Briggs Cunningham, patron d'écurie, constructeur, champion et marin !

Aujourd’hui on vous parle d’un homme qui a marqué l’histoire du sport automobile… mais pas seulement. Briggs Cunningham est en effet rentré au Temple International de la Renommée du Sport Automobile, mais aussi à celui de la Coupe de l’America ! Retour sur sa formidable carrière.

Briggs Cunningham, héritier et grand sportif

Avant de parler de Briggs Swift Cunningham II, parlons brièvement de Briggs Cunningham Senior. Car sans lui, rien ne serait arrivé. Pas seulement car c’est le père de notre sujet du jour, mais parce qu’en 1837, il est déjà riche et il va financer une société qui se lance. C’est l’association de M. Procter, fabricant de Bougies et de M. Gamble, fabricant de savons. Il en devient même l’actionnaire n°1. La société Procter & Gamble aura l’avenir qu’on lui connaît et la fortune des Cunningham sera assurée.

Briggs Cunningham Junior naît en 1907 et son père décède en 1914. Comme tout fils de bonne famille, il va entrer dans une grande université en 1927, Yale. Là il peut s’adonner au sport. Il boxe mais faut aussi de l’athlétisme. Il décline la sélection pour se rendre aux JO de 1929, bien qu’il ait pu courir pour les USA en 110m haies ! Parallèlement il pratique aussi la voile. De façon assidue puisqu’il participe à des compétitions. Mais il est déjà tombé dans la course automobile. Peu après la première guerre mondiale son oncle possédait une Dodge motorisée par un moteur d’avion Hispano ! Sa première auto, une Packard, est vite modifiée pour en faire une auto ouverte. Il est l’un des membres de l’Automobile Racing Club of America et son président lui met le pied à l’étrier en le mettant au volant d’une MG Midget.

En 1931 il inscrit une belle ligne à son palmarès… de voile ! Il remporte en effet la Fastnet Race, une course partant de Cowes, sur la côte sud de l’Angleterre, ralliant l’Irlande pour ensuite revenir à Plymouth.

Côté automobile, en 1940 il acquiert celle qui sera surnommée la Bumerc. C’est une Buick qui revêt une carrosserie de Mercedes SSK. Trouvée chez le carrossier New-Yorkais Le Baron, elle sera l’une des montures de Briggs Cunningham et de son ami Miles Collier.

Objectif Le Mans

Après avoir servi dans la Civil Air Patrol durant la guerre, Briggs Cunningham revient à l’automobile à la fin du conflit mondial. La Bumerc n’est plus à l’ordre du jour. Il acquiert diverses autos sportives, souvent européennes. C’est par exemple l’un des premiers clients de Luigi Chinetti, et c’est un des premiers à posséder une Ferrari aux USA. Il les pilote lui-même ou les confie à ses amis de l’Automobile Racing Club of America qui devient le Sport Car Club of America.

S’il court lors de courses américaines, c’est des 24h du Mans que rêve Briggs Cunningham. Et tant qu’à faire, au volant d’une auto qu’il aura conçu. Il est alors associé à Bill Fricks. Leur idée c’est que les châssis les plus performants ne sont pas dotés des meilleurs moteurs. Ils fabriquent des “Fordillacs”, des Ford à V8 Cadillac qui signent de beaux résultats. Une inscription est déposée pour les 24h du Mans 1949 mais refusée par l’ACO.

C’est ainsi qu’en 1950 est lancée l’épopée du Monstre. On en parle plus en détail dans cet article. En fait deux autos seront engagées, une Cadillac DeVille “classique” mais préparée, et Le Monstre, toujours sur base Cadillac mais avec une carrosserie profilée caractéristique. Briggs Cunningham et Phil Walters sont engagés sur cette seconde et termine 11e, juste derrière l’autre auto confiée à Sam et Miles Collier. Le goût du Mans est dans la bouche de notre américain et il ne va pas s’en défaire si facilement !

Briggs Cunningham devient constructeur

À partir de Septembre 1950, établi en Floride, Briggs Cunningham va être un constructeur d’autos à part entière. Sa première auto, la C1, s’inspire dans son style des barquette Touring que l’on retrouve notamment chez Ferrari. Pour le reste, ce sont les productions de l’Oncle Sam qui sont utilisées : moteur et freins Cadillac, direction Chrysler, train avant Ford mais pont de Dion et châssis tubulaire maison.

Cette voiture ne courra pas. C’est d’ailleurs une sorte de démonstrateur qui sert à Cunningham pour aller frapper aux portes de Détroit. La première, c’est Cadillac. Mais la GM ne veut pas risquer l’image de sa marque haut de gamme dans pareille aventure. Par contre, Ed Cole chez Chrysler va ouvrir les bonnes portes et Cunningham gagne un nouvel allié avec un discret soutien de l’usine allant de la fourniture des meilleures pièces au prêt du banc moteur pour les éprouver.
C’est ainsi qu’en Mars 1951 on met en chantier la C2-R avec un moteur Chrysler qui passe de 180 à 230 ch.

