Ford France, c’est un pan de l’histoire automobile plutôt méconnu. Si certains connaissent les Simca Vedette, beaucoup oublient qu’elles découlent directement des Ford du même nom. Enfin, notre voiture du jour, la Ford Vendôme est une voiture ultra-confidentielle. Fabriquée en France, avec un V8 encore plus gros qui pousse encore plus à faire d’elle une américaine débarquée en Europe, c’est une rareté qui ne manque pas d’originalité. On vous la présente mais, surtout, on va aller la conduire.
En bref :
– Elle a tout d’une américaine, de la marque au moteur, mais la Ford Vendôme était bien fabriquée en France !
– La Ford Vendôme c’est l’évolution haut de gamme des Ford Vedette, plus connues
– Grande routière, la Ford Vendôme montre un autre visage des voitures françaises
Au sommaire
Notre Ford Vendôme du jour
La Simca Vedette fait déjà très américaine avec un badge français d’origine italienne. Donc ça fait étrange quand on la découvre pour la première fois. Par contre, l’avantage des Ford Vedette et Ford Vendôme, c’est que leur marque annonce directement la couleur (quand on arrive à l’identifier, on y revient). Oui, notre voiture du jour fait plus penser à Détroit qu’à Poissy. Et pourtant, c’est une évolution de la Ford Vedette, quand celle-ci s’est décidée à « s’européaniser ».
Pourtant, on l’a dit, on ne voit pas vraiment une européenne en regardant la Ford Vendôme. Éventuellement, on peut lui trouver quelques points communs stylistiques avec des Opel qui avaient également des influences américaines puisqu’issues du portefeuille d’un autre géant de Détroit. En tout cas, plus encore qu’aujourd’hui, voir une telle voiture sur les routes en 1953 devait faire tout drôle.

Notre Ford Vendôme est en effet une voiture du milieu des années 50. Elle est en fait l’ultime évolution de la Ford Vedette qui apparaît en 1948 en étant une étude de « petite » voiture pensée pour Mercury mais trop petite pour les USA… donc adaptée au marché européen. Née avec une calandre très classique, elle arbore ensuite un gros bourrelet au milieu avant d’être barrée par une double lame à partir de 1953.
La Ford Vendôme doit se distinguer et pas uniquement avec la mécanique ou avec le sigle Vendôme au bas du capot. La calandre est donc barrée par une barre plus fine et un gros élément central qui annonce la couleur : V8. Le reste de cet avant est également américain dans ses idées, mais finalement identique aux Vedette, avec des phares ronds, évidemment, au bout d’ailes Ponton c’est la période, avec un capot haut et une face écrasée. Les chromes ? Omniprésents avec le gros pare-chocs, le bout de capot et les phares additionnels.
On en profite pour noter une autre évolution stylistique apporté en 1953 sur les Vedette. Fini l’antique pare-brise en deux parties, séparé par une barre au milieu. Si le pavillon évolue à peine, le pare-brise d’une seule pièce est une belle avancée et soulage finalement la ligne.




Le reste de la Ford Vendôme est tout aussi « américain ». Le profil laisse apparaître de grosse baguettes chromées au milieu de la caisse (leur emplacement est propre aux voitures de 1954), à la base des vitrages et autour de la roue arrière ainsi qu’un bas de caisse bien épais avec un monogramme Vendôme en bas. Pour en revenir aux vitrages, nous ne sommes pas encore dans les années 60 et leurs entourages sont bien épais tandis que leur taille est réduite.
Surtout, on remarque la vraie grosse évolution de la famille Vedette après 1953. Ça, ça se passe plutôt à l’arrière. La Vedette est apparue avec un arrière totalement rond, entièrement repris de ce qui se faisait aux USA à la même époque. Mais en Europe, ce style d’arrière détonait et renvoyait éventuellement à des voitures d’avant-guerre mais pas à des voitures récentes. Alors on décida de passe en tricorps et ça a évidemment été repris sur le vaisseau amiral, la Ford Vendôme.
On reste simple, pas tellement américain. Les ailes sont réduites et pas encore pointues tandis que la malle montre une belle courbure. Les feux intègrent des feux de recul, une vraie nouveauté pour l’époque tandis que le pare-chocs est tout aussi massif que celui de l’avant et intègre les catadioptres à ses butoirs (autre signe particulier des voitures de 1954).
Dans toute cette présentation, on n’a pas vu un seul monogramme Ford. Certes, le blason est là mais il n’est pas facile de vraiment l’identifier si on n’est pas connaisseur. En tout cas, l’effet recherché est atteint. Notre berline se démarque avec son style très américain et ses dimensions qui le sont autant.



