Renault 4L, au volant d’une légende intemporelle

Publié le par Benjamin

Renault 4L, au volant d’une légende intemporelle

Il était temps ! Le mois de décembre est déjà bien entamé, l’année 2021 touche à sa fin… et on a failli ne pas avoir le temps de fêter dignement les 60 ans d’une des stars des voitures anciennes ! En même temps, je prenais mon temps. Je voulais qu’on vous propose un bel essai d’une R4, mais pas de n’importe quel modèle non plus. Et là, miracle, voilà qu’apparaît une superbe Renault 4L, avec une « petite » calandre pas si loin de chez moi. Rendez-vous est pris pour un shoot de nostalgie à la sauce populaire.

L’histoire de la Renault 4L en bref

On ne va pas vous refaire toute l’histoire de la Renault 4. Pourquoi ? Parce qu’on la détaille déjà par ici :

L’auto a eu de nombreuses versions mais on va s’attarder sur celle du jour : la Renault 4L. Le « L » c’est pour Luxe ! Elle est lancée en même temps que les Renault 3 et Renault 4 « normale » et se distingue avec ses vitre de custode ouvrantes, des enjoliveurs à trois branches, les butoirs de son pare-chocs chromé et une moulure de bas de caisse.

Son équipement changera au gré des millésimes et elle deviendra la R4 « de base » en 1966. Elle recevra la nouvelle calandre peu de temps après et perdurera, avec ce Type R1120 jusqu’en 1971.

Néanmoins, sa très grande diffusion fera que pour beaucoup la Renault 4 sera la 4L.

Notre Renault 4L du jour

La quatrelle je connais bien, notamment avec deux expériences marocaines au volant d’une auto un peu regrettée. Pendant longtemps, mon obsession était déjà de trouver des calandres « alu ». Des raretés, anciennes et produites peu de temps. À cette époque je ne croisais presque pas de « petites calandres » comme celle de notre Renault 4L du jour.

Il s’en est fallu de peu pour qu’elle reçoive une calandre alu celle-ci. L’auto est de 1967 et a donc gardé cette calandre façon moustache de Dupond (et pas Dupont). La première calandre des R4, bien visible au milieu d’un avant « plein de chromes ». On est loin d’une américaine, mais la Renault 4L, c’est vraiment du luxe ! Les entourages des deux phares ronds, le pare-chocs, on en voit du chrome !

Si on veut parler un peu plus de cet avant, on remarquera la présence des deux butoirs caoutchouc sur le pare-chocs plus épais que sur les premières Luxe. Oui, ce n’est pas spécialement une matière noble qu’on rattacherait naturellement à la notion de « Luxe ». Mais on peut aussi se dire qu’un des luxes de la Renault 4L c’est de ne pas rayer son pare-chocs sur celui d’une Deuche… Sinon du côté du capot, des ailes, du pare-brise plat, on retrouve la forme de toutes les 4L, pardon, de toutes les Renault 4 de 1961 à 1992.

Le profil et l’arrière ? Et bien ce sont ceux d’une auto bicorps… et au final ce n’est pas forcément quelque chose de très courant à cette époque là. Au moment où la Renault 4 sort, c’est plutôt mal vu, le hayon étant l’apanage des autos utilitaires et professionnelles. En 1967, quand on fabrique notre Renault 4L, c’est quelque chose de plus courant. La Renault 16 a enfoncé le clou en l’imposant dans un segment encore plus haut de gamme et la Simca 1100 montre que la concurrence s’y met aussi.

Le profil de la Renault 4L est tout en rondeurs. Les lignes sont d’une simplicité déconcertante et sans cette baguette de ligne de caisse qui plonge vers l’avant, on aurait pu la croire rectiligne. La Renault 4L a le bon goût de proposer des vitres de custode au lieu de la tôle de la R4 de base. C’est uniquement pour éclaire le coffre puisque les occupants ont déjà des fenêtres, coulissantes, de bonne taille. On remarque aussi les enjoliveurs simples, apparus en 1965 et un peu moins mignons que ceux des premiers modèles et l’échappement latéral.

À l’arrière on retrouve les phares classiques de la R4. Eux aussi termineront leur carrière en 1992. Ici ils sont simples et rouges, les premières L recevaient des versions entourées de chrome. Le pare-chocs est toujours chromé et protégé par des butoirs, comme à l’avant. On s’étonnera juste de l’absence d’un monogramme autre que Renault. D’accord la R4 était en tête des ventes mais ce n’est pas une raison !

En bref : c’est une quatrelle. C’est comme la deuche, être objectif sur son physique est finalement compliqué. On ne peut qu’être d’accord sur le fait que ce soit simple et que le design n’ait été qu’n détail dans la conception de l’auto. Pour autant, on a tellement vu cette bouille qu’on s’y est habitué.

