Il est impossible d’être passé à côté de cette nouvelle mode : on en voit absolument partout et cette pratique envahit les réseaux sociaux, les concours d’élégance et les manifestations sportives. Le Restomod et le Brand Heritage sont partout dans l’automobile. On vous fait un tour de table de cette nouvelle façon de voir l’automobile ancienne !
Au programme :
Le principe du Restomod et du Brand Heritage
Cela n’aura échappé à personne : une bonne partie des nouvelles supercars puisent leur look dans le passé (tout en rajoutant de l’aéro). D’ailleurs, pas besoin d’aller chercher des supercars ; de nombreux constructeurs reprennent cela pour leurs voitures destinées à monsieur et madame tout le monde.
Supercar ou pas, cela porte un nom : pour les constructeurs, c’est un Brand Heritage (ou héritage d’usine), relancer un nom et un modèle iconique qui reprend le look d’une voiture qui marquée la gamme, que l’on modernise en partant d’une base de voiture actuelle. Ça peut être pour un hommage, un exemplaire unique pour montrer le savoir-faire de la marque, ou une volonté de production en série.
Pour les préparateurs, c’est un restomod : faire du neuf avec de l’ancien. On reprend une voiture classique déjà existante et on la modernise complètement en ne gardant souvent que le châssis d’origine ou le moteur !
Ce principe est à la mode et chacun y va de sa création. On ne va pas se mentir : certaines sont des réussites autant esthétiquement que techniquement, et certains ont une volonté de faire passer une pilule. On vous explique ça.



Les instigateurs de ce mouvement : les préparateurs
Le restomod nous vient donc des préparateurs : ceux-ci reprennent une voiture qui existe déjà pour n’en garder souvent que le châssis et en faire une réinterprétation moderne. Bon, sur le papier, peut-être que cela semble flou et pas tout à fait clair, mais les exemples sont courants et surtout extrêmement réussis.
La pierre angulaire de tout cela se trouve en Californie et porte le nom de Singer Vehicle Design. L’histoire débute en 2009, lorsque Rob Dickinson fonde son entreprise. Sa première création, sur base de Porsche 964, reprend les codes de la 911 classique mais modernisés et avec un niveau de finition digne des plus grands manufacturiers. Si les débuts sont nichés, le restomod explose entre 2011 et 2014, et ce grâce à deux facteurs.


Le premier est le passage de la Singer numéro un dans l’émission Top Gear, aidant à la démocratisation de la voiture. Le second facteur est l’émergence des réseaux sociaux et notamment d’Instagram. L’application démocratisant le partage de photos et d’images, la Singer, véritable œuvre d’art sur roues, connaît forcément un engouement massif et la petite entreprise californienne est propulsée sur le devant de la scène.
Mais en à peine dix ans, Singer ne se retrouve plus seul. Auparavant, les préparateurs s’occupaient de gonfler les moteurs, de rendre une voiture plus performante et se contentaient d’ajouter de nouveaux pare-chocs ; désormais, ils doivent répondre à une esthétique reprenant les codes classiques. Et certains en ont profité pour en faire leur crédo et développer leurs versions modernes de certaines icônes de l’automobile.



Si Singer, Machine Revival (qui a aussi fait de la BMW) ou encore Gunther Werks sont spécialisés en Porsche, récemment de nouveaux préparateurs ont émergé et se sont attaqués à d’autres modèles. Il y a quelques années, Benjamin avait déjà évoqué d’autres alternatives aux Porsche, là où le restomod n’en était qu’à ses débuts (parfois hasardeux). Mais les choses ont évolué et, entre-temps, il y a eu de spectaculaires réussites.





On quitte l’Allemagne et direction l’Italie, où Kimera Automobili a été fondée en 2021 et propose parmi les restomods les plus désirables du moment. Leur premier modèle, la Kimera EVO37, reprend directement les gènes de la Lancia 037.
Le châssis de base est une Lancia Beta Monte-Carlo, auquel est apposée une structure tubulaire comme on le faisait pour la 037. Le châssis gardant son numéro, le badge Lancia peut rester apposé sur la voiture, et Luca Betti, le fondateur, s’est entouré d’anciens de chez Lancia pour développer la voiture. Sous le capot, c’est un quatre cylindres compresseur et turbo que l’on retrouve, reprenant l’âme de la Lancia Delta S4 : un véritable hommage.


