Essai d’une JP4 : Inutile donc indispensable

En y repensant nous n’avons jamais fait de 4L sur News d’Anciennes, et je n’en ai d’ailleurs jamais conduit malgré tout le bien que l’on m’en a dit. Faut dire que cette auto ne m’a jamais franchement intéressée, et que nous n’avons jamais pris le temps de nous y attarder malgré tout l’amour qu’y porte le Boss. Histoire de briser les a priori, pourquoi ne pas faire ce baptême au volant de l’une des versions les plus étonnantes de la pop Française ? C’est là qu’intervient Osenat en nous proposant de prendre en main une JP4 par une journée pluvieuse. Voilà qui promet un bon délire alors en route.

Brève histoire de la CAR Système JP4

Ne l’appelez pas Renault 4 JP4 ou “Quatrelle” JP4 puisque cette auto n’est pas une Renault et visiblement plus une 4L.

Ce n’est pas non plus Renault qui a produit ces autos, mais CAR Système. On s’étonnera de l’emploi de CAR, mot anglais et de Système en français, mais en fait CAR signifie Construction Automobile de Redon, là où sont fabriquées ces autos. À la base c’était une transformation artisanale lancée par Patrick Faucher et Gerald Maillard. La voiture est raccourcie mais au final peu de choses changent. L’arceau bien visible est une des signatures de l’auto qui veut s’attaquer aux Mehari et autres Teilhol… Du coup Renault ne soutient pas l’aventure qui se lance en 1981.
Chaque acheteur doit donc fournir une Renault 4, ou Renault 6 mais c’est plus rare, 15000 francs et ensuite passer une homologation à titre isolé. C’est si compliqué que les ventes ne décollent pas et CAR Système est liquidé.

Maillard fait le tour de Bretagne des investisseurs et relance CAR Système Style par la suite. On produit des JP4, JP5 et JP6 déclinées en finitions Belle Ile, Bebop et Noeud Papillon. Hélas, après un an, la société ferme de nouveau.
Elle est remplacée par une coopérative montée sur les primes de licenciement des employés. Surtout ses nouveaux patrons obtiennent l’homologation européenne et les voitures peuvent se vendre à l’export. Renault rentre dans la danse et propose ces véhicules inédits dans ses concessions. Mieux, la filiale italienne en achète 600 !

La troisième fois sera la dernière. CAR Système met la clé sous la porte en 1989, mise à mal par les investissement nécessaire à l’industrialisation de la nouvelle R5 Belle Ile qui n’aura été produite qu’à 160 exemplaires. Gruau reprendra les fabrications mais les stoppera définitivement en 1991.
Au final ce sont entre 1500 et 2000 JP4 qui auront été construites. Et si le succès ne fut pas présent lors de sa première vie, ce buggy à la française a depuis gagné le cœur des collectionneurs.

Notre JP4 du jour

Extérieur : Jackie touch assumée

S’il y a bien une chose évidente, c’est que d’apparence, notre JP4 du jour ne laissera personne indifférent. A défaut d’être belle, la Française fait preuve d’une certaine audace, faut dire qu’il fallait oser pour commercialiser un ORNI pareil ! Le concept est simple. Prenez une 4L, raccourcissez-la et enlevez-lui le toit à l’aide d’une disqueuse. Pas la peine de vous attarder sur les finitions, un coup de meuleuse sur les découpe, deux trois replis par ci par là histoire de ne pas se blesser et le tour est joué. Enfin presque, afin de garder un minimum de rigidité sans vous embêter à grand coups de renforts, collez-lui un arceau. Reste plus qu’à passer à la partie cosmétique.

Coté accessoires, on est en plein dans les années 80, et on en fait des tonnes. Que ce soit chez les accessoiristes, les préparateurs, voir même les constructeurs, les kits carrosseries, couleurs et déco exubérantes étaient de mise. CAR Système Style n’échappait pas à la règle. Ainsi notre star se voit rehaussée, dotée d’ailes élargies, de stickers tout droits sortis d’un clip de Rick Astley, de jantes et autres éléments de tôlerie peints en blanc. Histoire de compléter le style « caisse loisir », la roue de secourt prend place sur le coffre et notre popu est peinte dans un bleu électrique des plus discrets.

Il en ressort une auto au look de baroudeuse à mi-chemin entre le 4×4, le buggy, le pick-up et qui, hormis la face avant, n’a plus rien à voir avec une 4L d’origine. Il y a quelques années on aurait même pu qualifier cette transformation de Jackie Tuning. Ce qui n’aurait pas été forcément faux. Personnellement je trouve cette 4 tellement barrée et originale que je ne peux qu’applaudir la démarche. Surtout qu’elle assume ce look clairement too much à merveille ! Autant je ne suis pas un grand fan du style K-way jogging queue de rat, autant au volant de cette JP4, je me vois bien taper un trip sur la dune du Pilat avant d’aller planter ma planche plus bas du côté d’Hossegor !

