Histoire de Carrossiers, ép. 41 : Binder, de l’hippomobile à la Royale

Publié le par Valentine

Histoire de Carrossiers, ép. 41 : Binder, de l’hippomobile à la Royale

Le nom Binder est ancré depuis deux siècles désormais dans l’histoire automobile et hippomobile. La dynastie a vu le jour sous Napoléon mais la descendance a fait perdurer son histoire jusqu’au 20e siècle en carrossant des autos comme des Hispano Suiza et même une Bugatti Royale. On vous raconte l’histoire de l’épopée Binder.

Une famille de carrossiers

A l’origine, Jean Jacques Binder

L’histoire du carrossier Binder serait plutôt l’histoire DES carrossiers Binder. En effet, le nom Binder est en fait toute une dynastie. L’affaire de famille commence avec Jean Jacques Binder, c’est lui qui en sera le fondateur.

Jean Jacques Binder commence en tant que sellier dans l’atelier de son père, en Allemagne. Ce n’est qu’en 1806, à l’âge de 23 ans que Jean Jacques serait arrivé en France. C’est cette date qui sera indiquée comme celle de la création de l’entreprise Binder et Frères. Il était courant à l’époque de venir travailler en France en sous-traitance chez un carrossier, et l’on estime que c’est ce que Jean Jacques Binder a fait.

Il restera plusieurs années en France et y travaille en tant que sellier. Il finit par obtenir la nationalité française. C’est seulement en 1816 qu’il devient sellier carrossier. A l’époque, carrossier signifiait un sellier qui vend les voitures. C’est lui qui assurait la coordination de tout les métiers à l’origine de la construction des carrosses. On estime que l’entreprise Binder démarre pour de bon en 1820 et c’est avec cette activité là qu’elle démarre.

Les fils prennent la relève

Plus tard, ce sont Charles et Louis, les deux fils aînés de Jean Jacques qui créent la société BINDER Frères en 1848. Jules les rejoint dans la société en 1854. En parallèle, Henry, quatrième frère, décide d’ouvrir sa propre maison.

Binder Frères sera le constructeur des voitures destinées à la cérémonie de couronnement d’Henri V… qui n’eut jamais lieu. En 1877, la société Binder Frère se dissout et devient Binder. C’est Jules seul qui restera à la tête de l’entreprise.

Henry Binder

En 1858, Henry Binder quitte la marine et créé les voitures « Henry Binder », à Paris. Il entame cette aventure avec peu d’expérience dans le métier de la carrosserie mais ce sera pourtant une réussite. Ses galeries, son magasin ainsi que les ateliers de construction seront installés au 31 rue du Colisée.

image 1- Binder

Dès 1869, l’entreprise devient le fournisseur de SMI, le Sultan Ottoman. Ce dernier fournira d’ailleurs plusieurs cours étrangères jusqu’à 1883.

L’homme aura une vie bien remplie. Il sera nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1883. En 1888, il devient également maire de Choisy-au-Bac et le restera jusqu’à son décès. En 1890, il est Officier d’Académie et Président honoraire de la Société d’instruction professionnelle et artistique de carrosserie.

En 1900, il sera aussi jury à l’Exposition Universelle à Paris. Un an plus tard, Henry Binder s’éteint en mars dans son domicile parisien de la rue d’Artois. La maison ne s’éteint pas avec puisque c’est l’ingénieur Cottenet, associé avec Henry depuis plusieurs années, qui assure la direction de la maison après sa disparition.

Après Henry Binder, le passage à l’automobile

L’histoire ne s’arrête donc pas là, au contraire. Lorsque M. Cottenet reprend l’entreprise, c’est le début en France des véhicules à moteurs. Tout doucement, la société troque les chevaux pour des moteurs thermiques. La société était alors composée de menuisiers, d’ébénistes, de forgerons, de peintres, de selliers et bien d’autres métiers.

