Casting d’Anciennes : La Triumph TR4 dans L’Honorable Stanislas, agent secret

Publié le par Gilles Chaput

Casting d’Anciennes : La Triumph TR4 dans L’Honorable Stanislas, agent secret

On remonte le temps et on plonge dans les années 60 avec un film en noir et blanc. Un film français, L’Honorable Stanislas, agent secret, avec une des stars du moment, Jean Marais, qui conduit pourtant une voiture anglaise, la Triumph TR4.

L’Honorable Stanislas, agent secret en bref :

Film franco-italien de 1963
Réalisateur : Jean Charles Dudrumet
Genre : comédie/espionnage
Co-scénariste : Michel Cousin
Noir et blanc
Durée : 1h 31
Production : film de la licorne (Paris)
Les acteurs : Jean Marais, Geneviève Page

Le Synopsis :

Entre son agence de publicité à diriger et des loisirs dédiés à ses conquêtes féminines, Stanislas Dubois est un homme pressé. Mais lorsque par mégarde il se trompe de pardessus dans un restaurant parisien, il est loin d’imaginer devenir la cible d’un réseau d’espions à la recherche de documents ultra confidentiels. A la fois pour répondre aux intérêts du service de renseignements et tenter de comprendre les mensonges d’une charmante demoiselle, monsieur Dubois doit bousculer ses habitudes de séduisant quadragénaire. Bien malgré lui, la détermination de dangereux agents le confronte au sombre milieu des affaires d’espionnages.

La voiture vedette : la Triumph TR4

Les anglais nous fascinent depuis les temps prospères du vieux continent, sur le plan économique et colonial. En matière de raffinement, de distinction avec une prédilection pour les objets luxueux, ils sont à l’origine de remarquables réalisations. Dans le secteur automobile, les célèbres roadsters des marques Jaguar, MG, Triumph, Austin Healey en sont la preuve indiscutable. Des lignes harmonieuses, des voitures ludiques, une vocation sportive, sont en rapport avec un esprit rigoureux propre aux gentlemen.

La Triumph TR4 est un modèle de ce savoir-faire, son succès sur ses terres natales n’est rien à côté de son succès aux USA où partent l’immense majorité des voitures. La présentation en 1961 marque un net changement avec ses prédécesseurs dont la TR3. Souhaitée plus grande, la voiture devait offrir un accès facilité à l’avant, ainsi le dessin de Michelotti dévoile une auto plus classique. Si l’arrière anguleux se banalise pour disposer d’un véritable coffre, l’inspiration du dessinateur portera sur la face avant. Le bosselage du capot côté passager, mais surtout la reprise de l’arrondi des phares, lui donneront des traits originaux immédiatement identifiables.

Les modifications apportées à la motorisation complètent une évolution digne d’intérêts pour une clientèle déjà établie depuis la réussite commerciale des versions antérieures. L’alésage est corrigé pour une cylindrée de 2138 cm³. Les quatre cylindres culbutés développent 100ch Din pour un poids de 940 kg. Conservant la fiabilité d’un bloc issu des tracteurs Ferguson (selon une légende contestable), la voiture, au moment de l’achat, met l’accent sur ces nouvelles prestations. Les deux carburateurs SU et la ligne d’échappement optimisée, génèrent une sonorité typique. Qualifié de sportif le roadster faisait tourner les têtes lors de ses dépassements rapides : l’admiration se lisait dans les regards des plus jeunes.

Quant aux options elles offrent, même aujourd’hui, de multiples avantages : capote en vinyle avec son support ou bien hard top sur toit rigide. La planche de bord en tôle peinte peut céder la place à un placage en bois du plus bel effet, touche anglaise spécifique retrouvée chez plusieurs constructeurs. La calandre chromée à trois barres verticales n’oublie pas d’être fonctionnelle puisqu’une encoche est destinée à accueillir une… manivelle !

La voiture évoluera en TR4A ou IRS avec l’arrivée du train arrière à roues indépendantes. Au total, plus de 68.000 Triumph TR4 sont produites jusqu’en 1965. Oui, seulement 4 ans de carrière !

La voiture dans le film :

Le personnage principal illustre parfaitement l’image destinée à représenter un propriétaire de TR4, profil typique associé au contexte des années soixante. Si le sport s’assimile souvent à la jeunesse, le prix affiché du roadster anglais s’adresse à une clientèle dotée d’un solide pouvoir d’achat : statut social retrouvé chez ce célibataire, directeur d’une agence de publicité, cherchant à séduire en usant de son dynamisme et de ses moyens financiers.

