Essai d’une Porsche 911 Carrera 2.7 Targa 1976 ex-Gendarmerie belge, rareté et subtilité

Publié le par Benjamin

Essai d’une Porsche 911 Carrera 2.7 Targa 1976 ex-Gendarmerie belge, rareté et subtilité

Le monde des Porsche anciennes est gigantesque. Après la 2.4 S Targa qu’on a essayé récemment on avance un peu dans le temps et on arrive en 1976. Du coup, oui, ça fait encore une Porsche mais ça reflète l’importance qu’a la marque de Stuttgart dans le marché de collection où la 911 est une éternelle valeur sure. La 911 Carrera 2.7 Targa 1976 qu’on essaye est à la fois une rareté puisque la voiture fut d’abord utilisée par la Gendarmerie belge et une voiture qui est dans l’actualité puisqu’elle sera proposée lors de la vente Osenat du salon Epoqu’Auto à Lyon en fin de semaine.

Notre Porsche 911 Carrera 2.7 Targa 1976 « MFI » du jour

Quelle que soit la génération, on reconnaît une 911. Impossible de ne pas la reconnaître et d’identifier qu’on a sous les yeux une des 911 les plus anciennes. En fait, c’est la deuxième génération de la 911 qu’on a sous les yeux, la Type G. Celle-ci apparaît en 1974 avec l’objectif « simple » de pouvoir continuer à être vendue aux USA en intégrant les normes de sécurité locales. C’est à ce moment qu’apparaissent les fameux soufflets. C’est une génération de 911 qui va durer dans le temps puisqu’elle ne sera remplacée qu’en 1989 avec l’apparition des 964.

Dans cette grosse génération, notre auto du jour se démarque. Et encore, elle a perdu son uniforme. En fait la Porsche 911 Carrera 2.7 Targa de 1976 n’a existé qu’à 20 exemplaires et tous ont été livrés en Belgique à Gendarmerie locale qui y trouvait parfaitement son compte, on en reparlera plus bas. Ces autos ont servi quelques années avant d’être rendue à la vie civile et on alors, logiquement, perdu leur bande orange et leur gyrophare.

On a donc sous les yeux une auto quasiment passe partout. Si, à l’époque, le blanc n’était pas le plus répandu des coloris pour des voitures de sport, il faut bien dire que le parc automobile actuel a plus que banalisé cette couleur. Surtout que la 911 Carrera 2.7 Targa n’est pas aussi méchante qu’une sportive actuelle.

L’avant est ainsi assez sobre. Et il mélange aussi les genres. On retrouve bien les feux ronds, que la 911 ne perdra temporairement qu’à la fin des années 90 et ils sont entourés de chrome. Le pare-chocs fait la différence et place bien la 911 Carrera 2.7 Targa parmi les Type G. Déjà, on retrouve les soufflets. Il est aussi bien plus épais que sur les « 901 » et les clignotants se sont déplacés dans sa bande noire. La jupe avant est simple, sans ouverture, ne montrant une velléité aérodynamique qu’avec son rebord noir qui s’élargit devant les roues avant.

Le profil est encore plus reconnaissable. La 911 Carrera 2.7 Targa propose encore ses arches métallisées qui tranchent sur tous les coloris… gris métallisé excepté. Si c’est cette carrosserie Targa qui a été choisie par la Gendarmerie belge, ce n’est pas par soucis d’élégance mais bien pour permettre au passager de se mettre debout et réguler la circulation.

Le gros avantage de cette carrosserie, c’est que la ligne ne change quasiment pas entre le haut en place et enlevé. On retrouve aussi les différents gimmicks de la famille sur cette 911 Carrera 2.7 Targa, jantes Fuchs en tête. Le mélange des genres vu à l’avant se confirme ici entre rétroviseurs chromés (remplaçant les rétroviseurs blancs de la Gendarmerie) et large bande noire sur le bas de caisse.

À l’arrière on retrouve le « cul » d’une 911 mais il est plus pointu sur les Type G que sur une 901. Le pare-chocs est encore plus imposant de ce côté avec ses butoirs et la Type G le faisait surmonter par cette bande rouge laissant deviner l’inscription Porsche, une signature qui s’imposera sur la gamme.

