Renault 6

Au volant de la Renault 6, une petite R16 ou une grosse R4 ?

La Renault 6, on la connaît. Mais avouons-le, on a tendance à l’oublier au profit d’autres autos plus connues produites par la régie à la même époque. Pourtant elle ne manque pas d’intérêt. Aussi quand Guillaume a rejoint l’équipe de News d’Anciennes m’annonçant qu’il possédait plusieurs R6… j’ai eu envie de l’essayer, pensant qu’elle me rappellerait sans doute mon ancienne 4L tout en étant une concurrente de ma Simca 1100 actuelle.

Rapide histoire de la Renault 6

Dans la gamme Renault du milieu des années 60 on retrouve la R4, la R8, la R10 et la R16. Mais la Dauphine fait encore de la résistance, entre les deux premières, et puis sa conception commence à dater.

Pour la “remplacer” on imagine donc la Renault 6. Elle ne va pas venir marcher sur les plates-bandes de la Renault 8 puisqu’elle aura un moteur avant et une carrosserie bi-corps avec hayon. On la pense comme une petite R16 et on la dessine comme telle. Par contre on reprend la technique de la R4, plus simple et moins chère.

Quand elle arrive sur le marché en fin d’année 1968 c’est le bloc Billancourt de 845 cm³ qui l’anime. La R6 est alors… une 5CV ! Elle se modernise drastiquement en 1971 : freins à disques à l’avant, grille supplémentaire sous la calandre, sortie d’échappement à l’arrière. Mais le plus important c’est l’arrivée du Cléon Fonte de 1108 cm³. L’église est au milieu du village, la Renault 6 est une 6cv !

Elle va perdurer au catalogue français jusqu’en 1980. Elle subira un restylage en 1974 et la version 845 cm³ (rebaptisée L pendant un temps) complètera la gamme. En Argentine et en Espagne elle sera fabriquée jusqu’en 1986. Au total ce sont 1.7 million d’autos qui auront été construites.

Notre Renault 6 du jour

Style : ascendant R16

La Renault 6 est une petite R16 ? Sur le plan du style, c’est vrai. Alors que pour faire une auto plus grosse avec la R8, Renault a allongé l’avant et l’arrière de la R10, là c’est bien une nouvelle carrosserie qui est dessinée pour habiller la Renault 4. Et elle n’a rien à voir avec la mythique quatrelle d’ailleurs.

Pour autant on ne cherche pas une R16 miniaturisée en regardant la Renault 6. Non, elle a son style à elle. L’avant ne reprend pas la forme “torturée” de la calandre de 16 mais affiche une calandre rectangulaire, noire, avec des feux carrés. Le relief central du capot peut quant à lui évoquer sa grande sœur.
De profil, la forme des vitrages peut sembler similaire mais la R6 les aura étiré vers le haut tandis que les montant sont plus épais sur notre Renault du jour.
L’arrière ? Oui, ça ressemble, comme toute auto à hayon des années 60… Mais là encore c’est plus simple, plus plat. Bref la Renault 6 évoque la R16 mais une fois qu’on a le nez dessus on est loin de l’originalité de la grande soeur.

On trouvera quand même un point commun : ce creux qui part du haut de l’aile avant pour se diriger vers l’habitacle.

Sinon pour la présentation de la Renault 6, on joue clairement bas en gamme. Les chromes métalliques ou plastiques se font rares. On les retrouve sur les pare-chocs, poignées de porte, rétroviseur, baguette latérale et jonc de gouttière… et c’est tout.

Est-ce qu’on doit la juger ? Allez je m’y risque. Ce n’est pas l’auto la plus élégante qui soit mais elle n’est pas moche pour autant. Renault l’aura juste habillé des traits les plus basiques qu’on aurait pu dessiner pour une auto bi-corps de moins de 4m de long. Et c’est efficace.
Un mot sur la couleur : bah c’est de la Renault 6. On lui connait en fait peu de couleurs : le bleu pâle, le vert foncé, le blanc et ce beige. D’ailleurs, c’est la même couleur que la R16 que nous avions essayé (c’est par là).

Technique : R4 copié-collé

Pas la peine de tourner autour du pot. En levant le capot ça saute déjà aux yeux : c’est une R4. Même moteur, même boîte, même commande de tringlerie, même disposition, même… tout.

