Au volant d’une Traction, premier Tome des Chevrons de Légende

Récemment, j’ai eu la chance de m’attaquer à un monument de l’automobile française. Une voiture très présente autrefois dans bien des familles, que je rêvais de posséder étant plus jeune et dont on fête cette année le centenaire de la marque. Sans plus attendre, je vous emmène faire un tour à bord de l’une des voitures les plus franchouillardes de notre belle patrie : la Citroën Traction !

L’entrée dans l’histoire de la Traction

Tout le monde ou presque a déjà entendu un père, grand-père ou oncle dire “tiens on en avait une dans la famille” ! Cette voiture, aussi ancrée dans la culture française que sa petite sœur 2cv, a connu un véritable succès parmi un grand nombre de conducteurs. C’était un peu la voiture de “monsieur tout le monde”.

L’histoire de la Traction débute en 1934 alors que Citroën était au plus bas au niveau financier… en partie à cause de l’étude de cette autos. Officiellement nommée “La 7” puis “Traction Avant”, c’est en avril 1934 que le public découvre les lignes de cette auto si différentes des autres et qui sera l’un des best seller de la marque durant les futures décennies. Grande remplaçante de la Rosalie, la Traction surprend par ses lignes aérodynamiques et par ses roues avant misent en relation directe avec le moteur pour tracter la voiture. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque les autos étaient souvent à propulsion !

Lors de sa sortie, c’est une véritable gamme de motorisations qui est proposée, la 7cv est épaulée par la 11 tandis que, plus tard, la 15 embarque un 6 cylindres. Niveau carrosseries, les coupés (ou faux-cabriolets), les cabriolets, les familiales et commerciales permettent une belle polyvalence.

Durant la seconde mondiale, la Traction fut une voiture emblématique du conflit que ce soit pour l’armée française qui l’adopta pour ses différentes opérations que pour l’armée allemande qui la réquisitionna pour prendre le pouvoir dès 1940. Marquée des fameuses lettres “FFI” sur les portières, elle fut aussi le véhicule très apprécié de la résistance. La Seconde Guerre Mondiale ne mettra pas fin à la Citroën Traction puisque la production reprendra dès 1945, d’abord avec la 11 BL et ensuite la B à partir de 1947.

En 1952 on donnera un coup de jeune à la Traction avec l’apparition de la malle bombée et quatre clignotants. Seul son tableau de bord devient plus attrayant avec une planche de bord bi-ton quand la voiture n’est disponible… qu’en noir !
En 1955 c’est le moteur 11D qui arrive avec plus de puissance et des bielles sur coussinets. C’est un précurseur de ce qu’on retrouvera très vite sous le capot de la DS qui apparaît la même année.

La Traction restera au catalogue jusqu’en 1957 et aura été produite à 759 111 exemplaires toutes versions confondues.

Découvrons notre belle du jour

Notre essai se fera sur une Citroën Traction 11d de 1954. Elle appartient à François, amateur de longue date du modèle qui la bichonne au quotidien (il n’y a qu’à voir l’état quasi neuf de la belle !). Une berline comme on en fait plus et qui me tardait d’essayer. C’est chose faite !

À l’extérieur, une robe noire presque inévitable

S’il y a bien une voiture que l’on trouve dans la grande majorité des cas dans la même couleur, c’est bien la Traction ! Il est en effet difficile d’en croiser d’autres qu’en noir alors qu’il existait plusieurs teintes. Notre voiture du jour est bien dans cette couleur et au final c’est peut-être celle qui lui va le mieux !

Pour casser le côté sombre, on y retrouve de nombreux éléments chromés (rétroviseurs, pare-chocs, baguettes, tours de phares, calandre, encadrement de pare-brise, poignées, bouchon de réservoir, etc) lui apportant une certaine classe et renforçant le côté qualitatif de l’auto. Les roues quant à elles se voient teintées de blanc cassé et de gris clair, elles sont décorées d’enjoliveurs eux aussi chromés.

