Alfa Romeo Giulia 1300Ti : au volant d’une Friandise Transalpine

Février, il fait froid, les anciennes sont en pleine hibernation, et trouver une auto à se mettre sous la dent n’est pas évident. En fait non, voilà une dizaine de jours que le thermomètre flirt avec les 20 degrés et que le printemps semble de retour. Pour fêter ça quoi de mieux que sortir une italienne rouge, une Alfa Romeo Giulia 1300Ti, à la joie de vivre contagieuse ?

Histoire de la Giulia

C’est en 1962, sur l’autodrome de Monza, qu’est présentée la Giulia. Celle-ci avait pour vocation de reprendre le flambeau de la vieillissante Giulietta, mais aussi d’assoir les ambitions commerciales du constructeur italien. Il faut dire qu’ils avaient bien fait les choses en proposant des solutions techniques assez avant gardistes. Suspensions avant indépendantes, amortisseurs télescopiques, zones de déformations, boite à cinq rapports, mais surtout des performances et un comportement routier de haut vol ! C’était le fruit d’un poids contenu, mais aussi d’un aérodynamisme longuement étudié en soufflerie. Celle que l’on désignait comme « taillée par le vent » pouvait en effet filer à 170km/h grâce à un Cx record de 0.34. Je vous laisse imaginer la claque !

D’abord commercialisée sous le nom de TI (Tourismo Internazionale) la Giulia reprenait le 1600 double arbre à came de son ainée pour une puissance de 92ch. Il faudra attendre 1964 pour voir apparaitre une version d’entrée de gamme, la 1300. Dotée d’un moteur de 1290 cm3 cette version développait 78ch. Afin de ne pas trop cannibaliser les versions haut de gamme (1600, Super etc) elle était équipée d’une boite quatre avec commande au volant, d’un habitacle simplifié, et d’une calandre à deux phares. C’est en 1966 qu’apparaît notre modèle du jour, l’Alfa Romeo Giulia 1300Ti. Toujours dotée d’une calandre à deux phares elle vit sa dotation se mettre au niveau de ses grandes sœurs avec notamment l’ajout de la boite cinq à commande au plancher. Coté moteur la puissance du 1300 fut portée à 82ch !

En 1967 le design de la Giulia évolua avec une calandre ne comportant plus que trois barres au lieu de cinq, c’est aussi cette année-là que la belle abandonna son compteur à rouleau. Cinq ans plus tard en 1972 la gamme subit une grosse réorganisation. Suite à l’apparition de l’alfetta, les versions Ti de la Giulia disparurent ne laissant au catalogue que les 1.6 et 1.3. En 1974 la Giulia se vit dotée d’une ultime version, la Nuova super dont le 1300 fut porté à 89ch. Trois ans plus tard après 15 ans de carrière la production de la Giulia s’arrêta. Malgré une esthétique clivante, la belle italienne fut encensée tout au long de sa carrière pour ses qualités dynamiques et de fabrication. Avec 572.626 voitures écoulées les efforts de la marque furent largement récompensés. Le flambeau sera quant à lui reprit par la Giulietta Nuova à la carrière plus anonyme.

Notre Alfa Romeo Giulia 1300Ti du jour

Extérieur : La belle Julie

D’accord Julie, ça sonne moins classe que Giulia quoique… Mais tout ça pour dire que cette boite à chaussures portait le nom d’une fille, c’est dire à quel point elle avait intérêt à être sexy ! Et, ouais j’avoue, pour une berline elle est canon !

Surtout dans cette teinte rouge particulièrement suggestive. Certes les rondeurs de la Giulietta ont disparu, mais le centre de style maison a su conserver un chouette équilibre entre muscle et féminité. Le coup de crayon est anguleux, dynamique mais on retrouve aussi un coté ingénue, avec ce regard de biche et ces dimensions fluettes. 4,14m de long pour 1m56 de large et 1m43 de haut, notre belle n’est vraiment pas grosse. Et le comble, c’est que malgré son apparence, la Giulia se tape le luxe d’offrir un Cx plutôt soigné pour l’époque avec 0,34.

De profil on retrouve un dessin tricorps classique, mais superbement équilibré, souligné par deux lignes courant le long de la caisse. Le porte à faux avant est court, l’arrière plus long, c’est plutôt chouette, et c’est gage d’un bon dynamisme sur la route. A l’avant on retrouve deux phares ronds et la calandre triangulaire maison. La partie arrière semble la plus travaillée avec ce becquet subtilement intégré à la carrosserie. C’est aussi lui qui vient vraiment donner une identité stylistique forte à l’ensemble avec son renfoncement central. C’est encore lui qui a valu à notre Giulia le qualificatif d’être taillée par le vent. Car il ne faut pas oublier que notre petite diva a passé de longues heures en soufflerie. A cela rajoutez quelques chromes très valorisants, de jolie jantes, et vous obtenez une très jolie fille plutôt coquette ! Personnellement je suis sous le charme !

