Luce et 330 GT 2+2, quand Ferrari se « rate »

Publié le par Benjamin

Luce et 330 GT 2+2, quand Ferrari se « rate »

L’apparition des dernières Ferrari, fussent-elles aussi mythiques, rares et performantes que la F80, n’avaient pas fait autant parler que la Ferrari Luce, première voiture électrique de la marque mais également première berline. Plus encore que le Purosangue, pourtant un SUV, la berline, qu’on a vu partout avec sa robe bleue se fait tailler des costumes par beaucoup de spécialistes. En cause ? Son design raté. On pourrait croire à une première mais Ferrari s’est déjà raté niveau design et on vous remmène pour ça en 1964 avec la 330 GT 2+2.

Des lignes contestées

L’idée n’est pas de revenir ici sur les Ferrari des premières heures. N’oublions pas qu’on créait surtout des voitures de course, financées par la vente de châssis performants à des particuliers sans vraiment faire des études de marché. D’ailleurs, Ferrari ne se souciait pas directement du style. La première Ferrari, la 166 est une voiture qui est carrossée à l’extérieur. Pinin Farina, Bertone, Ghia, Touring et Vignale réalisent les carrosseries.

Quelques années plus tard, Ferrari se met à superviser ces styles. En réalité, la quasi totalité des voitures est dessinée par Pinin Farina (puis Pininfarina) avant que les carrosseries ne soient fabriquées chez Scaglietti. Certaines voitures sont plus réussies que d’autres.

Les 308 GT4, Mondial et 348

Néanmoins, certaines sont très contestées. On commence avec la 308 GT4, la seule Ferrari qui fut carrossée de série par Bertone, même si elle est née Dino.

Le résultat ? Chacun est libre d’avoir son avis mais effectivement, ça change, surtout quand on se dit que la voiture succède à la Dino 246 ! Si son style est décrié, il faut quand même préciser que c’est une 2+2 à moteur central, une architecture qui ne permet pas vraiment à la carrozzeria de faire de miracles… et qui était à la base prévu pour être celui de la Lamborghini Urraco. Le résultat commercial est très moyen puisqu’on ne compte que 2826 voitures en 7 années de production.

Pininfarina est appelé à la rescousse pour la remplaçante que sera la Mondial. La voiture conserve son architecture particulière et toute l’habileté de Leonardo Fioravanti ne peut changer des proportions qui sont conservées. Finalement le style reste proche de la 308 GT4 et n’évoluera que par retouches jusqu’en 1993 ! Les performances commerciales sont à peines supérieures à sa devancières.

On pourra aussi ajouter, parallèlement à la Mondial, la 348. Elle aussi rompait avec la 328 (et la 308) en voulant adopter un physique qui la rapprochait de la grande sœur Testarossa avec notamment ces grilles latérales. Une passade puisque la 355 marquera un retour en arrière en revenant à un physique plus proche des précédentes berlinetta.

Ces voitures, ou famille de voiture dans le cas de la Mondial, ont donc été décriées. Mais pas au point qu’elles soient restylées en urgence !

La Ferrari 330 GT 2+2, quand Tjaarda fait trop « ricain »

La Ferrari 250 GTE est apparue en 1960 et a été produite trois ans. 953 exemplaires de cette GT 2+2 ont été produits, un volume énorme pour la firme de Maranello à l’époque. Quand la série des 250 est en bout de course, on va la remplacer par la 330, au moteur plus gros donc, ce qui permet aussi de faire taire les critiques nées des performances de la GTE. On va ainsi passer de 3 à 4 litres et de 240 à 300ch pour un gain d’une trentaine de km/h en pointe.

La GTE avait été dessinée directement par Sergio Pininfarin mais pour la remplaçante, on décide de faire du neuf et on donne même sa chance à Tom Tjaarda. Ce designer américain est fils d’un designer et a été été embauché chez Ghia avant de passer chez Pininfarina en 1961 à l’âge de 27 ans. La Ferrari 330 GT 2+2 est son premier dessin complet.

La partie centrale de l’auto peut paraître semblable. L’habitacle doit rester spacieux, la Ferrari 330 GT 2+2 est une VRAIE 2+2, avec de la place pour des adultes à l’arrière. Il faut donc ménager de la place aux jambes et de la place au niveau du pavillon qui doit rester plat et retomber le plus loin possible. L’arrière est retravaillé avec une ligne de caisse qui va chercher plus loin. Les ailettes de la 250 GTE terminées par les feux dont supprimées et remplacées par des feux plus modernes et un arrière vertical sous la ligne de caisse.

Néanmoins, c’est bien l’avant de la Ferrari 330 GT 2+2 qui cristallise tous les regards, dans le sien justement. Jusqu’à présent, les Ferrari adoptent un facies qui semble gravé dans le marbre (de Carrare) avec deux feux ronds. Tom Tjaarda, lui, décide de faire du moderne. L’idée est alors de doubler ces feux. Quatre feux à l’avant, à l’époque c’est tendance, pensez aux Thunderbird et autres Cadillac DeVille.