Impossible de passer à côté de ces larges ailes reconnaissables parmi tant d’autres, elles suivent parfaitement les lignes de la carrosserie tout en apportant ce côté imposant que j’aime beaucoup. Montés aux sommets des ailes, ce sont deux gros phares qui trône fièrement de chaque côté de la calandre pour surveiller les moindres recoins de la chaussée. Un simple regard et c’est une invitation à faire défiler les kilomètres !

À l’arrière se trouve une malle bombée, un trait distinctif des Tractions d’après 1952.

À l’intérieur, on reste dans le thème

L’habitacle reflète en tout point l’aspect général de l’auto, le tout est sombre mais pas inintéressant grâce à ce gris uniforme et ces tissus rayés. De jolis boutons, commandes et tirettes (essuie-glaces, clignotants, plafonnier, ouverture du pare-brise, etc) sont disposés face au conducteur pour que ce dernier ait tout à portée de main. Le chrome quant à lui reste plutôt discret, on remarquera toutefois la petite touche de blanc cassé du volant et du tableau de bord. Quant aux sièges, ils sont totalement d’origine et je dis bravo. Soixante-cinq ans et pas un défaut ! Ils sont parfaitement conservés grâce aux anciens propriétaires qui ont eu l’excellente idée de toujours les protéger par des housses.

En baissant les yeux, on remarque les précieux chevrons moulés sur le tapis de sol ainsi que sur deux des trois pédales.

Et sinon sous le capot ?

Il suffit de soulever les deux portes du capot pour découvrir le coeur de l’auto. Le moteur n’est pas très gros et pourtant il occupe toute la place contrairement à ce qu’on pourrait croire.

Côté technique, on y retrouve un moteur longitudinal avant de 4 cylindres. Ce 1911 cm³ développe 60 chevaux à 4000 tr/min et permet de tracter le reste de l’auto sans trop d’efforts. Le moteur de la 11D est une évolution qui apporte d’importantes modifications de fiabilité et de consommation en carburant tout en apportant un petit plus au niveau de la puissance du véhicule. On retrouvera ce moteur plus tard, avec quelques modifications, dans l’ID19 et sur certains Type H.

Au volant d’une Citroën Traction

Prenez place !

C’est maintenant le moment tant attendu de prendre les commandes de cette Traction. Après être passé de l’autre côté de la porte suicide, je m’installe à bord pour contempler l’immense capot devant moi et les deux gros feux dissimulés derrière ce grand volant dont elle est dotée. C’est plutôt confortable mais cette voiture m’impressionne avec ses éléments disproportionnés.

Les pédales tombent à peu près en face du conducteur mais la minuscule pédale d’accélérateur type piano à queue peut être déstabilisante aux premiers abords. Pas sûr non plus que ce soit d’un grand confort suivant votre taille de chaussures !

Quand au levier de vitesses, ne le cherchez pas au plancher puisqu’il se trouve à droite du volant. Contrairement à la Dyane (par exemple !) où le passage des rapports se fait à l’horizontale, il faudra prendre le coup de main pour passer les vitesses de gauche à droite et de bas en haut. La première se trouve en bas à droite, la deuxième en haut à gauche et la troisième juste en dessous. La marche arrière quant à elle se fera en plaçant le levier tout en haut à droite.

Attachez vos ceintures (ah non il n’y en a pas !) et laissez vous guider à bord de cette routière qui ne fait que m’inviter à rouler depuis que mes yeux se sont posés dessus.

La prise en main, plus de peur que de mal !

Hop c’est parti ! Après un rapide coup d’oeil des principales commandes, il est temps de réveiller les 60 chevaux de cette auto pour débuter l’essai.

Pied légèrement en appui sur cette mini pédale d’accélérateur, je tire la commande d’allumage pour faire démarrer instantanément la Traction. Je baisse le frein à main placé plus bas sous le tableau de bord puis me dirige vers le levier de vitesses placé à côté du volant. Là, c’est la partie que j’appréhendais le plus !