Habitacle : Un grand classique transalpin

Autant l’Alfa Romeo Giulia 1300Ti est ravissante à l’extérieur, autant l’habitacle fait contraste par son classicisme. Bon il y a bien le bloc d’instruments qui attire l’attention, avec son tachymètre à rouleau, et son compte tours façon bec d’oiseau. Au passage celui-ci est aussi lisible que complet ! Mais pour le reste, bah on retrouve un grand volant tout fin en bakélite, un levier de vitesses au plancher et quatre places très logeables. Globalement, c’est joli, mais pas de quoi se mettre à genoux et fondre en larmes. En revanche, cet intérieur est bien foutu et a bien vieilli. Même l’ergonomie est correcte, hormis quelques couacs typiques, comme le pédalier un peu décalé, ou la manette des clignotants, je n’ai pas l’impression d’être paumé en plein centre de Mexico. Ça fait toujours plaisir de monter dans une italienne sans avoir la sensation de faire de l’urbex, ou qu’on se fout ouvertement de ma gueule.

Coté position de conduite, rien à redire, le volant et le levier de vitesse tombent justes, la position est globalement confortable. Bon le pédalier est un peu étrange, mais pas de quoi finir la cheville en sang. Autre point positif, l’habitabilité générale. On tient sans problèmes à quatre adultes entiers, et, comble du luxe, chacun dispose de son cendrier ! Ah les années soixante…. Sans rire, c’était vraiment important jadis ! Suffit de voir la perfection avec laquelle ils sont placés. En dehors de ça on retrouve l’équipement nécessaire à la survie d’un automobiliste italien, à savoir, du chauffage, et une sellerie en skaï. Parce qu’un italien n’aurait jamais posé son cul sur du tissu, faut pas déconner (même si le tissu était proposé d’origine) ! Pour clôturer cette partie habitacle, (j’ai vraiment envie d’aller faire un tour) parlons du coffre de la Giulia 1300Ti. Sans surprise il est largement assez grand pour entasser des centaines de bouteilles de chianti !

Mécanique : Un cœur soigné et des trains d’avant garde

Parlons un peu du cœur de notre belle. Il se n’agit ni plus ni moins que du fameux 4 cylindres en ligne double arbres à cames tout aluminium cher à la marque. Un vrai morceau de patrimoine italien ! Sous le capot de notre Giulia 1300Ti c’est la version de 1290cm3 que l’on retrouve. Coiffé par un carburateur Solex double corps, ce 8 soupapes développe la bagatelle de 82ch à 6000trs/min pour un couple de 107nm à 4900trs/min. Des chiffres pas franchement impressionnants, mais qui donnent le ton quant au tempérament de notre belle, hargneuse et pointue. Cela dit, remis dans les années 60, ces chiffres sont loin d’être ridicules, surtout lorsque l’on sait que notre Italienne pouvait filer à plus de 160 chrono, et passait de 0 à 100 en 13.4s. Coté transmission, là encore notre Giulia 1300Ti est soignée puisqu’elle dispose d’une boite à cinq rapports avec commande au plancher. Pas si courant à cette époque.

Niveau châssis, c’est aussi du bon boulot. Suspensions indépendantes triangulées à l’avant, barre antiroulis, essieux arrière rigide avec ressorts hélicoïdaux et amortisseurs hydrauliques, pour les années 60 c’était vachement moderne, et gage d’une tenue de route exemplaire. Histoire de parfaire l’ensemble, notre Alfa est freinée par 4 disques de 267mm sans assistance. De quoi pouvoir ralentir aisément les 1010kgs de la belle, ou pas. Dernier point et pas des moindres, la caisse monocoque est étudiée pour préserver l’habitacle en cas de choc, grâce à la création de zones de déformations. Ça, pour l’époque, c’est carrément pas banal ! Je ne sais pas vous, mais après l’exposé des dessous de notre Giulia 1300Ti j’ai encore plus envie de voir ce qu’elle donne sur la route !

Au volant de la Giulia 1300Ti : Alchimie transalpine

Bon sang comment font les italiens ! Combien de fois j’ai pu entendre le classique « bof les italiennes c’est de la merde ». Combien de fois face à un tel sens de la repartie, j’ai pu demander pourquoi ? Et combien de fois m’a-t-on répondu « c’est pas fiable, ça rouille, c’est cher et ça tient pas la route ». Bon ok, il y a du vrai dans ce plaidoyer, suffit de regarder la disponibilité des pièces de carrosserie, et j’avoue que les ritales ne sont pas toujours bien foutues. Pourtant, cette Giulia 1300Ti me flanque la banane alors que je n’ai même pas mis le contact. Finalement, c’est la même rengaine à chaque fois que je me mets au volant d’une auto transalpine. Est-ce que cela va se confirmer une fois le 1300 en route ?

