Enchères à Paris, État du Marché, entretien avec Philip Kantor [Bonhams]

Mercredi dernier on a profité de l’exposition de la vente Bonhams Les Grandes Marques au Grand Palais 2020 (les résultats sont ici) pour poser quelques questions à Philip Kantor.

Philip Kantor en quelques mots

Ceux qui s’intéressent de près au monde des enchères connaissent, au moins de nom, Philip Kantor. Très habile dans plusieurs langues, dont le français, doté d’une vraie passion pour l’automobile et du carnet d’adresse qui va avec, il a d’abord travaillé chez Christie’s et notamment œuvré au succès de la première vente aux enchères de Rétromobile en 2002. Entré chez Bonhams en 2007 il en est désormais le directeur du développement tout en étant à la tête du département européen dédié aux automobiles.

Notre entretien

News d’Anciennes : Philip Kantor, bonjour. On va commencer par parler de cette vente des Grandes Marques au Grand Palais 2020. De notre point de vue c’est un catalogue complet et homogène qui est présenté. Vous aviez une ligne directrice pour le construire ?

Philip Kantor : On essaie d’équilibrer entre avant-guerre et après-guerre et on essaie surtout d’avoir une grande qualité et une diversité de modèles. C’est à dire que nous ne pouvons pas présenter que des autos à plus d’un million d’euros. Nous n’avons aucun problème à le faire, ni à présenter des autos à 20 ou 30.000 €, du moment qu’elles sont de qualité. C’est un peu notre ligne de conduite, il faut que ce soit de la qualité, que ça tienne la route et qu’il y en ai pour toutes les bourses.

NA : Comment vous faites la répartition des autos avec les ventes de Scottsdale, de Paris et d’Amelia Island qui sont très rapprochées ?

Philip Kantor : Disons que certaines autos se prêtent déjà mieux au marché américain. Il faut justifier le transport, si ce n’est pas un modèle américain, il faut justifier les droits d’importation. Une auto américaine peut entrer gratuitement aux USA mais pas une fabrication étrangère. Et puis il y a assez d’autos aux Etats-Unis pour faire les ventes, il y a assez d’autos en Europe pour faire les ventes et sauf véritable raison on les laisse sur leur continent. Par exemple nous avons envoyé une Camaro, un prototype de course TransAm, complètement américaine qui se trouvait en Belgique, aux USA. Mais c’est très rare. Il n’y a aucune raison de ne pas vendre une Delahaye aux USA et de l’envoyer à Paris. Les gens se font parfois un film en se disant qu’une auto française à Paris aura plus de chances, mais c’est faux.

NA : Vous avez quel type de clientèle pour cette vente des Grandes Marques au Grand Palais ? C’est international, européen ?

Philip Kantor : Déjà on a une belle clientèle française mais qui n’est malheureusement pas très active au niveau des grands lots. On retrouve donc une clientèle internationale parce qu’on s’accroche quand même à Rétromobile. J’ai fait la première vente à Rétromobile avec Christie’s en 2002 et je l’ai fait au salon avec Bonhams jusqu’en 2010. Pour moi c’est le plus beau salon de voiture de collection au monde. C’est une ambiance agréable, de vrais passionnés en général. Il commence à y avoir un peu trop de marchands à mon goût mais ce n’est pas la question. Mais pour moi c’est surtout la grande ouverture de la saison. C’est ça que je vois. Et puis c’est un des deux grands paramètres de l’année. Vous avez le paramètre “Rétromobile” et six mois plus tard vous avez le paramètre autour de Pebble Beach. Pour moi c’est avec ces deux paramètres que l’on peut donner la tendance du marché. Ce sont des ventes avec des distances importantes mais ce sont des ventes qui sont toutes aussi intéressantes.

NA : Pour Bonhams, la vente de Paris est plus importante que la vente de Scottsdale ou d’Amelia Island ?

Philip Kantor : On ne peut pas comparer l’incomparable. Il faut un peu choisir le produit mais en général nos clients nous suivent à travers le monde. Il y a des ventes plus spécifiques. Quand je faisais la vente de Le Mans Classic, c’est une vente internationale mais c’est plus difficile car les gens sont occupés avec la course, roulent sur plusieurs plateaux, ont leurs copains qui viennent les regarder et les visiteurs viennent aussi voir les courses. Alors qu’un concours d’élégance c’est un événement parfait pour une vente. Après avoir fait deux tours vous vous ennuyez et vous allez boire une coupe de champagne offerte par Bonhams.