Une fois la première enclenchée, je m’engage sur la route sans trop d’assurance car la voiture est tout de même imposante ! Malgré le poids et le peu de chevaux dont elle est pourvu, cette Citroën Traction répond plutôt bien à mon pied droit jusqu’à ce que j’atteigne les 50km/h. Après quelques centaines de mètres, voici le temps de presser la pédale centrale pour tester le freinage. François m’avait prévenu de ne pas me laisser surprendre et effectivement il faut anticiper pour immobiliser cette soixantenaire ! On ne va tout de même pas lui en vouloir, c’était monnaie courante à l’époque et au final on s’y fait. Vous allez comprendre pourquoi…

Afin de m’engager sur la rue principale, je tourne le bouton placé à droite du tableau de bord pour enclencher le clignotant. Une fois la voiture lancée, j’attrape de nouveau le levier de vitesses afin de passer la seconde, ici plus de peur que de mal puisqu’il suffit de bien décomposer le mouvement pour que ça passe en douceur.

Au final c’est pas si monstrueux que ça à conduire, c’est même très facile ! Lors de céder le passage, l’auto s’élance très facilement en deuxième à basse allure, la première vitesse non synchronisé n’est donc pas un frein puisqu’il est inutile d’immobiliser la voiture pour rétrograder. La taille n’est finalement pas non plus si handicapante avec son petit 1,79m de largeur, faites toutefois gaffe aux ailes déportées qui ne s’arrêtent pas à la limite de votre rétroviseur extérieur !

Plus loin, j’aperçois le panneau de fin d’agglomération, mon petit doigt me dit que je vais pouvoir pousser un peu plus cette grand-mère pour voir de quoi elle est capable. Une fois libéré des 50km/h, j’élance l’auto pour tester son comportement et passe la troisième vitesse en abaissant le levier.

Aux premiers abords on se sent presque en sécurité malgré le manque de ceintures et la pluie. La direction est clairement lourde et assez imprécise mais ce n’est pas dérangeant. Pas vraiment de roulis dans les virages, l’auto est collée à la route et elle répond plutôt bien à ce que je lui demande.

Arrivé dans le village voisin, je ralentis puis freine (tant bien que mal) avant les dos d’ânes pour m’arrêter ensuite un peu plus loin pour attendre Benjamin qui shootait notre passage en bord de route. Shooting raté puisque je n’avais pas vu la voiture qui me collait derrière (merci les petits rétroviseurs d’anciennes !).

Une fois reparti, on reprend la nationale avec cette fois-ci un peu plus de dénivelé. Moins de reprise évidemment mais au final on s’en moque un peu puisqu’on se balade ! Comme je le disais plus haut, le freinage ne choque pas plus que ça puisqu’on apprécie de prendre son temps. À l’époque on prenait le temps et on oublie même très vite les 80km/h imposés sur nationale.

Après plusieurs kilomètres de conduite, il est temps pour moi de céder le volant à mes acolytes.

C’est le moment de la conclusion !

On va pas se le cacher, cette auto est une véritable découverte pour moi. Elle aurait presque tendance à faire peur mais c’est un vrai plaisir à conduire.

La Citroën Traction est un des modèles mythiques que l’on connait tous de par son histoire mais qui nous amène parfois à se poser la question de pourquoi celle-ci et pas une autre ? J’aime comprendre l’engouement qu’ont les amateurs d’anciennes pour tel ou tel modèle et j’ai bien compris cette fois-ci pourquoi il y a tant de possesseurs de Tractions.

Rouler en Citroën Traction

C’est une populaire et elle se trouve. Par contre, il faut avouer que les prix ont subi une belle envolée, dans le sillage de la DS. Acheter une Citroën Traction 11 vous coûtera entre 12 et 16.000 € pour les versions d’après guerre et entre 20 et 25.000 € pour une avant-guerre. À peu près le prix d’une 7.
Bien sûr les 15 sont plus rares et plus chères, entre 30 et 40.000 €. Les versions cabriolets dépassent désormais les 100.000 €.

