Une Journée de Préparation au Tour Auto avec la Cobra de Ludovic Caron et Jean-Pierre Gagick

Ce n’est pas une blague. Lundi 1er Avril 2019, 5h, le réveil sonne. Jean-Pierre Gagick, Toma et moi sautons dans le TGV direction Bordeaux. De là nous rejoignons le circuit de Haute Sainteonge en Charente. Au programme : quelques heures de roulage pour préparer le prochain Tour Auto 2019.

CSX2127 prépare son Tour Auto 2019

La voiture, nous la connaissons bien. Chaque année ou presque Ludovic Caron est à son volant pour tenter de gagner le Tour Auto. D’ailleurs il l’a déjà fait deux fois, en 2008 et 2011. Lui la voiture, il la connaît. Mais Jean-Pierre Gagick va la découvrir. Car même s’il est copilote, il faut qu’il puisse conduire voire piloter la Cobra si besoin est.

Pour nous, c’est l’occasion de faire le plein de photos d’un équipage qui vise tout simplement la victoire de la course !

Ensuite vient le moment de les questionner sur eux, cette aventure qu’est le Tour Auto et sur la voiture.

Ludovic Caron, le pilote aux deux Tour Auto

BP : Ludovic Caron, bonjour. Ce n’est pas votre première expérience sur le Tour Auto, loin de là !

LC : Non c’est vrai. Le premier c’était en 1997, mais je ne les ai pas tous faits. 97, 98, 2004 à 2009 puis 2011 à maintenant.

BP : Vous avez gagné deux éditions…

LC : Oui je gagne en 2008, je fais deuxième en 2009 et je regagne en 2011. En fait sur la moitié de mes participations, j’ai terminé sur le podium. Mais en plus des podiums, je suis fier de mes 72 scratchs.

BP : A chaque fois avec la Cobra ?

LC : La première participation c’était en Austin Healey, ensuite en Type E. En 2003 et 2004 c’était avec une Cobra Daytona.

BP : Avant d’être en historique vous aviez déjà fait de la course auto ?

LC : Très peu en fait. J’ai fait de la monoplace, Formule Ford et Formule 3 mais en 1994, la Loi Evin a arrêté pas mal de chose niveau budgets… dont le mien. Mais quelqu’un qui avait une grosse collection d’auto cherchait un pilote afin de compléter un équipage pour une course d’endurance, qui avait lieu en Novembre au Castellet, qui s’appelait les Deux Tours d’Horloge.
Et on m’a proposé ça. Au mois de Novembre j’avais “rien d’autre à faire”. On m’as dit, “Tu vas rouler sur une Lola T70“. J’ai pris une encyclopédie parce que je savais pas ce qu’était une Lola T70 (rires). J’ai fait des essais en Angleterre, et puis on a fait la course et on l’a gagné. C’est comme ça que j’ai mis un pied dans la course historique.

Et puis ça a quand même un côté sympa, ce sont de belles autos. C’est plus sympa pour un amateur de voitures que la course en modernes. En 2003 sur la Carrera Cup, en 996 , c’était sympa, c’était performant, mais c’est pas une icône automobile. Je ne suis pas sûr qu’on parlera de la 996 dans 50 ans.

Jean-Pierre Gagick, copilote mais aussi présentateur

BP : Passons au copilote. Jean-Pierre c’est votre troisième Tour Auto ?

JPG : Troisième dans une voiture. Si on compte ceux au bord de la route c’est peut-être le quinzième ! Je l’ai d’abord fait avec une R8 Gordini en régularité, avec une Corvette en compétition et celui-ci avec Ludovic.

BP : Vous avez pris des cours de copilotage ?

JPG : Non. J’ai beaucoup appris avec la Corvette. Parce que c’était une compétition que, ni Anthony Beltoise, ni moi, n’avions l’habitude de faire. Entre la régularité et la compétition ça n’a rien à voir. Et puis finalement on s’est pris au jeu. Finalement on était pas si nuls que ça avec la Corvette, et on s’est dit “on est 9e, mais on peut être 8e, on peut être 7e”. Et puis dès l’instant ou tu rentres dans le truc, il y a des contraintes toutes autres. Il faut gérer le temps. Tu pars à 7h43 et tu dois être sur la spéciale à 8h21… et puis nous on mettait de l’essence toutes les 100 bornes parce que t’as un réservoir de Mini et ça consomme comme… une Corvette.

T’as plein de paramètres comme ça qui jouent. T’es vachement sous pression.

BP : Vous avez conduit en épreuve chrono ?

JPG : Non, non. J’avais prise en main la voiture, mais j’avais dit à Anthony que je pouvais faire du circuit s’il fallait. Mais en spéciale, non, non. Je ne suis pas assez calé pour conduire ça. Ça aurait été une petite voiture, ok, mais vraiment sur une voiture comme ça c’est compliqué. Et puis j’ai une autre contrainte avec les caméras de la voiture !

BP : Mais vous conduisez un peu en liaison ?