Contact, le bialbero claque au quart, 1ère, en route. En fait non, je ne sais pas si elle est verrouillée, en fait si. Vous l’aurez deviné, la boite n’est pas franchement communicative, contrairement au 1300. En voilà un joli son pour un quatre pattes ! D’autant qu’en plus caresser nos tympans, ce petit moulin offre une belle souplesse dans les bas régimes. Sur ces premiers tours de roues, bah il n’y a pas grand choses à redire. Je suis en ville et cette petite Alfa ne me donne pas l’impression de vivre une finale de poids lourds. Je n’ai pas non plus la sensation d’être aux commandes d’une vraie ancienne. La Giulia 1300Ti est vraiment très facile et rassurante à prendre en mains. Cela dit, tout n’est pas rose, sans défauts ce ne serait pas une bonne italienne.

Une auto à prendre en mains

D’abord les freins. Pas d’assistance, pas de miracles. Malgré quatre disques, équipez-vous d’une bonne liasse de constats. Car vous n’aurez ni mordant, ni puissance, ni endurance, même en tapant sur la pédale façon Jacquouille. Ensuite les clignotants. En France on s’en fout déjà pas mal, mais à voir ou sont situés ceux de notre belle je ne veux même pas connaitre l’avis des Italiens. Neuf fois sur dix je me retrouve à faire des appels de phares. Et oui, les clignotants c’est la petite manette planquée derrière le volant et non la grosse facile d’accès. Autre bizarrerie, la course de l’accélérateur particulièrement courte qui fait que l’on est toujours pratiquement pied au plancher. Finalement cela fait bien peu pour une italienne de cinquante ans révolus.

Coté plus, la direction offre un excellent feeling à l’anciennes, ferme, plutôt précise, et sans jeu. Bon en ville elle est quand même un peu lourde mais rien d’insurmontable. Pas besoin de s’appeler Ronnie Coleman pour faire un créneau. Mine de rien la boite n’est pas mal non plus. Hormis la première qui est un peu floue, le guidage et le verrouillage des suivantes sont satisfaisants. Puis l’ensemble est épaulé par une mécanique de bonne compagnie. Ce 1300 c’est de la crème, à aucun moment il ne ratatouille, ou vient secouer l’habitacle comme une machine à laver en mode essorage. Les ruelles médiévales ne lui font pas peur, et il y a cette sonorité envoûtante que seuls les ritales savent faire. Mais c’est surtout à la campagne que l’on apprécie ce genre d’auto, alors allons y.

Pied droit au plancher !

Sortie de ville, un coup de deux, pied dans la tôle, le 1300 reprend avec une sonorité rauque assez bestiale. Sous les 4500 tours, le bialbero accélère avec courage et passion ! A bord, on y croit, on a la banane qui pousse, et puis passé 4500 tours, bah…. Il est passé où le moteur ? La mécanique s’essouffle complètement nous rappelant avec pragmatisme qu’il n’y a que 82 chevaux. Remarque ce n’est pas bien grave, car le plus inattendu, c’est surtout le caractère bien trempé de cette mécanique à mi régime, pas sa mollesse dans les tours. Et je ne boude pas mon plaisir de tricoter avec la boite de vitesse bien étagée, en faisant ronfler ce petit ténor. Dans ma tête c’est même : « whaaaa on se traîne mais c’est génial ! ». Comme quoi une mécanique enthousiaste fait toute la différence !

Tandis que le rythme s’accélère, les bonnes surprises viennent s’additionner. La direction continue d’offrir de belles sensations, et notre Giulia 1300Ti est réellement stable. Alors que j’attaque les « S » de Montgueux, le comportement est carrément exemplaire pour une oldie ! L’auto est assez neutre, les mouvements de caisse sont assez bien maîtrisés, et on peut vraiment y aller sans arrière-pensées. Pas besoin de se bastonner pour placer l’avant, et pas d’angoisses à l’idée de remettre les gaz. Remarque on est tout le temps pied au plancher. Cela dit attention, en bonne propulsion faut pas pousser mémé dans les orties. Le train arrière peut avoir des envies de promenades. Entre deux paraboliques les quatre gamelles vrombissent, le rouleau grimpe au rythme créole, mais j’ai la banane ! Comment les italiens font pour offrir autant avec finalement si peu. Question d’alchimie ?

