Entretien avec Jean-Louis Blanc, président de la FFVE

Entretien avec Jean-Louis Blanc, président de la FFVE
Benjaminhttps://newsdanciennes.com
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos. Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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La FFVE est bien connue de la plupart des amateurs de voitures anciennes. Si ce n’est pas le cas c’est l’acronyme de Fédération Française des Véhicules d’Époque et c’est tout simplement l’organe qui regroupe les différents acteurs du monde des véhicules anciens. Depuis 2019 c’est Jean-Louis Blanc qui en est le président.

Pour beaucoup la FFVE se limite à l’organe qui délivre les attestations permettant d’obtenir le Certificat d’Immatriculation de Collection (quelques rappels par ici). Mais la FFVE a bien d’autres activités et d’autres réflexions. C’est pour cela qu’on s’est dit qu’en parler avec son président permettrait d’y voir plus clair.

NA : Avant de parler de la FFVE, pour ceux qui ne vous connaîtrait pas, quel est votre parcours à vous de collectionneur ?

Jean-Louis Blanc : J’ai commencé en 1990, j’avais 30 ans. J’ai toujours eu que des voitures des années 60. J’ai commencé par un cabriolet Fiat 1500, que je regrette toujours, une Facel Vega FV III, puis une Alfa Giulia Spider, une Mercedes 230 SL, une Pagode, et une R8 Gordini 1300. Je n’ai jamais eu d’anglaises. C’est assez éclectique mais tout ça c’est entre 1964 et 1969.

NA : Et beaucoup de cabriolet…

JLB : Oui ! C’est moitié-moitié (rires). Là ce sont des voitures de route mais j’ai surtout fait beaucoup de rallyes de régularité et j’en ai organisé. J’ai créé le Cévennes Lozère Historique qui a duré 5 ans. J’ai aussi créé les Boucles de Loire, là aussi 5 années de suite.

Et puis j’ai créé le Trophée Historique des Régions. Un rassemblement de rallye de même qualité, qui marche toujours et pour lequel j’ai laissé la présidence à Yvan Gascoin qui est un des Vice-Président de la Fédération et qui s’en occupe très bien. Donc j’étais surtout organisateur de rallye de régularité.

NA : C’est par ce biais là que vous êtes arrivé à la FFVE ?

Jean-Louis Blanc : Alors la FFVE j’y suis arrivé par des connaissances qui en faisaient partie et puis j’étais assez proche de Claude Delagneau il y a une vingtaine d’années. Ils sont venus me chercher il y a 2 ans, comme j’étais en retraite, pour me demander si ça m’intéressait et je m’y suis laissé prendre. Et voilà ! (rires)

NA : Jean-Louis Blanc, parlons de la FFVE. Est-ce que vous pouvez nous la présenter à l’instant T ? Est-ce-que en 2020 il y a encore des nouveaux membres pros, clubs, des demandes d’attestation…

JLB : Il y a actuellement 1400 adhérents clubs. C’est un chiffre qui plafonne, il n’augmente pas beaucoup par rapport aux adhérents pro qui augmentent réellement. Aujourd’hui on reçoit 3 demandes d’adhésion de pro pour chaque adhérent club pour vous donner un ordre d’idée. Ça montre que le secteur est dynamique. C’est vraiment une filière active et croissante que nous voyons chez nos adhérents et c’est frappant. Vous savez le secteur des véhicules de collections représente 20.000 emplois, c’est 4 milliards d’Euros de chiffre d’affaire et c’est croissant !

On est en train de faire une enquête socio-économique, la même qu’il y a 4 ans, et j’ai hâte d’avoir les résultats qui devraient sortir d’ici la fin de l’année. Je pense qu’on va encore mettre en lumière une belle croissance. C’est vraiment encourageant.

Cette année, malgré la Covid-19, les demandes d’attestations de cartes grises de collections, vous savez qu’on délivre en fait les attestations d’authenticité, continuent de croître. C’est un secteur qui se porte très bien.

NA : Quels sont les principaux sujets sur lesquels travaillent la FFVE en ce moment ?

Jean-Louis Blanc : Alors LE sujet c’est la ZFE. Ça fait un an qu’on travaille dessus. C’est un sujet important et qui va durer 2 ans car on doit voir les métropoles les unes après les autres et tacher de recevoir de l’Etat la fameuse vignette qui nous permettrait de nous distinguer des autres voitures. (NDLR : un point sur les ZFE et les actions de la FFVE par ici)

On a beaucoup d’autres activités, d’abord la délivrance des attestations pour laquelle on a réussi à réduire les délais. Vous savez notre exercice se termine le 31 Octobre, on devrait terminer notre exercice avec une quinzaine de jours de délai de traitement pour les particuliers et quasiment aucun pour les professionnels. C’est vraiment un gros progrès par rapport à la situation que l’on a connu il y a 2 ans.

