La Peugeot 604 : quand le lion rate sa cible

La Peugeot 604 : quand le lion rate sa cible
La Peugeot 604 : quand le lion rate sa cible
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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La mort d’un ancien président de la 5e république remet d’un coup une voiture quelque peu oubliée sur le devant de la scène. On se préparait à en parler, espérons qu’il n’y ait pas de lien de cause à effet ! Parce que la Peugeot 604 c’est une voiture de présidents, de notables, d’accord, mais c’est aussi une incursion dans un pan de l’automobile que les constructeurs français ont délaissé.

Peugeot retourne vers le haut de gamme

Au milieu des années 60 le lion a de nouveau constitué une vraie gamme. Avec la 204, fini le mono-modèle. Les 504 et 304 viennent ensuite et complètent l’offre. Mais c’est alors la 504 qui occupe le sommet de la gamme. Si elle est apte à lutter contre une DS qui n’est pas une jeunette ou une R16 qui possède un hayon qui freine ses ambitions, il faut avouer qu’elle n’est pas de taille, au sens propre, à lutter contre les grosses Mercedes W115 par exemple.

On lance donc l’étude d’une auto qui viendra se placer au dessus. Qui plus est on va bientôt disposer d’un atout considérable : le V6 PRV que Peugeot, Renault et Volvo étudient ensemble. Le problème c’est que Renault va aussi pouvoir réinvestir le segment. Une sorte d’accord est donc passé. Le losange restera fidèle à sa tradition avec une bicorps à hayon et le lion la jouera, une nouvelle fois, classique avec une berline tricorps.

La conception de la nouvelle Peugeot est donc lancée. On fait des choix forts. Déjà sur le volume de l’auto, plutôt imposant avec 4,72m de long et 1,77m de large. La ligne est réalisée en partie par Pininfarina qui n’a en fait pas les mains très libres pour donner cours à ses idées.

Ensuite on fait du classique pour la partie technique. Les roues sont indépendantes et l’arrière fait appel à un système MacPherson. Le calibrage est volontairement tourné vers le confort. Le freinage est assuré par des disques ventilés aux quatre roues. La direction à crémaillère est assistée.
Côté motorisations, on part dans une seule direction : le V6 et QUE le V6.

Enfin on va utiliser le chiffre 604, première fois que la série des 600 est utilisée depuis la 601 !

Présentation précipitée pour la Peugeot 604

Tout a pris du retard dans le projet de la Peugeot 604. Le V6 est enfin disponible depuis 1974, les 504 Coupé et Cabriolet sont d’ailleurs les premières autos à le recevoir. Mais le reste du projet a aussi tardé si bien que la présentation a lieu au salon de Genève en 1975… mais on ne peut pas vraiment parler d’une Peugeot 604 définitive.

La voiture est encore un prototype. Le lancement officiel n’est pas encore arrêté définitivement et personne ne peut s’approcher de l’auto. En plus le capot ne s’ouvre pas.

Finalement la Peugeot 604 est lancé en production en Septembre 1975 et le public devra attendre le salon de Paris en Octobre pour la découvrir. Contrairement à beaucoup d’autos, on ne parle pas de gamme puisqu’un seul modèle est disponible : la SL. Côté couleur, on peut choisir du noir… ou des teintes métallisées. Bonjour gaieté !

Elle s’équipe du V6 de 2664 cm³ à carbus et ses 136ch. La vitesse de pointe est donnée pour 180 km/h. C’est faible, mais il faut dire que le volume de l’auto et sa ligne nuisent grandement à son aérodynamique.

L’accueil est timide. Si la presse fait écho d’une belle tenue de route et d’un freinage parfait, elle souligne le fait que le moteur, bien qu’étant le top du top en France, est trop juste pour aller chatouiller la concurrence.
Le prix n’est pas spécialement compétitif non plus avec 46.000 francs, sans options. Au chapitre financier la Peugeot 604 est aussi grevée par sa consommation : entre 14 et 17 litres au 100 km ! Deux ans après que les esprits aient été marqué par un choc pétrolier, la pilule passe mal.

En plus de comportement, on met tout de même au crédit de la Peugeot 604 un excellent volume intérieur et un coffre très grand, le plus grand de sa catégorie. Par contre le niveau de finition est du standard pour Peugeot et donc inférieur à la concurrence.

