Les livrées qui ont fait le sport auto, EP6, le cerf orange, Jägermeister

Publié le par Arthur Legrand

Les livrées qui ont fait le sport auto, EP6, le cerf orange, Jägermeister

Parmi les livrées mythiques que l’on vous a racontées jusqu’à présent, beaucoup subsistent encore sous différentes formes. Mais certaines ont totalement disparu et se sont reconverties, pourtant elles ont marqué leur époque. C’est le cas de Jägermeister, d’une boisson de chasseur aux plus belles courses du monde, histoire d’une distillerie devenue star des circuits.

En bref :
– C’est ici aussi une affaire de famille à l’origine comme on l’a vu pour d’autres, tous nos épisodes sont à voir ici.
– La célèbre livrée a habillée les plus belles autos de compétition, et surtout des voitures allemandes.
– Jägermeister a couru dans énormément de disciplines.

La distillerie Jägermeister

Comme souvent jusqu’ici, la distillerie Jägermeister est une affaire de famille qui à l’origine n’a rien à voir avec le sport automobile et ce n’est qu’autour des années 1930 que la boisson devient celle que l’on connaît. Le fils de Wilhelm Mast, fondateur de la distillerie familiale, Curt, développe une boisson composée de 56 ingrédients naturels.

En plus de créer cette boisson, il en développe l’identité visuelle. Le nom en allemand se traduit par « maître chasseur », la bouteille verte rappelle les plantes utilisées et le logo choisi est un cerf, rappelant les légendes de Saint Hubert et Saint Eustache, les patrons des chasseurs en Allemagne, qui auraient eu la vision d’un cerf portant une croix lumineuse entre ses bois (ils devaient déjà en boire des liqueurs pour voir ça).

Mais soit, cette nouvelle identité visuelle fonctionne et accroche. Dès sa commercialisation, la liqueur connaît un certain succès, mais jusqu’aux années 70, la clientèle est mûre et la boisson n’est consommée qu’en Allemagne. C’est au début des années 1970 que le changement s’opère sous l’impulsion du neveu du patron de Jägermeister.

1972, l’année du changement

Cette année-là, Eckhard Schimpf, journaliste automobile, souhaite se lancer en sport automobile. Pour cela, il a besoin d’un sponsor à apposer sur sa voiture. Son oncle est alors ni plus ni moins que le patron de la distillerie allemande et, ni une ni deux, il part convaincre la direction de Jägermeister de le sponsoriser.

Après quelques discussions, c’est chose faite, Eckhard est sponsorisé par la marque de liqueur. Les premières voitures sont peintes aux couleurs de la bouteille, vert foncé.

Mais un problème est très vite apparu, Günter Mast, PDG de Jägermeister, trouve cette livrée trop sombre et se confondant trop facilement avec le reste des voitures quand la sienne est dans le peloton. Une décision radicale est prise, la peindre dans un orange vif ultra visible. En plus de la peinture qu’on ne peut plus manquer, le logo à la tête de cerf est apposé sur les flancs et sur le capot des voitures suivi de l’écriture Jägermeister en typographie gothique.

Le pari est osé mais la voiture est immanquable, au milieu d’un peloton noir, blanc ou gris, l’orange détonne et très vite la voiture floquée Jägermeister est adorée du public.

Côté organisation, Jägermeister ne va pas créer de team d’usine, la marque allemande va plutôt financer des écuries privées comme Kremer Racing ou Brun Motorsport. En plus de l’aventure de Eckhard Schimpf, Jägermeister va se lancer en monoplace en sponsorisant dès 1972 Graham Hill qui courait sur une Brabham BT 38 en Formule 2.

Jusqu’en 1976, les voitures orange se retrouveront notamment en monoplace, avec de la F2 comme Brabham, mais aussi et surtout avec les March-BMW. Pendant cinq ans, de 1974 à 1979, des pilotes comme Hans-Joachim Stuck, Jochen Mass ou Brian Henton ont pris le volant de monoplaces floquées Jägermeister. En 1974, on a aussi retrouvé Jägermeister sur une Formule 1 pilotée par Hans-Joachim Stuck à ses débuts.

Mais l’histoire de Jägermeister ne s’est pas écrite pour la majorité en monoplace mais bien plus en endurance et GT avec un constructeur majoritairement, Porsche.

Porsche et Jägermeister, une histoire qui roule

Si l’alliance avait débuté avec Eckhard Schimpf et sa 914/6 au critérium de Taunus, Jägermeister s’engage officiellement en DRM (Deutsche Rennsport Meisterschaft) à partir de 1973 avec des 911 RSR. Jusqu’en 1976, les Porsche RSR 3.0 vont écumer les championnats allemands et internationaux en s’imposant à quelques reprises.

L’année 76 va voir l’apparition de la nouvelle Porsche 934 Turbo destinée au Groupe 4. La voiture équipée d’un 6 cylindres à plat turbocompressé était impressionnante tant par sa puissance que par son pilotage, qui demandait une attention particulière. Si la voiture ne s’est pas toujours classée, elle est restée dans la mémoire des spectateurs de par sa livrée et ses glissades en piste.

Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que la 934 évolue et que Kremer et Max Moritz, alors associés à Jägermeister, ne développent la toute nouvelle 935. Chacun a engagé des pilotes de renom, chez Max Moritz on retrouvait Manfred Schurti, Jacky Ickx, Helmut Kelleners et chez Kremer Bob Wollek, John Fitzpatrick, Jochen Mass, Rolf Stommelen, Axel Plankenhorn.

Cette fois, la voiture marque par ses performances, entre 650 et 800 chevaux en fonction des configurations, une vitesse de pointe atteignant les 380 km/h au Mans et de nombreuses victoires en DRM et en endurance. Bien évidemment, la livrée orange à tête de cerf a retenu l’attention des spectateurs et a imposé Jägermeister comme un des teams préférés du public.

Le début des années 80 va propulser Jägermeister au plus haut sommet du sport automobile avec son entrée en Groupe C. Associé à l’équipe Brun Motorsport, les couleurs orange vont se retrouver sur les nouvelles Porsche 956 d’endurance. Dès 1984, les Porsche vont s’imposer en course avec un certain Stefan Bellof au volant de la 956 orange. Les couleurs Jägermeister vont directement aller sur le devant de la scène jusqu’à l’apogée en 1986.

Cette année-là, les 956 roulaient avec les premières Porsche 962C, parmi elles les couleurs allemandes étaient apposées sur les deux modèles et, fortes de nombreuses victoires, les Porsche Brun/Jägermeister signent en 86 la victoire au classement général après une année à se battre contre les usines Porsche, Jaguar ou encore Nissan.

Après cela, l’ensemble Brun/Jägermeister va continuer de collaborer sur les Porsche 962C, les voitures s’imposeront notamment aux 1000 km de Spa et seront des figures en Supercup allemande, mais les succès dans la Sarthe seront aux abonnés absents. À la fin des années 80, le partenariat avec Porsche se termine et la livrée orange commence à disparaître des carrosseries de Stuttgart. Mais ce n’est pas la seule marque que Jägermeister a sponsorisée, au contraire.

Jägermeister ce n’est pas que Porsche

Si Porsche est une des bases du sponsor allemand, en parallèle d’autres marques ont elles aussi reçu la célèbre livrée orange et ce dès les débuts de Jägermeister en sport automobile. À commencer par BMW, qui dès 1973 a vu sa 3.0 CSL floquée du logo de la distillerie avec un certain Niki Lauda au volant de la voiture.

Les BMW ont été nombreuses à se parer d’orange, la livrée a couru, comme Wärsteiner, en ouverture des GP de F1 lors de la série M1 Procar. On a retrouvé la livrée jusque dans les années 90 sur les BMW, notamment les M3 E30 de DTM, la 320 Groupe 5 ou encore la E36 en DTM.

Jägermeister a également sponsorisé et habillé une des voitures les plus impressionnantes du championnat DRM, la Ford Super Capri, la voiture avec sa lame avant et son aileron arrière gigantesque était une des rivales des Porsche de cette époque et la marque allemande n’allait pas manquer d’apposer ses couleurs sur la carrosserie américaine. En parallèle, les couleurs de Jägermeister se sont aventurées en dehors des pistes en embellissant les Ford Escort lors de rallyes, notamment celui de Monte Carlo.

À la fin des années 80, Ford n’est plus engagé en compétition, des Porsche il ne reste que la 962C et les BMW retirent les couleurs de la distillerie. Mais Jägermeister ne renonce pas à la compétition et va signer un accord avec deux autres marques qui font leurs débuts en DTM. Opel s’élance lors de la saison 1993 et une Omega 3000 DTM se verra alors peinte en orange. L’année suivante, ce sont deux Alfa Romeo 155 V6 qui arboreront les couleurs du cerf et ce jusqu’en 1996.

Ces voitures seront les dernières habillées par Jägermeister, puisque comme beaucoup de sponsors, la loi au début des années 2000 qui interdisait aux fabricants d’alcools et de cigarettes d’afficher leurs publicités en compétition a eu raison de la mythique livrée.

Suite à cela, Jägermeister revoit sa stratégie et se réoriente vers l’organisation ou la participation à des festivals de musique. Mais fort heureusement pour les passionnés, la structure 72Stagpower, soutenue par Jägermeister, continue de faire vivre l’héritage de cette livrée et engage certaines voitures aux couleurs de la distillerie dans des courses historiques. On vous met leur site juste ici pour voir les voitures dont ils disposent et qu’ils font rouler !

Arthur Legrand

https://www.carsandpaddocks.fr/

Arthur est un photographe passionné d'automobile. Il a rejoint l'équipe News d'Anciennes en tout début d'année 2025 et a contribué à de très nombreux articles dès sa première année.

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