Le Rob Walker Racing Team, le privé monté au sommet

Sauber, Force India, Williams, ce sont les noms des teams privés d’aujourd’hui. Entre la fin des années 50 et le début des années 70, le Rob Walker Racing Team a tenu une place de choix en F1. Dans les paddocks, mais aussi dans les palmarès. Et cela ne s’est pas limité aux places d’honneur. Le Rob Walker Racing Team c’est 9 victoires en 124 courses !

Rob Walker, une fortune investie dans la course

A la base de la fortune de Rob Walker on retrouve un autre nom bien connu du sport automobile. C’est Johnnie Walker, une marque de Whisky fondée en 1865. Elle fait la fortune de la famille qui l’a créée, et Rob Walker en est un héritier.

Né en 1917, c’est en 1953 qu’il se lance dans la course auto. Contrairement à beaucoup, ce n’est pas pour courir avec les autos. Les autos sont aux couleurs de l’écosse, bleues à bandes blanches.

Le Rob Walker Racing Team commence en F2 avec une Connaught engagée pour Tony Rolt à la Lavant Cup. Cette première course se termine déjà par un podium. Une seconde auto est engagée dès Snetterton pour Eric Thompson qui gagne la course. Les courses anglaises vont être une moisson de succès : 8 victoires.
La première incursion internationale se fait à Rouen, où une course hors championnats regroupe F1 et F2. Une Cooper-Alta est engagée pour Stsirling Moss et il termine 4e des F2. Le Rob Walker Racing Team s’engage aussi au Grand Prix de Grande Bretagne mais la Connaught de Thompson ne termine pas.

Après cette première saison encourageante, l’écurie va rentrer dans le rang, ne remportant qu’une course entre 1954 et 1956, en courses anglaises uniquement, et en ne participant pas à toutes les courses.
En 1957, un programme complet en Cooper-Climax de F2 voit une seule victoire, la Lavant Cup pour Jack Brabham.

A partir de 1958 : le Rob Walker Racing Team se lance dans le grand bain avec succès

A partir de ce moment là, le team sait qu’il a une auto redoutable entre les mains. Les Cooper-Climax sont taillées pour la F1. Maurice Trintignant sera le pilote à temps plein tandis que Moss et Brooks ne feront que des piges. Deux châssis seront engagés, la T43 et la T45.

Début Janvier Moss remporte le Grand Prix d’Argentine, offrant à Cooper son premier succès en F1. Trintignant en offre un second à Monaco lors de la seconde course ! Le reste de la saison ne verra qu’un podium pour Trintignant en Allemagne, et des victoires en course hors-championnant dont Pau et Charade pour le français, Caen et le Kent pour Moss.
Si Cooper termine 3e de ce premier championnat du monde des constructeurs, 20 des 31 points inscrits l’ont été par le Rob Walker Racing Team !

1959 : un Moss hésitant

Stirling Moss est désormais convaincu par les Cooper-Climax, et surtout par le moteur arrière. Les autos sont pourtant différentes des Cooper “officielles”, elles font appel à une boîte Colotti. Trintignant l’épaulera en tant que second pilote. L’avant-saison est encourageante, le britanique gagne le Glover Trophy à Goodwood.

La première course s’annonce bien. Moss signe la pole et il est en tête quand sa boîte le trahit. Trintignant assure lui la troisième du podium. C’est malgré tout une Cooper qui s’impose, celle de Jack Brabham.
Aux Pays-Bas, Moss est qualifié troisième, il signe le meilleur tour au 42e passage, prend la tête au 60e et sa boîte lâche au 62e… Trintignant n’est que 8e, les deux Cooper officielles sont sur le podium. Moss est dépité et claque la porte. Il file chez BRM, dans la structure BRP montée par son frère. En France Trintignant prend la 8e place et Moss signe le meilleur tour avant de se faire disqualifier…

A Aintree, Moss intercale sa BRM entre les Cooper officielles et Tritignant termine 5e. Moss est de retour au sein du Rob Walker Racing pour le Grand Prix d’Allemagne sur l’AVUS… Il part 2e mais ne boucle qu’un tour, c’est sa boîte qui l’a encore laché. Trintignant est 4e.
A Mosanto au Portugal, Stirling Moss signe un récital. Pôle, meilleur tour et victoire en ayant mené de bout en bout ! Trintignant est une nouvelle fois 4e. A Monza, Moss signe pole et victoire, Trintignant est seulement 9e.

