Histoire de Carrossiers, épisode 3 : Franay, classicisme et sur mesure

Nous poursuivons notre nouvelle série qui vous donne rendez-vous chaque deuxième du mois. Dans histoire de carrossiers on va rendre hommage à ces maîtres qui ont habillé les plus belles autos du monde pendant des décennies. On commence par évoquer les français. Après Saoutchik et Pourtout, on continue avec une “grand méconnu” : Franay.

De Jean-Baptise à Marius Franay

À l’origine de la carrosserie Franay on retrouve Jean-Baptiste. C’est un carrossier de formation puisqu’entre 1878 et 1882 il se forme à la Chambre Syndicale des Carrossiers. Il n’est encore pas question d’automobiles, mais de voitures hippomobiles. Il acquiert notamment un savoir-faire certain dans la sellerie. Embauché par la suite chez Binder, il en devient chef d’atelier.

En 1903 il fonde sa propre entreprise dans le 17e arrondissement. Sa formation hippomobile est bien utile puisque les autos ne s’en sont pas encore éloigné stylistiquement parlant. Les commandes sont nombreuses et en 1912 il doit déménager et s’installe dans de nouveaux ateliers à Levallois-Perret. Il continue d’y habiller de belles autos mais décède en 1922.

C’est alors son fils, Marius Franay, diplômé des Arts et Métiers qui va reprendre l’affaire.

L’essor de la Carrosserie Franay

À partir de 1923, avec Marius aux commandes, Franay va vraiment prendre son essor. L’entreprise se fait connaître, et ça se ressent avec la taille des stands aux Salons de Paris qui grossissent d’année en année.

Comme beaucoup de carrossiers français, les têtes couronnées du monde entier viennent passer commande. Les châssis habillés à la fin des années 20 proviennent de grandes marques françaises, Delahaye, Delage, Hispano-Suiza et quelques Talbot. Contrairement à Figoni ou même Saoutchik, le “style Franay” est plus classique. Certains le trouveront plus élégant, dans tous les cas il ne démérite pas dans les grands concours d’élégance en s’adjugeant quelques prix prestigieux.

Les formes hippomobiles sont encore utilisées, le Coupé-Chauffeur (avec le chauffeur à l’air libre) et le Torpédo sont souvent utilisés. L’héritage de sellier de Jean-Baptiste n’est pas oublié par son fils. La banquette arrière, la place du propriétaire de l’auto, est réalisée sur mesure. En fait, comme chez un tailler on prend les mensurations du client avant de réaliser les sièges !

À la fin des années 20, les marques se diversifient. Au salon de 1929 le stand présente deux Hispano-Suiza J6 mais également une Mercedes et une Packard. Les marques américaines commencent alors à être des supports intéressants pour le carrossier. En 1930 Franay carrosse sa première Duesenberg. Elles seront 6 à l’être durant cette période, ce qui explique le grand intérêt que portent les américains à la griffe française de nos jours.
On commence aussi à travailler sur les créations du groupe Rolls Royce qui inclut aussi Bentley.

L’activité est presque totalement stoppée pendant la guerre. Une seule commande, datant de 1939 sera honorée. Basée sur une Renault Suprastella, une voiture présidentielle est livrée. D’abord utilisée par Pétain, c’est le Général de Gaulle qui l’utilisera à la libération avant Vincent Auriol. Elle ne sera mise à la retraite qu’au début des années 50.

L’après-guerre et les autos étrangères

Après la guerre, Franay reprend ses activités. Les marques françaises n’ont pas encore redémarré leurs productions et au salon de Paris 1946 c’est une création totalement originale qui est sur le stand. La base est la Delahaye 145 V12, rachetée aux domaines et le style est plus proche d’un Figoni que des créations classiques de l’entreprise.

Delahaye reprend et les travaux de Franay sur les autos de la marque également. Avant-guerre peu de Talbot passaient par les ateliers de Levallois ce qui n’est plus le cas après-guerre. Les styles ont également évolué vers plus de coupés de cabriolets. Souvent ce sont des dessins de Carlo Delaisse qui sont réalisés.

La production française de luxe ralentissant, Franay carrosser énormément d’anglaises. Les Rollys-Royce et Bentley seront toujours présentes sur les stands de la carrosserie entre 1946 et 1955. En 1950, 51, 52 et 54, seules des Bentley seront même présentées ! Il faut dire que la famille royale saoudienne fait carrosser toutes ses Rolls chez Franay !
Les américaines ne sont pas en reste. Là aussi pour la famille saoudienne, notamment sur base Cadillac.

