26 juin 1906. 34 pionniers s’élancent sur les routes sarthoises pour le premier Grand Prix de l’Automobile Club de France, dans une compétition mettant à rude épreuve les hommes et les machines.
19 septembre 2026. Une centaine de participants s’élancent sur ces routes historiques dans le cadre du rallye touristique organisé par le Comité de sauvegarde du 1er Grand Prix de l’ACF. Du Breil-sur-Mérize en passant par Saint-Calais, Cherré-Au, Montfort-le-Gesnois, jusqu’au circuit des 24 Heures du Mans, retour sur une journée où passé et présent semblent ne faire qu’un.
En bref :
– Un peu plus de 120 ans après le premier Grand Prix de l’ACF, les véhicules anciens ont de nouveau parcouru le circuit originel.
– Cet événement marqua l’histoire de l’automobile et est l’ancêtre des Grand Prix actuels mais également des 24 Heures du Mans.
– Les voitures anciennes présentes représentaient toutes les époques.
Au programme
Rassemblement et premier hommage
C’est au Breil-sur-Mérize, à 8 h 30, que la journée débute. La météo est parfaite pour une bonne journée sur les routes sarthoises. Sur le parking Paul Baras, les premiers participants sont accueillis par l’équipe du Comité de sauvegarde.
Le lieu n’est pas choisi au hasard. Paul Baras est le recordman du tour, avec une vitesse moyenne de 118 km/h pour un tour bouclé en 52 minutes. Une belle performance pour l’époque ! Une exposition se trouve dans la salle polyvalente de la ville, retraçant ses exploits. Son petit-fils est présent afin de distiller des informations précieuses.


De mon côté, c’est l’occasion de découvrir les modèles qui prendront tout prochainement la route à la conquête du passé. Quatre plateaux s’élanceront, espacés de quelques minutes afin de permettre un regroupement général quelques heures plus tard. Un scénario parfait pour immortaliser l’événement. Alors que les concurrents reçoivent, un à un, leurs lots de bienvenue, M. Riolon, président du Comité de sauvegarde, et M. de Pontbriand, président de l’ACF, échangent sur les modalités de la journée.





Top départ
10 h. Il est temps de prendre la route. Alors que je me dirige vers mon premier arrêt photo à Bouloire, je récupère la D357, qui nous permet d’entrer sur le circuit historique à hauteur du 20e kilomètre. En 1906, le départ était donné à l’actuel parc des Sittelles, à Montfort-le-Gesnois. Après la traversée de Saint-Mars-la-Brière, le franchissement de la fourche d’Auvours et le passage par Ardenay-sur-Mérize, nous faisons désormais route commune, 120 ans après.
Tout au long de la journée, treize totems commémoratifs nous guideront sur le chemin de la mémoire. Une fois arrivé à Bouloire, je m’arrête près du château et de l’église afin de capter le passage du premier plateau. Il est plaisant de constater que des personnes attendent le passage du cortège pour saluer les participants. Ce sera d’ailleurs le cas dans l’ensemble des villages traversés ce jour.
Ce premier plateau est composé, entre autres, de la Voiturette de Léon Bollée, d’une Renault AX, d’une Riley déjà aperçue à Mansigné et Marçon plus tôt dans l’été, de deux De Dion-Bouton, d’une Darracq RXX 1910, d’une Vinot et Deguingand Sport, d’une Ford A, ainsi que de plusieurs Citroën, Renault et Peugeot construites à la fin des années 20 / début des années 30.





Je reprends la route, direction Saint-Calais, pour mon prochain arrêt, proche de la base de loisirs. Je rattrape le cortège du premier plateau. Je dois dire qu’il y avait une certaine émotion à voir tous ces modèles, pour certains d’époque ou proches, rouler ensemble sur ces routes. Dans le tourbillon de vitesse qu’offre la modernité, ces véhicules du passé nous rappellent que parfois, prendre son temps, c’est aussi une bonne idée.
Un petit point d’histoire : À l’époque, une route planchéiée avait été construite à Saint-Calais, spécialement pour l’événement, afin d’éviter un passage dans le centre-bourg. Il n’existe plus aucune trace de celle-ci ; alors, nos concurrents du jour circuleront sur une route classique, après un passage avenue Coursimault, avenue de Kirchdorf, boulevard du Dr-Gigon, puis avenue du Bourgneuf, direction Berfay.