Sous le capot, LA particularité
On vous l’a dit, la Ford Vendôme est globalement une Vedette. La grosse différence se fait en ouvrant le lourd et solide capot. En dessous, on retrouve évidemment un V8 mais on a changé de braquet. Quand la Vedette utilise un petit V8 de 2,3 litres, c’est un V8 « Mistral » qui s’installe ici. Le compartiment moteur est grand et permet donc de loger ce moteur de 132ci également utilisé de l’autre côté de l’Atlantique notamment sur la Crestline.

Comme le moteur de la Ford Vendôme a traversé l’Atlantique, on va utiliser des chiffres de chez nous. Ce V8 cube donc 3923cm³. Attention par contre : c’est bien le plus gros V8 à équiper une voiture française à l’époque mais pas le plus gros moteur de la production puisque les « grandes marques » n’ont pas encore disparues. Quand notre auto du jour apparaît, la Talbot-Lago T26, par exemple, est encore en vente avec un 4482cm³ sous le capot, plus puissant par ailleurs. Notez aussi que c’est le même moteur qui équipe la Ford Comète (la version coupé) Monte-Carlo. Du coup, on l’a déjà essayé, c’est à lire ici.
La puissance, justement. 93ch. Oui, c’est à peine la puissance d’une citadine de nos jours, avec 5 cylindres de moins d’ailleurs. Sauf que cette puissance est bien plus grosse que celle de la Ford Vedette, 68ch et reste dans le haut du panier par rapport aux routières comparables au niveau tarif. Il faut dire que la Ford Vendôme est plus chère qu’une Traction, mais on parle d’une 11, la Vendôme est moins onéreuse que la 15-Six. Niveau performances, ce moteur permet de frôler les 150km/h et de monter à 100km/h en moins de 20s.
Tout ça avec une voiture qui pèse 1400kg. Oui, le poids semble contenu mais il faut replacer l’auto dans son contexte et ne pas oublier que les équipements sont réduits. Pour la freiner ? Pas de miracle, les freins à disques viennent de s’inviter dans les voitures de course et on se contentera de tambours. Le reste de la fiche technique trahit l’âge de la voiture mais la place finalement dans son époque.


L’intérieur : spacieux
Si l’extérieur de la Ford Vendôme est bien différent des voitures vendues en France à la même époque, l’avis sur l’intérieur sera plus nuancé. Il faut dire qu’à l’époque, les différences étaient plus ténues également. Cependant, on s’approche plus d’une américaine que d’une européenne, c’est certain. On ouvre les portes antagonistes et on découvre tout ça.

Le volant ? Il est énorme. C’est évidemment la pièce centrale de cet habitacle, vaste et lumineux malgré la hauteur des portes. Ce volant blanc est du plus bel effet surtout que le blanc se retrouve un peu partout dans cet habitacle et qu’il est associé au bleu de la carrosserie qu’on retrouve des tôles à la sellerie. Le volant, encore lui, affiche bien la particularité de la Ford Vendôme avec le sigle V8 au centre. Si la marque Ford est encore absente, on retrouve un large Vendôme au centre de la console centrale.
L’instrumentation ? On a bien un tachymètre, en km/h puisque c’est une voiture française. L’odomètre est intégré et de petites flèches apparaissent de chaque côté pour signaler les clignotants. À droite on reprend toutes les autres indications utiles, avec la température d’eau, la jauge de carburant, le témoin de charge et un autre de pression d’huile tandis que le centre est une montre.
Les banquettes sont énormes. Hautes et confortables, habillées de simili, elles proposent chacune 3 places mais à l’arrière on peut aussi passer à deux places avec un gros accoudoir rabattable. En tout cas, il y a de la place et la Ford Vendôme semble être une bonne voyageuse. On va tester ça sur la route.




