Le luxe soviétique : la Gaz M21 Volga

La prochaine édition du Rallye Monte Carlo Historique 2019 (lire : Guide du Rallye Monte Carlo Historique 2019, le parcours complet, les horaires et les engagés) accueille quelques véhicules “atypiques”, dont la Gaz M21 Volga. Première de la série, qui sera présente cette année au départ sous les numéros 298 et 302. Une histoire pleine d’intrigues qui s’écrit pendant la guerre froide. Nous vous invitons alors à découvrir ses origines tout en abordant les spécificités des modèles inscrits au Monte Carlo Historique.

Les premiers tours de roues de la Volga M21

Nous sommes au début des années 1950. L’URSS ordonne à l’usine Gaz (Gorki Avtomobilnyï Zavod, en français Usine Automobile de la ville de Gorki) de produire une voiture moderne pour l’élite soviétique. La Gaz M20 Pobeda (Victoire en référence à la Seconde Guerre Mondiale) se faisait vieillissante. Il fallait alors du nouveau à l’image du pays.

Avant de devenir le symbole de la période du “dégel de Khrouchtchev”, la Gaz M21 Volga était encore sous forme d’une maquette en bois à l’année 1953.

Deux années plus tard, la voiture est présentée au yeux du parti communiste sous la forme ci-dessous.

La Gaz M21 voit le jour

Jugée comme “impartiale”, il a suffit d’un simple rajout d’étoile au milieu de la calandre afin de convaincre la direction de l’État à poursuivre sa production. C’est ainsi que naît la première série des Gaz M21 Volga. On attendra le 10 octobre 1956 pour une date officielle de lancement du véhicule. Même si, de 1955 à 1956 quelques Volga ont déjà vu le jour, avec une motorisation d’un bloc issue de la Gaz M20 Pobeda, poussé à 65 chevaux. Elle fut, dans un premier temps équipée du pont de la Pobeda ou encore d’autres provenant de la ZIM 12, dont la majorité se sont avérés défectueux…

Au total 1100 Gaz M21 sont produites entre 1955 et 1956. Dont 700 avec la boite automatique à trois rapports.

Le Volga M21 a trouvé son inspiration chez Ford. Avec le modèle Customline de 1952.  Il faut tout de même distinguer copie et inspiration car ces deux véhicules diffèrent techniquement. La Volga a son moteur, sa boîte et son châssis. À la grande différence de Ford, la Gaz M21 avait une coque autoporteuse. 

La Volga, douce comme le fleuve, mais pas pour tout le monde

Dès son lancement officiel, c’est l’occasion pour le grand pays de voir autre chose sur les routes que des Moskvitch. Cependant cette Volga ne sera pas vendue à des citoyens de classe populaire, mais réservée aux services de l’État, aux ambulanciers, cosmonautes, ingénieurs et taxis.

Le taxi d’ailleurs, fut la seule opportunité qu’un individu soviétique pouvait s’offrir pour profiter, sans conséquences négatives, de la confortable banquette arrière qu’offrait cette auto. 

La Gaz M21 est restée un rêve pour tout citoyen de classe populaire, jusqu’à la chute de l’URSS.

Les différentes versions de la Gaz M21

La Gaz M21 a connu plusieurs déclinaisons. Sous des noms de code données non seulement pour différencier le modèle, mais également pour son statut. À l’exemple les Volga M21 export, au nom de code Volga M21m pour “modernisée”.  La Gaz M21A pour les taxi, la Gaz M21P, modèle export avec volant à droite, etc.

La Gaz M21m, phase trois et finale des changements esthétiques, apparaît en 1962. Caractérisée par une calandre à nervures verticales, un intérieur plus actuel et un moteur de 75 chevaux.

Entre ces deux versions, apparut la phase intermédiaire. Cette dernière est née pour des raisons techniques, commerciales et politiques. En effet à la fin des années 1950, la Volga fut présentée dans des salons comme celui de Bruxelles. Son étoile au milieu de la calandre ne plaisait pas vraiment aux européens. Alors on l’a retiré. Remplaçant ainsi la calandre. En second lieu, la boite automatique à trois rapports n’était pas envisageable. Car son entretien ne pouvait être réalisé par qui que ce soit en URSS. Une boîte mécanique a été installée, couplée au bloc qui était propre à la Gaz M21. Hélas encore trop faible, pour un auto de 1400 kg…

D’autre part ont été retirés les éléments chromés et surtout le cerf sur le capot, qui a fait quelques victimes. D’autres modifications au niveau des ailes avant et dessin en relief sur la partie arrière.