La 911 Carrera 2.7 Targa montre aussi son pedigree. Si le badge 2.7 posé sur la grille semble avoir été apposé sur les autos de la Gendarmerie belge, le Carrera est probablement un rajout ultérieur.

En tout cas, sans son « uniforme », la 911 Carrera 2.7 Targa ressemble bien à une 911, une 911 discrète sans aileron, sans appendice qui aurait pu dissuader. C’était d’ailleurs le but de la Gendarmerie qui souhaitait une 911 qui passe partout… autant qu’une 911 puisse le faire en fait.

Technique : LA particularité

On vous l’a dit, on parle ici d’une voiture dont seuls 20 exemplaires ont été produits en 1976. Côté technique cela confère à la 911 Carrera 2.7 Targa des particularités très intéressantes.

Si on refait l’histoire de la Type G, elle succède à la Carrera RS en 1974 en reprenant sa cylindrée de 2,7 litres. La gamme se compose de la 911 (150ch), la 911 S (175ch avec Injection) et de la Carrera qui conserve en fait le moteur de la RS avec une injection mécanique. Cette « Mecanic Fuel Injection » donne son nom à ce modèle qui sort 210ch !

Ce qu’on vous a expliqué, c’est la situation en 1974 et 1975. En 1976 la S est supprimée (sauf pour les USA), la 2.7 est conservée et la Carrera 2.7 est remplacée par la Carrera 3.0 litres. Sauf qu’il reste encore quelques moteurs ! En fait il va y avoir 113 coupés (Sondermodell réservés à l’Allemagne) et 20 Porsche 911 Carrera 2.7 Targa, toutes réservées à la Gendarmerie belge, construits entre Juin et Juillet 1976 alors que l’auto n’était tout simplement plus au catalogue !

Au final, on obtient 210ch et 255Nm de couple sur une auto qui pèse environ 1200kg et atteint 240km/h, pour une voiture d’interception rapide, ça fait plus que le job et on conserve la caisse étroite en bonus.

Sinon, techniquement, le châssis reste le même, la différence essentielle ne se voit ni sur la fiche technique ni sur les performances. À partir de 1976 les caisses des 911 sont galvanisées à chaud. De fait les 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976 de la Gendarmerie belge vont être les seules Targa 2.7 à pouvoir en bénéficier !

Intérieur : civil lui aussi

Notre Porsche 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976 n’a pas perdu que son uniforme. L’usage de la Gendarmerie entraînait forcément quelques améliorations à l’intérieur. Dommage, le retour à la vie civile a supprimé ces particularités qui existent encore sur quelques rares autos.

Fini donc le téléphone posé sur la planche de bord et relié à une platine devant le passager qui permettait également d’actionner le gyrophares, les différents éclairage et, bien sûr, les sirènes qui allaient avec.

Notre 911 Carrera 2.7 Targa du jour possède un intérieur très classique, on a même un autoradio ! On retrouve un intérieur très 911 qui est quasiment le même que celui de la 2.4S essayée il y a peu. Les 5 cadrans avec le compte-tours situé au centre sous une casquette noire sont au rendez-vous. On retrouve aussi des matériaux qui sont d’époque mais qui sont superbes après une restauration ancienne et qui semble soignée. On note aussi la belle clarté qu’apporte le décapsulage de notre Targa.

On notera quand même quelques différences entre notre 911 Carrera 2.7 Targa et la 2.4S de 1972. Les sièges sont différents et intègrent mieux l’appuie-tête dans un souci de sécurité qui s’étend au volant qui est désormais quasiment plein en son centre (en conservant 4 branches) et qui est surtout déformable en cas d’accident.

Au volant de la Porsche 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976

On reprend l’intro ? Des Porsche 911 anciennes, il y en a beaucoup de différentes. Certaines fois, c’est même compliqué de bien comprendre ces différences tant elles sont ténues une fois le volant en main. Heureusement, on a nos références avec des essais pas si anciens. D’un côté la 2.4S Targa et de l’autre la Carrera RS. Si on mixe un peu les deux et qu’on les fait évoluer, on se retrouve avec notre 911 Carrera 2.7 Targa du jour. Est-ce que les sensations sont mixées au volant ?