JPG : Ah mais j’avais fait quasiment toutes les liaisons. Je faisais les liaisons avec le road-book sur les genoux parce qu’Anthony n’y comprenait rien. A chaque fois qu’il s’occupait du road-book on se paumait !

Ça reste une superbe expérience. Comme disait Ludovic, t’es dans un monde à part, tu regardes pas la télé.

LC : C’est le monde qui tourne autour du Tour Auto. Tu te couches, tu dors, point. Tu fais une sieste après le déjeuner. T’es dans la voiture 10h par jour. Et elle fait du bruit, elle te secoue, t’as pas la clim.

BP : Ça peut monter à quelle température ?

LC : Quand tu roules, ça va. L’enfer c’est les embouteillages en ville. C’est brûlant. Les pédales sont brûlantes, tu poses pas les mains dessus. Moi je chope des cloques sous les pieds, à travers la chaussure ! Quand tu roules pas, tu ventiles pas. Ça peut monter haut.

BP : Jean-Pierre, qu’est ce qui change par rapport à la Corvette ?

JPG : La plus grosse différence c’est que la Corvette était montée autour du projet pour Automoto. La priorité c’était l’image. On engageait une auto pour montrer ce que c’est, sachant pertinemment qu’on allait pas gagner le Tour Auto avec une Corvette. Là c’est différent. C’est Ludovic qui me l’a proposé. Et on s’est dit que c’était dommage de ne pas embarquer les téléspectateurs de l’émission dans une autre aventure, avec une Cobra en plus, avec un autre angle, et avec un de ces dix mecs qui viennent sur le Tour Auto pour gagner l’épreuve.

Parlons de la Cobra CSX2127

BP : Ludovic, si on doit résumer l’auto en quelques mots ?

LC : 1963 – 1975, douze ans de course sans interruption. Avec des victoires dans tous les championnats. Championne dans sa catégorie en 1972 et 1974. Tous les plus grands pilotes des années 60 sont passés à son volant, Phil Hill, Dan Gurney, Ken Miles, Bob Holbert, etc.

Ensuite elle est entièrement restaurée en 1978 pour revenir à sa config’ de Sebring 1963 puisque l’auto avait un peu changé. Et après je l’ai remise sur la piste en 2005. Je m’étais dit que j’allais lui refaire 12 ans de course… et puis je m’attache. Je la fait durer un peu plus. Elle a eu une seconde vie largement aussi remplie et arrosée que sa première carrière.

Et puis je suis très content de l’avoir. Grâce à elle j’ai rencontré Caroll Shelby, avec qui j’ai pas mal échangé. Quand je lui ai dit que j’allais la remettre sur la piste, lui, un mec de la course, il était ravi. Il ne comprenait pas trop le concept d’avoir des voitures dans un musée. Il m’a fait rencontré tous les membres de l’équipe de l’époque, le chef mécano, le photographe Dave Friedman… J’ai des photos de l’intérieur, de la vie de l’équipe et de la voiture.

C’est une voiture importante dans l’histoire de la course. Avant la GT40 c’est la première fois qu’un grand constructeur, Ford, s’impliquait autant dans la compétition. C’est bien d’y participer aussi !

BP : Elle n’a pas fait QUE le Tour Auto…

LC : Non, non. Le Mans Classic, Goodwood Revival, j’ai fait pas mal de courses avec. Sur des circuits mythiques. Spa est génial, le Nürburgring aussi. Le circuit le plus sympa pour elle reste Goodwood. Une auto des années 60 sur le seul circuit de cette époque qui est resté inchangé, c’est top. Elle est faite pour rouler sur cette piste là, avec les petits Dunlop… Elle s’y conduit “comme à l’époque” c’est super excitant. Et puis le fait d’être sur un circuit “dangereux” c’est grisant.

JPG : C’est vrai qu’il donne pas droit à l’erreur.

LC : Faut se cracher un peu dans les pognes. C’est pas comme au Castellet où tu te loupes à Signes, c’est pas grave. Même à Dijon, tu te rates à Pouas, pas grave. Avant le rail était à 2.5 m du bord de la piste, c’était pas la même histoire.

BP : De celles que vous avez conduites, la plus performante, c’est votre Cobra actuelle ?

LC : Oui.

BP : Plus que la Daytona ?

LC : Oui. Dans les spéciales avec la Daytona j’en gardais un peu sous le pied. D’abord c’est plus pataud, t’as plus de porte à faux, l’auto est moins vive, le centre de gravité est plus bas. La Cobra bouge plus et c’est plus rassurant en spéciale.

Le Tour Auto Optic 2000 vu par un pilote

BP : Parlons du Tour Auto, qu’est ce qui a changé entre le premier que vous avez fait et le Tour Auto actuel ?

LC : L’organisation. Le premier en 1997 c’était “à la bonne franquette”, ce n’était pas la même caravane. C’était une course calibrée autour des participants. Les concurrents sont maintenant des acteurs, rien de plus. Après c’est toujours la même magie d’une course qui dure cinq jours et qui a un côté sympa de caravane qui avance dans la France. C’est sympa d’avoir une course dans la course. Comme en endurance. Il faut gérer la durée. Le lundi après la course, il nous manque quand même quelque chose. On se dit qu’on a pas 12h de voiture à faire…

BP : Jamais de reconnaissances sur le Tour Auto ?