Sous le capot

Le capot bascule vers l’avant et révèle la mécanique de la Renault 4L. Dans toute l’histoire de l’auto, vous ne trouverez que deux types de mécaniques : les moteurs Billancourt et Cléon. Ce dernier n’apparaît dans la populaire de la régie qu’au début des années 80. Et sur la notre, on retrouve quel moteur de 4L ? Si un jour vous avez un doute, dites vous que si le radiateur est situé entre le moteur et la boîte, c’est un Billancourt.

Quand la R4 apparaît, il n’en est déjà pas à son coup d’essai. On l’a retrouvé dans la 4CV et dans la Dauphine. Dans cette dernière, il était un peu plus gros : 845 cm³. Ici, c’est celui de la 4CV qui est repris avec ses 747 cm³ (une cylindrée voulue pour des questions catégorie en course). Une petite cylindrée qui permet évidemment de rester en 4cv fiscaux… dans un premier temps en tout cas puisque le 845 est en option sur les Renault 4L de 5cv.

Le moteur est placé à l’avant, c’est la première fois que ça lui arrive, et entraîne les roues… avant. Ce n’est pas vraiment une première chez Renault, mais c’est le cas pour une pure auto de route, le seul modèle au losange l’ayant précédé pour l’adoption de la traction étant l’Estafette !

Notre Renault 4L de fin 1967 a donc une calandre « à l’ancienne » mais sous le capot on retrouve bien les attributs des nouvelles R4. Déjà la boîte, qui gagne un rapport pour monter à 4. Une nouveauté bienvenue. Ensuite, autre particularité qui ne se voit pas, notre auto abandonne le système éclectique en 6V pour le 12V.

Si on veut être précis, la Renault 4L qu’on essaye est même la 30e auto produite avec ces avancées techniques !

Pour le reste on retrouve toujours les 4 roues indépendantes avec barres de torsion (avec ce que cela implique en terme d’empattement, on en parle par ici), et des tambours sur toutes les roues.

À l’intérieur

Si la technique de la Renault 4L a évolué avec le modèle qu’on vous présente, son tableau de bord avait déjà subi un lifting l’année précédente. On retrouve des formes qui ne seront modifiées qu’au début des années 80.

Le fin volant comporte un très discret losange en son centre. Ses deux branches ajoutent à sa finesse et s’il peut paraître noir il propose des reflets rouges que l’on voit nettement mieux sur le levier de vitesse. Celui-ci est bien au centre de l’auto, en position haute. Une implantation qu’on trouve étrange en 2021 mais qui était plutôt courante sur les populaires de cette époque.

L’instrumentation est très réduite. Le compteur de vitesse trapézoïdal semble être décoré de petites barres chromées… mais ce sont des graduations. La précision de la lecture en pâtira forcément. Sinon on retrouve des petits voyants indiquant que le contact est mis ou que le clignotant est en route (très utile puisqu’il n’y a pas de rappel automatique), une jauge pour le carburant et un odomètre… et c’est tout !

Les diverses commandes se résument en quelques boutons à gauche du volant et deux commodos. Ne vous trompez pas, ce sont les clignotants qui sont à gauche sur la Renault 4L (jusqu’en 1982).

Pour ce qui est de la sellerie, nous sommes bien en présence d’une version Luxe, et les sièges sont de vrais sièges, pas des toiles tendues entre deux armatures tandis que les contre-portes sont garnies avec un habillage de la même couleur.

On a vite fait le tour, c’est vrai. Mais on est surtout là pour conduire !

Au volant de la Renault 4L

Des bornes en 4L j’en a donc fait quelques unes. Sauf que j’avais entre les mains une jeunette avec son « gros » moteur 1108. Si l’installation à bord ne me dépayse pas, la suite va se montrer plus étonnante.

Côté démarrage, alors que ma main attrape la clé, mon pied droit va se placer sur la pédale d’accélérateur. « Pas besoin de ça » me gratifie le propriétaire. Alors je lui fais confiance… et le moteur Billancourt s’ébroue sans aucun problème. Le son est populaire, dans le sens où on sait très bien qu’on ne va pas s’attendre à des vocalises ni à de grosses performances. En même temps, je suis au volant d’une Renault 4L, on ne peut pas tout avoir.

Le levier de vitesse au tableau de bord, pareil je connais. C’est parti pour la première, poignet droit qui pivote vers la gauche et qui pousse vers l’avant. C’est enclenché… sauf que c’est la marche arrière. Cette Renault 4L inaugure la boîte 334, différente de la 354 que je connais. Et la commande est elle aussi différente. Pour rentrer la première, il faut bien tourner le poignet à gauche mais il faut tirer vers soi.