Comme les deux autres 911 citées, l’auto est dans un superbe état. Du coup, pas de grosse surprise quand le moteur démarre au quart de tour. La sonorité ? Pas de mix ici, le Flat 6 Porsche a toujours émis une sonorité particulière. Une fois qu’on la reconnaît, on est capable de reconnaître la voiture à l’aveugle. On est bien installé à bord de la 911 Carrera 2.7 Targa. Le toit est soigneusement replié dans le coffre avant, ça permet de mieux profiter du moteur et du soleil d’automne.

Démarrage. Une nouvelle fois, il va falloir sortir de la ville et de sa circulation pas du tout adaptée aux capacités supposées de la 911 Carrera 2.7 Targa. Contrairement à la 2.4S, je ne me fais pas avoir et pense de suite à bien placer mon pied sur l’accélérateur. Les démarrages n’en sont que mieux maitrisés, sans brouter par manque de tours moteur.

On note déjà une différence. Avec un peu de cylindrée en plus, le couple a lui aussi évolué. Pas de beaucoup, 39Nm, mais le moteur demande à moins prendre de tours à chaque arrêt… ou à chaque relance après un ralentisseur. Ceux-ci sont avalés sans que l’amortissement ne soit à critiquer. Ce n’est pas le top du confort, mais on s’en sort.

Les bâtiments s’espacent et, paradoxalement, la circulation s’intensifie alors qu’on va devoir traverser la RN7. Comme en ville, la visibilité vers l’extérieur est une puissante alliée dans cette voiture ancienne, surtout qu’elle est petite… et les autres voitures énormes. On vise bien entre deux SUV et on attend le feu vert.

Si le conducteur de gauche semble endormi ou absorbé par ses rêves d’un jour conduire cette 911 Carrera 2.7 Targa, celui de droite démarre fort. En face, il n’y a qu’une voie. Bataille ? La boîte auto de la moderne est un plus, mais la boîte de notre allemande n’est pas en reste. Le maniement est certes viril mais après avoir poussé un peu la première, la seconde est vite rentrée (et on sait qu’elle l’est, le verrouillage se sent) et le pied droit fait le reste.

En conduisant encore quelques kilomètres on peut sortir un premier bilan. Comparée à une 2.4S, qui était le sommet de la gamme précédemment, la Porsche 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976 se montre plus facile. Le couple en plus apporte une vraie différence qui permet de moins tirer sur le moteur dans la circulation « de tous les jours ». C’est en tout cas une sensation qui ne nous avait pas marqué au volant de la Carrera RS 2.7, peut-être parce qu’on était focalisé sur la conduite plus rapide ?

En parlant de conduite rapide, on arrive finalement sur des routes qui vont permettre, théoriquement, de révéler le potentiel de notre auto du jour. Ça commence avec un cédez le passage qui permet de faire une bonne vieille accélération. Le feu tricolore de tout à l’heure était un avant-goût. En s’appliquant et en poussant vraiment les rapports, la 911 Carrera 2.7 Targa détale. Dommage, plus de gyro pour pouvoir continuer à le faire après le passage de la troisième mais les Gendarmes belges devaient pouvoir se faire plaisir une fois de temps en temps.

Les virages arrivent à point alors qu’on commence à ronger notre frein tandis que le 6 cylindres ronronne en 5e. Les courbes rapides sont avalées sans trop de problème, l’équilibre est là tant que le rythme reste à la fois correct et légal. Mais des courbes plus serrées arrivent. Là, il faut ressortir le mode d’emploi des 911 à l’ancienne, quitte à surprendre le passager qui ne s’attendait pas à un freinage aussi costaud à l’approche du tournant.

La 911 Carrera 2.7 Targa charge ainsi son train avant et tout se passe bien. Évidemment il a fallu tomber quelques rapports. Pour le virage suivant, on en tombe même un supplémentaire histoire de gagner des tours moteurs pour relancer encore mieux. Si le couple est en hausse, il n’empêche que l’allemande aime les tours et que la valeur maxi est à 5100 tours, 1200 tours avant la puissance maxi.

Rien n’oblige à aller chercher ces valeurs mais c’est bien dans les tours que la 911 Carrera 2.7 Targa se révèle. Elle bondit d’un virage à l’autre tant que la trajectoire a été correctement visée par le conducteur. Les relances sont franches et viriles, les passages de rapports éclairs et les voitures dans le rétro sont devenues bien plus petites. Dans l’histoire, les oreilles ont eu une double dose de Flat 6 et les sourires sont apparus sur le visage des occupants.

