Certaines livrées sont connues dans le monde entier et d’autres sont connues surtout sur certains territoires. On n’a pas attendu qu’Alpine noue un partenariat avec un spécialiste du traitement de l’eau pour voir des voitures de course se parer de rose. C’était avec le team Aseptogyl, une équipe 100 % féminine, et ça a concerné les Alpine et Citroën, mais également des Porsche et Lancia, autour de « Bob » Neyret.
Au sommaire :
Robert Neyret, pilote sur sable… et neige !
Impossible de parler d’Aseptogyl sans évoquer son fondateur. Né en 1934, il commence le sport automobile dès ses 20 ans, alors qu’il est encore étudiant pour devenir chirurgien-dentiste (c’est important). D’abord copilote sur une Renault 4CV vitaminée, il se forge un beau palmarès sur les épreuves longues et, surtout, voit le potentiel de la Citroën DS en rallye.
C’est au volant de la reine de la route qu’il se forge son vrai palmarès. En classe tourisme d’abord, puis en scratch, il devient un spécialiste du Rallye du Maroc, qu’il remporte en 1969 et 1970, mais également des courses sur neige avec le Neige et Glace 1962 et 1967.


Même si Citroën lui fournit des DS « usine », « Bob » Neyret n’est qu’un amateur. Toujours dentiste, il ne ferme pas son cabinet et n’a que peu de temps pour la course automobile. Il raccroche le volant après la saison 1972 mais va continuer son activité en sport automobile avec l’équipe Aseptogyl.
Le team Aseptogyl
Si vous ne l’avez pas connue, Aseptogyl fut une marque de dentifrice française. C’est Bob Neyret qui fabrique ce dentifrice à La Mure, entre Gap et Grenoble, sur les terres du Rallye Monte-Carlo. La marque a donc des couleurs roses, rouges et blanches, et le team de course formé en 1971 va reprendre ces couleurs !



L’idée de génie de Bob Neyret pour se démarquer est aussi une nécessité. Non, on ne parle pas de la couleur des voitures mais des équipages. Les plus grands pilotes courent alors pour les constructeurs (qui sont nombreux en sport automobile) mais les pilotes féminines sont alors nombreuses et performantes. C’est vers elles que va se tourner le team Aseptogyl pour composer ses équipages, qui courront sur des voitures très diverses. Ces pilotes, on les surnommera « les filles de l’oncle Bob ».
Une stratégie payante
En bon spécialiste du Rallye du Maroc, Neyret fait engager ses premiers équipages en compétition de l’autre côté de la Méditerranée. En 1971, le premier équipage féminin est engagé au Rallye du Maroc sur DS21 ; au terme d’un éprouvant rallye, Claudine Trautmann et Marie-Pierre Palayer décrochent la victoire en coupe des dames, un premier succès pour l’équipe Aseptogyl.
Pendant plusieurs années, les voitures roses vont sillonner les différents rallyes d’Europe. Les équipages évoluent sur Citroën DS et très vite des Alpine 1600S et 1800 se parent également des couleurs du dentifrice grenoblois. Pendant quatre années, les Alpine seront utilisées en rallye. Les couleurs Aseptogyl vont marquer les esprits en faisant quelques coups d’éclat, comme en 1974 où une des Alpine roses se classe à la neuvième place du général lors du rallye WRC d’Amérique. On retrouvera également les Alpine roses sur le Tour de France, où les pilotes remporteront la coupe des dames.


En 1975, un changement de monture a lieu : pour le Rallye du Maroc, des Peugeot 304 et 504 Coupé sont choisies. Résultat, une septième place est décrochée au général, prouvant à nouveau que les choix effectués sont bons. Cette année là Corinne KOPPENHAGUE-TARNAUD et Christine ROUFF feront elles le Tour Auto sur une Porsche 911 Aseptogyl.
En 1976 et 1977, c’est l’apogée : Aseptogyl, en parallèle des Alpine A310 engagées notamment au Monte-Carlo, va engager des Lancia Stratos. En rallye ? Pas seulement : en 1977, une Stratos est engagée au Monte-Carlo et se classe sixième. Mais le coup de maître durant ces deux années, en plus du rallye, est un engagement en endurance aux 24 Heures du Mans.



En 1976, l’équipe Aseptogyl se lance le pari fou d’emmener sur le circuit d’endurance une Lancia Stratos. La voiture, conçue pour le rallye, est revue de fond en comble. L’aérodynamique est retravaillée avec un plus grand spoiler avant et un aileron adapté. Le moteur est optimisé et fiabilisé pour tenir le choc des 24 Heures et la livrée rose est appliquée. Au volant, on retrouve Christine Dacremont et Lola Lombardi, un duo rapide qui connaît la voiture.
Résultat : après 24 heures, la voiture franchit la ligne d’arrivée, et mieux que ça, elle la franchit à la vingtième place du général et remporte la victoire en classe GTP, une franche réussite pour une voiture destinée aux routes et chemins.



L’année suivante, à nouveau une Stratos à la livrée rose est engagée, avec Christine Dacremont et Marianne Hoepfner à son volant. Malheureusement, malgré l’expérience des deux femmes sur Lancia, les couleurs Aseptogyl ne verront pas la ligne d’arrivée, suite à une casse moteur. En 1978, l’aventure au Mans est à nouveau tentée, mais cette fois-ci avec un prototype de chez WM propulsé par un moteur Peugeot. Mais le duo Christine Dacremont/Marianne Hoepfner ne verra à nouveau pas la ligne d’arrivée : le joint de culasse leur fera défaut et contraindra l’équipe à abandonner.
Aseptogyl, tout au long de son existence, verra son nom apposé sur tout type de véhicule : on l’a vu sur de nombreuses voitures notamment. Mais en 1979, la livrée rose se retrouve sur un camion. À l’occasion du rallye Nice-Abidjan-Nice, les couleurs du dentifrice sont apposées sur un Iveco. L’équipage composé de six femmes réussira à terminer la traversée du désert et marquera officiellement la fin des grands engagements d’Aseptogyl en tant que sponsor.


Après cette aventure en camion, Aseptogyl se retire du sport automobile : les budgets deviennent trop élevés pour engager des voitures en rallye ou en endurance. Toutefois, cela aura servi de tremplin pour l’expansion des femmes en sport mécanique et on retrouvera les filles de l’oncle Bob au départ de nombreux rallyes. Marianne Hoepfner, par exemple, continuera le rallye en participant de nombreuses fois au Dakar. Sans parler de Michèle Mouton, qui n’a que peu couru pour l’équipe française mais qui ouvrira la voie aux grands constructeurs dans l’idée d’engager des femmes pilotes.


Robert Neyret, quant à lui, ne quittera pas le monde du sport automobile. Il participe pendant des années au Rallye de Monte-Carlo historique ou bien au Tour Auto, mettant souvent en avant ses anciennes couleurs Aseptogyl, rappelant que dans le monde du sport automobile et des livrées, il n’y a pas que les grands noms et que d’autres entreprises ont marqué l’histoire.
Si vous souhaitez plus d’images de cette belle épopée, un groupe Facebook est actif et répertorie l’ensemble des photos de l’équipe Française en rallye, rallye-raid et endurance !
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