Chevrolet Corvair, l’aircooled sauce américaine !

Chevrolet Corvair, l'aircooled sauce américaine !
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Chevrolet Corvair, l'aircooled sauce américaine !
bertrand
rédacteur et photographe à news d'anciennes. Passionné d'histoire et de véhicules anciens, il rejoint la rédaction de news d'anciennes en 2015. Armé de son fidèle Nikon, il écume les rasso et salons pour vous les faire découvrir.

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À la fin des années 50, le marché est saturé de grosses voitures dont la carrosserie flamboyante ne cesse de grandir à grands coups de chromes et surtout du sacro-saint moteur V8 se gavant de gasoline. Mais les acheteurs ont soif d’autre chose et surtout le marché de l’auto marque un temps d’arrêt aux USA. En 1960, GM lance la Chevrolet Corvair aux USA, une “petite” voiture à moteur arrière et refroidi par air. Mais la marque, en sortant une auto révolutionnaire, ne pensait s’attirer autant de problèmes !

La Corvair, une fausse bonne idée ?

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis connaissent une certaine frénésie sur le marché de l’automobile. Avec une mouvance déjà amorcée juste avant le conflit, la taille des voitures ne cesse d’augmenter, les ailes prennent des allures de péniches se chargeant de chromes au passage. Beaucoup de modèles cèdent à la mode de l’aéronautique. Le “plus c’est gros, mieux c’est” est de rigueur. Il n’y a là nulle critique de ma part, j’avoue que j’adore cette période.

Mais la fin des années 50 siffle l’arrêt de cette mouvance genre paquebot. Surtout avec l’arrivé de la récession du milieu de cette décade. Un certain marasme s’installe sur le marché auto des US. Alors qu’en Europe, alors en pleine reconstruction, les constructeurs ne sortent que des petites voitures, comme Renault et sa 4CV, Citroën et sa deux pattes, ou encore Fiat et sa 500. C’est d’ailleurs du vieux continent et qui plus est, d’un ancien ennemi qu’arrivent, la Coccinelle et le Combi chez VW.

C’est d’ailleurs d’une inondation dont je devrais parler. Les constructeurs doivent sortir des autos à plus faibles couts, tant en fabrications, mais aussi en ventes. Detroit des Big Three est en plein brainstorming. Ford l’a bien compris et s’apprête à sortir sa Falcon. Tout pareil chez Chrysler qui dégaine la Valiant.

L’année 1959 voit General Motors, au travers de sa filiale Chevrolet plancher sur le concept, datant de 54, de la Corvair. Attention, seul le nom est gardé puisque la première Corvair n’est autre qu’une Chevrolet Corvette C1 Coupé !

Le résultat est une auto compacte, enfin compacte aux US, car l’auto mesure 4,37 m quand même. Le moteur est un six cylindres de 2,3L pour 81cv, refroidi par air et placé… à l’inverse des productions américaines d’alors : en porte à faux arrière ! La boite est automatique à trois rapports. Sans être tape a l’œil l’intérieur est sobre mais confortable. Il est à la hauteur des standards de l’époque.

Côté extérieur, le résultat tranche littéralement avec les canons de l’époque. La ligne est sobre, mais élégante. Point de ligne caisse qui n’en finit pas. Le toit finit en casquette sur l’arrière, accentuant une impression de vitesse. On n’y trouve quasiment pas de chrome et encore moins de calandre ostensible ! Le modèle est vendu, avec comme d’habitude aux US, un impressionnant catalogue d’option.

La Corvair étale sa polyvalence !

Comme très souvent aux États-Unis, un modèle est décliné en plusieurs versions. Les premiers modèles sortis seront les berlines séries 500 le modèle de base et les 700 légèrement mieux équipées, mais toutes deux en quatre portes.

C’est un coup au but pour cette première année, la Corvair provoque un énorme engouement du public. Les concessionnaires font salle comble, la presse l’accueille avec des lauriers et le magazine Motor Trend lui décerne le prix de la voiture de l’année 1960.

On l’a vu plus haut, Ford et GM dégainent leurs petites aussi. Ça chauffe dur à Detroit. Dans la foulée, Chevrolet grisé par le succès ajoute à sa gamme un coupé deux portes. C’est la petite énervée nommée Monza avec une motorisation allant jusqu’à 97ch.

Cette dernière deviendra la plus populaire de la gamme avec plus de 50% des ventes, notamment avec la version de 62 et son moteur turbo de 2,7l pour 180ch. Tiens, c’est au passage le tout premier turbo monté sur une auto de série !

Il faut bien reconnaitre que le coupé est juste magnifique. Il possède une ligne de carrosserie très fluide et très bien proportionné. Le détail qui ressort, c’est la construction “pillarless” très prisée aux USA, sur des “coupé” à 2 ou 4 portes.

En plus du coupé, le cabriolet se vendra également très bien. Mais déjà les premiers problèmes de tenues de route commencent à émerger. C’est vrai que l’auto n’embarque pas de direction assistée, les freins restent à tambours et son châssis reste très rigide malgré les quatre roues indépendantes.