Nous avons aussi des programmes qui sont des actions que nous avons imaginé en interne mais qui ont été impactées par la Covid-19. Ces programmes qui sont au nombre de 6, auraient dû être déployés durant l’année.

Le premier tourne autour du patrimoine. On a décidé d’être partenaire des Journées Européennes du Patrimoine avec le Ministère de la Culture et nous devions avoir une exposition de voitures anciennes dans les plus beaux monuments de France, privés ou public. Tout cela devait être organisé avec les DRAC et nos délégués régionaux. Finalement il n’y a eu que 13 événements à cause du covid dont un très important au Palais Royal, sous les fenêtres du Ministère de la Culture avec la présence de la Ministre Roselyne Bachelot qui nous a fait l’amabilité de venir à l’exposition.

Elle était très curieuse, elle a demandé un commentaire sur chacune des voitures exposées. Elle a pris le temps de nous visiter dans les jardins du Palais Royal et c’est une orientation très forte de la politique de la FFVE d’aller vers la défense du patrimoine. Mais c’est un patrimoine qui roule alors il faut qu’il roule !

Entretien avec Jean-Louis Blanc, président de la FFVE

La 2ème chose c’est l’histoire, on a monté une opération « Les lieux de l’Histoire Automobile ». On va célébrer tous les lieux dans la somptueuse histoire automobile française. Il y a 100 ans d’histoire dans nos véhicules d’époque (la voiture à 130 ans) et nous les célébrons on mettant des plaques là ou il y a eu un événement remarquable. J’ai envoyé à tous nos clubs un formulaire pour soumettre des propositions et nous avons eu un retour de 250 projets de plaque ! La 1première a été posée à Avignon juste avant le confinement et ça c’est arrêté.

On a repris en septembre, on a en mis 4-5, dont une à La Remise c’est un restaurant qui sert de relai au Rallye Monte-Carlo. L’histoire est formidable, on a eu Jean Todt qui est venu, du beau monde vraiment, pour célébrer ce lieu de passage mythique et historique du Rallye Monte-Carlo et qui l’est toujours. On va poser entre 30 et 50 plaques par an dans les lieux mythique de l’histoire de l’automobile.

Le 3eme programme c’est pour montrer qu’on est pas des « sauvages » : pour chaque attestation authenticité délivrée nous planterons un arbre. Nous collaborons avec Fransylva qui est la Fédération des Syndicats des Forestiers Privés qui nous cite un certain nombre de lieux où la foret ne repoussera pas sans l’aide de l’homme. On va planter 30 000 arbres en France. On choisit avec le propriétaire les lieux où planter l’arbre qui sera signalé avec une plaque verte qui dira que cet arbre a été planté grâce à l’aide des collectionneurs français.

Le 4 ème programme est un programme de formation. Les garagistes et restaurateurs ont de plus en plus de mal à trouver des spécialistes quand ils ont en besoin. On a fait un partenariat avec le CNPA ; Conseil National des Professions de l’Automobile ; qui gère les fonds de formations dans le secteur de l’automobile. On a décidé de créer dans 12 sites en France des centres de formation dans la carrosserie, la tôlerie et mécanique ancienne qui délivreront des certificats de qualification professionnelle. À cause du Covid, nous n’avons pu en ouvrir que quatre pour l’instant. Nous avons pour l’instant qu’une vingtaine de stagiaires mais nous espérerons en avoir une cinquantaine une fois le projet abouti. Tous ces projet sont gérés par un administrateur bénévole.

NA : Je voulais évoquer avec vous un programme en particulier, vous êtes impliqué dans l’hybridation d’une véhicule récemment et…

Jean-Louis Blanc : Ah non ! Ce que nous avons fait c’est un groupe de travail sur le véhicule d’époque et la transition écologique. Nous avons examiné tous ce qui se passe et on a des propositions qui vont en sortir. Nous attendons de les proposer à notre Conseil d’Administration et c’est ce conseil qui décide de les lancer ou non.

NA : Et du coup votre avis sur le retrofit ?

JLB : Ce n’est pas dans notre paroisse. Ce n’est pas une voiture d’époque. Une voiture d’époque est une voiture conservée au plus près de sa configuration d’origine et qui est en très bon état. Ceux qui souhaitent retrofiter, je ne suis ni contre ni pour… mais ce ne sont plus des véhicules d’époque. Ils ne relèvent plus de la Fédération Française des Véhicules d’Époque.

NA : Comment voyez vous l’avenir des anciennes si les énergies fossile disparaissent ou viennent à se raréfier ?

Jean-Louis Blanc : Je ne sais pas. Je crois que c’est quand même pas pour demain. Je crois qu’il y a dans la mécanique ancienne beaucoup d’améliorations à apporter pour pouvoir réduire la pollution produite par nos voitures. Tout ça est quand même assez marginal. Nous roulons 15 fois moins que les voitures modernes. La pollution liée à nos véhicules anciens n’est pas mesurable. Et nous interdire de rouler ne fera rien sur la qualité de l’air. Ce qui est important c’est le patrimoine.

