints couleur carrosserie. On note aussi des phares avant qui sont légèrement moins carrés, offrant un arrondi vers la calandre. C’est une nuance mais ça fait une différence.
Par contre, ceux pour qui l’appellation Audi S6 évoque des appendices aéro seront déçus. La sobriété est encore un terme qui figure dans les valeurs de la marque au milieu des années 90. La face avant est strictement la même que celle de l’A6. Pas d’entrées d’air travaillée, pas d’écopes supplémentaires ou d’ailettes au coin de la carrosserie. C’est lisse et on ne reconnaît l’Audi S6 qu’avec son badge spécifique dans la calandre. On en profite pour remarquer le côté haut de gamme avec les lave-phares.




Sur le profil aussi, les bandes noires, qu’on retrouvait alors au milieu des portes, ont disparu. Certes, sur notre Audi S6 du jour, la couleur fait disparaître ce détail. On distinguera surtout l’Audi S6 à ses jantes spécifiques.
Notre break du jour se montre également massif. Alors, certes, moins que les breaks actuels qui ont réduit leurs vitrages à de simples meurtrières. Là, on a encore de la surface vitrée et des montants relativement fins. Par contre, il faut avouer que le dynamisme de la ligne des breaks Audi a évolué en aplatissant voire en faisant retomber le pavillon. Ici on a l’impression qu’il remonte et les barres de toit renforcent cette idée.
Note intéressante : en changeant de profil, on a un petit changement. Il est à peine visible. Le rétro droit est en effet plus petit que le rétro gauche. C’est caractéristique des autos du groupe VAG de l’époque. Officiellement, c’est pour réduire la trainée… mais on se dit que les coûts ont aussi quelque chose à voir dans l’affaire.



L’arrière est très classique. Encore plus que l’avant. La lunette arrière est énorme. En dessous, le bandeau rouge trahit l’âge de notre voiture en nous replongeant réellement dans les années 90. Entre phares et bandeaux réfléchissants, on barre littéralement l’arrière de l’Audi S6. Cet arrière est d’ailleurs étonnant puisque c’est celui d’une Audi 100 Avant (Avant étant le nom de break chez Audi pour ceux qui n’auraient pas suivi). Même avec le changement d’arrière, il n’a pas évolué sur la S6 alors que l’A6 s’équipait d’un bandeau allégé, n’allant pas jusqu’à la plaque !
On la joue encore discret puisque le badge S6 n’est pas si visible. La cylindrée du moteur n’est pas indiquée et ce ne sont pas les deux sorties d’échappement qui vont beaucoup nous éclairer.
En bref ? Le style de cette Audi S6 est typiquement celui d’un sleeper. Une voiture qui ne laisse rien paraître de ses ambitions de sportivité. Côté luxe, c’est autre chose, c’est vrai. On note également un style qui a vieilli… mais bien vieilli. Sa sobriété fait qu’il n’est pas complètement dépassé même s’il n’est plus à la mode.



Technique : LA différence
On vous l’a dit, la S4 qui est donc l’ancêtre directe de l’Audi S6 est née avec un 5 cylindres, une mécanique chère à la marque aux anneaux. Mais elle pouvait aussi être équipée d’un moteur V8, un 4,2 litres atmo repris directement de la grande sœur V8. Sur l’Audi S6, la différence avec la génération se retrouve dans le gain de puissance puisque le moteur passe de 280 à 290ch.

On conserve les 4 soupapes par cylindres et on affiche un couple intéressant de 400Nm, un peu haut perché à 4000 tours. Cette mécanique apporte une particularité puisque la boîte de série est une boîte auto à 4 rapports. D’un coup le côté sportif semble en prendre un coup mais il faudra voir au volant ce que ça donne. Notez que la boîte 6 vitesses, disponible de série sur le 5 cylindres, était également proposée en option.
Comme toute voiture haut de gamme de la marque, l’Audi S6 est équipée de la transmission Quattro, une intégrale permanente.
Sur le reste de la technique, pas grand chose à dire sur cette auto des années 90 qui est bien équipée (l’ABS est de sortie) mais qui présente une autre caractéristique propre aux allemandes de ces années : le poids est élevé puisqu’il est relevé à 1825kg !
Notez enfin que pour ceux qui trouvent la voiture trop sage, une S6 Plus a été proposée par Quattro (gmbh) lors de la dernière année de commercialisation. Le moteur passait à 326ch, avec la boîte 6 et les freins avaient été améliorés.



