E-Type 60, un jubilé de diamant handicapé par le contexte actuel

E-Type 60, un jubilé de diamant handicapé par le contexte actuel
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
E-Type 60, un jubilé de diamant handicapé par le contexte actuel
Pierre
Tombé dans la marmite automobile quand il était petit, il a rejoint l'équipe de News d'Anciennes en 2015. Expatrié en Angleterre depuis Mai 2016, il nous partage les évènements de là-bas. En dehors de ça, il partage une bonne partie de son temps sur la route entre une Opel Ascona et une Mazda RX-8.

À la une sur News d'Anciennes

Le weekend dernier, la piste de Shelsley Walsh accueillait E-Type 60, un événement célébrant les 60 ans de la Jaguar Type E. Une vraie leçon d’histoire, mais il manquait un je ne sais quoi pour que ce soit magique.

Avant de commencer, un petit cri du cœur : bon sang que ça fait du bien ! Plus de dix-huit mois sans pouvoir couvrir un évènement à cause de la situation sanitaire, c’était long, très long. Revenir en bord de piste, qui plus est sur un tracé que je ne connaissais pas, quel plaisir !

Cependant, avant d’arriver, j’étais sur d’une chose, j’étais rouillé, tant physiquement qu’au niveau de mes (maigres) compétences photographiques. Je n’imaginais en fait pas à quel point E-Type 60 me ferait souffrir sur les deux tableaux, mais le jeu en valait franchement la chandelle.

Shelsley Walsh, lieu de tradition

Comme vous j’aimerais entrer directement dans le vif du sujet, cependant, le lieu choisi pour E-Type 60 n’est pas anodin.

Shelsley Walsh est probablement l’épitomé de l’histoire du sport automobile Outre-Manche. C’est une piste historique, puisque créée en 1905, et utilisée sans interruption (hormis les deux conflits mondiaux) depuis. Plus surprenant encore, c’est le plus ancien tracé inchangé du monde. Ce dernier est resté immuable depuis la fin de cette première année d’existence !

D’un coup, le choix du lieu devient tout aussi naturel qu’évident, la Type E devait fêter ses 60 ans sur cette piste au nord de Worcester. C’est donc sur cette piste relativement courte (914 m) à forte déclivité (plus de 100 m de dénivelé, ce qui en demande à la mécanique, je ne vous laisse même pas imaginer pour les mollets des spectateurs) que les démonstrations et épreuves chronométrées se sont succédées tout au long du weekend.

La Jaguar Type E, un mythe qu’on ne présente plus

Faut-il revenir sur l’histoire de la Type E ? Si vous la voulez en détail, Benjamin vous l’a déjà racontée dans un article dédié. Pour faire court, la belle est présentée à Genève en 1961 (on y revient dans un instant), et son succès est immédiat. Celle qu’Enzo Ferrari a gratifié de “voiture la plus belle jamais construite” s’écoulera à près de 30000 exemplaires au long de ses 14 ans de carrière. Cependant, il n’y a pas que le commentaire du Commandatore qui l’a fait entrer dans la légende.

E-Type 60 permettait de voir de près certains des jalons de l’épopée de la Type E, et vous allez voir qu’il s’agit de modèles à l’histoire plus que riche.

E2A, le prototype qui a eu sa vie propre

L’une des premières études amenant à la Type E tenait plus de la Type D modifiée qu’autre chose, les principales différences étant un bloc XK de 3 litres de cylindrée, la présence de portes et l’arrière élargi afin d’accueillir une suspension indépendante. La voiture était prévue pour être engagée en compétition, afin d’avoir les essais les plus contraignants, alors que Jaguar n’avait pourtant pas d’engagement officiel prévu.

C’est par hasard que Briggs Cunningham leur apporte une solution clé en mains. En visite en Angleterre afin de trouver une monture pour courir au Mans 1960, il passe par Coventry et arrive à convaincre William Lyons de lui prêter E2A pour la classique mancelle. Au final, le prototype est engagé au côté de trois Corvette par Cunningham.

Aux mains de Walter Hangsen et Dan Gurney (excusez du peu), la voiture (qui a récupéré un aileron derrière l’appuie-tête) doit malheureusement abandonner au bout du 89ème tour, suite à une rupture de joint de culasse.

La voiture est par la suite engagée par Cunningham dans diverses courses aux USA, cette fois équipée d’un bloc de 3.8 litres. Le succès est immédiat, Hangsen remportant la victoire à Bridgehampton, lors de sa première sortie.

Par la suite, E2A se retrouve aux mains de pilotes dont la réputation n’est plus à faire. Jack Brabham la conduit à Riverside et Bruce McLaren à Laguna Seca. Sans être une arme absolue, E2A s’avére tout à fait performante et Cunningham veut en prendre possession. Cependant Jaguar refuse et E2A retourne en Angleterre.

