Au Volant d’un Taxi De La Marne, le mythique Renault AG1 de 1909

Il y a tout juste 100 ans aujourd’hui prenait fin la première guerre mondiale. Un événement qui a marqué l’histoire de l’humanité. Tout d’abord ce fut une effroyable guerre sur le plan humain mais elle marqua l’entrée de la guerre dans le XXe siècle. Finies les charges de cavalerie et place aux tranchées. D’un point de vue technologique la première guerre mondiale a également été un vecteur de progrès malgré elle. Ainsi on a pu voir de nombreuses améliorations, mais on a également vu apparaître des héros motorisés. Avions et chars ont aidé sur le champ de bataille, mais le Taxi de la Marne a également été un héros de ce conflit. C’est à lui que nous rendons hommage aujourd’hui.

Le Taxi de la Marne : le Fiacre Landaulet Renault – type AG 1

Avant de devenir le le Taxi de la Marne, on parle d’une automobile. Le AG 1 remporte un comparatif débuté en 1904 pour devenir un taxi. L’auto est mue par un bicylindre 1205 cm³ qui développe une dizaine de cheaux. Cette puissance modeste suffit alors pour atteindre les 40 km/h qui sont la vitesse maxi en ville. Sa production commence donc en 1905 et ne s’achèvera qu’en 1921 !

Il devient un taxi très prisé à Paris mais également dans d’autres capitales européennes. En France, on ne lésine pas sur sa qualité. La révision est mensuelle, la carrosserie est remise à neuf tous les quatre mois. Enfin tous les 15 à 20.000 km (au rythme de 150 km par jour en moyenne ça va vite), les moteurs et les boîtes de vitesse étaient remplacées.

1914 : début de la guerre et offensive allemande

Début septembre 1914 l’armée allemande a réalisé une offensive éclair qui la voit arriver à Meaux. Le gouvernement français est déjà loin et commande depuis Bordeaux. Ce sont les troupes parisiennes qui vont devoir s’opposer aux soldats de l’Empire Allemand.
Le 6 septembre, Gallieni, gouverneur militaire de Paris doit convoyer ses troupes sur le front. Seulement l’armée française n’est pas motorisée. Il réquisitionne alors les Taxi parisiens, du moins 1100 d’entre eux. 6000 officiers et soldats vont être ainsi transportés par les Taxis de la Marne et rejoindre le front. Les véhicules roulent sans éclairage, en suivant uniquement le feu de position arrière du véhicule précédent. Ce sont 5 militaires et leur paquetage de 30kg qui sont convoyés à chaque fois. Certains voyagent sur le marche-pied des Taxis.

Au retour ceux qu’on appelle déjà les Taxi de la Marne chargent les blessés et quelques civils qui fuient les combats. Ce manège incessant va durer deux jours, sauf pour 50 chauffeurs qui resteront mobilisés 11 jours de plus. Il faut noter cependant que ce transport n’est pas gratuit, chaque rotation est payée 0.20 frs, soit le prix d’une course normale de l’époque. La somme indiquée au cadran, tarif no 2 pour chargement au-dessus de trois personnes, il en coûta 70 102 francs au trésors publique.

Notre Taxi de la Marne

Un taxi diligence !

En 1909, quand Renault sort son modèle AG1, l’automobile n’a qu’une grosse quinzaine d’année d’existence. Elle reste encore très rare et les modèles qui sortent sont encore fabriqué à la main dans de petits ateliers. On est donc très loin d’un produit de grande consommation.

Cet AG1 est très proche d’un véhicule hippomobile, sa désignation étant Taxi Renault AG1 type Fiacre landaulet. Cette dernière désigne un petit landau dont la capote est faite d’un seul soufflet mobile. Ce taxi emprunte donc un très grand nombre de caractéristique aux calèches et autres diligences.

Déjà son allure générale très haut sur pattes, ainsi que le landau avec ses arrondies. Ce n’est pas une petite voiture, elle est très haute avec ses 2,20m pour 3,70m de long. On est loin d’une petite citadine facile à manœuvrer dans Paris. C’est avec un peu d’appréhension que je monte à bord pour en prendre le volant.

Allez, j’attaque !

Là aussi on reste dans le monde du cheval, encore bien présent en début de siècle. Je grimpe donc dans ce Taxi de la Marne par la gauche, comme sur un cheval. Comme un cocher, je me retrouve perché à environ 1,50m au-dessus de la route…. déroutant !

Le volant est à droite, et la position n’est guère confortable car ce dernier m’arrive droit dans le ventre et je ne suis pas en face mais légèrement décalé vers la gauche.  L’impression de hauteur et renforcé par l’absence totale de pare-brise ou de tableau de bord, on plonge littéralement sur le capot et la route !

Brice, à qui appartient ce taxi, me signale également, que le banc sur lequel je suis assis renferme… le réservoir ! Avant de partir, je passe en revue le tableau de bord, chose assez rapide, car celui-ci ne comporte rien d’autre qu’une horloge, un petit commutateur électrique et une petite manette de starter.