Allez, c’est parti, la petite populaire s’élance. Le démarrage est doux, l’embrayage patine un peu mais c’est un simple souci de réglage. Pour mettre la seconde, je pousse le levier, le ramène à la verticale et je pousse vers le tableau de bord. Le moteur est vaillant et je passe la troisième en tirant le levier vers moi. Cette cinématique m’avait manqué. Elle peut faire peur à certains mais on s’y fait vite. En fait une fois qu’on a pris le coup de main, il ne faut plus y penser et ça vient tout seul.

La Renault 4L est à son aise dans le village. La direction est directe et précise, pourtant elle révèle une certaine lourdeur. Attention aussi au moteur. Même si le couple du Billancourt est suffisant, quoique vraiment riquiqui, ne pas tomber un rapport dans un virage vous lancera sur une réaccélération particulièrement longue. Mais comme la maniement de la boîte est bien rentré et qu’il fait partie du folklore, autant en profiter.

Voilà qu’arrive le stop qui donne sur la nationale. C’est là que vous vous rendez-compte de l’intérêt d’avoir « du moteur » pour votre sécurité. Et en ce vendredi matin, la route est chargée et je ne préfère pas y risque notre belle Renault sans prendre de précaution. Ah, un clignotant, c’est parti. J’accélère comme si les feux venaient de s’éteindre sur la grille de départ. L’embrayage patine un peu mais arrache l’auto. Le pied droit reste soudé et ne se lève que pour passer les vitesses. 2, 3, voilà qu’arrive la 4e, toute seule à droite.

La même manœuvre au volant des sportives que j’ai eu entre les mains dernièrement aurait pu me priver de mon papier rose (pas encore de carte pour moi !) mais quand la concentration nécessaire à ce démarrage express s’évapore, je suis lancé à… un pénible 75 km/h. Et ce n’est pas le compteur qui déconne. Du coup je réappuie pour atteindre les 80 réglementaires et limiter le bouchon derrière. Au moins, j’ai de la marge avec la voiture de devant !

Une fois lancée la Renault 4L ne bouge pas, en tout cas pas ses roues. J’avais oublié avec quel facilité les bourrasques de vent pouvaient malmener cette petite auto. Ce n’est pas non plus dangereux, la correction apportée au volant reste minime, sachant que ce dernier me permet de placer l’auto exactement où je veux sans aucun jeu dans la colonne.

À cette vitesse, il faut avouer que le 4 pattes donne de la voix. À la limite du bruyant, ça aurait été un V12, on aurait apprécié. Mais le Billancourt n’a pas vraiment le même timbre…

Pour autant il n’a pas perdu de sa force et nous emmène à bon train mais on se rend vite compte que ce n’est pas pour de la longue route comme ça qu’on choisira sa 4L. Pour autant, son propriétaire en a bouffé des kilomètres, même sur de gros voyages. Il faut juste de la motivation, un bon sujet de discussion et une bonne raison pour tailler la route.

Il faut prendre à gauche et c’est l’occasion de vraiment tester le freinage. Impossible de trouver quelque chose à redire. Il n’est ni trop puissant, ni trop faible et vous fera ralentir suffisamment vite pour ne pas vous faire peur, même en partant de 80 km/h. La suite de la route se fait sur de petites routes où notre populaire est bien à son aise. Les freins ne sont plus tant sollicités, le frein moteur est réel même s’il reste léger. Cela me suffit pour la plupart des enchainements.

Les virages ne font pas peur à la Renault 4L, les quelques zones humides, dans l’ombre d’un matin de novembre où ça a tout juste gelé seront plus problématiques. Je suis quitte pour une petite frayeur, heureusement que j’arrivais à train… de 4L !

Les kilomètres s’enchaînent, la 4L ne m’apporte plus de réelle surprise. Son moteur est toujours vaillant, ses freins font le job et la direction n’est pas prise en défaut. Je prend le temps de rouler, sereinement, sans trop me poser de questions. C’est ça aussi la conduite d’une populaire. Celle d’une auto qui fera ce que vous lui demandez sans rechigner et qui vous emmènera là où vous voulez.

Conclusion :

Pour le coup, Michel Fugain avait raison : « Va partout en Renault 4, elle ira jusqu’au bout« . La Renault 4L est une voiture faite pour vous emmener d’un point A à un point B. Avec ou sans passager, avec ou sans bagage… et de nos jours on peut même dire avec ou sans but.

Car c’est une auto qu’on adorera faire rouler, c’est ce pourquoi elle a été construite et elle ne fait bien. Elle ne sera pas la plus performante, pas la plus confortable, pas la plus maniable ni la plus pratique mais vous ne la prendrez en défaut sur aucun de ces points. Et c’est bien ça qui a fait sa force pendant une carrière de plus de 30 ans.