Intérieur : confort plutôt que sport
En ouvrant la porte, pas de doute, on rentre dans une Audi. Si l’extérieur de l’Audi S6 V8 vous paraît sage, l’intérieur sera monacal. Ici, pas de couleur, pas de formes originales. C’est sombre, c’est carré mais, évidemment, on se sent bien accueilli et presque envahi par une foule d’équipements qu’on ne s’attend pas à retrouver dans une auto qui a plus de 30 ans !

Le volant cuir à 4 branches et avec airbag est bien visible. Pour que l’instrumentation le soit aussi, le fond est blanc. C’est complet puisqu’on trouve la température d’eau, le compte-tours badgé S6, une série de voyants renseignant sur la santé du véhicule, le compte-tours et la jauge de carburant (quand on a un V8 de 4,2 litres, on apprécie que ce soit visible facilement). Au centre, après la barre indiquant le rapport de boîte engagé, on ajoute une montre à l’ancienne, la température et un témoin de charge. Certains instruments vivent leurs dernières heures sur cette Audi S6 V8.
La console centrale montre bien qu’on est dans les années 90. Les boutons sont nombreux, l’autoradio est « vintage » (même s’il a été modifié pour accepter le bluetooth) et accepte encore les cassettes ! On retrouve aussi une note de bois, si sombre qu’elle ne saute pas aux yeux. En fait, elle se retrouve aussi devant le passager et sur les portes. Le reste de la sellerie ? Noire mais on apprécie la qualité puisque du haut de ses 31 ans, on note une patine plus qu’une usure.
Les sièges se règlent électriquement, on a la clim et en passant à l’arrière on est également bien traités. L’Audi S6 V8 ne montre aucunement ses ambitions sportives (ou performantes, comme vous voulez) et met tout sur le confort. Est-ce que ce sera pareil au volant ?





Au volant de l’Audi S6 V8
Démarrage. Jean de La Fontaine aurait pu faire une fable tant le ramage se rapporte au plumage. C’est discret, passe partout mais, d’un autre côté, on sent qu’il y a quelque chose de « pas normal ». Quelque chose qui peut vous plaquer au siège façon prise de catch. En attendant, la mise en route est la même que dans n’importe quel break avec boîte auto, avec du couple.
Oui, on évolue dans un village sur le couple. Oui, c’est d’une facilité déconcertante. L’Audi S6 V8 ronronne, et encore le plaisir félin est mesuré puisqu’on ne l’entend pas du tout. Notre voiture noire n’attire aucun regard, on se demande pourquoi 007 roule en Aston alors qu’il serait plus discret avec une Audi. Et puis c’est diablement confortable. Les ralentisseurs sont avalés sans qu’on ne se pose la question du rendez-vous chez le kiné. La direction est démultipliée juste ce qu’il faut pour éviter de faire mal au bras tout en gardant une précision suffisante.


