Impossible de passer à côté sans la remarquer. On sait vite que c’est une voiture, oui, mais elle ne ressemble à aucune autre. La Caterham Super Seven, comme toutes les autres voitures de la série des Seven, on y revient, ne semble avoir en commun avec la majeure partie des autres modèles que le fait qu’elle repose sur 4 roues. Le bonus ? Il faut avoir en tête que le chiffre de la puissance va être totalement anecdotique et on nous promet des sensations de conduites folles. En bref, avant de se mettre au volant, on est très curieux de ce qu’on va vivre. Une expérience à part ? On espère bien !
En bref :
– Née chez Lotus, la Seven est produite par Caterham depuis les années 70 et continue d’être produite, avec quelques ajustements.
– Tout est réduit à l’essentiel, de la carrosserie aux éléments de confort, même la cylindrée est modeste.
– Sur la route, c’est la Caterham Super Seven est… vivante, tout simplement !
Sommaire
Notre Caterham Super Seven du jour
On sait donc que c’est une voiture. Les passionnés sauront aussi reconnaître une Seven, sans être plus précis. Pour les passants, les questions seront nombreuses, y compris « on peut rouler avec ça ? ». Une chose qui étonnera encore plus, c’est quand on répondra à la question de l’année. Non, l’engin ne date pas de la préhistoire automobile, celle-ci date même des années 80 ! Niveau perfs, ça étonnera aussi mais on y reviendra.
En tout cas, il n’y a pas forcément de designer à saluer ou réprouver. Notre Caterham Super Seven reprend donc le dessin des Seven. La notion de dessin pourrait même s’effacer devant la notion de philosophie. Parce que c’est la philosophie du « Light is Right » chère à Colin Chapman qui a dicté ces lignes. Elles sont semblables à la Lotus Six et n’ont finalement qu’un but : habiller certains éléments mécaniques (et pas tous, loin de là).

L’avant de la Caterham Super Seven est certainement l’élément qui paraît le plus étrange. Pour un enfant, expérience validée en interne, il y verra une « voiture de cross » puisque cet aspect avec les roues découvertes et les amortisseurs visibles évoque plus un buggy qu’une voiture de sport. Le dépouillement est extrême. Pas de pare-chocs, advienne que pourra, pas de carrosserie devant les roues qui pourront servir de butoirs le cas échéant.
Forcément, la carrosserie est réduite et n’habille donc que le moteur. Tous les trains roulants sont visibles. Pratique pour une intervention, effrayant pour ceux qui redoutent le moindre choc.
Seul « raffinement », la calandre de la Caterham Super Seven qui affiche fièrement son chiffre fétiche au milieu d’une « grille » réduite à sa plus simple expression. Le curieux sera renseigné avec le badge posé à l’avant, au moins sur le modèle puisque la marque restera un mystère. Les phares et clignotants ? Rajoutés là où on pouvait les fixer… ou les enlever pour aller plus vite.




Le profil ? Un site de pseudo-informations pourrait titrer « vous ne verrez rien de plus étonnant aujourd’hui ». On a donc une auto qui paraît longue. Ce n’est pas le cas, la Caterham Super Seven mesure 3,4m de long. C’est plus petit qu’une Twingo (quelle que soit la génération) mais ne comptez pas sur nous pour en faire une citadine. Cette longueur est surtout renforcée par le fait que l’auto soit très basse et que les éléments hauts, pare-brise et arceau, soient extrêmement fins.
Ce profil permet aussi d’ajouter quelques détails. Déjà les roues qui paraissent démesurées alors qu’on parle de 13″. Ensuite, enfin, la marque est notée sur le côté. C’est bien une Caterham, nom de la ville où est née la marque qui fut d’abord un distributeur avant de devenir distributeur exclusif puis fabriquant des Seven. Enfin, on retrouve les ailes. Les premières Lotus n’en proposaient pas. Ici, on retrouve bien de grosses ailes, bien distinctes et il est vrai que ça « trompe » quant à l’âge de l’auto.



Vue de l’arrière, certains pourraient la trouver large. La raison est assez simple. La Lotus Seven a existé en quatre générations. Quand Caterham reprend le flambeau, ils produisent d’abord la S4 avant de revenir à la S3, plus conventionnelle dans sa ligne. C’est cette dernière qui avait introduit cet arrière large, pas pour mieux adhérer, non, pour loger le train arrière de la Ford Escort Mexico.
Les ailes paraissent donc disproportionnées. C’est le fait qu’elles soient si distinctes de la carrosserie renforce l’impression qui vieillit la voiture. Sinon, cet arrière est on ne peut plus basique. L’arceau passe au-dessus du « coffre » qui se rapproche plus d’un panier recouvert tandis que la roue de secours est bien en évidence. Les feux ? Du très classique repris de la production automobile anglaise de l’époque de construction de la voiture. Oui, la Caterham Super Seven, c’est l’artisanat poussé à l’extrême !