NA : Jean-Louis Blanc on voudrait revenir sur le Certificat d’Immatriculation de Collection. Vous citez, à propos des ZFE, le modèle allemand avec des plaques uniformisées. Est-ce un point sur lequel la FFVE travaille ?

JLB : Absolument. On est dessus. On est très actif dessus. On est persuadé qu’il faut posséder une vignette pour nos véhicules d’époque. Sans cela ça va être une source de complications dans l’application des règles, qui peut être variable d’une région à l’autre. Ça va être kafkaïen. Donc il va falloir une vignette qui distingue les véhicules d’époque des autres. C’est notre position très claire et unanime.

NA : Une question d’avenir maintenant. Comment pensez-vous attirer les jeunes vers la collection ?

Jean-Louis Blanc : C’est un sujet sur lequel nous avons un groupe de travail dédié. D’ici la fin de l’année, début de l’année prochaine nous proposerons des idées. C’est un sujet très important. Ce qui est frappant lors d’événements, c’est que nous remarquons que se sont souvent les jeunes femmes qui s’arrêtent pour prendre des photos. Il y a beaucoup à faire sur cette catégorie d’amateurs.

Les jeunes urbains côtoient moins souvent que nous les véhicules d’époques et je pense sincèrement que lorsqu’ils le pourront, ils décideront de s’acheter une voiture ils se tourneront vers la voiture ancienne, pour son originalité et sa beauté.

NA : Encore par rapport aux jeunes et leur place dans la collection, est ce que le fonctionnement des clubs doit aussi évoluer ?

Jean-Louis Blanc : Je le crois. Vous savez nous sommes une fédération de club et je crois qu’il y a beaucoup à faire et il faut nous mettre aux goûts du jour. Je ne peux pas anticiper sur ce que seront les idées du groupe mais il y aura des idées dessus.

NA : Pour terminer Jean-Louis Blanc, quelle est votre vision de l’année 2020 dans le monde du véhicule ancien qui a été fortement perturber par le Covid ? Y a-t-il du positif à ressortir dans ce que vous avez vu ?

JLB : Le positif c’est que dès que nous avons pu mettre notre nez dehors, paf, nos événements sont sortis. On a quand même lancé la Journée Nationale des Véhicules d’Époque de façon virtuelle. Ce qui fut quand même un bol d’air important.

Les manifestations qui ont pu avoir lieu ont eu beaucoup de succès. Je crois que la passion est là et qu’elle demande à repartir vite. Les programmes que nous avions prévu cette année, cela aurait été formidable de tous les lancer

Il y a un sujet qui me tient à cœur, et que je n’ai pas encore abordé, ce sont les concours d’élégance. Nous sommes certes 250.000 collectionneurs, mais ils ne faut pas oublier les millions d’amateurs. Nous nous devons de cultiver cette sympathie spontanée du grand public autour du véhicule d’époque. Lorsque les voitures sont arrêtées, les amateurs peuvent échanger avec le collectionneur c’est un excellent moyen de connexion entre le grand public et la voiture d’époque, la culture de la collection et l’histoire du véhicule ancien. Tout est lié. Tout d’abord ça encourage et célèbre le travail des artisans qui restaurent, entretiennent ces voitures. Ce sont des métiers d’art.

C’est pour cela que notre groupe de travail à créer une charte du concours d’élégance de la FFVE et nous avons proposé à certains événement de préparer le concours en se basant sur cette charte. On a eu 20 candidats ! Il y a eu des concours d’élégance toute l’année, y en a même eu 3 dédiés à la moto. On devait en faire 23.

Mais le Covid a vraiment été un coup d’arrêt pour nous. Par contre, le nombre d’attestation n’a pas faibli, il a même un petit peu augmenté par rapport à l’année dernière ce qui est encourageant quand même.

NA : En 2021 les événements devraient faire le plein !

JLB : J’espère bien ! (rires)

NA : Merci Jean-Louis Blanc

On suivra donc avec attention les prochaines évolutions, que ce soit au niveau des ZFE et du CIC ou simplement les conclusions des différents groupes de travail… mais surtout les actions qui en découleront ! Tout cela sera à suivre sur News d’Anciennes et sur le site de la FFVE.

Entretien réalisé par téléphone fin Octobre.

Entretien avec Jean-Louis Blanc, président de la FFVE

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2 Commentaires

  1. Des sujets intéressants abordés mais il me tarde vraiment de voir les résultats pour deux des sujets :
    les ZFE mort ou non de la voiture ancienne ?
    la place des jeunes dans les clubs ? car j’ai 30ans et je collectionne des autos anciennes depuis mes 18ans mais j’ai souvent été « rejeté » des clubs car trop jeune, les autos ne correspondent pas au standard de notre club multimarque etc …

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