Les ventes sont clairement en deçà des prévisions. Du coup on décide d’étoffer la gamme et on présente en 1976 la Peugeot 604 TI. Elle reprend la base de la SL mais fait appel au V6 en version injection et une boîte 5 vitesses (enfin) ! C’est un système K-Jetronic Bosch qui est à l’œuvre et à cylindrée égale il abaisse la consommation entre 11 et 15 litres et fait passer la puissance à 144 ch. Elle est proposée à 64.500 francs, sacré écart avec la version de base.

On en profite pour améliorer l’équipement des SL avec un toit ouvrant électrique, une condamnation centralisée, quatre vitres teintées et électriques. Quelques options apparaissent également au catalogue avec la clim’, l’intérieur cuir ou un atout pour l’export : une boîte auto d’origine GM.

Les ventes ? Elles ne décollent pas. L’image de la Peugeot la cantonne à une clientèle “pas très dynamique” qui se tourne elle vers les allemandes. Et justement ces allemandes ne sont pas les bienvenues dans les concessions au moment de faire une reprise.

La Peugeot 604 grandit

La Peugeot 604 Limousine

En 1978 Peugeot attaque le prestige avec une version limousine carrossée par Heuliez. Le lion a dès le départ envisagé cette déclinaison mais Pourtout a décliné la proposition et Chapron s’est contenté d’une version cossue à séparation chauffeur. C’est donc vers les Deux-Sèvres et Heuliez que se tourne le constructeur sochalien. En même temps l’étude est déjà bien avancée et on propose en 1977 quatre allongements : 17, 25, 62 et 98 cm. C’est la proposition à 62 cm qui est retenue et l’auto est présentée au salon de Paris 1978.

En parallèle Heuliez investit pour lancer la production. La voiture sera distribuée par le réseau Peugeot et intègre le catalogue dès 1978. Le surcoût est de 20.000 francs et offre beaucoup d’options : télévision, téléphone, enceintes stéréo, séparation chauffeur, mini bar, clim séparée, toit ouvrant…

Seul problème à son lancement elle n’est pas homologuée. Pour cela il faut attendre 1980 pour qu’elle ne soit réellement présente sur les routes. On table alors sur une production située entre 250 et 300 ventes par an.

La Peugeot 604 Présidentielle

Si Chapron n’a pas été retenu pour la version Limousine, le carrossier propose quand même une auto de prestige au salon de Paris 1978. Pour le coup l’auto n’est allongée “que” de 20 cm. Etonnamment ce n’est pas sur la TI qu’elle est basée mais sur la SL…

Sa vrai dénomination c’est la Peugeot 604 Chapron Landaulet. Et oui, en 1978 on construisait encore des Landaulets ! Cette carrosserie est en fait un “demi-cabriolet”. Seul l’arrière se découvre, pour permettre aux occupants… de prendre un bain de foule ou de défiler debout. Car ce n’est pas forcément une auto conçue pour abattre les kilomètres sur la voie de gauche. La Peugeot 604 Chapron Landaulet est une version d’apparat, imaginée pour la présidence de la République Française.

Le problème c’est que l’Élysée va totalement ignorer cette proposition pour conserver ses SM. Le seul président en exercice qui montera dans une 604 Chapron c’est Mitterand et non Giscard. En fait c’est dans celle du président du Niger qu’il le fera. Ce dernier étant un des deux clients du modèle.

Le second modèle a été acheté par Freddy Heineken dont le nom vous indique l’origine de sa fortune. Sa Peugeot 604 Chapron Landaulet commandée en 1981 est bien basée sur une TI. Elle est équipée d’une séparation chauffeur, d’une sellerie grise… et d’un bar ! Logique !

La valse des versions pour relancer la Peugeot 604

En 1979 apparaît une “petite” Peugeot 604. Pour la première fois elle s’équipe d’un 4 cylindres, mais Diesel. Pour être précis c’est même un Turbo Diesel et c’est le tout premier qui ait été utilisé sur une auto de série en Europe, avant Mercedes (les deux constructeurs sont alors les meilleurs en la matière). L’objectif est moins de chercher le haut de gamme que de séduire les grands patrons qui seraient aussi de gros rouleurs.

Par contre les performances s’effondrent puisque le mazout ne sort que 80ch ! Si les ventes ne décollent pas pour autant, cette Peugeot 604 D représente vite la moitié des ventes.

On note aussi l’apparition d’une 604 à moteur essence et 4 cylindres : c’est la SR de 2 litres et 96ch mais elle est réservée à l’administration. On reconnaît les autos d’après ce millésime à leurs clignotants avant oranges.