La Corvair est dans les standards de l’époque. Mais c’est clairement la monte de pneu qui est montré du doigt, avec des roues de 13’’x5, par énorme quand même. Plusieurs accidents ont lieu et plusieurs enquêtes pointe du doigt la tenue de route de la voiture.

Un break nommé Lakewood vient également s’ajouter à la famille. Le break ressemble grandement au Type 3 VW, on en parle ici. Le moteur est vitaminé est passe à 2,4 l et presque 100ch. Là encore, une foule d’autres équipements sont disponibles en option, y compris pour la motorisation. Devant le manque de vente, ce modèle est stoppé en 62 s’ajoute aussi un pick-up dénommé Loadside qui ne vécut qu’un an.

Pour contrer le VW et son Combi, plusieurs types de camionnettes sont également lancées cette année-là. Les plus connus sont le Corvan, le fourgon tôlé et le Greenbrier celui à fenêtres.

Côté motorisation, il est le même que sur le break ou le pick-up. Les différents fourgons tollés sont assez bien accueillis par la presse et les professionnels, comme les petits artisans. Ils voyaient le côté pratique du chargement qui pouvait se faire par les deux portes des deux flancs du véhicule.

Les familles nombreuses pouvaient rentrer à six ou à huit sans soucis grâce aux larges banquettes. Mais hélas, le Combi et ses autres concurrents ne leur laissent que peu de place sur le marché. Le ventes de décollent pas et en 65, tous les utilitaires sont retirés du catalogue.

La Chevrolet Corvair baisse pavillon !

L’année 1965 sera en fait l’année fatidique pour la Chevrolet Corvair. En milieu d’année cesse la production des utilitaires fautes de ventes, dépassant à peine 1.600 l’année précédente. La berline à toit rigide sera encore améliorée sur les deux années jusqu’en 67. Les coupé et cabriolet seront également agrémentés de plusieurs améliorations jusqu’à l’année 69, quand Chevrolet stoppe définitivement la production de la Corvair. Elle aura vécu cinq millésimes et totalisera 1.300.000 ventes toutes carrosseries additionnées.

Car depuis l’année 1965, les cartes sont rebattues. En effet 65 sera l’année de l’arrivé des muscles car et verra la sortie de la Mustang, bien plus sûre, et surtout équipé d’un moteur V8. Chevrolet, sentant le vent changer, mise désormais sur sa Camaro.

Surtout, cette année verra la sortie d’un livre du jeune avocat Ralph Nader, sous le titre « ces voitures qui tuent ». C’est la malheureuse Corvair qui en tient le premier rôle, cette dernière étant tenue responsable de nombre d’accidents. Le reste l’ouvrage traitant du manque de sécurité de l’automobile en général et du lobby des constructeurs.

Concernant notre Corvair, Chevrolet et ses ingénieurs sont accusés d’avoir négligé la conception de la voiture. Notamment sur ses suspensions et plus précisément sur son train arrière. Il devient très difficile pour Chevrolet de nier l’évidence avec plus d’une centaine de plaintes pour accident mortel. C’est la spirale infernale pour elle, plus Chevrolet nie l’évidence, à grand renfort de films publicitaires ou de tests dans la presse, et plus les ventes dévissent.

Comme on est aux USA, rien ne se passe normalement, la vie du jeune avocat deviendra un enfer, fort malmené par Chevrolet. En 1970, et après moult procès, Chevrolet fera ses excuses et sera condamné à lui verser 500.000 dollars, somme que Ralph Nader donnera à des associations de sécurité routière. Aussi malheureuse que soit l’histoire de la Corvair, elle ouvrit la porte sur le problème de la toute-puissance des lobbys automobile en Amérique.

Pour certains, cette polémique fut le point de départ de l’amélioration de la sécurité routière en Amérique. Le début des années 70 verra la création de norme drastique antipollution et d’accessoires de sécurité.

Et nos malheureuses Corvair dans tout ça ? Les propriétaires faisaient modifier le défaut chez leur garagiste qui connaissait bien le problème…

Et maintenant la Corvair ?

Certes l’auto a souffert de son côté médiocre, ce qui n’est pas entièrement faux. Elle n’était ni plus ni moins dangereuse que ses collègues de l’époque. Mais oui, le problème de train arrière existait bien et il pouvait être réglé. Pour l’Europe, je n’ai pas trouvé d’exportation officielle. En revanche l’auto est abondamment venue avec les GI stationnés en Allemagne et en Belgique.

De nos jours c’est une auto plutôt rare, on en voit quelques-unes en rasso. Encore faut-il avoir l’œil assuré pour la reconnaitre tant la Corvair sait se faire discrète. J’ai pu rencontrer quelques beaux modèles, et il faut compter entre 10.000€ pour un modèle avec travaux et 20.000€ pour une auto au top. Attention toutefois, les pièces du moteur commencent à être rare !

Crédit photos, newsdanciennes, www.wheelsage.org, www.corvair.org.

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3 Commentaires

  1. “En revanche l’auto est abondamment venue avec les GI stationnés en Allemagne et en Belgique” … et en France aussi. Il me souvient en avoir vu dans ma prime jeunesse et d’être intrigué par ce qui ressemble aussi à une grosse NSU
    Merci pour cet article très intéressant.

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