Moss arrive en leader au Grand Prix des Etats-Unis couru à Sebring. Il a 2.5 points d’avance sur Brabham et Brooks. Le britannique signe la pole, mais sa boîte le trahit une dernière fois… Trintignant empoche le meilleur tour et la seconde place.

Au championnat, Cooper-Climax est champion, Moss finalement troisième derrière Brabham et Brooks et Trintignant 5e.

1960 : Passage chez Lotus

La paire Moss et Trintignant est alignée par le Rob Walker Racing Team pour 1960. Pour la voiture, c’est la Cooper-Climax qui est au départ du premier Grand Prix en Argentine. Moss est en pôle mais un bris de suspension va arrêter son auto. Il saute dans celle de son équipier, c’est alors possible, et termine à la troisième place. Sauf que les pouvoirs sportifs veulent mettre fin à ces pratiques. Du coup, il ne marquera aucun point.

Au Grand Prix suivant à Monaco, ce n’est pas une Cooper que s’aligne Moss mais une Lotus 18. L’auto commence à marquer les esprits et il en a fait acheter une à Rob Walker. Moss signe la pôle et la victoire. A Zandvoort Moss signe la pole et le meilleur tour mais ne peut faire mieux que 4e. Pour l’anecdote, pour lutter contre la chaleur, les panneaux de carrosserie avaient été retirés du bas de l’auto !

Aux essais à Spa, le britannique va perdre sa saison. Un grave accident le laisse convalescent avec de multiples fractures à soigner. Pendant ce temps Brabham gagne. Au Portugal, le Néo-Zélandais signe sa 5e victoire de rang, sur Cooper, Moss est lui disqualifié !

En Italie la majeure partie des favoris est absente. Enfin à Riverside pour le Grand Prix des USA, Moss offre sa deuxième victoire à Lotus, après avoir signé la pôle.

Au championnat, il est derrière la paire Brabham-Mc Laren, et Cooper se retrouve logiquement loin devant.

1961 : le Rob Walker Racing Team comme pionnier

Au GP de Monaco, en ouverture, Stirling Moss commence par une pôle, signe le meilleur tour, à égalité avec Ginther et s’adjuge la victoire. Au Pays-Bas, déjà, c’est Ferrari qui signe son premier doublé. Moss termine 4e derrière Jim Clark, l’espoir de chez Lotus qui signe son premier podium. En Belgique, personne ne peut rien faire, Ferrari signe une retentissant quadruplé en course !
En France, il abandonne sur un soucis de freins.

En Grande Bretagne, le Rob Walker Racing Team aligne deux autos. La première, la Lotus 18 de Moss. La seconde est pour Jack Fairman et c’est une première. C’est une Ferguson P99 à moteur Climax. Ferguson, comme le constructeur de tracteurs, qui a mis a point la première Formule 1 à quatre roues motrices ! Partie seulement 20e, elle sera pilotée en course par Fairman puis Moss après son abandon, avant d’être disqualifiée. C’est aussi la seule et unique apparition de l’auto en course.

Au Nürburgring, Stirling Moss retrouve sa Lotus. Qualifié troisième, il est en tête à la fin du premier tour et ne la quittera plus. On retrouve ensuite le championnat du monde de F1 en Italie. Dans l’été, Moss a beau avoir accumulé les victoires hors championnat, chez elles, les Ferrari font la loi. Il ne termine pas la course.
Enfin, aux USA, son moteur le lâche…

Pour la troisième année consécutive, Stirling Moss est troisième du championnat pilote.