Au volant de la Ford Vendôme
La Ford Vendôme fait encore partie des voitures dans lesquelles on monte. Le siège est haut et on s’y sent bien. L’habitacle est grand et même avec le volant énorme, l’installation se passe bien. Démarrage. Le système électrique est en 6V… et j’ai l’impression qu’il ne va pas y aller. Pourtant, si. Le moteur finit par démarrer, le grand coup d’accélérateur aide bien. Le V8 a beau faire 4 litres, il est discret tant au niveau des vibrations que du son.
Je déverrouille le frein à main situé sous la planche de bord, à gauche, et je passe la première. Heureusement que j’ai essayé avant de démarrer puisqu’il faut ramener le levier au volant vers nous mais le mettre vers le bas, le haut étant dévolu à la marche arrière. Étrange ? Pas vraiment. Si vous êtes habitués aux vitesses au volant des Peugeot de la décennie suivante, par exemple, ça peut paraître bizarre mais notre Ford Vendôme n’a que trois rapports. D’ailleurs, le premier n’est pas synchronisé et les pignons font du bruit.
Néanmoins, on passe rapidement en seconde. On se dit, par contre, qu’avec trois rapports on va garder le dernier pour la route. Même pas. Même dans un village, on peut le mettre. La Ford Vendôme propose un couple de tracteur dont le maximum est atteint à 1900 tours ! Caler avec ça est un défi.
Si la Ford Vendôme paraît grosse, elle ne l’est pas réellement. 4,67m de long et 1,72m de large, c’est un gabarit de petit SUV. Elle évolue donc bien en ville. Le couple est un véritable allié. La direction ? Là aussi on joue à l’américaine avec une légèreté qui s’installe dès qu’on a pris de la vitesse (les manœuvres sont plus sportives) mais un certain flou qui n’empêche pas de tenir sa ligne. Enfin, l’alliance entre le confort des sièges et celui des amortisseurs vous fait passer toute appréhension au premier ralentisseur.

Le village est derrière nous et la route s’élargit. Un premier virage permet de juger des capacités de la franco-américaine dans cet exercice. Même le rythme est mesuré, ça penche sérieusement ! La Ford Vendôme attaque maintenant une côte. À bord de beaucoup d’autos de la même époque, ça voudrait dire qu’il faut tomber un rapport vu qu’on n’a pas pris d’élan. Mais le V8 est là. Il retrousse ses manches et on n’a même pas besoin d’accélérer à fond pour atteindre la vitesse maxi autorisée.
Une fois lancée, la Ford Vendôme est une parfaite voyageuse. Je m’en doutais, mais ça se confirme. Le moteur se fait discret mais répond présent dès qu’on a besoin de lui. Le confort est royal. La direction reste un poil floue mais on ne se fait pas peur pour autant. Reste la question du freinage quand les tournants se resserrent. Il faut appuyer fort sur la pédale pour obtenir un résultat plus que passable. Dites-vous que ce freinage était déjà un point noir à l’époque donc quand on le replace dans la circulation actuelle, attendez-vous à des surprises.



Une fois qu’on a bien jaugé le système, on ne se fait pas de sueurs froides. La Ford Vendôme roule. Alors il faut quand même surveiller la consommation puisque le beau bébé qui est placé sous le capot est autrement plus vorace que les moteurs des concurrentes. Vous pouvez essayer l’écoconduite hein, mais vous n’arriverez pas à descendre sous les 15 litres. Ça aussi, ça fait un choc mais ça se place à peine plus haut que la concurrence.
Surtout que cette conso… et bien on l’exploite bien. Parce que ce moteur, c’est quand même le principal atout de la Ford Vendôme. On peut avoir l’habitude de rouler en ancienne et le faire avec des voitures plutôt performantes pour l’époque, tenir une bonne moyenne, au sen où on ne représente pas une chicane mobile pour les autres conducteurs, n’est pas toujours aisé. La Ford Vendôme, elle, elle y arrive.