Intérieur : c’est vite fait !
Ce n’est pas bien compliqué de regarder l’intérieur de la Caterham Super Seven. La nôtre n’a pas de capote, oui, certaines en ont, et on a enlevé les portes pour la séance photo. Tout est visible, l’anglaise ne cache rien ! Après, il faut bien avouer qu’il n’y a pas grand chose à cacher !

L’espace intérieur interroge avant même qu’on ne s’installe. Oui, la place semble très comptée… et en regardant vers les pédales, c’est pire. Le tunnel de transmission coupe l’auto en deux tandis que les occupants devront caser leurs pieds entre le bord de la carrosserie et le moteur. Avec ça, on sait d’expérience qu’on n’aura pas besoin de chauffage.
Qu’est ce que nous propose cet intérieur ? Un volant dont la taille n’est appréciable en vrai, pas en photo et qui ferait passer celui de votre console pour un volant d’ancêtre ! Le levier de vitesse est minuscule et fiché sur le tunnel. L’instrumentation est un des points sur lesquels la Seven a le plus évolué. Les premières ne proposaient pas de jauge de carburant !
Notre auto du jour en a bien une. On complète avec la température d’eau, l’huile, le compte-tours et le tachymètres en miles. Côté boutons, ce n’est pas riche mais suffisant. La qualité ? Qui s’en soucie vraiment dans une telle voiture ?


Moteur : élément vraiment central
Pas de capot à ouvrir mais des attaches à enlever. Ensuite, il faut faire attention à éviter les filtres à air sans raccrocher des ailes de la Caterham Super Seven. Le capot est léger, en alu, donc ça se fait assez facilement, pas besoin d’être à deux. On découvre donc le moteur, situé très à l’avant de voiture, derrière l’axe des roues tout de même, la répartition des quelques masses de la voiture étant un sujet important pour Chapman.

Ce moteur, quel est-il ? Dans toute sa carrière, la Seven en a accueilli de nombreux. Les premières étaient équipées de 1200 de Ford Consul puis on a varié avec du Cortina, du Coventry-Climax, du Morris Minor ou du twin-cam « maison ». Caterham s’est servi chez Ford mais aussi chez Vauxhall ou Rover et le fait désormais même chez Suzuki ! Ici, c’est un 1700 Ford Kent cross flow qui est sous le capot puisque le nom complet de la notre est en fait Super Seven Sprint.
Note importante : notre Caterham Super Seven du jour est une des nombreuses voitures à avoir reçu une préparation moteur. D’origine ce modèle du début des années 80 compte environ 130ch. Après le passage entre les mains de Roger King, on atteint 150ch. Oui c’est une puissance modeste qui est envoyée sur la boîte 5 mais là n’est pas l’esentiel.
L’essentiel, c’est donc le poids. La Caterham Super Seven est donc plus lourde que les premières Seven mais reste une voiture légère. Les mesures faites sur ces autos atteignent… 650kg sans le conducteur qui permettra d’équilibrer les masses qui proposent, à vide, une répartition de 52/48. Avec ça on a une voiture qui tape les 100km/h en 6s et atteint plus de 180 en pointe… sans la prépa !



Au volant de la Caterham Super Seven
Il y a des voitures dans lesquelles on s’installe comme dans son fauteuil et puis il y a la Caterham Super Seven. La seule comparaison que je vais avoir, c’est la Crosslé. Une monoplace, oui. Là, c’est pareil, il faut mettre les jambes dans le siège, se mettre debout en se tenant à l’arceau puis se glisser sous le volant en se retenant à ce qu’on peut, c’est à dire pas grand chose. Une fois en place… on ne bouge plus. Vous n’avez pas réglé vos harnais ? Vous avez gagné le droit de recommencer, sauf si vous aussi faites partie de la classe des superlight.
Une fois le harnais bouclé, il faut trouver le démarreur, sous le capot. Quand le petit 4 cylindres s’emballe, ça fait un sacré bruit. Je plains un éventuel passager qui aurait l’oreille gauche à quelques centimètres du pot. C’est vivant et ça invite à en tâter encore plus.
C’est parti. Main, gauche donc, sur le minuscule levier de vitesse et j’enclenche la première. Le levier propose peu de débattement, pas de raison de se tromper et le verrouillage est parfait. Je lève le pied de l’embrayage et c’est parti.
Évolution urbaine pour commencer cet essai. La Caterham Super Seven permet une belle vision de la route autour, même si la rétrovision n’est pas parfaite. Il n’y a pas de carrosserie pour cacher les différents pièges qu’on pourrait rencontrer. Dans un village, plus qu’une ville, c’est déjà particulier. D’abord parce qu’il faut s’y faire à ce petit habitacle. Heureusement, le minuscule volant permet de bien tourner sans avoir besoin d’écarter les bras… qu’on aurait mis on ne sait où ! Les pédales ne demandent pas de temps d’adaptation. Il faut y aller au feeling, sans trop réfléchir. Elles sont si rapprochées qu’il faut laisser faire le naturel et on n’a pas besoin de bouger les pieds.