Parmi les autres clients, on note aussi les rois de Suède ou d’Egypte, le prince de Roumanie et des membres de la noblesse anglaise. En plus de la carrosserie on réalise aussi l’entretien des autos de plusieurs ambassades.

La fin de l’histoire

Comme bien des carrossiers, le style ponton importé des USA est présent dans bien des créations. Mais ce ne s’est pas fait sans mal. La société est déficitaire et survit surtout avec les capitaux que retire Marius Franay de sa société de tirage de film cinématographiques. Quand il décède en Février 1954, ça sent déjà la fin.

La dernière apparition de Franay se fera au salon de Paris 1955. Une Bentley Continental, sur un dessin de Carlo Delaisse mais dont les panneaux en alu sortent de chez Chapron !
À ses côtés une Citroën 15-6 H dessinée par Charbonneaux pour devenir une auto présidentielle. Elle restera en service jusqu’en 1972 !

La carrosserie cesse alors ses activités.

Quelques réalisations de Franay :

Une Hispano-Suiza K6 “Sedanca de Ville”, un coupé chauffeur, vendue par RM Sotheby’s à Londres en 2014 pour 112.000 £.

Une Delage D8-100 de 1936 en carrosserie Coupé Chauffeur, proposée par Bonhams à Amelia Island en 2016 :

La Packard Eight de 1938, également en Coupé Chauffeur, qu’on a pu voir à divers événements français, comme l’expo de la FFVE devant l’UNESCO en 2016, Chantilly Arts et Elegance la même année ou la Bourse de Mantes 2019.

Une Rolls Royce Silver Wraith du salon de Paris 1947 qui a été vendue 242.000 $ par Bonhams à Amelia Island en 2017 et également vue chez RM Sotheby’s à Amelia Island en 2014 :

Autre auto de 1947, une Bentley Mark IV Cabriolet vendue par RM Sotheby’s à Amelia Island en 2017 contre 396.000 $.

Une Delahaye 135 MS de 1948 proposée par Gooding & Co à Scottsdale en 2018.

Autre auto de 1948, une Rolls-Royce Silver Wraith vendue pour 473.000 $ par RM Sotheby’s à Amelia Island en 2017.

On a vu la Citroën 15-6 H Présidentielle assez récemment. C’était lors du Rassemblement du Siècle. Dernière auto de Franay, elle est restée très classique.

Et pour terminer, l’autre création de Franay de 1955, la Bentley Continental vue à la vente Bonhams au Grand Palais en 2015 et à Chantilly Arts et Elegance 2016.

Source : Jackfaitunblogauto, Photos Additionnelles : RM Sotheby’s, Bonhams, Gooding & Co

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

4 commentaires sur “Histoire de Carrossiers, épisode 3 : Franay, classicisme et sur mesure”

  1. Bonjour,
    C’est bien de voir ma ancienne Tablot T26 #110 121, La Franay que j’avais acheter dans l’annee de l961/62 a Paris. A la fois je me suis dans l’armee American a Chateauroux. J’avis la Talbot la bas et apres en Amerique…j’avis roule avec tous les jours…Meme j’ai un mecano a Monsier Mario Laiti, le chef de chez Talbot dans que avaient fait des choses pour moi. J’ai vendu la voiture pendant mes jours a Washington, DC. Je sais que la voiture a vendu cher en Italy…..C’est dommage…la Talbot ne pas le meme voiture….plutot une “replique” maintenant…..Excusez moi, comme j’ecris le francais…pas ma lanque. Merci a tous
    Mr. Bandy

  2. Merci,

    D’accord..vraiment je crois que j’avais des photos pendant le temps quand j’ai en France….et meme en amerique….En plus j’avais une Delahaye l75 Figoni…..maintenant j’ai entendu…ellle etait a Moscow…!!

    Merci/thank you…..bientot avec les photos

  3. Petite précision : l’exposition d’automobiles historiques au siège de l’UNESCO à Paris fin 2016 était organisée par la Fédération Internationale des Véhicules Anciens (FIVA), avec le concours, il est vrai, de Laurent Hériou, Directeur Général de la FFVE et des fameux “tontons pousseurs” de la fédération française. La Packard Eight Franay était bien là.
    Bravo pour cet article très documenté !

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