En dehors du moteur, difficile de vraiment cerner une différence avec la 2.4S dans ces virages puisque le comportement est très typé 911 de toute façon. En tout cas, c’est efficace. Et puis la 911 Carrera 2.7 Targa est une 911 dans sa polyvalence également. Si on veut juste cruiser c’est également possible et c’est le pied droit qui choisira le rythme, pas la fiche technique de la voiture.

Conclusion

Conduire une voiture d’interception avec gyrophare et sirène hurlante est peut-être un rêve de gamin mais il faudra encore attendre. La Porsche 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976 est donc une voiture vraiment à part dans sa définition, pas du tout dans sa conduite. À ce niveau, c’est ni plus moins que ce qu’on attend d’elle : une voiture performante mais pas compliquée à conduire avec une polyvalence et des sensations de conduite réelle.

Une rareté à collectionner d’un côté, une voiture parfaitement roulable en se faisant plaisir de l’autre. Un excellent compromis non ?

Les plus de la 911 Carrera 2.7 TargaLes moins de la 911 Carrera 2.7 Targa
AgréableSérie de 1976 introuvable
PolyvalentePrix conséquent
Performante(Trop civile ? on pinaille)
Une ptite histoire en plus
Les notes de la Porsche 911 Carrera 2.7 Targa
Fiche techniquePorsche 911 Carrera 2.7 Targa
Années1976
Mécanique
Architecture6 cylindres à plat
Cylindrée2687 cm³
AlimentationInjection mécanique monopoint
Soupapes12
Puissance Max210ch à 6300 trs/min
Couple Max255Nm à 5100 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 5 rapports
TransmissionPropulsion
Châssis
Position MoteurLongitudinale arrière
FreinageDisques Ventilés AV et AR
VoiesAV 1372 mm / AR 1372 mm
Empattement2270 mm
Dimensions L x l x h4291 x 1610 x 1320 mm
Poids (relevé)1200 kg
Performances
Vmax Mesurée239 km/h
0 à 100 km/h6,3s
400m d.a14,9s
1000m d.a26,8s
Poids/Puissance5,71 kg/ch
Conso Mixte± 14 litres / 100km
Conso Sportive± 24 litres / 100 km
Prix± 110.000 €

Conduire une Porsche 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976

Là, c’est compliqué ! On parle d’une voiture très très particulière. On vous l’a dit, en réalité cette voiture est une voiture de connaisseur. Sur les 20 exemplaires construits, seuls 5 seraient encore existants et la moitié de ceux-ci seraient même encore équipés de leur couleurs et équipements de la Gendarmerie Belge.

Cette voiture là est donc revenue à la vie civile en 1981 et c’est le Garage d’Ieteren qui l’a révisée et a remplacé son moteur d’origine en échange standard (notons que c’est le même garage qui avait importé les voitures pour la Gendarmerie). La voiture a été ensuite cédée à un autre collectionneur qui a restauré l’auto. Elle sera proposée à la vente par Osenat ce dimanche au Salon Epoqu’Auto, estimée entre 100 et 120.000€. Toutes les infos sont à retrouver ici.

Notez que cette estimation est attractive. Il y a 5 ans, une autre Porsche 911 Carrera 2.7 Targa MFI de 1976, avec on équipement originel, d’accord, avait été vendue pour 189.750€ ! En fait l’estimation correspond à la fourchette basse d’une Carrera 2.7 de ces années là dans un très bel état.

On remercie une nouvelle fois Guillaume et toute l’équipe d’Osenat Automobiles pour cet essai.

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos et a publié plus de 5000 articles directement... et participé à de nombreux autres. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres et compte plus de 300 essais de voitures anciennes à son actif. Il sillonne la France et l'Europe pour vous faire vivre toute sorte d'événements, de la petite exposition aux plus grands salons.

Commentaires

  1. Xav

    Très interessant

    Répondre · · 4 novembre 2025 à 16 h 33 min

  2. Alain Boulet

    Exemplaire rare et magnifique.

    Répondre · · 6 novembre 2025 à 12 h 00 min

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