Le break Volga M22, à la conquête de l’Ouest

Il semble important de rappeler que la Volga a eu le Grand-Prix en 1958 lors de l’Exposition Universelle de Bruxelles. Elle sera ensuite commercialisée en Belgique. De ce fait une nouvelle déclinaison de dessine à l’horizon. 

Le modèle break, nom de code Gaz M22. Un modèle ayant été utile aux ambulanciers en particulier en Union Soviétique. Ce fut également la version la plus vendue, à hauteur de 80% en Europe. Importée en Belgique puis équipée d’un moteur diesel Perkins de 1,6 litre développant 45 chevaux avant de se voir dotée d’un bloc Rover de 2,5 litres avec près de 65 chevaux. Ces voitures étaient surtout utilisées en tant que taxi.

Bien que ce ne soit pas la meilleure voiture en Europe, elle n’avait rien de ridicule. Bien au contraire, à ce prix vous aviez des équipements plus nombreux que chez la concurrence. Une radio, une horloge, un allume cigare étaient de série dans une Gaz M21.

À noter qu’il a également existé la Volga Gaz M23 une version pour les services secrets appelée “de poursuite”. Avec un moteur V8 soviétique ZMZ-23, de 5,5 litres de cylindrée pour 195 chevaux à 3500tr/min.  Cela suffisait amplement pour rattraper une Moskvitch en ligne droite.

Ces voitures étaient maquillées. La boîte automatique était caché puisqu’on apercevait un levier de boîte mécanique. La double sortie d’échappement et une couleur noire de la voiture était deux autres marqueurs de cette auto. Ses conducteurs étaient formés à son pilotage. Avec une répartition de poids de 70/30 et une puissance pas toujours officielle, il fallait se méfier.

On notera en tout 638.880 exemplaires sortis officiellement de la chaîne de production.

La Volga M21 au Monte Carlo 

Enfin, celle qui nous intéresse le plus ici, la version “Rally “, qu’a participé au Monte-Carlo de 1964. Retour en images sur cet événement.

Une équipe soviétique de cinq voitures, deux Moskvitch et trois Volga.

Il s’agissait d’abord d’une course d’équipe. Lors d’une immobilisation d’un véhicule, le plus important n’était pas sa place personnelle mais celle de l’équipe, alors on le tractait. L’expérience l’a démontrée, qu’un tel train pouvait parfois atteindre les 75km/h, grâce à une barre solide qui liait les deux voitures.

Une Gaz M21 suréquipée pour le rallye

Ces Volga n’ont pas subi de renforts de caisse car rouler en URSS fut déjà une épreuve digne d’un rallye et elles y étaient préparées.

Les points du châssis sont restés d’origine, avec quelques modification dont nous en reparlerons un peu plus tard. Cependant c’est les équipements extérieurs et intérieurs qu’ont été revus. À savoir, des phares longue portée empruntés au bus Zil/Zis 127. Des antibrouillards de la Gaz 14 Tchaïka. Un réservoir supplémentaire prenait également place à l’arrière. Le circuit d’essence a été introduit à l’intérieur pour éviter le gel du fait d’une eau encore trop présente dans l’essence de l’époque. Les pilotes avaient aussi des repères de placés pour corriger l’allumage en cas d’essence à l’octane plus ou moins élevé qui se trouvait en Europe. Rappelons qu’en URSS le taux d’octane était de 76 à l’époque.

À l’intérieur, les parties lourdes ont été enlevées. Afin de garantir une bonne notion du temps et de la vitesse pour les pilotes, des dispositifs suivants ont été introduits :

  • Un compteur de moto SL 107 avec des pignons ajustés au bon rapport de transmission.
  • Speedpilote et tripmaster, ce dernier fabriqué à partir d’un simple taximètre. Plus tard on verra des radios à base de postes radio des forces de l’ordre et d’un compteur Lada ( Vaz ) .