La voiture sert alors de laboratoire de développement pour le système antiblocage Dunlop-Maxaret qui préfigure l’ABS que nous connaissons aujourd’hui. Elle est ensuite stockée jusqu’en 1966, où elle se voit peinte en british racing green, afin de détourner les curieux de la XJR-13 alors en développement.

Par la suite, elle doit partir au rebut, comme tout prototype ayant passé sa durée de vie. Cependant, Roger Woodley, le chef du service compétition-client de Jaguar, ne l’entend pas de cette oreille. Il réussit à convaincre Lofty England, le nouveau directeur de Jaguar, de céder la voiture à son beau-père, plutôt que de l’envoyer au pilon. Il réussira même à retrouver un moteur de 3 litres afin de la mettre dans sa configuration d’origine !

La folle histoire de la présentation au Salon de Genève 1961

La Type E aurait dut être dévoilée au salon d’Earl’s Court 1960. Malheureusement, le projet ayant pris du retard c’est à Genève que la belle sera dévoilée au public, la veille de l’ouverture du Salon.

Williams Lyons, le directeur de Jaguar, souhaitait voir deux coupés sur place (un en exposition, un pour les essais). Cependant, le retard qui avait entrainé le report de la présentation n’a toujours pas été comblé. A quelques jours de la date fatidique, seule une voiture (châssis 855005) a pu être envoyée en Suisse. La seconde… n’est pas prête. La seule voiture disponible est un modèle de présérie, utilisée pour déverminer la toute nouvelle Type E et également, pour présenter la bête en avant-première à la presse anglaise.

Ni une, ni deux, c’est cette voiture (reconnaissable entre autres par sa calandre vide) qui est envoyé sur place… 24h avant la présentation. C’est Bob Berry, un attaché de presse (et accessoirement pilote de Type D dans les années 50) qui se voit confier la voiture, pour un périple loin d’être de tout repos. Il s’élance de Coventry à 19h et rejoint sa destination à peine vingt minutes avant que la Type ne soit dévoilée.

L’engouement est incroyable, et il devient impossible pour 9600 HP (l’immatriculation de notre voiture d’essai) de répondre à la demande. C’est alors que William Lyons décide de faire venir de Coventry 77 RW, un roadster de présérie (décidément) alors en plein milieu d’essais de freinage. Le pilote-essayeur Norman Dewis arrive aussi rapidement que possible et espère jouir d’un repos bien mérité, mais non, il aura à peine le temps de souffler qu’il enchainera directement les essais.

L’histoire était écrite, et 9600 HP est restée dans les mémoires.

Des guests de qualité

E-Type 60 célébrait la Type E, c’est évident, mais comme tout événement de ce genre au Royaume-Uni, le weekend a vu d’autres voitures plus qu’intéressantes arpenter la piste de Shelsley Walsh.

Au programme, une Type D de l’Ecurie Ecosse, une SS Jaguar 100, du temps ou Jaguar n’était pas encore Jaguar, mais Swallow Sidecars, une Type C, de nombreuses répliques…

Mais ce n’est pas tout, Eagle présentait à E-Type 60 plusieurs de ses restomods, dont le roadster qui avait séduit Jeremy Clarkson dans un épisode de Top Gear.

Un carton, certes, mais loin d’être plein…

E-Type 60 me laisse très partagé. Pour le passionné d’histoire de l’automobile (comme moi), il y en avait plus qu’il n’était possible d’en ingurgiter en deux jours.

Cependant, côté spectacle… C’est beaucoup plus compliqué. Le contexte actuel impose de nombreuses restrictions. Cela s’est traduit, entre autres, par l’absence de certains participants. Résultat des courses, les plateaux étaient restreints, même pour la partie course de côte. Et même si j’adore voir des anciennes en piste, voir les mêmes en permanence pendant deux jours devient assez lassant. Mais le plus gênant n’est pas là.

Protocole sanitaire oblige, le bord de piste était accessible via un système à sens unique. En théorie, rien d’handicapant en soi… Sauf qu’avec la topographie de Shelsley Walsh, un simple besoin pressant peut se transformer en yo-yo sur plusieurs dizaines de mètres de déclivité. Autant à mon âge, ce n’est pas le plus difficile, autant pour une bonne partie des spectateurs, cela tenait plus de Mission Impossible.

Résultat des courses, un événement coupé en deux entre le pied de la piste, où le gros du public se trouvait, et une piste désertée car les spectateurs ne pouvaient stationner que dans les tribunes.

J’y aurais sans doute été moins sensible s’il s’agissait d’un événement annuel, une édition en demi-teinte, cela peut arriver à n’importe quel organisateur, surtout en prenant en compte le contexte actuel ! Malheureusement, pour un one shot, il n’y a pas moyen de revoir sa copie, et là où les voitures présentes ont marqué les esprits, je ne suis pas sûr qu’E-Type 60 puisse revendiquer la même chose.

Crédits photo : News d’Anciennes, Jaguar Heritage Trust.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
E-Type 60, un jubilé de diamant handicapé par le contexte actuel

Sur le même thème

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Nos derniers articles