Par contre, la ville permet déjà de jauger le moteur. Une petite cylindrée, on l’a dit, qui offre peu de couple et oblige à monter dans les tours. C’est marrant pour nous, moins pour l’habitant qui faisait sa sieste au moment de notre passage ! On se cale quand même en troisième, sauf sur les ralentisseurs qui demandent de ralentir. L’amortissement n’est pas forcément très cassant mais les débattements sont courts, donc ça secoue.
Sortie de village, on peut mettre un peu de gaz. Le moteur monte peu à peu en température tandis que la Caterham Super Seven évolue en 5e à la vitesse légale. Mine de rien, ça fait toujours du bruit et ça permet de vivre la route autrement. Déjà parce qu’on est au ras du bitume. J’avoue que, si les rétros étaient fixés autre part, j’aurai bien roulé sans les portes histoire d’en rajouter une louche. Malgré tout, l’effet est plus proche de la monoplace que d’une Alpine par exemple. Ensuite on ressent vraiment la route. On a l’impression qu’un gravillon est un rocher, qu’un tournant est une épingle. Les sensations sont démultipliées.
Ce rythme « balade » révèle aussi que la Caterham Super Seven est une voiture à part niveau confort. On finit par se rendre compte qu’un copilote prendrait des coups de coude dans les côtes à chaque changement de rapport et devrait s’égosiller pour protester puisque le bruit est réel entre le moteur et l’air. Conduire le coude à la portière ? Impossible, il faudrait enlever la portière. Au bout d’un moment, on aimerait aussi avoir un repose-pied mais il n’y en a pas et la position des jambes fait qu’on se contorsionne comme on peut sans jamais trouver la position idéale. Bref : le confort, c’est pas son truc.



Alors son truc c’est quoi ? Le sport, on s’en doute. On quitte les départementales toutes droites pour celles qui offrent des virages plus sympas. Ça oblige à traverser une nationale… Une fois au stop, il ne faut pas se poser trop de question et faire confiance à la fiche technique. Résultat : la Caterham Super Seven détale en première. On se demande même si la motricité va suivre mais ça passe encore. La montée en régime est brutale. Vite, on passe la seconde, puis la troisième. Les rapports sont courts, très courts. De fait, on monte haut dans les tours et la poussée est alors réelle. C’est là que le moteur se révèle ? Information reçue.

La vitesse augmente toujours. Nouvelle sensation qui arrive : l’avant s’allège. Entre la répartition du poids qui est de toute façon très bas et les ailes qui portent bien leur nom, on sent moins de résistance dans le volant qui conserve tout de même une précision exemplaire. Un virage arrive alors on charge l’avant. La pédale de frein offre une course réduite mais reste progressive. Le système est performant, la Caterham Super Seven semble piquer du nez à mesure qu’on ralentit et qu’on tombe les rapports.
Le premier enchaînement s’avale comme une hors d’œuvre un jour de fringale. Ça se passe vite et on en sort pas vraiment rassasié. Pourquoi ? Parce qu’elle peut certainement faire beaucoup mieux cette Seven. Dans l’enchainement suivant, un peu moins de prudence. Peu à peu on ressent mieux la voiture, même si elle ne cache pas grand chose. Et puis arrive le moment où on ressent carrément qu’on va devoir se calmer. Le virage d’avant passait crème mais sur celui-ci c’est l’arrière qui a semblé s’alléger. Pas de quoi se mettre au tas mais l’avertissement est noté.