Binder en 1903- Binder

Dans les années 20, Binder fabriquait des pièces pour l’automobile et en particulier des châssis pour Bentley et de la carrosserie pour Hispano-Suiza. Ce ne sont pas moins de 200 modèles qui seront dessiné par Binder pour Hispano-Suiza entre 1924 et 1937. L’entreprise travaillera également pour Rolls Royce, Lincoln ou encore Packard.

Les français fortunés qui pouvaient se payer des châssis choisissaient souvent de faire carrosser par un spécialiste leur auto afin d’avoir une version des plus luxueuse. C’était le cas notamment avec la Renault Nervastella.

Au début des années 30, ce sont les grandes voitures de série de luxe qui arrivent sur le marché automobile et cela met fin à ce qu’on appelait les « couturiers de l’automobile ». C’est en 1939 que la maison réalise l’une de ses plus belles créations, en tout cas celle qui est la plus connue : la carrosserie coupé de ville pour châssis Bugatti Royale n°41.111, celui qui fut au départ le roadster Esders.

C’est une des dernières réalisations de la marque. Le métier de carrossier est déjà en perte de vitesse et la seconde guerre mondiale met un terme définitif à l’aventure.

Quelques réalisations de Binder

Comme c’est la maison Henry Binder qui se démarqua le plus en terme de production d’autos, c’est surtout sur cette dernière que nous allons nous concentrer. Les créations de cette maison sont nombreuses et ont beaucoup évolué avec le temps. Ce dernier exerçait à un moment clef de l’automobile !

Dans la continuité du travail de son père, Henry Binder a commencé par des hippomobiles en tous genres. En 1878, un sociable à huit ressorts, un milord et un landau ont obtenus la Médaille d’Or à l’Exposition Universelle.

Dès le début des années 1900, on produit des voitures pour toutes les marques, mais les françaises sont évidemment les plus représentées. Cette Renault Type 14/20 HP Limousine de 1909 montre bien le « design » de l’époque.

Renault Type 14 20 HP Limousine de 1909- Binder

Parmi les créations de l’entreprise Henry Binder, on retrouve la Panhard & Levassor Type X17 en carrosserie Sedanca De Ville. Cette dernière a été produite en 1911.

Plusieurs Hispano Suiza ont été carrossées par l’entreprise dans les années 20 et 30. C’est le cas de cette Hispano Suiza J12 Dual Cowl Phaeton de 1932.

On retrouvera aussi cette H6C Cabriolet de Ville.

Henry Binder

Du côté des voitures françaises, le carrossier a également habillé certaines Renault, car il faut rappeler que la marque au losange proposait des autos très haut de gamme dans les années 30. On retrouvait par exemple une Renault Nervastella 1932 réalisée sur un châssis TG 4. Henry Binder a également fait cette NM 40ch découvrable datant de 1927.

La carrosserie travaillait également sur des Delage. Parmi les autos carrossées par la maison on retrouve donc également la Delage D8 Berline en 1930.

delage d8 berline par binder- Binder

Pour Rolls Royce, l’atelier carrossait également une Silver Ghost Sedanca De Ville. On remarque que les autos auxquelles s’attaquent la maison Binder sont généralement des autos luxueuses. Ce n’est pas sans rappeler le passé et les débuts de la dynastie, commencée avec des carrosses pour les Cours étrangères.

Ce n’est pas tout puisque la maison a également réalisé la carrosserie de cette Rolls-Royce Phantom I Brougham De Ville de 1927.

Plus tard, dans les années 30, l’une des deux Rolls-Royce Phantom III Sedanca de Ville, celle au châssis numéro 5916, aura aussi le droit à une carrosserie venue des ateliers.

Enfin, on ne peut aborder le travail de de la maison sans parler de la carrosserie de la Bugatti Royale coupé de ville sur le châssis n°41.111. Cette dernière montre l’importance et la renommé de Henry Binder à l’époque, capable de carrosser les autos les plus

Photos complémentaires : Wheelsage

Valentine

Passionnée d'automobile depuis de nombreuses années, Valentine, étudiante en journalisme, rejoint l'équipe de News d'Anciennes en tant qu'apprentie. Les voitures anciennes, elle aime en parler, les prendre en photo mais surtout en prendre le volant !

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