Le Mans, le film mythique mérite-t-il autant d’éloges ?

Le Mans, le film mythique mérite-t-il autant d'éloges ?
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Comment ça “on touche pas aux monuments” ? L’arrivée de Le Mans 66 sur les écrans de cinéma puis de télévision a remis Le Mans, l’original sur le devant de la scène. Un film mythique d’accord. Mais soyons honnête cet inclassable, qui plait tant aux passionnés du monde de l’automobile mérite-t-il autant d’éloges ?

Le Mans : le making-of aurait été un film parfait !

Le tournage du film Le Mans aurait fait un film parfait. Rares sont les films dont le tournage, et même la forme, ont connu autant de rebondissements !

Le Mans, le film mythique mérite-t-il autant d'éloges ?
McQueen et Sturges sur le tournage de La Grande Évasion

Le mans c’est d’abord un projet voulu par Steve McQueen et John Sturges. Le réalisateur a fait tourner l’acteur dans La Proie des Vautours en 1959, les Sept Mercenaires en 1960 puis la Grande Évasion en 1963. Leur projet de film sur la course automobile (un thème encore jamais porté sur le grand écran) devait s’appeler “Day of the Champion” et être produit par la Warner Bros. Finalement ce seront Cinema Center Films associé à Solar, la société de McQueen qui produiront le film que la National General Pictures distribuera.

Si McQueen et Sturges ne sont pas d’accord sur ce qui constituera le début du long métrage (l’acteur veut commencer le film juste avant la course, Sturges bien avant), la préparation est lancée.

De la vraie course pour commencer

Le projet initial veut que Steve McQueen participe aux 24h du Mans avec une Porsche 917 et Jackie Stewart comme premier pilote. Le champion du monde de F1 en titre, associé à un des acteurs les plus bankable dans la nouvelle terreur des circuits, l’affiche est alléchante.

Si McQueen pilote déjà, notamment à moto puis en SCCA à la fin des années 50, il lui manque l’expérience du haut niveau avant de s’engager au Mans. Solar Production achète une Porsche 908/2 sur laquelle il l’emporte dans deux courses hivernales en SCCA. Mais surtout il fait avec Peter Revson sur une Porsche 908/2 aux 12h de Sebring 1970. Résultat ? Une deuxième place, dans le même tour que la Ferrari 512S de Giunti, Vaccarella et Andretti !

Les 24h du Mans approchent. La production doit y réaliser une grande partie des scènes de course. Sauf que les assurances mettent leur grain de sel. McQueen est bankable et personne ne veut l’assurer sur ce tournage… qui est une course. Rappelons que Jackie Stewart n’est pas que le pilote prévu, c’est aussi le premier à s’intéresser à la sécurité en course. Et à l’époque ses efforts n’ont pas encore porté leurs fruits et les morts, voire blessés grave, sont nombreux sur les circuits.

Finalement ni McQueen ni Stewart ne seront au départ. L’acteur sera “doublé” par le suisse Jo Siffert dans la 917 qui porte le numéro 20. Solar va tout de même réaliser des images pendant la course avec la 908/2 qui est confiée à Herbert Linge et Jonathan Williams. Affublée d’une énorme caméra sur le capot avant, elle tourne. Et si elle doit s’arrêter souvent ce n’est pas à cause du poids de la caméra qui entraînerait une hausse de la consommation. Non, c’est simplement parce qu’il fallait changer les pellicules ! Résultat, si elle termine bien, à la 9e place, elle fait partie des 9 autos non classées pour une distance couverte insuffisante.

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La 908/2 de Solar, on remarque les caméras à l’avant et à l’arrière

McQueen est bien présent et la production en profite pour tourner de vrais plans in-situ. Néanmoins il faut attendre pour terminer le film. Le gros du tournage approche.

Place au tournage chaotique

Durant l’été 1970 la production est chez elle au Mans. Le circuit est loué pour trois mois de tournage ! Mais les ennuis commencent.

Pour ce qui est des voitures, c’est Jo Siffert, qui mène de front sa carrière de pilote et celle de vendeur d’autos, qui fournit la plupart du plateau de 25 voitures. Pour les Ferrari la production tombe sur un os. La Scuderia ne veut pas prêter ou louer de véritables autos de course d’usine pour un film qui fera gagner une Porsche ! Résultat c’est Jacques Swaters l’importateur belge et l’Écurie Francorchamps qui fournissent les autos, maquillées comme des autos officielles ! Siffert va fournir les Porsche #20 (sans moteur) et #22, Piper fournit la #21 tandis que l’usine fournira une une LH pendant deux semaines et gratuitement. Matra ou encore Alfa Romeo fourniront des autos.