La route s’ouvre, le moteur n’est pas chaud. Faut dire qu’au train de sénateur où on évolue et même avec le mercure affolé du moment, le gros V8 prend son temps pour s’échauffer. Sur la nationale, on doit enfoncer l’accélérateur pour avoir une réaction plus costaude que celle de la C1 (Citroën, pas Corvette) qui est juste devant. Une fois le rythme de croisière atteint, l’Audi S6 V8 est une vraie Audi, enfin l’idée que le commun des mortels se fait d’un break Audi : une voiture prête à avaler les bornes tant que l’énorme réservoir est bien rempli.
Trop facile ? En fait, fallait s’y attendre. D’accord cette voiture a plus de 30 ans mais une Audi de l’époque proposait des équipements qui sont parfois encore des options dans les entrées de gamme actuelles. Alors, oui, c’est facile. Ce qui étonne plus à ces vitesses, c’est le manque criant de caractère sportif. Il y a un S quand même, pas un RS, mais ça devrait être un peu plus violent non ?
Si la sportivité ne vient pas à toi et que tu finis par douter de sa présence, il faut aller la chercher. Allez, on sort de la Nationale pour attaquer une départementale. Elle monte d’ailleurs et comme l’aiguille de température s’est enfin agitée, le pied droit va en faire de même. Résultat ? Sans accélérer à fond, l’Audi S6 V8 grimpe la côte comme Pogacar dans le Tourmalet, rapide, sans à-coup et sans trembler. Elle se permet même de passer la vitesse supérieure pour nous signifier un « c’est tout ? ».

Alors sur le plat, j’y vais plus fort. Beaucoup plus fort. C’est en accélérant à fond que je révèle enfin le V8 et ses 42 soupapes. Là, ça accélère. Oui, la poussée est franche mais, soyons honnête, la masse de notre gros break fait que l’accélération n’a rien à voir avec celle d’une berlinette de même puissance mais rendant quelques quintaux sur la balance. Par contre, si l’impression est moyenne, un coup d’œil au compteur suffit à vous dire que, oui, l’Audi S6 V8 EST performante.
Les virages approchent. Le freinage ? Il est bon même si le toucher de pédale accuse son âge. C’est efficace mais je n’aime pas vraiment le manque de progressivité qui est tout de même de loin d’un « champignon » de chez Citroën. L’auto ralentie, le virage passe. Fort même. La direction est précise et si on avait besoin de bien la tenir sur les lignes droites bosselées, une fois chargée, elle est quasi parfaite même si on ressent des rebonds, dus à la mollesse des suspensions.
En sortie de virage, l’Audi S6 V8 remet les gazs de façon sereine. Quelques enchaînements plus tard, les freins n’ont pas faibli et le comportement reste d’une neutralité helvète plutôt que teutonne. Alors, oui, ça élargit la trajectoire, mais c’est dû au poids et à la vitesse d’entrée dans le tournant… ainsi qu’aux suspensions. Le système Quattro gomme tout et permet quasiment tout. Ce n’est pas une voiture de rallye et les dérives ne seront pas au programme.



Du coup, la puissance passe bien aux roues. Le tachymètre ? Il s’affole vraiment alors que la route n’est pas franchement un billard. L’Audi S6 V8 la joue « pousse toi de là que j’passe » et ne se laisse ralentir par aucune voiture plus lente qui squatterait quelque voie que ce soit. Le TGV d’Ingolstadt est lancé et seuls ses freins semblent pouvoir l’arrêter.
Le rythme est diaboliquement élevé. La bonne surprise ? Là encore on s’y attendait mais aucun effort n’est nécessaire de la part du conducteur pour atteindre ces rythmes élevés. Le confort est toujours excellent. On hésite même à mettre l’autoradio. Oui, quand on a un V8 32 soupapes ce serait dommage, mais de toute façon, on ne l’entend pas, même quand on veut y mettre du nôtre (et vu le mercure, on se passera de l’option visant à envoyer la clim vers l’extérieur en ouvrant les fenêtres).

