Dans un monde où Jaguar a tout simplement disparu et tente de survivre avec un prototype électrique pour le moment inexistant, revenons à une époque ou le félin britannique savait ce qu’il faisait. On ne va pas revenir à l’époque où Jaguar ne faisait que des voitures de courses. On ne va pas non plus s’intéresser à un coupé, tellement évident mais finalement beaucoup moins vendu que les berlines. Intéressons nous plutôt aux Jaguar qui concurrençaient les confortables Mercedes classe S et autres BMW série 7, c’est la Jaguar XJ40.
En bref :
– La Jaguar XJ40 avait pour but de moderniser la série mythique des XJ dans un contexte où les allemandes montraient clairement les dents.
– Elle a bousculé les codes de la marque, tant au niveau stylistique que mécanique.
– Ne vous attendez pas à une berline très sportive. La Jaguar XJ40 est une auto performante grâce à ses 221ch mais elle ne rivalisera pas avec les allemandes les plus affutées de l’époque.
Au sommaire :
La Jaguar XJ40 du jour
On est à la fin des années 80 et la gamme Jaguar commence à accuser le coup, certains modèles sont daté et il faut remédier à cela. En 1986, la marque anglaise dévoile alors la nouvelle XJ40 qui est revue de fond en comble. À la clé, un nouveau design et un nouveau moteur il était temps.
La XJ6 série 3 présentait beaucoup d’inconvénients, une fiabilité parfois douteuse et malgré un design plus que réussi et apprécié de tous, l’aéro (surtout Cx) était catastrophique entrainant une consommation d’un autre temps. Il faut alors redessiner la voiture et modifier de Cx, que la voiture n’ait plus un aérodynamique digne d’un mur en parpaing.

Ce design laisse quelques plumes quant à l’identité visuelle de Jaguar. La Jaguar XJ40 délaisse les deux optiques rondes, ce sont désormais deux blocs rectangulaires qui prennent place, la grande calandre elle est remontée et scindée en deux, plus large aussi. On délaisse les chromes du pare-chocs avant pour une grosse pièce en plastique qui intègre notamment les clignotants et qui respecte les normes américaines. La partie arrière elle est fondue dans le même trait que les ailes avants et étire ce design, très angulaire jusqu’au (très) grand coffre. La Jaguar se plie aux traits stylistiques de l’époque, plus sobres, plus froids.
Pour les puristes de la marque, ça grince des dents, beaucoup haïssent cette nouvelle version, nettement moins vivante et plus austère. Moins Jaguar ? Pourtant beaucoup l’aiment aussi, plus de 200.000 exemplaires sont vendus et surtout Jaguar maintient son standing. On notera d’ailleurs que la XJ X300 qui lui succédera en 1994 reviendra en arrière au niveau des feux.



Le standing, est notamment présent dans la gamme avec notre version d’essai du jour, avec sa finition Sovereign. La voiture continue de rivaliser avec les Mercedes et BMW concurrentes, en proposant un design semblable et des finitions haut de gamme. On retrouvait sur ce modèle, les encadrements de vitres et la calandre chromée ainsi qu’un liseré peint à la main qui court le long de la carrosserie. Bien sur le badge Sovereign est apposé sur la malle arrière.
Enfin petite fioriture sur notre modèle qui est de 1988, Jaguar courant au même moment dans la Sarthe et ayant remporté les 24h Du Mans un autocollant avait été apposé sur les voitures rappelant la victoire des anglais cette année là.



Sous le capot la mise à niveau est au programme
Comme pour le design, les moteurs des anciennes générations commençaient à se faire vieux et une mise à jour été nécessaire. Les moteurs XK passent à la trappe, trop gourmands, pas assez fiables mais restent au catalogue, en parallèle et jusqu’en 1992, sur la XJ Série 3, toujours épaulés par le V12. Il faut moderniser le tout et un nouveau moteur et ainsi installé sous le capot de la nouvelle Jaguar XJ40.
Place au AJ6, et oui un tout nouveau 6 cylindres atmosphérique de 221 chevaux est au programme. Le moteur double arbre à cames embarque notamment 24 soupapes et monte à 3.6 litres de cylindrées. Fait notable sur une Jaguar il fait partie des moteurs les plus robustes jamais produit par la firme. Certains blocs dépassent les 300.000 kilomètres sans problèmes !



La puissance est d’office envoyée aux deux roues arrières par le biais d’une boite automatique quatre rapports. En option, une boite manuelle 5 rapports était proposée mais sur notre modèle c’est la ZF à quatre rapports qui est de mise.
Côté suspensions, la Jaguar XJ40 peut compter sur de large pneus ainsi qu’une partie arrière soutenue par une suspension arrière semi-hydraulique à sphères et correcteur d’assiette. De quoi gommer n’importe qu’elle aspérité de la route et maintenir les passager dans un confort royale.
Bien sûr pour un peu plus de sportivité, TWR produira, à la demande de Jaguar, 252 modèles plus sportif, équipé notamment d’un compresseur, d’amortisseur Bilstein et arborant un kit esthétique bien spécifique.