Il faut aussi parler d’une GT40 un peu spéciale. Achetée au J.W. Automotive Engineering elle a été transformée en spyder. Non pas un spyder comme les autres GT40 mais un spyder de production qui emmenait une caméra sur une tourelle avec un opérateur assis dans le baquet de gauche !

Côté pilote le “casting” a une sacré gueule. Jacky Ickx, David Piper ou Dereck Bell sont présents pour piloter les autos. Les deux derniers seront d’ailleurs marqués à vie. La Ferrari conduite par Bell va prendre feu le blessant à la main et au visage. Pour Piper c’est bien pire, la “Porsche 917” qu’il pilote sort violemment ce qui entraînera l’amputation de sa jambe droite !

Pour ce qui est de la production c’est encore plus chaotique ! CBS qui a mis des billes dans la production veut un vrai scénario. McQueen était parti sur une approche plus documentaire. Le résultat on le connaît. Harry Kleiner est bien crédité comme scénariste sur Le Mans. Ce n’est pas un inconnu, c’est lui qui avait signé le scenar déjà bagnolesque de Bullitt. En fait quand le tournage a débuté… le scénario n’était pas écrit ! Harry Kleiner n’était pas seul puisque Ken Purdy (spécialiste automobile du magazine… Playboy) et un troisième larron s’y sont en fait mis pendant le tournage, dans une caravane, sur le circuit.

Cet épisode est d’ailleurs une des gouttes qui fera déborder le vase pour John Sturges. Alors même que le tournage est en cours il quitte le projet. Mais ce scenario improvisé s’ajoute à des interruptions de tournage longue (jusque 15 jours), une grève des figurants français, des vacances improvisées par McQueen au Maroc… Quelques jours plus tard c’est Ferris Webster le monteur qui démissionne également.

Finalement on trouvera Lee H. Katzin à la réalisation. Ne cherchez pas son CV, Le Mans est le seul film connu qu’il ait réalisé !

Pour achever le tableau : un échec en salle !

C’est le 22 Juin 1971 que le film sort en France (le lendemain aux USA) et c’est un véritable échec. Le fait qu’il soit un documentaire déguisé n’a pas échappé aux critiques qui se déchaînent. Le public ne suit pas.

Avec un budget situé aux alentours de 7,5 millions de dollars (assez modeste au final). Sauf qu’avec 5,5 millions au box-office on est loin des frais engagés.

Néanmoins le film marque. S’il est au final le deuxième film consacré à la course auto (après le magnifique Grand Prix de Franckenheimer en 1966) il montre justement bien plus de scènes de course et de “bagnoles”. Additionné à l’aura de McQueen, il devient culte et une référence des amateurs d’automobiles.

Quels reproches peut-on faire au film

On ne peut évidemment pas reprocher les soucis de tournage au film. Seuls ceux qui y ont pris part peuvent le faire.

Le scénario

Le principal reproche que l’on peut faire à Le Mans est le même qu’à sa sortie en salle : son absence de scenario. Même si il a finalement été écrit, il était forcément grandement influencé par l’idée directrice de McQueen. Et l’histoire de Piero Belgetti est au final totalement effacée par le reste du film. Les flashback et les quelques scènes hors-course qui doivent rappeler cette histoire sont bien loin.

Sur ce point on peut même comparer Le Mans à d’autres longs métrage dédié à la course automobile :

  • Grand Prix possède une vraie histoire. Il y a moins de scènes de course mais une vraie histoire romantique complète la “simple” compétition entre les pilotes.
  • Le Mans 1966 sorti l’année dernière est certes moins réaliste au niveau automobile ou historique mais romance une histoire vraie… qui était elle-même suffisamment haletante pour donner une bonne base.
  • Week-End of a Champion sera le long métrage le plus proche de Le Mans. Tourné par Polanski lors du Grand Prix de Monaco 1971 il est lui aussi focalisé sur un seul pilote et comprend de vraies scènes de course. Oui, mais c’est ici VRAIMENT un documentaire qui s’assume !