Pour le millésime 1981 quelque changements sont au programme. Les boîtes auto GM laissent leur place à des ZF et le garnissage de base passe au velours. Côté appelations, les version TI et D Turbo “Grand Confort” (les plus optionnées) en STI et SRD Turbo. Elles gagnent de nouvelles roues, millimétriques pour la SRD et millimétriques pour la STI. La D Turbo “de base” devient GRD Turbo et gagne un cinquième rapport de boîte.

Le millésime suivant voit la suppression de la SL tandis que les STI et SRD Turbo peuvent recevoir un régulateur de vitesse !

En 1983 le groupe PSA commence à voir que l’aventure Peugeot 604 est un échec. On réduit la voilure en supprimant les versions TI, GRD Turbo et SR. Ne restent en fait que les plus cossues qui peinent toujours à trouver des acquéreurs.

Pour le millésime 1984 on lance la Peugeot 604 GTI ! Pour le coup on fait appel au plus gros V6 disponible alors, une version utilisée par Volvo aux USA. La cylindrée est de 2849 cm³ et la puissance atteint 155 ch. Avec cette cavalerie la 604 atteint les 190 km/h. Son prix est toujours aussi conséquent : elle coûte 110.000 francs !

On lance aussi une GTD, en remplacement de la SRD, qui emprunte le nouveau Turbo Diesel de la 505 et qui monte à 95ch.

On note aussi la disparition de la Limousine. Bien loin des prévisions, il s’en est vendu 128 exemplaires… au total !

Rien n’y fait et les ventes ne repartent pas. En Novembre 1985 on arrête la production… mais pas les ventes !

Un véritable échec

Les dernières autos ne seront vendues qu’en Juillet 1987 ! Ce sont au total 153.252 autos qui ont été produites. La meilleure année restera 1976 avec 36.026 autos. Dès 1981 on produira moins de 10.000 autos et le chiffre baissera vite. Le pire c’est que le groupe fait place nette en sabordant la Talbot Tagora qui aurait pu être une alternative plus moderne à la 604 (on en parle par ici)

En fait, dès le début c’était mal embarqué. La SL n’avait pas lieu d’être avec sa consommation trop élevée sachant que le moteur Injection de la TI était déjà prêt. Et puis à l’export la Peugeot 604 a été un échec encore plus grand. Peugeot a même cherché à la vendre aux USA avec une version rallongée de 16,5 cm mais sans succès.

Peugeot ne la remplacera par tout de suite, laissant l’intérim à la 505 V6 avant de lancer la 605 en 1989.

La Peugeot 604 de nos jours

On ne croise pas beaucoup de Peugeot 604, c’est le moins qu’on puisse dire. Pourtant au regard de ses prestations elle reste une auto relativement économique, du moins à l’achat puisqu’il faut toujours assumer sa conso !

Les versions diesel se trouvent entre 3000 et 4500 €. Les SL en bon état démarrent à 4000 € et ne dépassent que rarement les 6000 €, les TI et STI sont à peine plus chères. Les GTI sont relativement rares et donc un peu plus chères. Enfin les rares versions limousines se négocient entre 14 et 20.000 €.

Si vous voulez notre avis au volant, retrouvez notre essai ici :

Source principale : L’Automobile Ancienne

La Peugeot 604 : quand le lion rate sa cible

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4 Commentaires

  1. Merci pour cet article, j’avais vu un proto 604 4 cylindres essence (du moins “entendu”) mais je ne savais pas qu’il avait été vendu dans l’administration, elles ont dû être revendues par les “domaines” que sont-elles devenues ?
    Et oui comme le dit Jean-Christophe, portes de 504 mais pas que, en fait toute la plateforme d’où les voies trop étroites et le sentiment que les roues sont perdues dans les ailes. La CX et la R25 se vendront encore et puis c’en sera terminé pour le haut de gamme français, même si PSA s’y accroche avec son actuelle 508 – Renault a abandonné avec la fin de la Talisman.
    Les Anglais appelaient la 604 “Jaguar française” tellement elle était confortable silencieuse et tenait la route façon XJ6 même si la ligne était nettement moins flatteuse et la finition un ton en dessous.
    En singeant BMW Peugeot s’était totalement trompé de cible.

  2. Bonjour,

    Aucune 604 n’a bénéficié du PRV à manetons décalés. Ce moteur, sorti en 2,5L sur la R25 trouvera place sous le capot de la 505 V6 en 2,8L et 170 CV. Dans le cas de la 604, c’est une version réalésée à 2,8L du PRV “bancal”.

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