Intérieur : Jeu de complémentarité

Les 4L ne sont déjà pas réputées pour leurs intérieurs cossus, alors je vous laisse imaginer ce qu’il en reste une fois que l’on remplace le toit par une bâche et que l’on retire les places arrières. Vous l’aurez deviné l’habitacle de la JP4 n’est rien de plus qu’une baignoire avec, un volant, trois portes et deux baquets plantés dedans. Et vu les matériaux employés, il ne fait aucun doute que cet habitacle se nettoie de la même façon que la baignoire. Au final, cela n’a pas d’importance car cette JP4 est avant tout destinée aux loisirs extérieurs, son intérêt résidant dans ce côté ultra minimaliste. Puis pouvoir jeter son panier de giroles dans la benne, avant de sauter à bord les godasses pleines de boue pour partir en « trombe » sur un fond de François Feldman, bah c’est cool aussi.

Revenons à nos moutons. De la 4L d’origine, la JP4 ne reprend que l’instrumentation, de ce fait l’ergonomie ne souffre pas de réels reproches, l’essentiel est lisible et placé où il faut. Coté fantaisies pas d’inquiétudes, CAR Système Style a pensé à tout. Le levier de vitesse se voit transféré sur le plancher, on retrouve un volant aussi kitch qu’un plaid rose à motifs dauphins, et puis il y a ces baquets arlequins ! Certains les trouveront de très mauvais goût, pour ma part ils viennent renforcer le côté ludique un peu foufou de l’auto. Sur le plan du maintien en revanche c’est « que de la gueule ». Un peu comme les portières qui se posent là niveau inutilité. Finalement l’habitacle de notre JP4, bah, vue l’allure de l’extérieur, je ne l’aurai pas imaginé autrement et il s’inscrit parfaitement dans le délire de la caisse.

Mécanique : ça change !

Commençons par ce qui ne change pas : le moteur. On retrouve le meilleur ami de tous les amateurs de Renault populaires des années 60 aux années 90 : le Cléon. Ici c’est une version 956 cm³ qui se retrouve sous le capot, la version apparue sur la 4L au milieu des années 80, en dessous du 1108 de la GTL. 34 ch, et relié à une boîte 4, voilà qui suffira.

Par contre on peut quand même évoquer le châssis. 27cm départagent la 4L et la JP4. On peut se dire que c’est peu, mais c’est en fait beaucoup. L’empattement tombe ici 213 cm. De quoi proposer un comportement vif… c’est ce qu’on va voir.

Sur la route en JP4 : seul face à la nature

Avant de démarrer, l’important, c’est de décapoter, et ça tombe bien car il pleut. On sait tous qu’une découvrable s’apprécie essentiellement par les froids matins pluvieux dont seule l’automne a le secret. Pour décapsuler la JP4 rien de complexe, il suffit de tourner les attaches, retirer la bâche puis la jeter où bon vous semble.

Pas besoin de la plier cela ferait perdre du temps. Quelques secondes plus tard l’affaire est bouclée, et je m’installe derrière le volant. Niveau réglages, estimez-vous heureux on peut au moins avancer les sièges. Coté position de conduite, vous voyez ce que ça fait que d’être assis à table ? Ici c’est pareil. Quart de tour, le Cléon se réveille, et un frisson me parcourt l’échine. Non c’est pas vrai, c’est juste un quatre cylindres tout ce qu’il y a de plus banal.

Cela dit, si la mécanique qui officie sous le capot est des plus impersonnelle, le comportement de notre JP4 dans les milieux restreints est enchanteur. La 4L d’origine est déjà une citadine dans l’âme alors, avec un empattement raccourci, je ne vais pas mâcher mes mots : c’est une arme. La bretonne virevolte dans les petits enchaînements avec aisance et légèreté, épaulée par une mécanique de bonne compagnie. Cela faisait longtemps que je n’avais pas conduit une auto au comportement aussi ludique et enjoué. Mine de rien, bah ça colle la banane. Surtout dans les sentiers forestiers, où, là encore, notre JP4 et sa garde au sol surélevée se montre parfaitement à la hauteur. Il faut aussi avouer qu’être à la merci des éléments rajoute son lot de sensations, et grâce à cela notre 4 me permet presque de goutter aux plaisirs du deux roues, le casque en moins.