Conduite accompagnée

C’est une ancienne très particulière que nous conduisons ici, la plus ancienne qu’on ait vu sur News d’Anciennes (la George Irat est largement battue). Brice grimpe sur l’immense marche pied de droite pour m’aider à la conduite…. et ce n’est pas de refus.

Avant de m’élancer, je détaille les commandes. Le pédalier est le même que maintenant, embrayage a gauche, frein au milieu et accélérateur à droite. Sauf que la pédale du frein ne sera pas utilisé, car elle n’actionne pas des tambours mais directement l’arbre de transmission. Entre l’immense roue de secours et l’habitacle se trouvent deux leviers, celui des vitesses et celui du frein à main, encore un héritage des fiacres.

Je tire vers l’arrière le frein à main, j’engage la première en poussant légèrement vers l’avant, les vitesses sont en ligne comme sur une moto. J’appuie généreusement sur l’accélérateur, je relâche l’embrayage et go, le tacot prend de la vitesse ! Mais punaise que tout est dur sur cette auto, direction, pédalier, c’est un truc d’homme !

Hop, je pousse le levier pour accrocher la seconde vers 20 a l’heure, pas de soucis ! La boite ne comporte que trois vitesses, la première pour s’élancer, la seconde servant de vitesse de croisière à 30 ou 35 à l’heure, même a l’époque la troisième était rarement passée… on rappelle la limitation à 40 km/h en ville !

Pas de doute on est sur un ancêtre. Tout est plus dur et me fait perdre mes repères de conducteur moderne… Aucune visibilité vers l’arrière, pas de rétros et la sensation de vide devant ne rassure pas. Heureusement que le frein moteur du bicylindre est assez puissant, mais j’avoue que tirer le levier pour freiner est une sacrée expérience, celui ci n’agissant que sur les seules tambours existant et placé aux roues arrière. Parler de freinage est d’ailleurs un bien grand mot… Je n’ose imaginer quand un piéton traversait la rue de Rivoli devant un de ces engins…

On ressent la taille et le poids de l’auto qui dépasse la tonne, surtout dans les virages ou il faut généreusement empoigner le beau volant en bois !

Revue de détails !

Après un quart d’heure, j’ai la bête en main, pas au point de me lancer dans la circulation moderne. Le bicylindre cubant 1250 cm³, pour 8cv et accouplé à une boite trois vitesses plus marche arrière. Le tout permettait d’avoisiner les 35 km/h, vitesse moyenne d’un attelage en ville.

Qui dit taxi dit compteur, celui-ci possède deux faces et comporte sensiblement les mêmes indications que maintenant. Mais un est en plus, celle appelée “panne” car en cas d’avarie, le client bénéficiait d’un rabais. Suprême modernité le compteur était éclairé par une lampe à pétrole.

Les plus courantes de ces avaries étaient les crevaisons, dues essentiellement aux clous des chevaux. Les roues ne pouvait pas se démonter autrement qu’en atelier. Les chauffeurs, pour ne pas perdre la course et surtout du temps, montaient la roue de secours en jumelage sur celle crevée et pouvaient ainsi terminer leur course.

Le Taxi de la Marne : un intérieur soigné

Le landau pour les clients ressemble à un salon bourgeois. L’intérieur est habillé d’un tissus en velours gris magnifique. La banquette est très confortable et la capote positionnée très haute permettait de monter sans ôter son haut de forme ou les immenses coiffes des dames. Une vitre permet de se séparer du conducteur mais on peut toujours lui parler et surtout, voir la route.

Conclusion,: Hep, taxi !

A essai exceptionnel, mesure exceptionnelles. On ne vous parlera pas ici de guide d’achat, le Taxi De La Marne est trop rare, ou de notation puisqu’il ne rentre dans aucune case automobile des soixante dernières années.

Je connais ce Taxi De La Marne depuis maintenant quelques années car il appartient à mon ami Brice, collectionneur et grand amateur du losange. Car outre cet AG1, il possède également, une KZ, une 4CV et une R25 ! Je fus donc ravi quand il m’invita pour un essai de son taxi, une belle découverte pour moi de conduire une auto de cent ans. Mais surtout, il nous paraissait incontournable à la rédaction de pouvoir honorer la mémoire des combattants tombés lors de ce conflit que fut la guerre 14-18.

Merci a Brice et Annie pour leur accueil et leur amitié pendant toutes ces années !

Pour tout savoir de l’histoire des Taxis de la Marne je vous invite à découvrir le site de Brice en cliquant ici.

bertrand
photographe/reporter
rédacteur et photographe à news d'anciennes.
Passionné d'histoire et de véhicules anciens, il rejoint la rédaction de news d'anciennes en 2015. Armé de son fidèle Nikon, il écume les rasso et salons pour vous les faire découvrir.

4 commentaires sur “Au Volant d’un Taxi De La Marne, le mythique Renault AG1 de 1909”

  1. ce dossier est très intéressant, on y apprend beaucoup de choses et les photos sont remarquables, bref que du bonheur, félicitations et au plaisir de vous lire.

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