Au volant de la Jaguar XJC, beauté simple et plaisir tranquille

Quand on pense à un coupé Jaguar, on a évidemment le Type E en tête. Si on vise plus ancien on peut se remémorer les XK. Plus récente ? Les XJS. Mais on oublie trop vite la magnifique Jaguar XJC. Une auto sublime, avec un beau blason et suffisamment rare pour qu’il faille la chasser. Aussi quand un bel exemplaire s’est présenté, je n’ai pas hésité.

Histoire de la Jaguar XJC

La toute première Jaguar XJ sort en 1968. Si vous vous intéressez aussi aux berlines, l’ami Alexandre en parle plus en détail, c’est par ici.

Mais nous allons surtout nous intéresser à la série II qui sort en 1973car c’est d’elle qu’émane la Jaguar XJC. Le coupé est dévoilé la même année au salon de Londres. Mais vu le contexte économique, on ne se presse pas pour la produire. D’ailleurs l’étanchéité des vitrages, rendue difficile par l’absence de montant central, est à peaufiner.

Finalement la Jaguar XJC arrive en concessions en 1975. L’auto est remarquablement élégante. Fabriquée sur la base de la XJ courte, elle possède deux grandes portes, basées sur celles de la berline mais agrandies. L’absence de montant central la rend particulièrement élégante et joue aussi sur le toit. Celui-ci n’a pas une énorme rigidité et la peinture a tendance à craqueler. On l’habille donc de vinyle et le tour est joué !

Concernant la technique, deux moteurs peuvent se loger sous le capot. Soit le 6 cylindres en ligne XK de 4.2 litres et 170ch, soit le V12 de 5.3 litres et ses 289 chevaux. Niveau transmission la boîte auto trois rapport est la plus répandue mais une boîte manuelle avec overdrive existe.

Sa carrière sera courte puisque les 10.426 exemplaires sont produits avant la fin de l’année 78 ! Ce chiffre comprend les version Daimler Sovereign. On note aussi que seuls 2200 autos sont sorties avec le V12 ce qui en fait une vraie rareté !

Notre Jaguar XJC

Nous remercions M. Petit qui nous a permis de conduire cette belle anglaise. Elle sera d’ailleurs exposée lors de Retroymobile, à Troyes, les 16 et 17 Novembre.

“La plus belle Jaguar jamais produite”

Ce n’est pas de moi mais de Lofty England, patron de Jaguar de l’époque. Il la place devant la Type E pourtant adulée à sa sortie !

Il est vrai que la Jaguar XJC est indéniablement belle. Son côté sportif n’est pas à évoquer puisque ce n’est pas du tout le but de cette lourde auto. Mais il faut bien reconnaître une élégance et une finesse à cette auto. La berline est sublimée par ce dessin. La partie centrale attire notre attention. L’absence de montant et le contraste amené par le toit en vinyle, même dans cette couleur sombre sont deux éléments qui marquent les esprits.

Le reste de la ligne est très classique. Très élégante. Très british. La XJ6 était une réussite en version berline, le coupé n’en est que plus beau. Le capot long et le coffre, tout aussi étiré sont imposants si on les regarde séparément. Mais au final l’ensemble est harmonieux.

Quand on rentre dans les détails, on se rend compte que les chromes ne sont pas si présents. Et n’alourdissent pas la ligne. La calandre est plutôt massive, mais les phares, les vitres et la ligne de caisse ne sont soulignés que par de fines baguettes. À l’arrière on s’étonne presque de retrouver deux sorties d’échappement. Surtout le dessin du pare-choc est original puisqu’il revient jusqu’à l’arche de roue !

En bref : un sans faute.

Intérieur : british isn’t it

Quand on voit un intérieur comme celui de notre Jaguar XJC on peut comprendre que les dernières Jaguar ait été un choc pour les habitués de la marque. Le bois du tableau de bord est discret et apporte juste ce qu’il faut de raffinement. Le faux cuir présent un peu partout est de bonne qualité et a très très bien vieilli. Le vrai cuir n’est pas forcément à son niveau mais a quand même su se patiner plutôt que s’abîmer.
Le dessin n’est certes pas très original puisqu’il est en fait très symétrique. Un aspect pratique quand on produit des conduites à droite et à gauche !

