La Route des Châteaux 2018, un rallye éclectique

Le rallye d’anciennes est un exercice de style qui peut se révéler très complexe. Vitesse, navigation, régularité, on y perd vite son latin. Mais c’est sans compter sur l’AMCO, Auto-Moto Classic de l’Ouest, qui proposait ce week-end une expérience réjouissante : sa Route des Châteaux 2018 !

Un jeu et ses règles

Positionné tôt dans la saison, en fin d’hiver, la Route des Châteaux 2018 se veut une remise en jambes pour l’année de rallyes d’anciennes à venir. Mais surtout, avec un tarif au plus serré, ce rallye permet aux novices passionnés ne sachant pas trop comment aborder l’exercice de découvrir ce monde si particulier. Et cela semble attirer les amateurs puisqu’il y avait 40 engagés lors de la première édition, en 2016, le nombre d’équipages est passé à 60 l’an dernier, et ce sont 80 véhicules que l’on a retrouvé cette année sur la Route des Châteaux 2018 !

Avec cette notoriété croissante, j’avoue que l’opportunité était trop belle de comprendre pourquoi : n’ayant jamais participé à cette activité rallye, il m’a donc été facile de me glisser dans la peau dudit novice et de participer en tant que navigateur cette aventure au départ de la Foye-Monjault, au sud-ouest de Niort. Et sans pression aucune puisque la manifestation a un objectif essentiellement ludique : sous régime de déclaration en préfecture, et non autorisation, tout se déroule sur route ouverte et il est hors de question d’abattre un chrono quand la limitation de vitesse en vigueur doit être scrupuleusement respectée. Mais sachant que l’essentiel du tracé empruntera le réseau départemental secondaire, communal voire vicinal, cela ne devrait pas poser de souci ! Il serait même totalement inutile de chercher ce type de compétition puisqu’aucun classement ne sanctionne quelque performance que ce soit.

Mon véhicule : une Renault 16 TL de 1980

Parmi les 3 niveaux définis par l’AMCO, j’ai donc laissé à d’autres les modes initiation et expert, où tout un tas de modes de navigations différents, sans assistance particulière, sont à décrypter, et me suis concentré sur le mode balade, où 100% du parcours est en mode « fléché-métré » : une distance et une direction, rien de bien compliqué a priori.

Thierry, propriétaire d’une superbe Renault 16 TL de 1980, a accepté d’être mon pilote. La mascotte très seventies de la plage arrière, un chien qui fait oui de la tête à chaque chaos, m’accueillait à bord où, comme dans les voitures de cette époque, flottait une légère et douce fragrance d’un bon vieux supercarburant. Le soleil jouait avec la boule à facettes suspendue au rétroviseur. Des ceintures à enrouleurs, obligatoires aux places avant sur les véhicules neufs depuis octobre 1977, équipent donc ce modèle pour mon plus grand bonheur : pas de casse-tête lié au réglage de la longueur de sangle !



Contact. Le 4-cylindres longitudinal, alimenté par un carbu double corps, s’ébroue docilement. Premiers tours de roue et les 66 chevaux de la berline (pour 9 cv fiscaux quand même !) nous emportent vers l’aventure ! Je suis surpris du confort de roulage, presque plus souple que celui de la DSuper essayée quelques semaines plus tôt, dont le récit est à lire ici. Malgré les irrégularités de la route, les virages, les revêtements variés ou les nids de poules, tout est absorbé par le moelleux des suspensions et des sièges. Très appréciable pour la lecture des notes du road-book posé sur un genou, tout en ne faisant pas tomber le carnet de bord, où noter les repères présentés par les panneaux qui jalonnent le parcours, posé sur l’autre genou, sans oublier le smartphone en main gauche où tourne le trip-master et enfin l’indispensable stylo tenu en main droite !