Les deux places à l’avant, l’encombrement réduit de la Triumph, incitent rapidement à l’intimité. Capote en vinyle relevée, un objet volumineux se glisse le plus simplement derrière les sièges. Cet aspect pratique n’est pas négligeable au moment de rendre un service tout en souhaitant une approche courtoise auprès d’une dame. Facile à conduire, puisque légère, la TR4 se faufile rapidement en ville : les passagers du cabriolet voient défiler les rues de la capitale, quoi de mieux pour une balade romantique guidée par l’envie de s’installer à une table de restaurant…

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Le réalisateur exploite entièrement les enjeux déployés dans l’art de séduire. Progressivement l’intrigue évolue vers les sombres machinations ourdies par des agents de renseignements. La tension monte, les menaces se multiplient et c’est à ce moment précis que l’auto va servir de prétexte pour mettre en danger ses propriétaires. Souvent en retard, l’honorable Stanislas a besoin d’une voiture rapide se faufilant parmi la circulation parisienne ou tentant d’échapper à des kidnappeurs qui contraignent son conducteur à emprunter les routes secondaires !

Au volant avec Geneviève Page et Jean Marais

Profitons du scénario tiré du livre de Michel Cousin pour installer une femme au volant. Dans les années soixante, une mutation s’observe avec l’amorce d’une émancipation féminine. Des comportements nouveaux tels que l’usage des cigarettes, des tenues vestimentaires qui se libèrent d’un carcan pudibond, l’accès aux études, démontrent une volonté d’acquérir une indépendance. Les coupés sportifs symbolisent le dynamisme et la réussite sociale ; mais l’élégance des lignes, la polyvalence d’un cabriolet comme la TR4 sont des atouts propres à attirer une nouvelle clientèle enfin dotée d’un pouvoir d’achat.

Hormis quelques hésitations au moment de lire l’instrumentation (il y a donc de l’huile dans un moteur !), des craquements d’engrenages en sélectionnant les vitesses, une fois en route la Triumph se laisse conduire par toutes et tous, son caractère ludique séduisant rapidement. Pour de nombreuses dames, se rendre d’un point A à un point B constitue le seul intérêt des automobiles. Mais dès l’instant qu’elles représentent une acquisition utilisée quotidiennement, l’extension d’une propriété, cela peut inciter des personnes malveillantes à employer les voitures comme moyens de pression, voire plus !

Geneviève Page se glisse donc aux commande de la TR4, confiante de pouvoir honorer un rendez-vous : sans le savoir, elle déclenche une course contre la montre, puisque l’auto assimilée à son propriétaire va être visée par de redoutables espions. Le rôle attribué à l’actrice lui offre la possibilité de dévoiler toute la panoplie de sa séduction naturelle en accord parfait avec la Triumph. Sous nos yeux, l’intuition des constructeurs est confirmée : si l’argument des performances mécaniques demeure indispensable, il faut également composer avec les motivations esthétiques de cette clientèle féminine. Les options, le choix des coloris, les aspects pratiques du cabriolet doivent figurer au catalogue.

Les kilomètres peuvent s’enchainer sans générer des lombalgies. Du côté des mécaniciens, les amortisseurs Armstrong à levier réclament une surveillance rigoureuse car sujets aux fuites. Les efforts sont significatifs : la capote repliable bénéficie d’un logement à l’arrière des sièges. Une baguette chromée court sur la ligne de caisse jusqu’à insérer le clignotant. Quant à la planche de bord en noyer vernis, elle se prolonge sur le haut des portières, vraie touche d’élégance pour contraster avec le simili cuir des sièges.

Enfin, un autoradio trouve sa place entre les deux rangées de commandes manuelles, avec discrétion. A ses côtés pour le rôle principal, Jean Marais apporte toute la crédibilité au personnage de Stanislas Dubois, capable de se muer en agent secret. Le comédien peaufine une figure emblématique qu’il déclinera dans de nombreux films, homme intrépide qui ne renonce pas à la prise de risque. Des scènes de combats sont réglées par Claude Carliez .

Au moment de réaliser des prouesses au volant d’une voiture, Jean Marais pilotera non pas sa Triumph, mais une Simca 1000 prêtée par un chauffeur de taxi ! Ce filon d’aventurier va être exploité commercialement : un second opus, « pleins feux sur Stanislas » reprend les éléments du scénario initial. Mr Dubois assume cette fois son immersion au sein des services de renseignements.

L’Honorable Stanislas, agent secret est disponible en DVD, un exemple ici.

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Gilles Chaput

Passionné de véhicules anciens et de Cinéma, Gilles vous propose régulièrement ses chroniques "Casting d'Anciennes"

Commentaires

  1. dominique vidart

    Dans le même genre, Échappement libre de Jean Becker, cette fois avec Belmondo au volant de la TR 4, « trame » principale du film, comme la Cadillac dans le Corniaud.
    J’ai beaucoup roulé en TR dans mes jeunes années, et encore aujourd’hui il m’arrive de consulter les petites annonces a son sujet ….

    Répondre · · 22 février 2026 à 19 h 49 min

  2. Gougnard Daniel

    jolie voiture cette TR4 merci pour ce reportage

    Répondre · · 23 février 2026 à 17 h 31 min

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