En quoi est-ce important ? Vous êtes probablement fan (comme moi hein, je l’avoue) du film Le Mans. Mais avez-vous dans votre entourage quelqu’un qui n’est pas accro comme vous à l’automobile ? Si vous mettez cette personne devant Le Mans 66 ou même Grand Prix, elle trouvera un film divertissant pendant que vous apprécierez les carrosseries des autos et le son des moteurs. Par contre, il y a des chance que cette personne s’ennuie ferme devant Le Mans… alors que vous prendrez votre pied !

McQueen et encore McQueen

Le Mans c’est le projet de McQueen avec Steve McQueen. D’accord. Sauf qu’il n’y en a QUE pour lui. Aucun personnage secondaire n’a vraiment d’importance dans le film. Lisa Belgetti (jouée par Elga Andersen) et Eric Stahler (campé par Siegfrid Rauch) sont techniquement les premiers rôle féminin et second rôle masculin. Mais ils sont totalement effacés derrière McQueen. D’ailleurs on les voit souvent à l’image… en compagnie de la star.

Même avec ce scénario des acteurs plus charismatiques, ou simplement plus connus, auraient donné plus de force et donc d’importance à ces personnages.

Le Mans, le film mythique mérite-t-il autant d'éloges ?

Pourquoi Le Mans est-il tant apprécié ?

C’est la partie la plus facile de cet article. Pourquoi Le Mans est il un film mythique, adoré par autant de passionné d’automobile ? Mais il y a plein de raisons en fait.

D’abord l’époque. Certes la bataille Ford vs Ferrari, vu de 2020 est peut-être la meilleure période de l’histoire de la course. Mais la Porsche 917 a également marqué cette histoire en étant la première Porsche d’une longue série à s’imposer sur la classique mancelle. Et puis avec les couleurs Gulf, mythiques, déjà parce que les Ford GT40 encore elle, les avaient fait connaître. Il faut par contre noter que pour le coup la sortie du film est contemporaine à la carrière de la 917.

En fait on se demande si c’est pas le serpent qui se mord la queue. Est-ce que ces éléments ne sont pas mythiques, en 2020… parce qu’ils sont dans le film. Est-ce qu’en fait le film n’est pas constitué d’éléments devenus mythiques… grâce à lui-même. Bah il y a quand même des chances !

Et puis il faut reconnaître que sans scénario, allez presque sans scenario, le film n’a pas besoin de romancer son histoire et les émotions. Du coup on est dans le vrai, dans la course, sans fioritures.

Ensuite on a VRAIMENT Le Mans. Le tournage interminable a permis d’avoir le vrai circuit… et pas une route américaine avec peu d’arbres et des lignes jaunes au sol (oui je peux aussi tacler Le Mans 66). Ceux qui ne s’y sont jamais rendu ou qui ne sont pas forcément mordus sont peut-être moins touchés par cet aspect. Mais quand même, on retrouve la vraie ambiance de la piste. Et ça change pas mal de choses.

Le Mans, le film mythique mérite-t-il autant d'éloges ?
Euh, c’est pas le circuit du Mans ça monsieur !

Dernier point : les autos. Pu***n qu’est ce qu’on en prend dans la face. Alors ce n’est pas aussi net que Le Mans 66. Sauf qu’en tournant en 35 mm en 1970 on a pas la même image qu’en 2018 avec un ordinateur qui se charge de faire décoller les autos. Mais étonnamment on a plus de modèles divers à l’écran, en course du moins, dans Le Mans que dans Le Mans 66. Et pour ça on kiffe Le Mans. On reconnaît les autos, les livrées sont véridiques, les couleurs des casques vraies (même si on se retrouve avec des doublons), on reconnaît les pilotes, bref on filme Le Mans. On ne fait pas un film sur Le Mans.

Le Mans, un film à oublier ? Surtout pas !

Sans Le Mans est-ce qu’on aurait eu droit aux autres films dédiés à la course auto ? Certes Grand Prix a ouvert la voie mais c’est bien Le Mans qui est la référence. C’est certainement une des meilleures approches que vous aurez pour faire connaître le monde de la course auto des années 70 à un néophyte. Ce sont certainement des images parmi les plus authentiques qu’on puisse avoir de la course automobile, des années avant la généralisation des caméras embarquées et la multiplication des caméras autour des pistes.

Alors Le Mans est à voir et à revoir. À aimer et à adorer, ça dépend des goûts de chacun.

Photo additionnelles : Luc Joly, 24h en Piste

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