Ce regard fait donc beaucoup parler. La voiture est présentée début Janvier par Pininfarina avant d’être dévoilée au public au salon de Bruxelles. L’accueil est mitigé et, finalement ne touche pas forcément à ces quatre phares.

Auto Italiana (Italie) du 16/01/1964 : « D’un point de vue esthétique, la nouvelle voiture est une véritable réussite. »

Motor (Angleterre) 15/01/1964 : « Conduire la 330 GT démontre que la visibilité à travers la grande surface vitrée est excellente et, même si les puristes du style peuvent regarder de travers les doubles phares, ceux-ci sont conçus comme un élément extrêmement pratique et fournissent tout l’éclairage nécessaire pour une conduite vraiment rapide – des trajets de nuit à vitesse maximale ont été évoqués. Comme nous l’avons déjà mentionné, le design de la carrosserie est controversé. Il est loin de l’allure sportive qui a toujours été la marque de fabrique des voitures Ferrari, et ses formes arrondies demanderont un petit temps d’adaptation… pour une Ferrari !« 

Autosport (Angleterre) 28/08/1964 : « Vue de face et de profil, elle a tout d’une Ferrari, un hommage au génie de Pininfarina. Cependant, vue de l’arrière, elle ne possède pas tout à fait cette allure si particulière qu’on associe habituellement à Maranello, et l’on a le sentiment que le grand designer aurait pu concevoir quelque chose de moins conventionnel, plus fidèle aux traditions du Cheval Cabré.« 

Néanmoins, le public n’est pas aussi dithyrambique.

Au salon de Paris 1965, 21 mois après la sortie de la Ferrari 330 GT 2+2, Pininfarina revoit sa copie. Ferrari avait déjà amélioré la voiture, passant notamment à la boîte 5 sans changer l’esthétique. Cette fois, la face avant est revue. On repasse aux deux phares ronds avec des ailes plus fines. L’accueil est bien meilleur pour cette marche arrière en forme d’aveu.

Auto Motor und Sport dans son numéro dédié au salon de Paris note ainsi « Les nouveaux phares simples de la Ferrari 330 GT, conçus par Pininfarina, donnent à la voiture une allure plus épurée que les précédents phares doubles.« 

Vrai impact commercial ?

Pour certains, entre les changements techniques amenés par les autos qui sont désormais appelées « Interim » et ce nouvel avant, c’est quasiment une nouvelle voiture qu’on a sous les yeux. Mais ça ne fait pas tout au niveau commercial ! Finalement, il s’est vendu 625 voitures avec la première face avant en 21 mois et 425 entre l’automne 1965 et la fin de production au printemps 1967 quand la Ferrari 330 GT 2+2 est remplacée par la 365 GT 2+2 au style vraiment différent mais également initié par Tjaarda sur la 365 California.

Notons d’ailleurs que, si certains peuvent « tirer » sur Tom Tjaarda, la voiture avait bien été validée… Le designer ne restera cependant pas longtemps chez Pininfarina et retournera chez Ghia au bout de quelques années avant de travailler chez Fiat.

Luce et 330 GT 2+2, même combat ?

Il est tout simplement impossible de comparer l’accueil du public des deux modèles. En 1964, aucun réseau social n’était disponible et nous ne disposons pas des transcriptions des discussions de comptoir autour de la 330 GT 2+2. Concernant la Luce, il est vrai que l’avalanche de critiques négatives s’est surtout faite sur les réseaux sociaux de la part des fans et des observateurs. Du côté de la presse traditionnelle, on ne se mouille pas vraiment et on se réfère en fait aux retours faits par des observateurs qualifiés (Luca di Montezemolo) ou pas.

Néanmoins, on peut voir une forme de parallèle entre les deux voitures. Déjà parce qu’elles ont été dessinées par des américains, Tjaarda d’un côté, LoveFrom créé par Jony Ive et Marc Newson (anciens d’Apple) de l’autre. Ensuite parce que la Luce peut être vue comme une voiture conçue pour le marché asiatique, aux codes différents du marché européen quand la 330 GT 2+2 lorgnait, elle, du côté des USA à l’époque où les « voitures mondiales » étaient bien rares.

L’avenir nous dira si Ferrari s’est réellement trompé avec cette voiture électrique et si, comme la 330 GT 2+2, elle aura besoin d’un profond et urgent restylage.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Francis Vleeracker

    j’ ai eu une 330 GT2+2 première version, avec 4 phares et la boîte de vitesses 4 sans glissière chromée.
    C’était une vraie grand tourisme qui, à l’époque des autoroutes sans limitations de vitesses, me permettait de faire Bruxelles – Juan les pins en une nuit.

    Répondre · · 9 juin 2026 à 16 h 40 min

Laisser un commentaire

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.