Je ne pouvais en attendre moins de cette voiture de science-fiction, oui, vous avez bien lu ! Première berline familiale à être équipée d’un hayon, que nombre de critiques critiquaient en disant que ce concept ne « marcherait jamais » ! Pour eux, Renault nageait en pleine science-fiction. Et comme souvent, la SF a rattrapé la réalité et aujourd’hui, nombre de voitures de ce gabarit ont un hayon. Bref, revenons à nos moutons…

Sincèrement, on se prend vite au jeu du rallye en mode ballade « fléché-métré ». Entre 2 bifurcations suffisamment distantes, on discute et on admire le paysage. Mais l’œil est attiré par les décamètres qui défilent pour ne pas rater la prochaine intersection. Un plaisir de gosse. Si bien que l’on arrivait aux 30 km du road-book qui en comptait 40 sans s’en être rendu compte, après simplement 2 erreurs de navigation peu dommageables (malgré le confort, j’ai trouvé le moyen de sauter des lignes ! arrrgh !). Mais soudain, le moteur se coupe net, et nous avons juste l’élan nécessaire pour se ranger. En sortie d’hiver, malgré tout le soin apporté à sa santé par son propriétaire, la R16 a montré son âge et la fragilité des pièces d’usure qui commencent à dater. C’en était fini pour mon sympathique pilote et moi. L’occasion de capter quelques concurrents qui passent devant nous et s’inquiètent de notre sort, très solidairement. Tant pis… Ce fut court, mais quel plaisir ce fut !

Au château de Parsay

Je n’ai donc pas pu découvrir les deux autres étapes prévues au programme de l’après-midi de l’intérieur. Mais passer du côté de l’organisation permet de découvrir d’autres centres d’intérêts. Ou de les découvrir autrement.

Si l’événement s’appelle la Route des Châteaux, ce n’est pas simplement que quelques châteaux jalonnent le parcours. Le point d’orgue de la journée est en effet le château de Parsay, halte imposée pour récupérer le road-book avant la dernière étape. Ce château, est, avec celui de Prinçais, l’un des deux châteaux de la commune de Brieuil-sur-Chizé. Il aurait été reconstruit post-renaissance, vers 1765, et de cette époque, il conserve un bâtiment rectangulaire encadré de deux pavillons carrés. Reconverti depuis 1967 en centre de soins de suite et de réadaptation, cet établissement a été ouvert aux concurrents du Rallye pour le plaisir des participants, des spectateurs et, visiblement des résidents. L’occasion de voir évoluer dans ce cadre d’exception des véhicules très divers et de toutes époques. Faisons un petit tour.

Les voitures en lice

Comme souvent lors de manifestations d’anciennes, les anglaises sont bien représentées, la Route des Châteaux 2018 ne faisant pas exception. MG, Triumph, Jaguar n’ont pas fait faux bond. Je m’attarderai sur 3 d’entre elles… Plus une.

Une Triumph Dolomite Sprint tout d’abord, préparée pour les rallyes d’anciennes. J’aime cette voiture dont l’esthétique banale est compensée par une innovation de taille sous le capot, où se loge le premier moteur 4 cylindres 16 soupapes de grande série qui affichait la bagatelle de près de 130 chevaux en version sortie d’usine pour une cylindrée de 1998cc, et ce dès 1973. Cette motorisation permettait à l’auto d’abattre le 0 à 100 en moins de 9 secondes. Une berline au flegme apparent très british qui cachait bien son jeu et un tempérament passionné !

La seconde anglaise remarquable est aussi une Triumph… Une Herald 12/50, de 1967, dont le petit 1200 développait 51 chevaux au lieu des 39 de la version de base. Dès le premier abord, son design signé Giovanni Michelotti attire l’œil. Produit uniquement en coupé 2 portes, ce modèle disposait de freins avant à disques ce qui n’était, là encore, pas si commun à cette époque.

La troisième anglaise ? On ne la présente plus. Une Jaguar Type E ‘4 litres 2’, de 1968, rutilante. Chaque fois que je vois cette voiture, je comprends les paroles du Commendatore qui, il y a plus de 50 ans, s’est ému en voyant la Type E lors de sa présentation officielle et a lâché cette phrase aujourd’hui célèbre : «C’est la plus belle voiture de tous les temps» ! Et ce Six Cylindres… Une mélodie enchanteresse !