NA : Quelles autos êtes-vous particulièrement fier de proposer ici ?

Philip Kantor : En avant-guerre, surtout la Type 55, mais on a quand même réuni 7 Bugatti dans une même vente. C’est quand même pas mal. Il ne faut pas oublier le dernier 57 Stelvio à compresseur, le 39 de Grand Prix, le 23 Brescia tout à fait d’origine, ça fait une belle panoplie. Et puis la Dino c’est quand même une auto assez marquante. Bardinon, Setton c’est pas mal et avant ça, c’est quand même le deuxième plus beau palmarès de toutes les Dino avec 14 victoires.

NA : Quelle auto insolite ou méconnue il ne fallait pas rater ?

Philip Kantor : Sans hésitation la DS Préstige. C’est une auto exceptionnelle, on s’attends à voir Le Général en descendre. On a la séparation chauffeur, on a la patine, c’est une auto noire, on a plein de petits détails qui en font une auto très spéciale.

NA : On va maintenant parler du marché en général. Le marché des enchères de véhicules de collection est-il un marché qui se porte bien ?

Philip Kantor : oui c’est un marché qui se porte bien. C’est un marché où les gens en général aiment prendre leurs propres décisions. Il n’y a pas d’intermédiaire ou s’il le font, ils l’ont choisi. C’est pas comme une auto qui est coincée chez un marchand. Et puis c’est un processus à l’envers, nous on commence bas et on essaie de monter alors que le marchand commence haut et va la brader un peu pour la vendre.

NA : Pour Bonhams, les perspectives sont bonnes par rapport à ce qu’on voyait les dernières années ?

Philip Kantor : Je pense qu’il faut s’adapter à tous les marchés. Je pense qu’il y a une certaine phobie automobile, surtout en Europe Occidentale. Mais cela ne concerne pas les grandes autos et pas tellement les anciennes. Cela ne concerne pas non plus les autos en dehors des villes. Je pense que les autos de moins de 20 ans avec de gros moteurs sont dans le collimateur. Mais pour le reste l’automobile fait partie d’un changement drastique de notre civilisation depuis 120 ans et ce n’est pas terminé. Ces histoires de “tout le monde va rouler à l’électrique” j’aimerais bien savoir comment ils vont justifier l’empreinte écologique nécessaire pour générer l’électricité, comment ils vont recycler les batteries, etc, etc.

NA : Concernant les autos que Bonhams présente, on remarque que, contrairement à d’autres maisons de vente, on trouve moins de sportives récentes.

Philip Kantor : C’est lié au raisonnement que je viens de donner. Ces autos là, ça reste quand même “des voitures d’occasion”. C’est pas notre but. On vend des automobiles de collection. Il y a quelques autos récentes qui peuvent devenir des automobiles de collection. Mais moi vendre une auto dont on retrouve 40 exemplaires sur internet, c’est Autoscout qui le fait, pas Bonhams.

NA : Bonhams MPH a été lancé en Angleterre pour des autos un peu moins chères. Est-ce que c’est quelque chose qu’on pourrait voir arriver en France ?

Philip Kantor : Personnellement je ne penses pas, parce que ce n’est pas ma vision des choses. Par ailleurs je ne l’aurais pas appelé MPH, qui est très Brexit, mais RPM. Mais ce n’est pas un point important de la société. C’est simplement que les frais sont souvent élevés pour les vendeurs et quand vous arrivez avec une auto à 5000 £ c’est compliqué. C’était surtout pour ne pas perdre du business, aider les clients et en attirer d’autres qui achèteront ensuite des autos plus chères.

NA : On vous retrouvera l’an prochain à Paris…

PK : Absolument.

NA : vous irez donc sur le Champ de Mars.

PK : Cela va être magnifique. On aura la Tour Eiffel sous nos yeux. Vous imaginez, pendant une vente, avoir la Tour Eiffel en fond, cela va être assez spectaculaire.

Un grand merci à Philip Kantor pour son temps et à Lynnie pour avoir organisé cet entretien.

Benjamin on Email
Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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