Pour l’achat, on surveillera bien la corrosion, comme sur toute ancienne. Le fait que l’auto soit répandue est un bon point au niveau des pièces. S’il n’est pas toujours facile de trouver des pièces d’origine neuves, les refabrications existent sur beaucoup de pièces avec différentes qualités… donc des prix pour toutes les bourses.

Merci à François pour cet essai attendu de longue date !

Les plusLes moins
Ses lignes intemporellesLes prix qui s’envolent
Facilité de prise en mainFreinage limité
Disponibilité des pièces
Image
Entretien
Plaisir de Conduite
Ergonomie
Facilité de conduite
Note Totale
Fiche Technique de notre Citroën Traction
Mécanique Performances
Architecture4 Cylindres en ligneVmax120 km/h
Cylindrée1911 cm³0 à 100 km/hnon mesuré
Soupapes2 par cylindre400m danon mesuré
Puissance Max60 chevaux à 4000 tr/min1000m danon mesuré
Couple Maxnon mesuréPoids / Puissance18.3 kg/ch
Boîte de vitesse3 rapports manuelle

TransmissionTraction
ChâssisConso Mixte
Position MoteurLongitudinale avantConso Sportive

FreinageTambours AV et ARCote 1954629.230 frs
Dimensions Lxlxh463 x 179 x 154 cmCote 201913.000 €
Poids1100 kg

Photos additionnelles : Traction Universelle, le club de référence sur le modèle.

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5 commentaires sur “Au volant d’une Traction, premier Tome des Chevrons de Légende”

  1. La 15 /6 ,puissance fiscale de 16 cv est sortie en …..1938 sous le règne des frères Michelin et non en 1934
    La 15 cv était une propulsion ( Rosalie) ,alésage x course de 75 x 100 ,2650 cm3 , alors que le moteur de la traction 15 /6
    a été conçu avec un bloc moteur de 11 (alésage 78 x 100 )auquel on a rajouté 2 cylindres et la cylindrée passant à….2867 cm3 , la voiture sous l’appellation 15/6 …..sera fiscalement une …..;16 cv !!!!!!!!!!!!
    Elle a remplacé la …..22 cv (v8 de 3822 , 2fois 1911 cm3 puisque conçue avec 2 blocs de 11) sortie en 1934 sous le règne
    d’André Citroën ,mais jamais commercialisée, supprimée du catalogue par Michelin pour se consacrer à la mise au point
    des modèles de base de la traction suite à ses déboires lors de sa sortie en 1934.( transmission /cardans /joints Tracta tournant
    Relire ou plutôt ….lire la biographie d’André Citroën conjointement avec celle de Jean Albert Grégoire (concepteur du joint
    Tracta .) ..
    Un peu plus de rigueur respectant la vérité au travers de l’histoire serait la bienvenue.
    Au plaisir de vous lire.

    1. Nous n’avions aucune envie de refaire un historique complet du modèle. Là c’est son essai qui nous intéresse.
      On a rajouté un “plus tard”, comme ça il n’y a plus d’ambiguïté.
      Cordialement

  2. Magnifique auto, très belles photos, merci encore pour cet article.
    J’ai deux demandes : pour les prochains essais, pouvez faire plus de photos sur la partie mécanique ? Et un entretien avec le possesseur de l’auto : pourquoi cette auto, qu’a t’il fait dessus, combien lui coûte t’elle par an etc…

  3. Peut être lourdes à publier mais des photos du moteur avec une définition d’image plus importante. Montrer l’autre côté aussi du moteur. Et peut-être que François avait fait faire quelque chose de particulier sur son auto : un petit détail, qui peut montrer tout l’amour que son proprio lui porte.

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