Mais question moteur et arpèges, il en était une anglaise également qui a attiré tous les regards sur elle. Elle est mon ‘+1’. Une Daimler SP250/Dart de 1959. Daimler, pour Daimler Motor Company, marque anglaise propriété de BSA dès 1910 puis de Jaguar à partir de 1960. Aucun rapport avec les Daimler-Benz… Ou presque ! Puisque c’est bien l’exploitation de brevets de Gottlieb Daimler qui a permis à Frederick Richard Simms de créer la marque en 1896.

Ce cabriolet Dart n’est pas seulement équipé d’un V8 conçu chez BSA par Edward Turner, mais a été dessiné et conçu autour de ce moteur destiné à sauver la marque. Ce moteur à chambres de combustions hémisphériques en alliage d’aluminium sur bloc fonte, est finalement de faible cylindrée avec simplement 2547 cm³ et développe 140 chevaux. Le modèle, restauré, présent à cette Route des Châteaux 2018 n’est pas anglais et encore poins un des rares modèles ‘police’, mais avec sa conduite à gauche, il est d’origine américaine en boîte manuelle 4 vitesses et 4 freins à disques. Pour l’anecdote, Daimler prévoyait pour la Dart 3000 ventes l’année de lancement. Ce seront au final 2654 exemplaires, en tout et pour tout, qui seront sortis des chaînes de Coventry de 1959 à 1964. Une voiture rare qu’il était vraiment plaisant de croiser ici.

A côté de ces autos particulières, d’autres anglaises, plus classiques mais loin d’être moins intéressantes s’affichaient. Des MG, d’autres Triumph et des Mini, dont un proto Mini 1380 et une MG F Cup (n°16/32) qui ont sérieusement malmené les vertèbres de leurs occupants lors des roulages !

Pour faire une transition entre anglaises et française, un Lomax de 1979 me donne le meilleur prétexte. Le Lomax est en fait un kit-car anglais basé sur la mécanique de la Citroën 2cv dans l’esprit des “three-wheelers” Morgan, Sandford et autres qui fleurissaient au Royaume-Uni dans les années 30. Pour se souvenir du modèle, rien de plus simple 2 cylindres, 2 places et 3 roues : la 223 ! Compte tenu que le Lomax est commercialisé depuis 1982, 1979 correspond donc à l’année de sortie de chaines de la 2cv qui a été équipée. Le but de ce concept était plus esthétique qu’une recherche de performance, mais avec un poids d’environ 450 kg, le bicylindre emmenait l’engin à des vitesses légèrement supérieures aux vitesses autorisées sur autoroute en France !

L’avantage d’un rallye comme la Route des Châteaux, c’est qu’il est ouvert à tout type de véhicules et des populaires restaurées ou dans leur jus ainsi que des véhicules plus prestigieux n’ont pas hésité à faire le déplacement. Chez les généralistes français, Citroën était présent avec 2CV, Acadyane, LNA et, cerise sur le gâteau, la Visa Chrono n°1781. Renault, était représenté par l’increvable “4L” dont une F6, une R6, une Juva 4 dauphinoise et, rare, une super 5 GT-T, sans compter notre pauvre R16. Quant à Peugeot, on allait des familiales 404 et 504 aux ‘petites bombes’ 104 ZS, 205 et 309 GTI.

Enfin, Alpine et Matra fermaient la liste des françaises. Fermaient ? Pas tout à fait. Un ovni tout droit sorti des premiers épisodes de Michel Vaillant : la Sovam 1100 S de 1966. Cette petite sportive française est dans la lignée des D.B, René Bonnet, Alpine, ou encore Matra Djet. Créée en 1964, la Société des Véhicules André Morin (un local puisque basée à Parthenay dans les Deux-Sèvres) développe le VUL, Véhicule Utilitaire Léger, sur un châssis de R4 raccourci.