Les ajustements mécaniques de la Volga

Côté moteur, du travail pour les entrées et sorties d’admission et d’échappement afin d’agrandir ces dernières. Au second plan, des montages de carburateurs de moto, permettant de sortir plus de puissance de ces moteurs peu nerveux à la base.

Sur la plan de la transmission, les rapport pont/boîte étaient également différent. L’embrayage renforcé du camion Gaz 51 assurait le lien de tous ces éléments.

Au niveau du châssis, on ajoutait des contre écrous et vis plus longues. Sur le pont, une barre stabilisatrice fut ajoutée. Des lames de ressort en provenance des breaks. La Volga M21 était équipée de pneus de Gaz 72, un dérivé de la Pobeda quatre roues motrices.

Avec toutes ces modification la Gaz M21 Volga n’était certainement pas le leader du rallye, mais cela fut une expérience mémorable pour l’Union Soviétique de s’essayer au sport automobile.

À suivre très prochainement donc, si lors de cette édition 2019 les Volga relèveront le défi !

Artiom Galouchko
Passionné de photographie et d'automobile ancien. Parcourant les routes en Bmw série 5 ou 7 pour vous partager tous ces reportages pleins de passion.

5 commentaires sur “Le luxe soviétique : la Gaz M21 Volga”

  1. Ah oui…de “” l’exotisme”” de cette qualité…je prends..sans réserve..

    Merci pour ce chouette reportage..

    d’Arnaud

  2. Comme souvent pour les véhicules de l’Est, y a toujours plusieurs sons de cloche 🙂

    Certains signalent que le projet a débuté en 1951 sous la direction d’Andrei Liphart, qui s’est fait dégager en 1952, accusé de cosmopolisme, et remplacer par Alexander Nevzorov, bien que la tâche aurait logiquement du revenir à Vladimir Solov.

    Concernant le refus de la commission de 1955, l’ajout (kitsch ?) de l’étoile n’a pas suffit, on le voit sur vos photos, la calandre a aussi changé en une barre latérale.

    Aussi, l’inspiration de la Ford Mainline n’est pas que visuel mais aussi mécanique : la boîte de vitesse automatique a été conçue sur la base de celle de la Ford Mainline acquise en 1954 pour essai, vu le manque de savoir faire en la matière. D’ailleurs, aucune huile pour boîte automatique n’était alors produite en URSS. Mais comme vous le signalez, cette boîte n’aura guère de succès, pour des raisons évidentes de difficulté d’entretien.

    Vous écrivez que 1100 M21, dont 700 automatiques, ont été produites en 1955 et 1956, avec un lancement officiel le 10 octobre 1956.
    J’ai lu par deux sources différentes que la production n’a commencé qu’au début 1957 et le premier modèle en vente le 1er mars 1957, ces sources s’entendant pour dire que seulement 5 véhicules ont été assemblés : 2 en pré-série, puis 3 en modèle de série le 10 octobre 1956 pour anticiper les célébrations du 40ème anniversaire de la Révolution d’octobre.
    En terme de volume, il serait question d’environ 32000 premières version dont environ, effectivement, 700 automatiques.

    Concernant l’étoile sur la calandre, on comprend bien qu’en pleine guerre froide, le symbole de l’armée rouge qui venait d’écraser l’insurrection hongroise n’était pas du meilleur effet en Europe de l’Ouest 🙂

    Il est aussi intéressant de remarquer qu’à compter de mars 1959, GAZ cessa la production des moteurs de la Volga, l’activité étant reprise par ZMZ (Zavolzhskiy Motorniy Zavod), usine crée en 1958 à cette fin. Apparemment, ces moteurs là sont réputés moins fiables que ceux produits par GAZ.

    Au sujet de la GAZ-23 dédiée au KGB, le moteur était celui de la GAZ-13 Czajka (pour le coup, véhicule statutaire pour la nomenklatura, pas en vente libre) : consommation 40l au 100, 0 à 100 kmh en 17 secondes (hum) et vitesse de pointe de 170 kmh.

  3. Merci, camarade journaliste pour ce reportage.
    Le parti est fier de ce véhicule qui aura sans doute un succès autrement plus évident que cette Citroën DS à l’esthétique typique de cet occident en déclin.

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