Maintenant que pilote et monture sont étalonnés, c’est l’éclate totale. Les virages défilent et les bouts de ligne droite sont autant d’occasion d’écraser l’accélérateur. Conseil : n’oubliez pas de jeter un œil au compteur. Déjà pour avoir cette sensation de vous dire « ah, je dirais plus » tout en vous disant que c’est quand même énorme. Quand on aime, on ne compte pas, mais quand même, les points partent vite !
La Caterham Super Seven continue de délivrer les sensations. Le bruit s’ajoute à l’impression de vitesse et la force centrifuge dans les virages. Car, oui, pour aller vite dans ces virages, l’aiguille du compte-tours reste perchée. Les kilomètres défilent et la route arrive à sa fin.
Allez, on calme le jeu. La Caterham Super Seven redevient une voiture anormale à rythme normal. Et on sent bien que le rôle n’est pas fait pour elle tant elle renâcle à se plier à ce rythme et vous ne fait sentir. Deux solutions : soit arriver très vite, elle saura le faire, soit trouver une route plus adéquate, elle adorera !
Conclusion :
Vous avez l’impression d’avoir fait le tour ? Vous avez essayé des sportives de toutes marques, des puissantes, des légères, des carrosseries superbes, d’autres plus artisanales… mais aucune ne vous a séduit. Essayez donc une Caterham Super Seven. Une occasion de (re)découvrir ce que sont les conditions de conduite. Une voiture sans filtre, sans compromis, taillée pour le sport et la performance et surtout pour le plaisir de conduire.
Par contre, elle pousse le curseur tellement loin dans ce sens qu’elle est aussi totalement larguée quand il faut parler d’habitabilité, de praticité, de confort ou de vie à bord. Pas de compromis avec la Caterham Super Seven, il faudra la prendre telle qu’elle est et savoir comment (et où) se rendre pour vraiment l’apprécier.
| Les plus de la Caterham Super Seven | Les moins de la Caterham Super Seven |
|---|---|
| Des sensations folles | Praticité nulle |
| Des perfs impressionnantes | Confort absent |
| Précision chirurgicale | Habitabilité réduite |
| Vivante |








| Fiche technique | Caterham Super Seven Sprint (non préparée) |
| Années | 1984 |
| Mécanique | |
| Architecture | 4 cylindres en ligne |
| Cylindrée | 1691cm³ |
| Alimentation | 2 Carbus double corps |
| Soupapes | 8 |
| Puissance Max | 135ch à 6000 trs/min |
| Couple Max | 166Nm à 4500 trs/min |
| Boîte de Vitesse | Manuelle 5 rapports |
| Transmission | 4 roues motrices |
| Châssis | |
| Position Moteur | Longitudinale Avant |
| Freinage | Disques AV et Tambours AR |
| Voies | AV 1240mm / AR 1325 mm |
| Empattement | 2230 mm |
| Dimensions L x l x h | 3390 x 1580 x 1080 mm |
| Poids (relevé) | 655 kg |
| Performances | |
| Vmax Mesurée | 183 km/h |
| 0 à 100 km/h | 6s |
| 400m d.a | 14,6s |
| 1000m d.a | 27,7s |
| Poids/Puissance | 4,85 kg/ch |
| Conso Mixte | ± 8 litres / 100km |
| Conso Sportive | ± 15 litres / 100 km |
| Prix | ± 30.000 € |
La Caterham Super Seven en vidéo
Une voiture si atypique, ça méritait bien une vidéo. On commence par revenir plus en détail sur l’histoire des Seven avant Caterham et puis on prend le volant pour s’en mettre plein les oreilles.
Conduire une Caterham Super Seven
La Caterham Super Seven n’est pas spécialement rare. En fait, il va falloir juste choisir ce que vous souhaitez. En plus de 50 ans de carrière, vous pourrez ainsi choisir des voitures anciennes, avec leurs charmes et leurs défauts ou des voitures plus modernes, plus logeables et équipées, plus performantes aussi. Enfin, vous aurez le choix des moteurs. Ça c’est pour les différentes Seven. Vous en conseiller une plus qu’une autre dépendra de votre usage. Attention : plus c’est sportif plus il faudra choisir là où vous roulerez.
Concernant notre auto du jour, elle est en vente. C’est l’Atelier Retrograd à Onjon (10) qui la propose. Le prix affiché est de 30.000€, dans la cote pour une voiture qui fonctionne bien et avec quelques travaux récents (détails ici).
Ce qui est surveiller ? La corrosion quand on parle d’une voiture de cet âge. Elle peut être présente sur les éléments structurels en acier. Profitez en pour vérifier que l’auto n’a pas subi de choc, ça reste une voiture piégeuse. Sinon, le moteur est solide quand il est bien entretenu, évidemment, plus il est préparé plus ça entamera sa fiabilité. Notez aussi que ça reste une mécanique « vibrante » et que la synchro de vos Weber sera à surveiller régulièrement, tout comme le système de refroidissement.
Un grand merci à Julien pour avoir permis cet essai et à Lucien notre mannequin-pilote.










Commentaires