Pour autant, l’exercice n’est pas long. Les villages se succèdent et certains axes sont légèrement chargés. Notre tank allemand redevient passe partout. Franchement, il incarne parfaitement le « sleeper », cette auto performante qui ne laisse rien paraître. Les regards des conducteurs se portent vers une auto d’occase sans se douter qu’elle les déposerait au moindre péage. Car c’est bien sur l’autoroute qu’une Audi S6 V8 sera au top. Son poids ne sera plus un handicap et elle filera à des rythmes… qu’on n’adoptera que sur les Autobahn allemandes.
Alors on calme et on roule tranquillement. Comme sur la plupart des voitures proposant ce niveau de puissance, on se contentera de bonnes accélérations en sortie de village, histoire de décramponner le SUVs aux anneaux, bien actuel lui, qui semblait avoir des velléités de dépassement. Eh oui, mémé a de la ressource ! Une fois que c’est fait, on laisse faire le confort.
Conclusion
L’Audi S6 V8 ne réserve aucune surprise. En ça, c’est déjà une Audi moderne. Son esthétique sans relief lui permet un anonymat que certains trouveront agréable en regardant sa descendante actuelle qui semble sortie d’une piste de DTM. Son confort ? On n’en attendait pas moins. Ses performances ? Pareil.
Sauf que… on aurait aimé avoir une petite surprise en fait. La fiche technique peut laisser penser que l’Audi S6 se permette, de temps à autre, quelques réactions exotiques et laisse remonter un peu plus de sensations. Mais non, Audi s’en tient à l’image que le constructeur veut construire à l’époque et on comprend aisément que ça puisse plaire.
| Les plus de l’Audi S6 V8 | Les moins de l’Audi S6 V8 |
|---|---|
| Son confort | Manque de sportivité |
| Ses performances | Conso |
| Sa fiabilité | |
| Sa facilité de conduite |








| Fiche technique | Audi S6 V8 |
| Années | 1994-1997 |
| Mécanique | |
| Architecture | 8 cylindres en V |
| Cylindrée | 4172 cm³ |
| Alimentation | Injection Multipoints |
| Soupapes | 32 |
| Puissance Max | 290ch à 5800 trs/min |
| Couple Max | 401Nm à 4000 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Automatique 4 rapports |
| Transmission | 4 roues motrices Quattro |
| Châssis | |
| Position Moteur | Longitudinale avant |
| Freinage | Disques Ventilés AV et AR |
| Voies | AV 1550 mm / AR 1525 mm |
| Empattement | 2690 mm |
| Dimensions L x l x h | 4795 x 1805 x 1430 mm |
| Poids (relevé) | 1825 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 257 km/h |
| 0 à 100 km/h | 6,1s |
| 400m d.a | 14,2s |
| 1000m d.a | 26,8s |
| Poids/Puissance | 6,29 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 13 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 20 litres / 100 km |
| Prix | ± 12.000 € |
Conduire une Audi S6 V8
Rouler en Audi S6 n’est pas très compliqué. L’auto n’est pas spécialement rare et les SUVs n’avaient pas encore grignoté des parts de marché à ces autos à l’époque. On en retrouve de nombreuses sur le marché. Il faudra, par contre, faire votre choix entre les versions 5 cylindres et V8 et, surtout, entre les berlines et les breaks. Sachez que tout se retrouve.
Le gros avantage ? Le prix, en tout cas le rapport qualité/prix. Les Audi S6 se retrouvent dès 10.000€. Notre voiture du jour, dont vous pouvez juger de l’état, est ainsi en vente chez Mildcars à 12.500€ (l’annonce est ici). C’est loin d’être une des plus chères sur le marché et on s’interrogera d’ailleurs de certains prix.
En effet, le kilométrage n’est pas si important dans l’équation. Le moteur, comme la boîte (même manuelle) sont fiables. Un bon entretien, régulier, vaudra mieux qu’une voiture oubliée et quasi neuve. Gros point fort : on est aux débuts de l’électronique ce qui limite le risque de pannes.
Par contre, ces autos fortement kilométrées accusent un certain vieillissement de l’intérieur, bien que la nôtre ait correctement évolué sur ce point, et ne sont pas parfaites extérieurement. C’est un bon point sachant qu’une rénovation extérieure ne sera pas plus onéreuse que sur une voiture plus ancienne.
Merci à Kristoff de nous avoir proposé cet essai.







Commentaires