Flaminio Bertoni, le scuplteur de Citroën

Certains designers sont liés à des projets pour l’éternité. D’autres à des marques en particulier. C’est le cas de Flaminio Bertoni, artiste italien qui a su se rendre indispensable à Citroën.

L’apprentissage de l’art de Flaminio Bertoni

C’est en 1903 que naît Flaminio Bertoni à Varese en Italie, près de Como. Son père est tailleur et sa femme fait des ménages. Bon élève mais d’une famille modeste il sait que ses études seront courtes. En plus à ses 15 ans son père décède. Le jeune homme rentre alors en apprentissage à la Carrozzeria Macchi qui fabrique des carrosserie de véhicules industriels. D’abord il est menuisier puis apprend à façonner la tôle à l’atelier de ferblanterie.

Il est déjà artiste dans l’âme. Ses loisirs sont occupés par le dessin. Il rentre alors à l’école des Beaux Arts de la ville. Là il va développer une palette artistique plus large. Il se perfectionne en dessin, mais surtout il apprend la sculpture. C’est vers ce loisir qu’il s’oriente alors. Il travaille dans le milieu auto et c’est donc logiquement qu’il entreprend de sculpter sa première auto. Un projet qui restera sans descendance mais qui lance en quelque sorte sa carrière.

Alors qu’il n’a pas encore 20 ans, une délégation de techniciens français visite les ateliers de Macchi et le remarque. On propose à Flaminio Bertoni un voyage d’étude en France. C’est une occasion à ne pas rater et il saute le pas.

Première incursion parisienne

Il arrive à Paris au début de l’année 1923. Là il va perfectionner toutes ses connaissances. En se rendant au Louvre il acquiert une meilleure connaissance des artistes sculpteurs, notamment italiens.
Mais surtout il se perfectionne dans l’art de modeler des carrosseries automobiles. D’abord employé chez Felber et surtout Manessius. Cette société travaille alors remarquablement bien et carrosse une partie des cabriolets Citroën.

Il passe ensuite chez Rothschild, qui n’a rien à voir avec le baron mais qui s’est fait connaître notamment en carrossant la Jamais Contente avec des panneaux d’alu. Flaminio Bertoni a acquis un solide savoir faire artistique mais il le complète avec une partie technique. Il sait désormais calculer et prendre en compte certains impératifs… quitte à brider sa créativité.
Il rencontre un des clients de la marque, Lucien Rosengart qui lui présente un de ses amis : André Citroën. Pour autant ce n’est pas là que l’histoire d’amour commence.

En effet il a le mal du pays. Et puis sa mère n’est pas au mieux et il rentre à Varese et se fait reprendre par la carrosserie Macchi. Sauf qu’il en est désormais un des dessinateurs principaux.

Pendant des années il parcourt le pays afin de trouver de nouvelles sources d’inspiration. Il dessine et sculpte de plus en plus. Ses œuvres s’invitent d’ailleurs à des expositions de plus en plus renommées.

En 1929 il quitte Macchi et ouvre son propre bureau de design. Son activité principale est bien sûr l’automobile.

Retour en France

En 1931 il est de retour à Paris en compagnie de sa future épouse. Il entre alors à la SICAL, Société Industrielle de Carrosserie de Levallois-Peret. La société est un sous-traitant de Citroën et produit des carrosseries pour les chevrons. Le 27 Juin 1932, après avoir été remarqué par un ingénieur de Citroën, il est embauché à Javel !

Flaminio Bertoni et Citroën

C’est au bureau d’étude qu’il est intégré. On travaille alors sur la future auto qui va révolutionner la production automobile : la Traction. Le cahier des charges est dores et déjà fixé, traction, carrosserie autoporteuse tout acier, mais le problème c’est qu’elle n’a pas de forme ! Trois dessins ont été proposés par les équipes à André Citroën… qui les a tous rejeté.

Flaminio Bertoni va donc esquisser la Traction, mais mieux, il va la sculpter au printemps 1933. Ça y est, la future Citroën a trouvé ses formes.

Sa mise au point va être le gouffre financier que l’on connaît. Mais l’italien reste en place et n’est pas du tout visé par le plan de restructuration qui suit l’arrivée de Pierre Boulanger. C’est lui qui créée toutes les carrosseries de la gamme, de la frêle 7 à l’imposante 15.

En plus de s’être fait un nom dans l’automobile, il n’a pas abandonné ses activités artistiques “pures”. Il remporte la médaille de Bronze à la 4e expo des Beaux Arts et récidive l’année suivante avec l’argent !

Pendant la guerre Flaminio Bertoni continue de travailler sur les futurs projets de Citroën. Il est persuadé que le dénouement sera heureux et avance notamment sur le projet TPV. Cependant tout n’est pas rose, refusant de renier son pays au début du conflit, il est arrêté par les autorités. Rebelote à la libération. On lui reproche d’avoir collaboré avec l’occupant en assurant le bon fonctionnement de Citroën. Il passera même une courte période en prison !

Deuxième chef d’oeuvre : la deuche

Lorsqu’il reprend son travail, la TPV a déjà bien avancé. Néanmoins il retravaille ses premières esquisses et l’auto est présentée en 1948. Elle est moquée par beaucoup, mais c’est plus à cause de ses “ambitions” techniques que par son style. De toute façon le carnet de commande se remplit vite et Citroën est en bonne santé. La gamme automobile du constructeur de Javel est alors exclusivement composée de créations de Flaminio Bertoni !

1955 : sortie de son oeuvre majeure

De Vinci a sa Joconde, Michel Ange a son David. Flaminio Bertoni a la DS. En 1955 la nouvelle auto est dévoilée au salon de Paris. Si la partie technique fait beaucoup parler, son style aussi.

Toute en fluidité, avec un avant sa calandre, une ligne fuyante à l’arrière, une finesse complète, l’auto est révolutionnaire. Aucun autre objet à 4 roues ne lui ressemble ! En 1999, au moment d’élire la voiture au meilleur design du XXIe siècle, un jury de spécialistes rassemblé par Classic & Sports Car élira la DS.

Flaminio Bertoni travaillera également sur les premières évolutions stylistiques de l’auto.

Flaminio Bertoni : un artiste renommé

Mais sa dernière oeuvre automobile sera elle aussi une auto remarquée. C’est l’Ami 6 de 1961. Un dessin qui a des airs de DS mais qui est surtout original par sa vitre arrière formant un Z avec le toit et le coffre.

La même année André Malraux lui remet le titre de Chevalier des Arts et Lettres. Car en plus de son activité automobile, il n’a toujours pas arrêté son activité d’artiste. Ses dessins, peintures et sculptures s’exposent partout. À partir de 1962 il les crée dans un atelier moderne construit à Antony.

En Janvier 1964, alors que son attention est focalisée sur la création d’un Coupé Sport sur base de Citroën DS, Flaminio Bertoni est emporté par une hépatite foudroyante.

Son héritage artistique et donc automobile est arrivé jusque nous intact. Les succès commerciaux de ses créations en font un grand nom de l’automobile.

Depuis 2007 on retrouve à Varese le Museo Bertoni, avec une importante collection de pièces conservées jusque là par son fils.

On termine avec quelques œuvres “non automobiles” de Bertoni :

Source : Expo Bertoni

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

1 commentaire sur “Flaminio Bertoni, le scuplteur de Citroën”

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