Conclusion

Cette petite alfa me rappelle une certaine BMW 315 que j’avais essayée. Mais avec ce petit plus que seuls les italiens savent distiller. Cette sonorité, ce tempérament enjoué, qui viennent apporter de la passion et du frisson, là où l’on ne s’y attend pas. C’est le genre de bagnoles toutes simples qui filent le sourire avant même que l’on soit à bord, et devant lesquelles on s’émerveille sans être obligé de les conduire. Le simple fait d’avoir ce petit morceau de l’Italie bénie donne du baume au cœur. Alors certes la Giulia 1300Ti a un mauvais rapport prix performances. Mais n’achète-t-on pas une auto avant tout parce qu’elle nous plait ?

Rouler en Giulia 1300Ti

En plus d’être bourrée de charme et de qualités cette petite berline est facile à vivre. Bon il faudra quand même y laisser un bon billet à l’achat, comptez entre 15 et 20.000€ pour une auto en bon état. En dehors de ça la Giulia est une auto bien née et robuste si respectée ! A l’achat, ce sont souvent les mêmes points à vérifier. A savoir l’état des trains roulants, le bon fonctionnement de la mécanique, l’absence de fuites, et surtout la corrosion. En bonne Italienne la Giulia a fortement tendance à partir en poussière. Bas de caisses, passages de roues, planchers, entourages de portes et de pare-brise, scrutez minutieusement chaque recoin fortement exposé aux projections ou à l’humidité.

Coté entretien, rien de bien compliqué, la vidange moteur doit être effectuée tous les ans ou 5000km. Tous les 10.000km, c’est la carburation ainsi que l’allumage qui doivent être passés au crible. La mécanique est accessible et assez simple, vous pourrez faire ces opérations facilement vous-même. Autre point positif, il existe encore pas mal de pièces détachées, que ce soit d’occasion ou en refabrication. Oubliez de passer par le réseau, vous perdrez du temps car ils n’ont pas grand chose. En revanche il peut être compliqué de trouver des pièces de carrosseries, faut dire que c’est surtout la rouille qui tuait les Giulia. Niveau consommation tablez sur un peu moins de 10L/100km, ce qui finit de rendre cette auto tout à fait utilisable au quotidien.

Les plusLes moins
Gueule CraquanteQuand même un peu molle
Image SympathiquePrix d’achat élevé
SonoritéLa rouille
Facilité de Conduite
Tempérament Mécanique
Image
Entretien
Plaisir de Conduite
Ergonomie
Facilité de conduite
Note Totale
Fiche Technique de la Giulia 1300 Ti
Mécanique Performances
Architecture 4 Cylindres en ligne Vmax ~160 km/h
Cylindrée 1290 cm³ 0 à 100 km/h ​13,4 s
Soupapes 8 400m da NC
Puissance Max 82 ch à 6000 tr/min 1000m da 34,4 s
Couple Max 107 Nm à 4900 trs/min Poids / Puissance 12,3 kg/ch
Boîte de vitesse 5 rapports manuelle
Transmission Propulsion
Châssis Conso Mixte 9,8 L/100 km
Position Moteur Longitudinale avant Conso Sportive NC
Freinage Disques AV et AR Cote 1966 NC
Dimensions Lxlxh 4140 x 1560 x 1430 cm Cote 2019 19.000 €
Poids ~1000 kg

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Rédac-Chef Essais à News d'Anciennes
Passionné de photo et de sa BMW E30, Mark a rejoint News d'Anciennes courant 2016.
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Rédacteur-photographe à News d'Anciennes
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5 commentaires sur “Alfa Romeo Giulia 1300Ti : au volant d’une Friandise Transalpine”

  1. Au début des années 70 j’ai eu l’occasion (et la chance) de conduire une 1300 « normale » dans les rues de Turin et à proximité. A l’époque les freins ne m’ont pas paru faiblards comparés à d’autres autos de la même période. C’était l’automne, du brouillard, les phares n’étaient pas à la hauteur, mais bon … en résumé beaucoup plus de plaisir que de soucis ! Elle était blanche, intérieur noir en skaï évidemment, alors merci pour ce rappel de bons souvenirs !!! Par contre aucune mémoire des clignotants, soit ils avaient changé, soit je ne m’en suis pas servi …

    1. Ahah peut être avez vous adopté la mode italienne :p. Plus sérieusement certaines choses peuvent apparaître délirantes pour les uns et pas pour les autres.

  2. Cette belle italienne m’a comblé de joie.Elle arborait une robe verte ,une mécanique à nul autre pareille.Le son du moteur enchanteur.L’arrivée d’une boîte placée à l’arrière à eut raison de ma passion ,ce choix du constructeur m’a débauché de la marque.

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