Devant nous, derrière le volant on retrouve de beaux compteurs avec un petit entourage chromé, lui aussi très élégant. On doit s’attendre à ça dans une Jaguar de cette époque, et on est pas déçu.

Moteur : pièce maîtresse

Avec une belle ligne et un intérieur comme celui-là on doit retrouver un moteur de qualité sous le capot. Un gros 4 cylindres nuirait à l’image. Mais quand on prononce XK, normalement on a tout dit.

Ce moteur est à lui tout seul un pan entier de l’histoire automobile anglaise, une carrière interminable, des performances de premier plan et surtout il sait se montrer docile dans une berline voire un coupé grand tourisme, tout en pouvant remporter les 24h du Mans dans une Type D !

Placé longitudinalement il en impose. Au même endroit le 12 cylindres doit en imposer encore plus… et peser sur le train avant comme sur le porte monnaie du conducteur à cause de sa conso.
Le 6 cylindres 4.2 litres est au final un bon compromis. Mais en regardant la fiche technique on a la confirmation que la Jaguar XJC n’est pas une sportive. 170 chevaux avec cette cylindrée, c’est un minimum, surtout qu’il peut en avoir 100 de plus sans être pour autant inutilisable sur la route. Mais là on a privilégié la souplesse. Ça va d’ailleurs bien avec l’emploi de la boîte auto. Maintenant on va le faire tourner !

Au volant de la Jaguar XJC

Ce n’est pas une sportive et ça se ressent dès l’accès à bord. Il est facile et on se retrouve immédiatement dans un habitacle à l’anglaise. Par contre il faut avoir le bras long… pour boucler la ceinture. La grande porte a reculé l’enrouleur et il n’est pas si facile à attraper. Le confort des sièges est bon et la position de conduite ne me pose qu’un seul problème. Où mettre mon pied gauche ? Dans les autres autos en boite auto que j’ai pu prendre en main le constructeur proposait quand même un repose-pied. Là il n’y en a pas du tout. D’ailleurs l’espace est plutôt réduit. Je vais faire avec.

Le 6 cylindres démarre à la première sollicitation et c’est parti. Boîte auto sur D et c’est parti. Démarrage en douceur pour sortir du lotissement. Le deuxième rapport s’enclenche vite et même le troisième. Le tout sans à-coup trop prononcé. J’espère qu’elle a de l’allonge. Les intersections me permettent de découvrir qu’il n’y a pas que la boîte qui soit moelleuse. La direction l’est tout autant, avec une assistance très prononcée.

Nous voilà sur la grande rue et son ralentisseur “elle est très bien amortie, tu peux passer vite sur le ralentisseur”. J’attaque le premier à 30. Et effectivement ça passe crème, mieux que dans une DS, alors même que ce fameux ralentisseur n’est certainement pas aux normes. Un bon point alors que nous voilà sorti du village.

Virages rapides contre tapis volant

J’accélère doucement mais je sens déjà que le moteur peut encaisser bien plus. 170ch, ce n’est pas énorme, surtout quand on regarde le poids élevé de la bête. Mais le moteur est surtout très souple. Et la boîte n’a pas trop à bouger, le troisième rapport suffit.

Aux 80km/h réglementaires je remarque cependant un régime moteur qui s’approche déjà des 2500 tours. Donc elle ne tire pas si long. Son propriétaire me le confirme “à 130 sur autoroute elle consomme quand même beaucoup”. Même avec deux réservoirs pour 91 litres, ça peut vite tomber ! Le moteur sait se montrer discret mais offre aussi une belle sonorité.

Voilà les premiers virages qui se rapprochent. Le premier me permet de voir qu’elle tient bien dans une courbe rapide. Cependant je perçois comme un flottement à l’arrière. Pas rassurant, mais pas dangereux pour autant. Le virage d’après est plus marqué. Là il faut l’aide des freins. On va dire qu’ils sont corrects. Certes le poids élevé et la boîte, qui ne rétrogradera que quand le pigeon voyageur lui en aura remis l’ordre, n’aident pas. Mais un peu plus de vigueur à la décélération ne serait pas une mauvaise idée. La direction se montre toujours aussi assistée mais ne renvoie pas beaucoup d’infos. En tout cas ça confirme que l’auto n’est pas faite pour le sport. Du moins en virage.