Quand le pied droit se fait insistant le V8 de 4 litres répond. Le couple permet des reprises qui sont réelles et l’allonge est correcte. Bon, on ne tentera pas les 150km/h puisqu’aucune route ne le permet et que les freins découragent toute tentative mais on se dit que ça doit être possible. En plus, c’est vraiment à l’ancienne puisqu’on n’a pas besoin de faire hurler le moteur puisque les 93ch sont disponibles à 3700 tours !
On continue donc notre route. La Ford Vendôme avale les kilomètres aussi vite que les gallons de sans plomb. Le confort est réel mais il ne faut pas se relâcher pour autant. Si on ne ralentira personne, le freinage sera à anticiper au maximum, quitte à surprendre une voiture moderne placée juste derrière. Au moment de rendre la voiture, une dernière manœuvre met les bras à rude épreuve… mais on descend de la Ford sans être rincé.



Conclusion
La Ford Vendôme devait étonner sur les routes françaises des années 50. Déjà par son physique américain… et puis elle devait aussi surprendre ceux qui croyaient rouler à fond. Le V8 de 4 litres est un vrai avantage et lui octroie des performances de premier plan. Pour trouver des performances pareilles au milieu des années 50, il fallait largement monter en gamme. Même une DS sortie un peu après ne proposait pas le même agrément mécanique. Par contre, elle ringardisait en effet tout le reste de la Vendôme, du style au châssis.
La Ford Vendôme est une très bonne surprise. Une voiture d’une autre époque qui pourra avaler les bornes sans sourciller tant que vous avez repéré les stations services sur le chemin. Elle apporte même un agrément sympathique au niveau de l’intérieur, se montrant plus accueillante que la Comète qui nous était passée entre les mains. On fera simplement attention au freinage… et on aura, par contre, du mal à en trouver une !
| Les plus de la Ford Vendôme | Les moins de la Ford Vendôme |
|---|---|
| Son V8 performant | Son freinage |
| Son confort | Sa rareté absolue |
| Sa conduite facile | |
| Son originalité |






| Fiche technique | Ford Vendôme |
| Années | 1953-1954 |
| Mécanique | |
| Architecture | 8 cylindres en V |
| Cylindrée | 3923 cm³ |
| Alimentation | Carburateur |
| Soupapes | 16 |
| Puissance Max | 93ch à 3700 trs/min |
| Couple Max | 240Nm à 1900 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Manuelle 3 rapports |
| Transmission | Propulsion |
| Châssis | |
| Position Moteur | Longitudinale avant |
| Freinage | Tambours AV et AR |
| Voies | AV 1350 mm / AR 1380 mm |
| Empattement | 2692 mm |
| Dimensions L x l x h | 4670 x 1720 x 1580 mm |
| Poids | ±1400 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 148 km/h |
| 0 à 100 km/h | 19s |
| 400m d.a | ±20s |
| 1000m d.a | ±40s |
| Poids/Puissance | 15 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 16 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 25 litres / 100 km |
| Prix | ± 20.000 € |
Rouler en Ford Vendôme
Vous avez flashé ? Si ce n’est « que » sur la partie esthétique, on peut vous conseiller les Ford Vedette. Elles sont, certes, un peu différentes mais beaucoup plus faciles à trouver avec 105.000 exemplaires produits. La Ford Vendôme est apparue juste avant que Ford France ne soit rachetée par Simca, ce qui a vu sa production s’arrêter brutalement après 2 millésimes et… seulement 3000 exemplaires. De fait, il est très compliqué d’en trouver mais on peut comprendre que le V8 de 4 litres fasse une réelle différence.
Celle qu’on vous a présenté dans ces lignes est une des rares autos sur le marché. En tout cas, une des rares voitures roulantes puisque plusieurs voitures à restaurer sont disponibles. Leur prix est généralement situé autour des 10.000€, dépendant des travaux à réaliser. Notre voiture du jour est en vente à 19.000€ et vous pourrez en savoir plus en contactant Retrograd (lien juste en dessous). C’est en tout cas une des rares autos de ce type disponible sur le marché.
Côté guide d’achat, la majeure partie des indications se rapportera à celles d’une Ford Vedette. On surveillera donc la rouille, évidemment, mais aussi que la voiture est complète. Peu de pros fournissent des pièces mais ça se trouve, notamment avec l’aide du Club Vedette, également actif pour ces Ford. Côté mécanique, les pièces venant de Détroit, ça se trouvera, mais on ne dira pas que c’est facile !
Un grand merci à Julien de l’atelier Retrograd pour avoir permis cet essai et à Lucien notre conducteur de luxe.









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