En 1965, André Morin reprend cette base pour en faire un véhicule de sport à carrosserie polyester. D’abord équipé avec un petit 850 cm³, il est très vite proposé avec un moteur 1108 cm³ pour que le ramage se rapporte au plumage. Et que dire du 1255 ³ de 103 chevaux de la R8 Gordini, rien que ça, qui propulsait cette puce à presque 200 km/h ! Sans atteindre ces performances, le modèle qui a participé à la Route des Châteaux 2018 était donc équipé du moteur de la Caravelle S qui développait 62 chevaux à 6300 tr/min. En théorie, grâce aux 570 kg à vide, les 165 km/h étaient atteints et la sportivité était au rendez-vous ce qui lui permit de s’honorer d’un joli palmarès dont une victoire féminine au 19e Rallye d’automne de la Rochelle en 1967.

A l’inverse des anglaises, les italiennes populaires des années 60 à 80 sont rares en rassemblements tant nombre d’entre elles ont « rouillé de peur » depuis ! Mais ici, on put être croisées quelques Alfa Romeo, Fiat, Bertone, et, même, une Lancia Fulvia 1.3 spécialisée dans ce type d’événements et deux Autobianchi A112 dont une Abarth et une 70HP.

Chez Alfa, donc, Par ordre d’apparition dans le paysage automobile italien, nous trouvions une Giulia Super et un coupé Bertone 2000 toutes deux de 1971, ainsi qu’une Alfetta GTV 2000.

Classiquement, côté allemand, les Porsche n’ont pas manquées, rassemblant des 911 des seventies jusqu’aux modèles beaucoup plus récents de 996 (pour ne pas dépasser les années 2000), en passant par une Carrera 4 bi-turbo et autre 3.2 Targa et même une 928 S4. BMW alignait une Z3, une Serie 8 et une belle 2002 auto de 1975. Quant à Volkswagen, les basiques étaient là : Golf GTI 1800, Cox de 71. Une Audi 80 GTE de 84 et une Sierra XR4i Gr.N étaient aussi de la fête. Suffisamment peu fréquent pour être souligné.



Les japonaises et les américaines étaient également représentées. Certes plus en prestige récent qu’en anciennes et les modèles n’étaient pas pléthore, mais en youngtimers, on pouvait dénombrer deux Mazda MX-5, une plutôt rare prélude 2.0 16v 4WS ALB (oui, c’était assez long chez Honda à l’époque) à 4 roues directrices donc et antiblocage de roues développé par Honda, ainsi qu’une Viper RT/10 côté US.

Voilà, voilà toutes les actrices se sont présentées et comme on peut le voir, un plateau limité à 80 voitures a permis à la Route des Châteaux 2018 de l’AMCO de jouer dans la qualité et la diversité. Ajoutons à cela un parcours qui a permis de varier les plaisirs, même si certaines routes, du fait des intempéries que la région a connu ces derniers temps, ont été passablement dégradées. Bon objectivement, cela ne faisait que remettre les routes dans un état proche de ce que l’on pouvait rencontrer auparavant et sans être pris par le démon de la vitesse, ce dédale était tout à fait empruntable par l’essentiel des voitures du plateau.

Et tout s’achève sur une note pleine de promesses

La journée de cette Route des Châteaux 2018 s’est clôturée par les remerciements des organisateurs de l’AMCO et une remise, non pas de prix, mais de lots confectionnés et offerts dans l’engagement à cette Route des Châteaux 2018.

Mesdames et messieurs les organisateurs, vous savez mettre les petits plats dans les grands et ce sera avec plaisir que je me reperdrai dans le Niortais !

 

Fabien
Un lion et un cheval cabré m'ont fait aimer les voitures de mon enfance... Un livre, «La maîtresse d'acier» de Pierre Coutras, et des légendes, Fangio-Moss-Hawthorn, m'ont conduit à me passionner pour des bolides plus ancien.
A mon tour de partager avec vous.

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