Le Rob Walker Racint Team marque clairement le pas

1962, Trintignant seul à la barre en championnat et les drames s’enchaînent

Moss a eu gain de cause. Il rejoint la Scuderia Ferrari. Du moins il a contrat pour le faire, avant de subir un grave accident en Avril qui met fin à sa carrière.
Trintignant sera seul à piloter la Lotus 24 du Rob Walker Racing Team. Il commence la saison en gagnant à Pau, hors championnat. Mais à 45 ans le vétéran français ne pourra rien faire. Jamais dans le coup sur les 6 grand prix disputés, il ne marque aucun point.

Pire. Ricardo Rodriguez meurt au volant de la Lotus du team, à domicile à Mexico. Gary Hocking, champion du monde moto 350cc et 500cc en 1961 se tue lui aussi au volant d’une auto du team au Grand Prix d’Afrique du Sud, également hors championnat.

1963, retour chez Cooper

Jo Bonnier

Double changement en 1963. Le Suédois Jo Bonnier qui courrait avant sur une Porsche 718 (toute son histoire ici). Avec une seule victoire et une pôle, c’est un peu un pari. Il ne courra pas sur une Lotus mais sur une Cooper T60 à moteur Climax. C’est la Cooper de 1962…

Malheureusement, là encore les résultats ne sont pas au rendez-vous. Deux 5e et deux 6e places plus tard, il termine à la 11e place du championnat.

1964, les pilotes et les voitures valsent

Le Rob Walker Racing Team obtient une Cooper T66 pour 1964. A son volant Bonnier obtient une inespérée 5e place à Monaco pour ouvrir la saison.
Dès le Grand Prix des Pays-Bas, c’est pourtant une nouvelle voiture qui est engagée, une Brabham BT11 motorisée par un moteur BRM qu’il amène à une anonyme 9e place. En Belgique, le moteur est un Climax. Bonnier malade, renonce au bout de 8 tours.

Le team fait l’impasse sur le GP de France. On retrouve Bonnier sur sa Brabham, qui a retrouvé le moteur BRM. Il abandonne après 45 tours. En Allemagne, la Cooper-Climax est engagée pour Edgar Barth tandis que Bonnier sera sur la Brabham. Il ne prendra pas le départ à cause d’un soucis électrique. L’allemand fera 3 tours avant que son embrayage ne lâche…

En Autriche, le local Jochen Rindt sera au volant de la Brabham BT11 à moteur BRM. C’est son premier Grand Prix ! Bonnier, une Brabham BT7 à moteur Climax. En Italie, le local c’est Giacomo Russo qu’on met au volant de la BT11 qu’il ne qualifie pas ! Bonnier termine 12e.

Jo Siffert

A partir du Grand Prix des USA, Jo Siffert, qui a couru le reste de la saison sur sa propre BT11 à moteur BRM, rejoint le Rob Walker Racing Team. Hap Sharp, encore un pilote local, courra sur la BT11 du team et Bonnier sur la BT7. Siffert est le seul classé, mais il est troisième !
Les trois mêmes autos sont au départ au Mexique mais aucune voiture ne voit l’arrivée.

La saison se termine avec 5 petits points marqués, dont 4 pour Siffert aux USA…

1965, la Suisse et la Suède associées

Deux autos seront engagées sur toute la saison 1965. Bonnier garde la BT7-Climax, Siffert la BT11-BRM. Il faut attendre le 2e GP à Monaco pour voir Siffert marquer le point de la 6e place. Il resigne le même résultat plus tard en France. Il se classe enfin 4e du dernier Grand Prix, au Mexique en fin d’année.

1966, Siffert seul aux commandes

En 1966, les moteurs ne sont plus limités à 1.5 litres, on retrouve de “gros” 3L. Mais en attendant qu’un bon moteur soit disponible, la BT11 commence la saison avec le V8 BRM réalésé à 2 litres. C’est un abandon à Monaco.

Pour la Belgique, une nouvelle Cooper T81 accueille un V12 Maserati de 3 litres. Mais Siffert, comme 6 autres pilotes ne boucle même pas un tour, suite à un accident ! Une quatrième place inespérées aux USA seront les seules points marqués par une voiture absolument pas compétitive. C’est même la seule fois où Siffert verra l’arrivée.

