Histoire de Carrossiers, ép. 19 : Vignale, vingt petites années et des beautés

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Histoire de Carrossiers, ép. 19 : Vignale, vingt petites années et des beautés
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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Les carrossiers français ont majoritairement travaillé avant-guerre. Rares sont ceux qui se soient lancé après la seconde guerre mondiale. Du côté des italiens, il y a eu de tout. Mais certains, ont officié à partir de la reconstruction. Ce qui nous donne des autos encore plus mythiques car plus proches de nous et plus connues. C’est donc le cas de Vignale qui nous intéresse aujourd’hui.

Alfredo Vignale, carrossier tardif

Alfredo Vignale voit le jour le 15 Juin 1913 à Grugliasco dans la banlieue ouest de Turin. Cinquième d’une fratrie de 7, il commence à travailler dès ses 11 ans à l’Officina Ferrero e Morandi, une entreprise turinoise qui fabrique des carrosseries automobiles. Il est déjà expérimenté lorsqu’il rentre en 1930 chez Pinin Farina qui vient de créer sa propre entreprise. Il y reste jusqu’à son service militaire avant de travailler pour un autre frère Farina, Giovanni, qui dirige les Stabilimenti Farina.

Là il rejoint en fait toute sa famille. Ses frères Eusebio et Guglielmo, mais également son père Francesco sont en effet peintre ! Sauf qu’Alfredo Vignale est directeur du département carrosserie ! Il supervise la création des prototypes et emploie des méthodes très « Pinin ». Son travail est apprécié mais la guerre passe par là.

À la fin du conflit, il ne retourne pas chez Farina. En fait Alfredo Vignale se lance, tout seul. Sa première création, il n’est pas styliste à la base, c’est sur une Fiat Topolino qu’il la fait. Avec sa carrosserie alu, elle est repérée par le magazine anglais Autocar.

Peu de temps après, Piero Dusio qui vient de lancer Cisitalia lui confie la création des premières carrosseries, en alu, de ses autos de course. Le résultat est aussi esthétique qu’aérodynamique. Dusio est tellement séduit qu’il lui prête de l’argent pour aider à monter son affaire.

Via Cigliano, pas loin de Mirafiori, la Carrozzeria Vignale & C. est dirigée par Alfredo, épaulé par ses frères Guglielmo puis Giuseppe et Angeol Balma qui est son associé. Pour la partie esthétique, Vignale utilise surtout les coups de crayons de Giovanni Michelotti avec qui il a collaboré aux Stabilimenti Farina.

Si Cisitalia se tourne vers Pinin Farina pour les autos de route, la Carrozzeria Vignale est lancée. Surtout il habille les toutes premières Ferrari de course. Leurs succès aux Mille Miglia, aux 24h du Mans ou à la Carrera Panamericana installent Vignale dans une position confortable.

Les Fiat, les Lancia et Osca sont d’autres châssis habillés par Vignale. Maserait lui confiera également la création de superbes autos parmi lesquelles les 3500 GT Spider. Les productions « à la demande » sont toujours prisées, même les américains font appel à lui pour habiller des show-cars. Il faut dire que les Ferrari America lui ont ouvert des portes.

Histoire de Carrossiers, ép. 19 : Vignale, vingt petites années et des beautés

En 1961 la Carrozzeria Vignale ouvre une usine dans la ville natale d’Alfredo, Grugliasco, qui a l’avantage d’être à deux pas du quartier de Mirafiori et son immense usine Fiat. L’entreprise produit en effet ses propres coupés et roadster, sur base Fiat. La 500 Gamine puis les Eveline et Samantha, Vignale aime bien les noms français, le font connaître.

Pour autant, tous ne sont pas de grands succès commerciaux. Dans la seconde partie des années 60 il n’y a plus que Maserati pour faire appel à Vignale. Et puis les dernières Fiat recarrossées ne marchent pas. L’entreprise ne va pas bien.

Alfredo Vignale n’a pas d’héritier et le rachat de l’entreprise par Rowan Industries, qui possède déjà DeTomaso et Ghia. Alfredo n’a pas le temps de boucler la vente qu’il décède, dans des circonstances qui restent obscures, au volant de sa Fiat 1500, le 15 Novembre 1969.

La Carrozzeria Vignale passera bien dans le giron DeTomaso. Incorporée à Ghia, c’est ensuite Ford qui s’en portera acquéreur… faisant renaître le badge dans les années 2000 sur les versions les plus luxueuses de ses modèles.

Quelques créations de Vignale

Forcément on reprend les bases : la Cisitalia 202. Attention, on ne parle pas des versions de route, mais uniquement des versions de course, les toutes premières, des D46 carrossées en fait.

Quand Dusio part pour l’Argentine, Carlo Abarth, directeur technique de la marque, reprend les bases pour créer ses 204 et 205, forcément carrossée chez vous savez qui.