LC : Moi non (rire).

BP : Sur les dernières éditions, être en compétition avec une avion de chasse comme la GT40 de Cottingham et Smith, ce n’était pas difficile ?

LC : Non une GT40 ça va toujours plus vite qu’une AC Cobra. C’est tout à fait normal. A l’époque elle a mis fin à l’hégémonie de Ferrari en course. Elle a eu le soutien d’un constructeur généraliste pour créer la voiture la plus efficace possible avec des moyens considérables. Elle marche très fort, elle est bien mieux équilibrée, c’est très bas, ça a la même motorisation qu’une Cobra, ça a une boîte 5, c’est triangulé à l’avant, enfin voilà… c’est 1000 fois plus efficace, c’est normal que ça aille plus vite.

Après il faut aussi que ça soit bien conduit parce que faut avoir les corones de mettre les watts dans les spéciales. Je n’ai conduit qu’une fois une GT40, à Goodwood, et je me dis que pour bien la conduire sur une spéciale il faut être habitué à la voiture. On est très bas, on voit rien.

BP : En plus l’an dernier elle était performante aussi en spéciale, pas que sur circuit…

LC : Les fois précédentes où il y avait des GT40 elles atomisaient tout sur circuit mais pas en spéciale. L’an dernier c’était autre chose. J’en ai gagné que trois et à chaque fois avec 1 ou 2 seconde d’avance, quand eux gagnaient c’était parfois avec 6 ou 7 secondes de marge !

BP : Dans tous les cas pour être performant au Tour Auto, il faut finir (La GT40 abandonne l’an dernier à deux spéciales de la fin).

LC : Faut le finir, faut pas prendre de pénalité, faut pas tomber en panne d’essence, en panne tout court… Le timing est tellement serré que si t’as la moindre panne sérieuse qui nécessite une grosse intervention, si ça t’arrive dans la journée tu ne repars pas.

BP : L’auto que vous avez vu la plus performante sur le Tour Auto ?

LC : Clairement la GT40 de l’année dernière.

BP : Qu’est ce que vous pensez du fait qu’il y ait de plus en plus de pilotes pros qui viennent sur le Tour Auto ?

LC : C’est bien. Je ne sais pas si ça augmente le niveau du Tour Auto, mais ça participe à sa médiatisation. Aujourd’hui c’est une des courses les plus importantes et médiatisées en historique, en partie parce qu’il y a de plus en plus de gens connus qui y participent. Que ce soit des anciens pilotes…

BP : des présentateurs télé…

JPG : Autant quand ils font venir des pilotes au Goodwood Revival, c’est normal parce que c’est une course très particulière. Sur le Tour Auto il y a un côté ludique avec des pilotes qui sont invités. Ils ne vont pas tourner aussi vite que Ludovic ou un autre pilote habitué.
Au Revival, il faut un pilote pour exploiter la voiture. J’y suis allé quand Ludovic a fait troisième, ça tourne à une vitesse… c’est impressionnant. Même si t’es propriétaire d’une belle auto, si tu tournes là bas sans être un pilote t’es dangereux pour les autres…

BP : Quelle est la plus value de mettre un pilote dans son auto pour tenter le Goodwood Revival ?

JPG : Ça va donner de la valeur à la voiture parce qu’elle aura gagné le Revival.

LC : C’est aussi l’esprit de compétition.

BP : On vient pour gagner !

LC : Oui et non. Quand je suis venu au Mans Classic avec ma Cobra, j’ai eu de la chance, j’ai fait des podiums à chaque participation à part l’année dernière où je fais quatrième. J’ai eu de la chance parce que sur le papier je ne peux pas y arriver avec une Cobra. Du coup l’idée c’est d’être la première des non-GT40, ou rouler sur le grand circuit.

À Goodwood tu peux pas avoir ce kiff. Il y a trop de pression. Comme le dit Jean-Pierre, le niveau est tel que si t’y vas le coude à la portière en te disant que tu viens voir comment c’est, profiter de l’ambiance, et tout c’est dangereux. Moi je suis un petit amateur. Quand je me retrouve au briefing que j’ai Gerhard Berger qui est là, que t’as Kristensen, Alesi… tu te dis que t’es un tout petit bonhomme. Si tu fais pas beaucoup de course, c’est chaud.

Même Le Mans Classic, depuis la première année en 2002 tout a progressé.

BP : Que vous inspire le parcours de cette année ? (à retrouver ici)

LC : Il est très bien. On va courir sur quatre beaux circuits. On a de grosses étapes dans de beaux endroits. Le Massif Central est toujours sympa. Il faudra faire attention au timing et ne pas se perdre.

BP : et un petit pronostic pour un équipage qui pourrait finir 2e derrière vous ?

LC : Rires. Non pas de pronostics. Que le meilleur garde.

JPG : Que la voiture arrive au bout.

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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