1951, les C2-R aux 24h du Mans

Trois autos sont engagées aux 24h du Mans 1951. Trois C2-R confiées à Briggs Cunningham et Georges Huntoon, Georges Rand et Fred Walcker Jr (pilote vu en F1 sur Gordini) et la dernière pour Phil Walters et John Fitch.

Cette dernière sera la seule rescapée après minuit. Mieux, au petit matin elle pointe à la seconde place. Mais des soucis de transmission et de moteur la relégueront à la 18e place, malgré tout synonyme de victoire dans la catégorie des Sports 8 litres !

L’auto est également sur la piste aux USA. À son volant (mais aussi sur des Jaguar) John Fitch est sacré champion SCCA en 1951.

1952, les C3 et C4-R

Trois C2-R sont construites pour des clients externes. Trois autos chères et qui ne suffisent pas à remplir les nouvelles conditions d’admission aux 24h du Mans. Est-ce une chasse aux artisans ? Toujours est-il qu’il faut maintenant avoir produit 10 autos du même type pour pouvoir en engager une en course !

Briggs Cunningham lance la production de son modèle de route, la C3. Une auto au style soigné, dessiné par Michelotti et dont la carrosserie est assemblée par Vignale. On l’envoie ensuite aux USA pour recevoir le châssis et la mécanique Chrysler. À 9000$, c’est une voiture extrêmement chère et réservée à de richissimes passionnés… du cercle de Cunningham !

On en produit peu, mais assez pour pouvoir en extrapoler la nouvelle auto qui sera sur la piste au Mans. C’est la C4-R.

Trois voitures sont engagées sur la classique mancelle. Deux barquettes C4-R côtoient une C4-RK avec une carrosserie coupé. C’est Wunibald Kamm qui a dessiné cette dernière, avec la forme qu’il a inventé.
Une fois de plus, deux autos ne terminent pas la course. Mais celle de Briggs Cunningham et William Spear termine au pied du podium et victorieuse de sa catégorie.

L’automne voit Cunningham exposer sa C3 lors du salon de Paris. Bien que se targuant d’être un artisan désavantagé, l’américain met toutes les chances de son côté.

1953, les C4-R et la nouvelle C5

La saison 1953 débute bien. La C4-R de Phil Walters et John Fitch remporte les 12h de Sebring. Peu après, la C3 s’expose de nouveau sur un grand salon, à Genève cette fois.

On construit également une nouvelle auto de course. C’est la C5 qui conserve les éléments mécaniques des C4-R mais adopte une nouvelle carrosserie basse et évasée dessinée par Michelotti. Les 24h du Mans vont être un beau succès. Si les C4-R de Cunningham-Spear et C4-RK de Moran-Gordon Benett terminent 7e et 10e, la C5 de Walters et Fitch est troisième à seulement un tour de la seconde place.

1954, diversification et Briggs Cunningham champion

Pour la saison 1954, on vise la diversification dans le clan Cunningham. Les voitures maison ne seront pas les seules à courir et ça se traduit par la victoire d’une OSCA MT4 engagée par l’équipe confiée à Stirling Moss et Bill Lloyd à Sebring. La patron court d’ailleurs sur cette auto en SCCA.

Au Mans, surprise, pas de C5. Trois autos sont engagées. La C4 de Spear et Johnston va terminer sur la troisième marche du podium, celle de Cunningham et Gordon Benett se classe 5e tandis que la troisième voiture, une Ferrari 375MM confiée à Fitch et Walters, abandonne.

1955, dernière de la série

Cette année là Briggs Cunningham commence à se lasser de se voir battre par les usines. D’autant que l’équipe se montre performante en remportant une nouvelle fois Sebring, cette fois avec Hawthorn et Walters sur une Jaguar Type D.

Malgré tout on engagera une nouvelle voiture maison au Mans. La C6-R qui est engagée au Mans est l’ultime effort consenti. Le moteur n’est plus un Chrysler mais un Offenhauser, celui qui règne sur les courses de monoplaces aux USA. L’auto est vraiment retravaillée et ressemble beaucoup à la Type D… qui est l’autre auto qui sera au départ dans le clan Cunningham. Elle sera confiée à Spear et Walters quand le patron et Johnston seront au volant de la C6-R.
Au final, aucune auto ne voit l’arrivée.

Mais la pire nouvelle arrive du fisc américain. Bien que Briggs Cunningham ait lancé une société et fabriqué des autos de série, le tout est largement déficitaire. Le fisc requalifie le tout en activité de loisir… dont les déficits ne peuvent pas être déduits des impôts. L’activité de constructeur s’arrête donc là.

Par contre il se met au business automobile. Il devient distributeur Jaguar et Maserati à New York et en Nouvelle Angleterre.

Briggs Cunningham le patron d’écurie

Les activité de course auto ne s’arrête pas pour autant. Mais Cunningham fera dorénavant appel à des autos achetées à de grandes marques reconnues.