Malheureusement, tout n’est pas rose. Si le cléon s’avère être un bon compagnon de ville ou de sentiers, une fois sur la route, il est quand même un peu juste. Les relances sont plutôt molles et on se sent vite comme un intrus au milieu du trafic moderne lancé à toute allure. L’autre point noir majeur résident dans la boite de vitesse à la commande calamiteuse. Les verrouillages sont a peu près aussi précis qu’un tir de trébuchet, le guidage inexistant, et la tringlerie au plancher remonte une sensation de jeu et de fragilité. Dommage ! Toujours au chapitre des points noirs, l’empattement très court et la prise au vent peuvent surprendre une fois lancé à 80 km/h. Hormis ces quelques détails je n’aurais pas grand choses à reprocher au comportement global de notre JP4. Nerveux, facile, la Française est une ancienne que tous peuvent conduire sans a priori ni suées.

Finalement malgré ses défauts elle est plutôt sympa cette caisse. Mais son atout majeur réside bel et bien dans son absence de toit et son ultra minimalisme. Tandis que je me fais fouetter le visage par la pluie, exposé au vent et à la route qui défile, bah j’ai la banane. Il fait froid, je suis gaugé, je m’en prend plein la tronche, mais c’est génial ! Pourquoi donc? Tout simplement parce que ce sont des sensations pures, basiques, et que l’on obtient sans avoir à rouler comme un barbare. Au volant de la JP4 on est un peu seul face à la nature et l’on retrouve l’essentiel de la conduite. Celle qu’on aime quoi ! Hormis certains track toys ou buggy bah il n’y a pas énormément de voitures qui offrent la même chose. Rien que pour ça, que l’on soit hermétique ou pas à ces sensations, rouler en JP4 vaut le détour.

Conclusion :

La JP4 fait partie de ses voitures un peu débiles, et sans réelle utilité. Mais n’est ce pas ce qui la rend attachante? En somme c’est un jouet pour grands garçons. Il suffit de la regarder et prendre place à bord pour s’en rendre compte. Faire quelques kilomètres au volant de cette auto c’est un peu comme embrasser une époque insouciante et optimiste. Mais c’est aussi accéder à des sensations un peu uniques qu’on ne retrouve plus de nos jours. Alors oui elle est complètement barrée, un peu too much et inutile, mais pour l’enfant qui sommeille en nous il se pourrait bien qu’elle puisse être indispensable.

Points fortPoints faible
Un vrai jouetCommande de boite
OriginalitéMécanique banale
SensationsFaut aimer
Comportement rigoloRare donc pas donnée
Image
Entretien
Plaisir de Conduite
Ergonomie
Facilité de conduite
Note Totale

Rouler en JP4

Première étape : trouver une JP4. Celle là, vous la retrouvez en ce moment-même du côté de Lyon, au Salon Epoqu’Auto où elle est proposée par Osenat. Elle est estimée entre 10 et 14.000 €, la cote haute du modèle. En même temps celle-ci est nickelle. Ce ne sera pas forcément le cas de toutes les JP4 que vous trouverez à 10.000 € voire moins.

Pour ce qui est à surveiller, il faut plus se référer à la 4L qu’à cette auto en particulier. En effet, seuls les portières en fibre, les hauts de portière et la capote sont réellement particuliers. Attention à leur état, les faire refaire demandera l’aide d’un sellier et le chiffre pourra être rondelet.
Sinon, comme sur toute 4L on scrutera avec soin l’état des longerons. Véritable nid à rouille de ces autos, ce sont les premiers éléments à être vraiment attaqués. Le reste est robuste et plutôt bien construit et le moteur cléon est increvable… pour le coup, même quand il n’a pas été particulièrement soigné !

Fiche Technique de la CAR Système Style JP4
MécaniquePerformances
Architecture4 Cylindres ligne Vmax115 km/h
Cylindrée956 cm³ 0 à 100 km/hNC
Soupapes8 400m daNC
Puissance Max34 ch DIN à 5000 tr/min 1000m daNC
Couple Max65 Nm à 2500 trs/min Poids / Puissance18,7 kg/ch
Boîte de vitesse4 rapports manuelle

TransmissionTraction
Châssis Conso Mixte6,5 L/100 km
Position MoteurLongitudinale avant Conso Sportive 😉
FreinageDisques AV et Tambours AR Cote 198115.000 Frs
Dimensions Lxlxh340 x 156 x [ça dépend] cm Cote 2019 10.000 €
Poids635 kg

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Mark
Rédac-Chef Essais à News d'Anciennes
Passionné de photo et de sa BMW E30, Mark a rejoint News d'Anciennes courant 2016.
Essais, road-trip, reportages, tout l'intéresse du moment qu'il peut sortir son appareil photo.
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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

1 commentaire sur “Essai d’une JP4 : Inutile donc indispensable”

  1. “La JP4 fait partie de ses voitures un peu débiles, et sans réelle utilité”. Je ne connais pas de voiture pas debile et avec une reelle utilite sauf les T34, le HY de mon papy et la Bugatti de mon tonton. Par contre, on peut dire que pour une voiture de loisirs construite sans grands moyens, la debilite confine au genie.

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