Bien sûr, du côté anglais, il y a du choix, à commencer par Alfaholics. Alors oui, le nom sonne italien, pourtant l’entreprise est anglaise et est spécialisée dans les pièces d’Alfa Romeo. Ils ont débuté en 2013 et font partie des précurseurs méconnus. Leur base : les Alfa Romeo GTA des années 60-70. Ici, on revisite ces Alfa avec comme modèle iconique la GTA-R 290. Le modèle est équipé d’un quatre-cylindres à carburateur ou à injection séquentielle développant près de 240 chevaux pour un poids contenu à moins de 900 kilos.
Si l’entreprise familiale développe ses voitures depuis plus de dix ans, elle a été mise en avant ici aussi grâce à Top Gear et aux réseaux sociaux, qui se sont de suite emparés du phénomène Alfa Classique.


Enfin, au sein de ces nombreux préparateurs et restomods existants, on vous en présente un dernier qui, indéniablement, est plus que réussi et fait retourner plus d’une tête : la TWR Supercat. TWR n’est pas un nom inconnu ; au contraire, les spécialistes de la F1 et de l’endurance se sont attelés à développer une voiture unique en son genre, qui nous manque dans le paysage automobile moderne. La base choisie est donc une Jaguar XJS, renforcée d’un châssis tubulaire en acier et d’une carrosserie en carbone.
Et sous le capot, c’est bien un V12 qui prend place, épaulé par un compresseur et développant près de 650 chevaux, le tout couplé à une boîte manuelle. Le design est époustouflant et le son est une véritable ode à l’histoire de Jaguar et de TWR.


Côté françaises, nous ne sommes pas en reste : deux projets plutôt désirables ont vu le jour ces dernières années. À commencer par la DS Grand Palais. Imaginée par Gérard Godfroy, la voiture reprend une base de DS21 ou 23, mais le designer français en fait un coupé deux portes sans montants latéraux. La voiture est bien sûr modernisée et fiabilisée, mais conserve les atouts de la DS d’origine comme la suspension hydropneumatique. Produite et homologuée à seulement six exemplaires, elle fait partie de ces restomods ultra-exclusifs.


La seconde française est une SM améliorée et porte le nom de SM2. On reprend ici le V6 Maserati, qui est revu en profondeur. On garde aussi l’hydraulique, qui est ici aussi revu de fond en comble. L’intérieur, comme beaucoup de pièces, est fait sur mesure et le look est légèrement modernisé. La SM2 ne diffère pas totalement de la SM, mais ces apports modernes comme des jantes en 17″ lui vont superbement bien. Si vous êtes intéressés, Benjamin, qui l’a essayée, vous en parle en détail juste ici !



Même si chaque modèle est fabriqué en petite série et ne compte que quelques exemplaires souvent hors de prix, ce principe de restomod est souvent un véritable travail d’orfèvrerie et offre aux passionnés et collectionneurs un retour dans le temps des plus impressionnants.
Au tour des constructeurs
Voyant cette mode exploser et surtout plaire, les constructeurs n’ont pas tardé à entrer dans cette nouvelle dynamique et à proposer des versions modernes de leurs véhicules historiques, qui prennent ici le nom de Brand Heritage et non de restomods. On peut voir ça comme un retour de la mode du néo-rétro qui avait redonné vie aux Coccinelle ou Mustang (voire Mini) il y a (déjà) 25 ans mais avec des ambitions différentes.
Ici, les voitures seront pour certaines produites en quantité plus large, bien que beaucoup soient exclusives, et surtout certaines sont accessibles.
Si Peugeot, il y a quelques années, nous avait teasé le concept E-Legend reprenant les traits de la 504, mais restant à l’état de concept-car (bien qu’on aurait aimé une version de production), Renault a fait de même mais est allé au bout de l’idée. La première d’une série était donc la R5 électrique.



Alors oui, elle est électrique, mais n’est-ce pas plus agréable de voir dans notre paysage une nouvelle R5 plus moderne, mais gardant les traits de sa prédécesseure, qu’une certaine Zoé au design plus discutable ? De plus, Renault, en plus de proposer une version accessible pour tous les jours, nous offre le bonheur de présenter une version Turbo 3E en hommage à la version Turbo de la Renault 5 des années 80. Elle est un peu moins accessible que sa version simple, mais quelques 500 heureux pourront se l’offrir, et ça c’est chouette !