Berfay donc. Ce village représentait, à une centaine de mètres prêts, le milieu du parcours en 1906. C’était le fameux kilomètre 51. Ce même kilomètre 51 est désormais le nom pris par un restaurant à proximité de l’église. Pour l’occasion, quelques personnes sont venues célébrer le passage du rallye au pied du commerce.





Plus loin, je croise pour la première fois le chemin du deuxième plateau, composé de différentes Citroën Traction et 2 CV, Renault 4 CV et Dauphine, Simca Aronde et Vedette, Triumph TR3 et MG MGA. Je me trouve dans la forêt, juste avant Vibraye.
À hauteur de la ligne des Arpents, nos concurrents du jour poursuivent tout droit leur chemin. Mais 120 ans plus tôt, le Grand Prix tournait à gauche pour prendre la route forestière. Plus loin, une nouvelle route planchéiée était construite afin de permettre le contournement du bourg de Vibraye, peu adapté au passage de bolides lancés à plus de 100km/h.





En poursuivant notre route au fil de la D1, nous récupérons la route historique à hauteur de l’ancienne gare de Vibraye, où un autre totem est édifié, tout proche d’une ancienne locomotive. C’est ici que nous croisons le troisième plateau, à l’accent plus américain, mais pas que, avec la présence de plusieurs Ford Mustang, d’une AC Cobra et d’une Corvette C3. Plusieurs Triumph, Mercedes et Matra sont de la partie.





Lamnay constitue mon dernier arrêt avant la pause-déjeuner prévue pour tous. Le quatrième plateau, bien plus récent, défile sous les yeux ravis des passants. Si l’envie vous prend d’aller consulter les photos d’archives de la course, vous remarquerez quelque chose de cocasse concernant le passage à Lamnay. S’il est aujourd’hui monnaie courante de faire tout et (surtout) n’importe quoi pour se faire connaître sur les réseaux sociaux, certains avaient déjà des idées pour se faire remarquer, 120 ans auparavant. Difficile de dire si l’idée venait du fils… Ou du père.





La pause s’impose
Il est l’heure pour tous de reprendre des forces ! Nous nous arrêtons à Cherré pour une pause-déjeuner bien méritée. L’occasion est parfaite pour faire la revue des troupes. Devant la salle, se trouve la Voiturette de Léon Bollée. Datant de 1896 et équipée d’un moteur monocylindre produisant 3 chevaux, elle est assurément une des curiosités de la journée.







Lors du repas, M. Riolon adresse quelques mots et remerciements aux participants et bénévoles qui œuvrent au bon déroulement de la journée.
Le moment est propice pour recueillir les propos du président du Comité de Sauvegarde :
News d’Anciennes : Pouvez-vous nous présenter, en quelques mots, les missions du Comité de sauvegarde du premier Grand Prix de l’ACF ? Comment les faites-vous vivre au quotidien ?
M. Riolon : Les missions du comité de sauvegarde du 1er Grand Prix de l’Automobile Club de France, en 1906, sont de mettre en valeur le circuit de 1906 pour qu’il ne tombe pas dans l’oubli, par des expositions relatant cette mythique course, qui fut la 1re course en France en circuit fermé et qui donna, en 1923, les 1res 24 Heures du Mans. Nous nous auto finançons par la vente d’objets lors de nos expositions.
NA : Comment une journée comme celle que nous vivons s’organise-t-elle pour vous ? Quels sont les principaux points de vigilance pour assurer la bonne tenue de l’événement ?
MR : Une journée comme les 120 ans s’organise un an à l’avance avec nos partenaires, qui sont l’Automobile Club de l’Ouest, l’Automobile Club de France, le Conseil départemental de la Sarthe, le Pays du Perche sarthois, les municipalités où le circuit a traversé leurs communes et divers partenaires privés, avec la collaboration de collectionneurs de véhicules anciens. D’ailleurs, un certain nombre d’événements ont précédé cette journée afin de commémorer les 120 ans.
NA : Alors que les commémorations en lien avec le 120e anniversaire vont prendre fin, quelles sont les prochaines échéances pour le Comité de sauvegarde ?
M.R : Les prochaines échéances sont des expositions lors de bourses d’échanges de la région et notre assemblée générale en novembre.
Les batteries sont désormais rechargées ; la digestion, quant à elle, se fera en direction du Mans pour la deuxième partie de ce rallye.
Retour sur la route ou plutôt le circuit !
Mon premier arrêt photo se fait tout proche du lieu de la pause, au niveau de l’église de Cherré. Le centre se prête parfaitement à la prise de vue, et nous emmène vers la rue Triger, où se trouve un autre totem commémoratif. Au bout, la Voie de la Liberté nous emmène vers Sceaux-sur-Huisne pour un nouvel arrêt photo. L’itinéraire emprunté ce jour se révèle doublement historique.