Les plusLes moins
Une bouille connuePerformances faiblardes
Sa cote d’amourBruyante
Facile à conduire
Facile à entretenir
Un souvenir roulant
CritèreNote
Budget Achat18/20
Entretien17/20
Fiabilité16/20
Qualité de fabrication14/20
Confort13/20
Polyvalence13/20
Image19/20
Plaisir de conduite12/20
Facilité de conduite14/20
Ergonomie15/20
Total15,1/20

En vidéo :

Notre vidéo des 4 points vient elle aussi en Renault 4L… et elle a un peu de retard. Rendez-vous dès demain pour la découvrir !

Et puis un peu de musique ? Alors on vous met la pub avec la superbe chanson de Michel Fugain :

Rouler en Renault 4

Attention attention. Il ne faut pas confondre R4 et 4L, 4L et R4 GTL… bref, il y a de nombreuses versions, produites pendant 31 ans et du coup cela fait beaucoup de prix différents.

Rouler avec une R4, n’importe laquelle, est facile. Les modèles les plus faciles à trouver étant les TL et GTL, tout simplement parce que ce sont aussi les plus jeunes. Côté prix, ces versions de base ont bien augmenté lors des 10 dernières années. Pour en trouver un bel exemplaire sans trop de travaux, il faudra débourser entre 4 et 5000 €.

Mais il y a des modèles bien plus chers que ça ! Une Renault 4L dans l’état de la notre, avec une petite calandre, ira chercher au dessus des 10.000 €. Dans les gros prix, on ajoutera les versions Super et les Parisiennes (authentiques évidemment). Les séries limitées Jogging, Sixties ou Carte Jeune sont bien plus récentes mais leur rareté en fait des pièces recherchées, donc chères !

Pour ce qui est des choses à regardez, côté moteur assurez-vous que l’entretien a été suivi et les vidanges faites dans les temps mais les moteurs Billancourt et Cléon sont robustes. Par contre, gare à la rouille. Les longerons ont tendance à se changer en dentelle et on ne parle même pas des planchers. Gare aux mauvaises surprises !

Pour les pièces, aucun souci de ce côté, les pros se sont lancé dans les refabrications il y a bien longtemps. Comme pour sa concurrente/cible la deuche, vous pouvez même vous offrir un châssis tout neuf ! Pour ça on ne peut que vous conseiller de vous rapprocher du spécialiste Melun Rétro Passion :

2021 01 NewsDAnciennes 500x150 1- Renault 4L

Au niveau des autre coûts : c’est une populaire. La consommation est aussi limitée que la puissance, l’assurance ne vous coûtera pas grand chose et les divers consommables sont courants. Faites vous plaisir !

Un grand merci à Daniel pour cette matinée en Renault 4L.

Fiche techniqueRenault 4L
Mécanique
Architecture4 cylindres en ligne
Cylindrée747 cm³
AlimentationCarburateur simpe corps
Soupapes8
Puissance Max27 ch à 4700 trs/min
Couple Max47 Nm à 2600 trs/min
Boîte de VitesseManuelle 4 rapports
TransmissionTraction
Châssis
Poisition MoteurLongitudinale avant
FreinageTambours AV et AR
VoiesAV 1246 mm / AR 1204 mm
Empattement2449 mm à droite
2401 mm à gauche
Dimensions L x l x h3668 x 1485 x 1550 mm
Poids630 kg à vide
Performances
Vmax Mesurée109 km/h
0 à 100 km/hNC
400m d.aNC
1000m d.aNC
Poids/Puissance23,33 kg/ch
Conso Mixte± 7 litres / 100km
Conso Sportive
Prix± 8.000 €*

*Version Renault 4L en bon état

Benjamin

http://newsdanciennes.com

Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

Commentaires

  1. Jean-Marc Bizouard

    Il y a quelques petits détails qui clochent sur votre quatrelle. Les 1ers tableaux de bord marrons clairs ont bien été montés avec la calandre « moustache Dupond » mais ces 4L n’avaient que 3 vitesses et la traverse avant n’avaient pas le décrochement qui permettait le montage d’une boîte 4 vitesses. D’autre part cette voiture aurait dû avoir une batterie de 6 volts. Le passage en 12 volts n’a eu lieu que lors du passage de la calandre alu large à celle en plastique. En 1971, sauf erreur de ma part.

    Répondre · · 15 décembre 2021 à 18 h 02 min

  2. Plas

    Bonjour,
    L’équipement intérieur semblent être celui de la finition « export », sièges avant séparés revêtement skai.

    Répondre · · 16 décembre 2021 à 17 h 15 min

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