A l’intérieur, entre tradition et modernité.
L’habitacle lui est en double contraste, entre tradition anglaise et modernité de la fin des années 80. Si on retrouve une sellerie recouverte de cuir ainsi que des intérieurs de porte et une console centrale ornée de ronce de noyer véritable. Les sièges quant à eux sont électriques et chauffants, pour un confort maximale.



La le sélecteur de boite adopte le J-Gate, une commande de boite en « J » rappelant la première lettre de la marque. Un détail certes léger mais qui fait le charme de cette ancienne !



La technologie quant-à-elle se retrouve derrière le volant, si le compteur de vitesse et le compte-tours, eux, sont bien analogiques, autour c’est l’apparition du numérique. Deux cadrans numériques affichent toute sorte d’informations de part et d’autres des compteurs. La Jaguar XJ40 est équipée d’un système de diagnostic capable de 34 fonctions allant de la simple alerte jusqu’à la défaillance d’une ampoule, l’usure des plaquettes de freins ou bien d’alerter si le niveau d’huile ou de liquide de refroidissement est trop bas.

Enfin juste en dessous du volant deux branches on retrouve une sorte de console centrale à plat de part et d’autre de celui-ci. Dessus on retrouve la gestion du régulateur de vitesse, la navigation dans l’ordinateur de bord ou encore les anti-brouillards. Au premier abord on a l’impression qu’il faut un Bac +5 pour le comprendre mais très rapidement on comprend les fonctions.
Il faut noter que cette instrumentalisation numérique sera remplacée sur les génération à partir de 1990 par des compteurs analogiques, l’électronique de l’époque n’était pas des plus fiables.



Au volant de la Jaguar XJ40
Le thermomètre du jour affiche plus de 30 degrés et le soleil n’est pas décidé à se cacher, la climatisation sera de mise. On démarre le six cylindres dans la plus grande des discrétions. Si la vibration qui secoue légèrement la voiture à son démarrage n’était pas de mise, on ne saurait même pas que la Jaguar XJ40 est démarrée. Question de standing là aussi.


On passe la boite auto en forme du « J » de Jaguar en drive et c’est parti. Les premiers mètres ne sont pas les plus aisés, il s’agit de s’habituer aux 4,99 m de la Jag’ surtout quand il s’agit de s’engager dans les petites rues Lyonnaises. Mais bon la direction démultipliée est d’une douceur royale et manœuvrer la Jaguar XJ40 n’a rien de compliqué. Pour le moment on évolue sur le couple et il n’y a rien à dire, les aspérités du réseau routier sont inexistants, les dos d’âne s’effacent et aucun bruit extérieur ne vient briser le calme qui règne à bord, voyager en première classe ça a du bon.
Une fois les interminables feux tricolores passé et le six cylindres en température, il est temps de s’insérer sur le périphérique et l’épreuve et un peu plus aisée. Sous le capot ce sont 212 chevaux qui sont prêts à s’élancer. La place est libre on appuie et, pas grand chose ne se passe. On entend dans une sorte de grand vrombissement et de bruit d’aspiration que la voiture accélère, mais le corps n’est pas rivé au siège. Toutefois sur le compteur l’aiguille grimpe, pas de quoi à être en grand excès de vitesse, mais suffisamment pour s’insérer de façon dynamique.


Une fois sur le périphérique la Jaguar dévoile son plein potentiel, cruiser au régulateur dans le plus grand des conforts. Le régulateur est enclenché, la climatisation aussi et au final tout se passe sans le moindre effort. La Jaguar XJ40 est toujours aussi silencieuse, pas un bruit de vent ou extérieur ne vient troubler le calme intérieur, c’est à peine si on entend les bruits provenant des pneus.
Côté assise, il n’y a juste rien à dire, malgré le fait que la Jaguar XJ40 ait bientôt 40 ans, elle n’a absolument rien à envier à ses descendantes modernes. Au volant, le siège conducteur réglable électriquement lui n’a pas bougé, l’assise est ferme et peut avaler les kilomètres avant que le conducteur ne ressente quelconque douleur dorsale. Seul bémol, ce gigantesque volant à deux branches pas très ergonomique, sur lequel on ne sait pas vraiment où placer les mains mais ce n’est qu’un détail.


A l’arrière Fabien lui est confortablement assis aussi. Il y a de la place, la banquette ressemble plus à une sorte de canapé italien qu’on aurait fait rentrer au pied de biche dans une grande berline anglaise. Il n’y a pas à dire, la Jaguar XJ40 a été faite pour avaler les kilomètres sans sourciller et choyer ses occupants.
On continue les kilomètres sur la voie rapide et toujours rien à redire, lorsqu’il s’agit de dépasser, les un peu plus de 200 chevaux sont suffisants et la voiture se comporte bien. Il est temps de prendre la sortie direction des routes plus sinueuses. Je m’en doute, la Jaguar n’aura pas une once de sportivité et ce n’est pas le but mais voyons comment elle se comporte lorsque les routes deviennent plus étroites et se tordent.
On se relève du fond du siège, on se concentre un peu plus et Fabien lui s’accroche derrière. Déjà dans les ronds points la voiture a une tendance à prendre un certains roulis, on ne va pas faire comme si cela été surprenant, on s’y attendait un peu. Justement vérifions cela dans l’enchaînement de virage approchant.