Renault a décliné son idée sur la Renault 4 également, avec un succès un peu moins important mais présent ! Et enfin sur la Twingo. Oui, oui, la nouvelle Twingo est électrique elle aussi, mais elle reprend les traits de la première génération, et ce d’une façon plutôt réussie en intégrant sa bouille de grenouille qui avait tant plu à sa sortie.
Enfin, la marque au losange a proposé un Brand Heritage de sa R17 : à la façon du Lion, le projet a conquis directement, le look était attrayant, il reprenait les traits de la voiture originale, une réussite qui restera à l’état de concept-car et n’apparaitra jamais au catalogue Renault.


Côté françaises, Citroën s’est aussi lancé dans l’aventure avec, tout récemment, la présentation d’un concept de Brand Heritage basé sur la 2CV, qui reprendra les traits de la légende française. La production ne devrait être lancée qu’aux alentours de 2028, mais la voiture existera bien ! Rendez-vous au prochain mondial parisien dont elle est déjà la star annoncée.
Bien évidemment, les constructeurs plus exclusifs se sont aussi emparés du mouvement en présentant certains modèles sur base de voitures modernes, mais retravaillés pour ressembler à leurs ancêtres. Si ces dernières années nous avions déjà de très beaux héritages d’usine, cette année nous avons été servis.
Lamborghini nous avait déjà gratifiés d’une Countach moderne présentée en 2021 : elle reprend la base de la Sian ainsi que son V12 hybride, mais elle adopte un design hommage à la Countach. Avec 112 exemplaires, elle dépasse les « quelques exemplaires pour clients premiums de la marque ».


En 2024, Ferrari à son tour emboîtait le pas pour sa nouvelle GT. La 812 était remplacée par la 12Cilindri : un V12 atmosphérique à l’avant, propulsion, et une bande noire sur le capot. Elle reprend les traits de… oui, exactement. Le design de la Ferrari 12Cilindri est une référence directe à la mythique Ferrari 365 GTB des années 60.


2026, année du Brand Heritage
Mais cette année a particulièrement été fructueuse en termes de Brand Heritage, et ce dès le début de l’année. Parmi les restomods comme les Singer, SM2 ou autres 928 Nardonne Automotive, Bugatti, présent à Rétromobile au niveau de l’Ultimate Supercar Garage, présentait en un seul exemplaire la F.K.P. Hommage, en l’honneur du Dr Ferdinand Karl Piëch, instigateur de la Veyron au début des années 2000. La plateforme est celle de la Chiron avec le W16 de 1 600 chevaux, mais le look reprend celui de la Veyron. Oui, drôle de retour en arrière.


Mais c’est surtout lors de la Monterey Car Week, qui se déroule en août, que les constructeurs se sont lâchés. L’événement remplace pour beaucoup de manufacturiers les grands salons… puisque les acheteurs potentiels sont présents pour voir les voitures.
Gordon Murray, déjà habitué à reprendre des designs proches de ses anciennes créations, a dévoilé un Brand Heritage de la McLaren F1, la Gordon Murray S1. La voiture reprend un V12, cette fois de 4,2 litres atmosphérique, les traits de la F1 et les trois places de front qui rendaient cette voiture si particulière.


La Monterey Car Week a continué d’impressionner avec Porsche, qui dévoile un one-off de sa GT2 RS. Avec le département Sonderwunsch de la marque, Porsche a proposé une version moderne de la 930 au nez pointu : la GT2 RS Flachbau, avec son avant plongeant reprenant les traits de la 930 des années 80 et son look issu du circuit.


Enfin, pour terminer sur ces nombreux héritages d’usine, McLaren a dévoilé lors de cette somptueuse semaine la MCL6GT. La supercar reprend l’héritage de Bruce McLaren et de sa M6GT, qui n’a jamais été achevée. Seuls deux prototypes avaient vu le jour, et cette année McLaren revisite ces prototypes en proposant une voiture V8 atmosphérique et boîte manuelle, au design continuant la M6GT qui n’avait jamais vu le jour.


Restomod ou Brand Heritage, c’est actuellement la mode dans l’automobile : chaque constructeur ou préparateur y va de son interprétation. Mais n’est-ce pas aussi le début d’une certaine fin ? À voir autant de voitures qui justement existaient déjà, la génération qui a connu les années 80 retrouve au final un parc automobile qu’elle a déjà connu. Toutefois, cela apporte pour une génération plus jeune une époque qu’elle n’a pas connue, et surtout, pour tous, quelques modèles exceptionnels et le retour de nombreux moteurs atmosphériques à boîte manuelle, une chose qui se perd dans un monde toujours plus normé et contrôlé !
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