À Sceaux-sur-Huisne, l’espace Lorraine Dietrich m’offre un point de vue sympathique sur l’église et la mairie du village, où quelques personnes attendent le cortège. J’en profite pour capturer le premier et deuxième plateau du jour.





Plus loin, Connerré, plus connu pour ses rillettes, nous accueille pour le passage du troisième plateau. La montée de l’Avenue Carnot se fait non sans mal pour certaines anciennes qui commencent à rencontrer quelques pépins mécaniques.





Accompagné par le quatrième plateau, j’arrive au deuxième arrêt du jour. Le parc des Sittelles accueille le cortège pour un instant de partage autour d’un verre et de quelques tartines de rillettes. Le cadre est bucolique et très arboré ! De quoi faire une belle pause quand on est dans la région.






L’arrêt à Montfort-le-Gesnois permet de faire une découverte particulière. Sous la Voie de la Liberté, se trouve un souterrain, nommé “le Pont du Circuit” sur la route. C’est le seul vestige restant du circuit de 1906. Il servait initialement de passage pour le public pendant le Grand Prix, et était cerné à l’époque par les tribunes construites pour l’occasion. Une exposition permanente permet de se replonger dans l’événement via des photographies d’époque.
Bien que nous évoluons sur les routes historiques du Grand Prix depuis le début de matinée, c’est ici que le trait d’union entre passé et présent s’effectue, et que la commémoration prend tout son sens.





Le circuit du Mans pour finir
Les moteurs démarrent de nouveau, direction la dernière étape de la journée. Les plateaux traversent tour à tour Saint-Mars-la-Brière, Champagné, et malgré des départs séparés, une très grande partie du convoi se retrouve sur la Voie de la Liberté, à destination du circuit Bugatti. Une fois la porte Sud franchie, direction l’allée des stands pour un dernier briefing, avant une parade de deux tours sur le circuit.





Le convoi prend la piste en direction de la chicane Dunlop, dans une allure modérée qui permet de profiter pleinement des lieux. Pour ma part, j’ai la chance de parader à l’arrière d’une superbe Ford Custom Deluxe Convertible de 1951. Afin de marquer la fin de journée, l’ensemble des participants se sont arrêtés dans le virage de la Chapelle pour une photo souvenir. De quoi terminer une très belle journée sur les routes sarthoises.





Conclusion
Initialement prévu fin juin, mais reporté en raison des fortes chaleurs, le Comité de Sauvegarde à réussi son pari : repartir d’une feuille quasi blanche afin de proposer une commémoration digne de ce nom. Tout au long de la journée, un véritable esprit de partage et de bonne camaraderie s’est fait ressentir. Et si l’occasion de découvrir cette route historique se présente pour vous, n’hésitez pas un seul instant.
De ville en ville, de totem en totem, vous découvrirez avec plaisir les fondements de l’histoire d’amour qui lie la Sarthe et le sport automobile. Et si nous n’avons pas le loisir d’évoluer aussi rapidement que Ferenc SZISZ, Paul BARRAS ou encore Albert CLEMENT sur ce parcours, le plaisir de la découverte, lui, reste le même.
Je profite de la fin de cet article pour remercier M. et Mme. RIOLON, ainsi que l’ensemble du Comité de Sauvegarde, pour m’avoir grandement facilité les choses tout au long de la journée pour la rédaction de cet article. Je remercie également les deux conducteurs de la superbe Ford d’avoir accepté ma présence pour la parade sur le circuit.






































Commentaires