Le châssis est également repris de la 4L avec son décalage entre les roues arrières caractéristique. Cela dit, la R16 l’a aussi mais c’est uniquement dû à une conception similaire des suspensions qui font appel à une barre de torsion transversale. Pour que l’auto soit assez longue et qu’on puisse loger deux barres cote à cote, les roues sont donc légèrement décalées (4.8 cm pour être exact).

Intérieur : Renault 6

L’intérieur d’une Renault 6, c’est du Renault 6. Pas de copier-coller à chercher par ici. On fait simple, mais pas trop non plus.

Un grand volant, un compteur dans son axe, pas de casquette, une planche de bord en alu brossé… et une commande de chauffage. L’originalité réside dans les trois boutons commandant les feux de détresse, le dégivrage de la vitre arrière et la ventilation qui sont repoussés tout à gauche et inclinés… Pourquoi pas !

Notre Renault 6 de 1976 arbore un intérieur… pas d’origine. Pas facile de retrouver un intérieur complet de série 2. Du coup ce sont des sièges noir en smili de série 1 qui accueillent les occupants. Quelques équipements sont intéressants pour une voiture de cette gamme : les accoudoirs de porte à l’avant et les cendriers à l’arrière.

Au volant de la Renault 6

Au moment de m’asseoir dans notre Renault 6 aucune appréhension. Il y a la place pour passer et pas de colonne de direction à contourner. L’absence de commandes au plancher rend l’intérieur très large et seul le moteur, légèrement reculé dans l’habitacle, créée une séparation.

La température est clémente et la voiture démarre sans que j’ai besoin de toucher au starter. Je boucle ma ceinture, puisqu’elle en est dotée, et je passe la première. Pas de remarque sur le maniement du levier de vitesse ?
Alors ok, si vous n’avez jamais conduit de Renault avec vitesses au tableau de bord vous allez peut-être chercher. Mais comme je faisais partie de ces “terroristes” qui vont exploser des 4L dans le désert marocain*, j’ai déjà quelques milliers de bornes d’expérience avec ce levier.

Je pousse et première. Le point de patinage est on ne peut plus normal et c’est parti. La douce mélodie du cléon monte dans l’habitacle à mesure qu’on prend de la vitesse. Ce n’est pas tapageur, il y a quand même un peu d’isolant et on peut discuter sans soucis. Heureusement parce qu’en plus on a ouvert les fenêtre pour profiter du bon air aubois et de ce parfum de blé fraîchement moissonné.

Voilà une belle montée qui se profile. La 3e grimpe facile. Je met donc la 4e. Et bien ça monte toujours. Le cléon est suffisamment souple pour l’accepter et cette montée ne se transforme pas en chemin de croix. Même pas besoin de retomber la 3 pour relancer en sortie de virage. Ça grimpe. Ça grimpe.

Passe partout !

Hausser le rythme ne sert à rien dans une Renault 6. Si j’avais voulu essayer une sportive je ne serais pas venu voir cette auto-là. Allez, je vais quand même pousser un peu. Le comportement est sain, on peut rouler relativement vite, elle freine. On peut attaquer un virage un peu fort, elle tourne. La Renault 6 se montre d’une facilité déconcertante pour celui qui veut rouler aux 80 km/h réglementaires le plus souvent possible.

Attention cependant aux enchaînements de virage. Le premier ça passe, le second moins. La R6 élargit quand même pas mal la trajectoire, prend du roulis et il faudra vraiment freiner pour ne pas rater le virage suivant. La vélocité se heurtera alors au maniement du levier de vitesse. Ce n’est pas un problème de prise en main, mais juste de conception qui le rend intrinsèquement plus lent à manier qu’un levier au plancher “classique”.

Et la vie à bord alors ? J’ai vu bien pire. Il faut vraiment approcher les 100 km/h pour qu’on ait besoin de fermer un peu les fenêtres pour protéger son audition. Sinon le bruit est tout à fait correct.
Les sièges sont confortables et l’amortissement qui peut être pointé du doigt au moment de faire virevolter la Renault 6 se montre suffisamment prévenant pour que ces put***s de ralentisseurs qui fleurissent plus vite que les coquelicots ne soient pas aussi des tasses-vertèbres.