1967, Arrivée de Jack Durlacher

Ne cherchez pas le nom de Jack Durlacher au départ d’un Grand Prix de F1. C’est un nouvel investisseur qui vient s’engager aux côtés du Rob Walker Racing Team. 1967 se courra avec la même Cooper-Maserati qu’en 1966, le seul changement étant le passage aux pneus Firestone. Une nouvelle fois, la fiabilité et les performances sont médiocres. Jo Siffert signera une 4e place au GP de France et rééditera ce quasi exploit aux USA.

1968, Retour dans le giron Lotus

Siffert va bien prendre le départ du premier Grand Prix à Kyalami au volant de la Cooper Maserati. Mais dès le Grand Prix d’Espagne, il reçoit le matériel champion du monde 1967. C’est la Lotus 49 motorisée par le V8 Ford Cosworth. Cela n’améliore pas forcément les choses, il ne termine que deux courses, hors des points.

Au Grand Prix de Grande Bretagne, c’est la Lotus 49B qui est engagée par le Rob Walker Racing Team, toujours avec le Cosworth. Siffert se qualifie 4e. Il signe le meilleur tour en course et s’empare de la tête de la course deux tours plus tard. Il remporte la course, sa première en F1, la première victoire en championnat de l’équipe depuis 1961 !
Même si la voiture n’est pas toujours à l’arrivée, elle est performante. Au Canada, il signe un nouveau meilleur tour en course.
Aux Etats-Unis, il se classe 5e et lors de la manche finale au Mexique il signe la pole, le meilleur tour, mène 24 tours, mais des soucis l’empêchent de faire mieux que 6e.

La saison 1968 permet à Siffert de se classer 7e, le meilleur résultat de l’équipe depuis bien longtemps.

1969, des points sans victoire

C’est toujours la Lotus 49B-Cosworth qui sera aux mains de l’équipe en 1969. Siffert se classe 4e en Afrique du Sud, abandonne en Espagne avant de signer deux podiums consécutif à Monaco où il termine troisième et aux Pays-Bas où il est second. Après deux arrivées hors des points, sa 11e place en Allemagne compte comme une 5e place, les pilotes de F2 classés devant lui ne marquant pas de points !
Les 4 dernières courses se solderont par une 8e place et trois abandons.

En ayant marqué trois points de plus que l’année précédente, il se classe plus loin, 9e.

1970, Graham Hill comme porte étendard d’une dernière saison bien terne

Pour l’année 1970, Siffert part chez March. Rob Walker le remplace par le vétéran Graham Hill qui connaît bien les Lotus pour avoir piloté pour l’équipe officielle les années précédentes. Pourtant convalescent, il va classer la Lotus 49C à la 6e place du premier GP en Afrique du Sud puis à la 4e place du second Grand Prix.

A Monaco, gros changements. Brooke Bond Oxo devient sponsor titre du Rob Walker Racing Team. Hill prend une belle 5e place. Une 6e place en Grande Bretagne est le seul résultat sur les 6 GP suivants, l’équipe ne se présentant même pas en Autriche.
Elle fait son retour en Italie avec une Lotus 72 mais l’accident mortel de Jochen Rindt entraîne le retrait des Lotus. Aucun point ne sera marqué sur le reste de la saison et Hill se classera 13e avec 7 points.

Clap de Fin et journalisme pour Rob Walker

La perte de Brooke Bond Oxo, partis chez Surtees sonne le glas du Rob Walker Racing Team. Rob Walker arrête le team. Il est encore dans les paddocks puisqu’il est le manager de Mike Hailwood, champion moto qui court… pour Surtees. Fin 1974, il quitte les paddocks en tant qu’acteur.

Il y restera en tant qu’observateur. En 1967 il avait commencé à collaborer avec le magazine Road & Tracks, comme correspondant sur les Grand Prix. Il le restera jusque dans les années 90.
Rob Walker décédera en 2002, d’une pneumonie.

Au total le Rob Walker Racing Team aura couru 124 courses du championnat du monde, signant 9 victoires, 10 poles et 9 meilleurs tours.

Photos : News d’Anciennes, Wikimedia Commons et La Berezina.com

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes

Passionné d’automobile ancienne, il a créé News d’Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.

Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu’elles sont un peu plus rapides !


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