À partir de 1949 Ferrari fait carrosser ses autos à l’extérieur. On connaît le travail de Touring mais très rapidement Vignale est également mis à contribution sur les 166 avec des barquettes, des spyder et des berlinetta, en MM et en Inter (route).

À la même période, on retrouve des carrosseries sur quelques Lancia Aurelia. On trouvera ses créations sur des B20, et plus logiquement sur les B50 et B52 qui désignent les châssis destinés aux carrossiers.

À partir de 1951 le carrossier Turinois se verra commander plusieurs carrosseries sur les Ferrari America. D’abord des barquettes puis des coupés et cabriolets 340, 342 et 375.

Les « petites » 212 sont également carrossées du côté de Turin avec des berlinette et des barquettes.

En 1952 c’est le tandem Michelotti-Vignale qui est choisi par Briggs Cunningham pour habiller sa première auto de route : la confidentielle C3 à mécanique Chrysler.

Le carrossier travaille à partir de cette année là sur les châssis de Fiat 8V. Il en sortira différentes versions de coupé, de cabriolet. La plus connue reste la Démon Rouge (en français dans le texte) particulièrement impressionnante.

Côté Ferrari le carrossier s’attaque aux 225 et en produira 6 berlinettes, 14 Spyder et un unique coupé.

En plus des 225 des 250, Berlinette, MM et Europa sont carrossée par Vignale.

Vignale travaille aussi pour O.S.C.A. avec la berlinette MT4 depuis 1950 et en 1952 c’est la LM, qui va donc courir au Mans qui est dessinée.

L’année 1953 voit la production de ce coupé élégant sur base Fiat 1100 Coupé… On remarque une vraie filiation avec les Ferrari notamment.

En 1954 on retrouve cette Rolls-Royce Silver Wraith avec une lunette arrière inclinée à la façon des Anglia et Ami 6. Pas la plus belle création du styliste, c’est sûr.

À partir de 1958 c’est Michelotti qui dessine la Triumph Italia 2000 et c’est Vignale qui se charge de la mise en œuvre.

Sur une base de Fiat 1200 est également créé le Wonderful Coupé à un seul exemplaire. À noter, c’est un coupé, mais avec un toit targa.

En 1959 est créée la BMW 3200 Michelotti Vignale, une auto basée sur une 507 qui restera unique.

À partir de 1960 on propose la Fiat 750 Vignale, avec un dessin Michelotti. Deux version sont créées, un coupé et un cabriolet qui seront parmi les premières autos à sortir de l’usine de Grugliasco. Le succès sera là avec 40.000 autos en 4 années, certaines étant même fabriquées sous licence par Fiat-Neckar en Allemagne et Fiat-Concord en Argentine !

Une nouvelle Maserati sort en 1962, c’est la Sebring dont la carrière s’étirera jusqu’en 1969.

En 1964 c’est encore un dessin de Michelotti que l’on trouve sur la Lancia Flavia Cabriolet. Cette déclinaison d’usine est fabriquée par Vignale.

En 1966 arrive une nouvelle Maserati, la Mexico qui restera relativement confidentielle mais reste superbement élégante.

À partir de 1967 on produit la Fiat 500 Vignale. C’est un roadster au dessin très vintage. En France, distribuée par GAM (Garage Automobiles Monégasque) et ça lui vaudra le surnom de Gamine. 400 exemplaires sortiront pendant 3 ans.

Autre production, plus moderne, la Vignale Eveline, une Fiat 124 Coupé, arrive en 1967. Environ 200 exemplaires seront fabriqués.

En parallèle on sort la Samantha, une Fiat 125 S coupé fastback, élégante, et produite à 100 exemplaires.

Au salon de Genève 1968 on retrouve une création sur une base française. C’est Virginio Vairo qui signe le dessin sur une base de Matra 530.

La même année apparaît l’unique Ferrari 330 GT Shooting Brake réalisée par le turinois.

En 1969 c’est Tatra qui demande au carrossier de réaliser des prototypes de limousine et de berline. La berline sera à peine modifiée pour le second prototype qui sort en 1971 et les autos de série arrivent en 1973.

Surtout arrive la dernière des Maserati par Vignale, l’Indy qui sera produite à 1104 exemplaires jusqu’en 1975, après la disparition du carrossier…

Une des dernières création sera la superbe AMC AMX/3, une auto dont la genèse sera compliquée et qui ne sera produite qu’à deux exemplaires entre 1970 et 1971.

Photos additionnelles : Wheelsage, Artcurial

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1 COMMENTAIRE

  1. Les versions « haut de gamme » des Ford Fiesta, Focus et Mondéo entre autres sont badgées Vignale avec une finition cuir et un équipement plus complet.
    Ford avait l’ambition de créer une marque connexe Vignale, comme Citroën et DS, mais ne s’est pas donné les moyens de sa politique…

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