Conclusion :

La Renault 6 est une voiture qui sait s’apprécier tant on ne la prend pas pour ce qu’elle n’est pas. Du coup elle n’est pas :

  • une sportive
  • une petite Renault 16

Et oui, définitivement la Renault 6 est une grosse Renault 4. Et encore, l’habitabilité n’est pas si différente, les performances routières non plus. Par contre elle offrait à partir de 1971 “l’agrément” du Cléon quand la 4 a dû attendre 1978 pour y avoir droit.

Une bonne idée pour changer de la 4L et pour… tous les usages. La R6 saura être un daily tout à fait convenable, comme une parfaite ancienne pour aller sur les rassos. En bref : une voiture à ne pas oublier si facilement.

Les plusLes moins
Une belle homogénéitéManque cruel d’image
PopulairePas très dynamique
OriginaleLigne pas très étudiée
Image
Entretien
Plaisir de Conduite
Ergonomie
Facilité de conduite
Note Totale

*J’en profite pour revenir sur le 4L Trophy. Juste quelques points :
– Mon auto est toujours revenue en parfait état
– Il y a très peu de 4L qui ne reviennent pas
– Le 4L Trophy a permis la refabrication de beaucoup de pièces
– Le 4L Trophy a permis la restauration de 4L qui n’auraient mérité que la ferraille

Rouler en Renault 6

La production de la R6 a été bien moindre que la 4L. 1.7 million d’exemplaires contre plus de 8 millions ! Quand même ! Du coup les annonces pour les Renault 6 ne sont pas légion. Attention, ce n’est pas non plus une rareté, mais pour en voir une passer en bon état vous demandera d’être attentif.

Le problème vient ici du fait qu’il ne faut pas vouloir répercuter l’investissement fait en pièces et main d’oeuvre éventuelle (même si on peut presque tout faire tout seul) dans le prix de l’auto. Parce que “de base” une Renault 6 se négocie… aux alentours des 2500 €. La version TL et son Cléon est légèrement plus cher que la version Billancourt, mais la différence de performance est réelle.
Avant l’achat on vérifiera les planchers qui ont tendance à se trouer ainsi que les longerons, véritables nids à rouille…

Côté entretien : c’est une 4L. Donc presque toutes les pièces se retrouvent en refabrication. Il faut parfois attendre un peu mais les éléments techniques ne sont pas un souci. Les pièces d’intérieur et de carrosserie seront plus problématiques en raison notamment du manque d’amour pour cette auto.

Fiche Technique de la Renault 6 TL
MécaniquePerformances
Architecture4 Cylindres en ligne Vmax135 km/h
Cylindrée1108 cm³ 0 à 100 km/h20,2 s
Soupapes8 400m da
Puissance Max47 ch à 5300 tr/min 1000m da
Couple Max79 Nm à 3000 trs/min Poids / Puissance17,4 kg/ch
Boîte de vitesse4 rapports manuelle

TransmissionTraction
Châssis Conso Mixte±6 L/100 km
Position MoteurLongitudinale avant Conso Sportive—–
FreinageDisques AV et Tambours AR Cote 1972± 10.500 frs (10.300 € constants)
Dimensions Lxlxh386 x 150 x 147 cm Cote 20192500 €
Poids820 kg

Benjamin on Email
Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !
Guillaume Jnk on Email
Guillaume Jnk
Rédacteur-photographe à News d'Anciennes
Comme la plupart des contributeurs de News d'Anciennes, Guillaume est un passionné de photos et de belles autos.
Il a rejoint l'aventure en Juin 2018.

2 commentaires sur “Au volant de la Renault 6, une petite R16 ou une grosse R4 ?”

  1. Ce fût ma 1ère voiture, pas très sexy mais elle plaisait à ma maman. J’ai transporté des copins et copines, plus qu’autorisé et le plancher a cédé, je travaillais dans une tôlerie-chaudronnerie, on m’avait fait un plancher qui fût boulonné. Comme la tôle était épaisse, ma Renault 6 L 850cc peinait dans les côtes. Bref, j’en ai de bons souvenirs de jeunesse.

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