Entre 1956 et 1960 l’écurie engage des Jaguar Type D et XK140, mais aussi une Lotus XI, des Porsche 550, 718 et 356, l’OSCA MT4, une Maserati 300S

À son palmarès on retrouve la victoire de Moss à Nassau Speed Week sur Maserati, et beaucoup de courses de SCCA. Si les résultats du boss sont bon, c’est surtout Walt Hansgen qui va en bénéficier en remportant la SCCA en classe C en 1956 et 1957 sur Jaguar puis en 1958 sur une Lister.

Parenthèse automobile

Cunningham n’oublie pas la voile En 1958 se tient la première de l’America depuis la guerre. Briggs Cunningham sera le skipper du Defender américain du New York Yacht Club. Le Columbia est d’ailleurs équipé du système Cunningham qui permet de contrôler la voile du bateau… et qui est toujours utilisé !

Briggs Cunningham de retour au Mans

L’aventure Corvette

En 1960 l’écurie engage toujours diverses autos. Maserati Birdcage, Osca, des Stanguelini et Cooper en Formule Junior. Mais cette année là Briggs Cunningham mène un vrai programme pour Corvette. Les constructeurs américains ont toujours un pacte secret pour ne pas s’engager officiellement dans de grandes compétitions. Cunningham est donc l’équipe toute trouvée pour ça.

Trois autos sont prélevées sur les chaines et préparées. Si la seule auto engagée à Sebring est contrainte à l’abandon, c’est du côté du Mans que regarde Briggs Cunningham. Il y fait son retour en Juin avec les trois autos. Il en conduira une avec William Kimberley et les deux autres sont confiées aux paires Thompson-Windridge et Fitch-Grossman. Ces derniers vont frapper un grand coup puisque dès la première participation d’une Corvette au Mans, il raflent la victoire en GT 5.0 litres !
Notons quand même qu’une 4e auto est engagée. C’est une Jaguar E2A, l’ancêtre de la Type E pilotée par Dan Gurney et Walt Hansgen. Celle-ci ne termine pas au Mans mais va se montrer performante en SCCA.

Les italiennes et les Jaguar

Une fois ce coup d’éclat passé, Cunningham décide de revenir au Mans. Les Corvette ont rempli leur objectif, c’est vers des autos italiennes que se tourne l’équipe pour 1961. Deux Maserati Birdcage Tipo 63, une Tipo 60 sont engagées.
Pabst et Thompson terminent 4e, le boss et Kimberley sont 8e, l’autre auto a abandonné.

Pour 1962, Briggs Cunningham est de nouveau associé à Maserati. Il engage deux des nouvelles Type 151. Aucune de celles-ci ne termine, mais il s’est lui engagé sur une Type E Lightweigt avec Roy Salvadori et va terminer 4e et premier de sa classe !

L’année suivante ce sont trois Lightweight qui sont engagées par l’équipe. Seule celle du boss et de Grossman termine, à la 8e place.

Ce sera la dernière édition des 24h du Mans à laquelle participera Briggs Cunningham.

Fin de carrière de pilote, et début de celle de collectionneur

Briggs Cunningham a maintenant plus de 50 ans… et sa carrière de pilote est derrière. On le verra en 1964 et 1965 sur une Porsche 904. À son volant il participe aux 12h de Sebring pour une vingtième place et un abandon. Quelques courses en SCCA sont aussi au programme, sans grand succès.

Mais l’homme n’a pas fait qu’engager les autos en course. Il en a gardé beaucoup. En 1963 il épouse Laura Elmer qui le pousse à rassembler ses autos dans un musée qui ouvrira à Costa Mesa en Californie. Talobot Lago et autres Delage en font alors partie. Il restera ouvert jusque dans les années 80 et la collection sera vendue à Miles Collier Junior, fils de son ami Miles senior. Elle ne sera plus ouverte au public.

Briggs Cunningham sera ensuite atteint de la maladie d’Alzheimer qui finira pas triompher de lui en 2003.

L’héritage de Briggs Cunningham de nos jours

En plus de ses distinctions dans les différents Halls of Fames, Briggs Cunningham est encore très présent dans le monde de l’automobile et de la voile. Pour cette dernière, c’est grâce au système qu’il a inventé.

Pour l’automobile, son héritage est multiple. D’abord à Sebring, où un virage du circuit porte son nom. Ensuite les autos ex-Cunningham sont très nombreuses et prisées. On en retrouve quelques unes en course, la plus connue en France étant la Jaguar Type E Lightweight ex-24h du Mans 1963, qui détient aussi le record de valeur pour une Type E (8 millions de dollars). Mais on retrouve aussi régulièrement, du Mans Classic à quelques autres courses Peter Auto, une Birdcage Tipo 63.

Enfin les autos Cunningham sont rares. 28 exemplaires de route ont été produits et on en voit peu. Quelques unes sont passées aux enchères récemment, leur prix tournant autour du million de dollars. La bicolore était le prototype de l’auto, la noire était la voiture personnelle de Briggs Cunningham.

Pour ce qui est des autos de course, au Mans Classic 2018 on pouvait voir en piste une Cadillac et une réplique du Monstre pour nous replacer en 1950. On a aussi pu voir une C4-R sur la piste !

Photos additionnelles : Leroux André, RM Sotheby’s, Cunningham, Les24heures.fr, Bonhams


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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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