Parce qu’en fait en sortie de courbe, le 4.2 litres se réveille en douceur. Les 170 ch sont aidés par un kick-down qu’on aurait pas soupçonné et la belle anglaise pourrait vouloir détaler. Alors qu’en elle n’accélère pas si fort, et au dessus des 4000 tours la messe est dite. Mais comparé au sentiment mollasson que revoient tous les autres éléments, ça ramène le sourire sur nos lèvres !

Et la vie en Jaguar XJC ?

Comment on vit en XJC ? Bien je vous remercie. Coude à la portière on profite d’un vent frais et on profite de la mécanique. Tout fonctionne bien. Le confort est royal. Le bruit est juste suffisant pour rappeler qu’il y a bel et bien un moteur (potentiellement de course) sous le capot.

Alors on roule. Ce ne sont pas les routes défoncées par la chaleur, combinée aux moissons, qui vont nous retarder. Pas plus que les enfants qui manqueraient de place à l’arrière. C’est un coupé, mais vraiment fait pour 4 tant que la deuxième ligne n’est pas celle de votre club de rugby. Ce qu’on peut lui reprocher en haussant le rythme est un plaisir à rythme de croisière, même soutenu. Et on roule. Jusqu’à la prochaine station service ? Oui entre autre.

Conclusion :

Tout pour plaire ? Et bien oui si vous l’avez acheté pour ce qu’elle est. Non la Jaguar XJC n’est pas une remplaçante de la Type E. Non elle n’est pas sportive. Mais c’est plus qu’une belle alternative à la XJ Berline. Certes elle est plus chère mais elle est tellement plus élégante. Est-ce que sa ligne lui pardonnerait tous les petits défauts qu’on peut lui trouver ? Mettez-vous au volant, mais je prend le pari que la réponse sera la même que la mienne : oui.

Points fortPoints faible
Sa magnifique lignePeu de sportivité
Son moteur 6 cylindresMoteur bridé, dommage
Confortable…Consommation énorme
… même pour 4 personnesQualité des tôles
Image
Entretien
Plaisir de Conduite
Ergonomie
Facilité de conduite
Note Totale

Rouler en Jaguar XJC :

On vous le dit de suite : c’est une bonne idée. La Jaguar XJC se trouve malgré le fait que sa production ait été relativement restreinte. 10.426 exemplaires, c’est assez peu… Et si vous cherchez une version 12 cylindres, la rareté fait que les prix vont s’envoler.

Pour une version 6 cylindres, le prix moyen sera aux alentours des 20.000 €. Les versions 12 cylindres ainsi que les 6 cylindres restaurées à grands frais montent parfois au dessus des 30.000 €. Inspectez bien l’auto car un prix comme celui là doit se mériter.

Evidemment il faudra surveiller la corrosion. Les XJ Série II sont les plus touchées. Jaguar est un constructeur qui a toujours cherché a faire des économies pour au final vendre ses autos à des prix compétitifs. Du coup les tôles ne sont pas de très bonne qualité et les nids à rouille communs que sont les bas de caisse, les passages de roues, les bas de portière et de vitre sont facilement atteints.
Il faut aussi vérifier que les moteurs aient bien été traités. Ils sont solides, seulement si leur entretien a été fait dans les règles et les temps de chauffe respectés. Au passage vérifiez que les freins arrière (inboard), ou la clim fonctionnent. Si ce n’est pas le cas, attendez vous à de gros frais.

Enfin, n’oubliez pas que si le prix d’achat reste correct, il faudra prévoir un budget carburant conséquent pour pouvoir correctement utiliser l’auto.

Pour découvrir une sélection d’annonces de XJC à vendre, c’est ici.

Fiche technique Jaguar XJC  
Mécanique  Performances  
Architecture6 Cylindres en ligneVmax182 km/h
Cylindrée4235 cm³0-100 km/h 12 s
Soupapes12400m DA
Puissance max170 ch à 4500tr/min1000m DA33,4s
Couple max384 Nm à 3750tr/minPoids/Puissance10,2 kg/ch
Boîte de vitesseAutomatique 3 rapports    
TransmissionPropulsion    
Châssis  Conso mixte 16L /100
Position moteur Longitudinal avantConso sportive25L /100
Freinage Disque pleins AV et ARCote 1978NC
Dimensions Lxlxh4843 x 1770 x 1375Cote 2019 20.000 €
Poids1735 kg    

Infos supplémentaires : Amicale XJ

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