Fabien se cramponne, et étonnamment la voiture ne vire pas à plat certes mais le train avant est incisif. Certes il n’y a aucun ressenti de ce qu’il se passe mais ce n’est pas non plus flou, la voiture se dirige tout de même aisément. Virage suivant, il est aussi abordé facilement, dire que l’on est maintenu dans les sièges serait un mensonge, il faut tout de même serrer les abdos pour rester droit. Et finalement le verdict est surprenant, si la voiture en effet prend du roulis celui-ci arrive assez vite à son maximum et la voiture ne penchera pas plus.
Durant ces quelques virages et ronds points, la Jaguar XJ40 ne semble pas subir son poids, si la suspension assez molle ne lui confère pas un quelconque aspect sportif, le châssis lui compense cela en offrant une voiture assez incisive et qui met en confiance son conducteur lorsqu’il faut hausser le rythme.



On calme le rythme et on reprend son terrain de prédilection, les larges routes lisses et droites. Mais il est intéressant de voir qu’elle a de la ressource sous le capot et la carrosserie !
Conclusion
Vous ne ferez jamais de la Jaguar XJ40 un dragster ou une sportive agile destiné à suivre une Alpine ou autre Porsche 911. Par contre pour aller faire du ski dans les Alpes ou vous rendre à un rendez-vous d’affaire à la Défense, là la Jaguar saura vous y conduire dans le plus grand des conforts, que vous soyez conducteur ou passager.
Pour ce qui est de l’intérieur aucune surprise, on s’attendait à du confort et on en a eu, les écrans autour des compteurs ont eu leur petit effet toutefois, plutôt amusant sur une voiture de cette époque. Mais sous le capot un peu de déception, le 6 cylindres manque un peu de pep’s et c’est dommage, mais dans l’ensemble la voiture se résume en un mot, confortable. Et vos passagers ne pourront que vous remercier.
| Les plus de la Jaguar XJ40 | Les moins de la Jaguar XJ40 |
| Le confort intérieur | Un manque de puissance |
| L’espace pour les passagers | La consommation |
| Les finitions | L’électronique balbutiant |









| Fiche technique | Jaguar XJ40 |
| Années | 1988 |
| Mécanique | |
| Architecture | 6 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 3 590 cm³ |
| Alimentation | Injection électronique Lucas LH-Jetronic |
| Soupapes | 24 |
| Puissance Max | 221 ch à 5 000 tr/min |
| Couple Max | 337 Nm à 4 000 tr/min |
| Boîte de Vitesse | Automatique 4 rapports |
| Transmission | 2 roues motrices |
| Châssis | |
| Poisition Moteur | Longitudinale centrale |
| Freinage | Disques Ventilés AV / Disques Pleins AR |
| Voies | AV 1 500 mm / AR 1 510 mm |
| Empattement | 2 870 mm |
| Dimensions L x l x h | 4990 x 1800 x 1380 mm |
| Poids (relevé) | 1700 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 220 km/h |
| 0 à 100 km/h | 9s |
| 400m d.a | 16,5s |
| 1000m d.a | 29,5s |
| Poids/Puissance | 8,3 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 10 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 24 litres / 100 km |
| Prix | ± 12 000 € |
Rouler en Jaguar XJ40
Conduire une Jaguar XJ40 n’est pas la pire idée qui soit à condition de s’y préparer un minimum. Pour le coup la voiture n’est pas des plus rare, elle a connue son succès et de nombreuses pièces sont trouvables. Toutefois, la fiabilité n’est pas le point noir, au contraire notre modèle équipé du 6 cylindres AJ6 peut dépasser les 300.000 kilomètres en entretenant normalement le moteur. Ce qu’il faut surveiller sur cette voiture c’est l’électronique, qui a une tendance à balbutier.
La suspension bien que robuste doit-être surveillée, la voiture n’est pas un poids plume et la corrosion doit aussi être surveillée, mais cela reste de mise sur une anglaise. Sinon ces trois points dans l’ensemble la voiture est assez fiable.
Pour ce qui est du budget d’achat la voiture commence à être recherchée mais se trouve dans différents prix. Pour une Jaguar XJ40 kilométrée et pas dans un état de fraicheur parfait, on peut compter sur des voitures entre 5 et 8.000 euros. Pour un exemplaire comme celui essayé (en vente ici chez Collection Cars Auction, hors du catalogue de la prochaine vente Rétromania) dans un très bon état et un historique limpide, il faut compter autour des 14.000 euros.












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