La Renault 14, c’est quand même plus qu’une poire

Il faut bien l’avouer, rare sont les autos anciennes qui ont une telle histoire. La Renault 14 n’a pas été le succès que la régie pouvait croire. Mais son histoire et son relatif échec ne sont pas QUE liés à cette image.

La conception de la Renault 14 : une bâtarde pas forcément bien vue

La Renault 14 est imaginée pour remplacer la Renault 6. Pourtant on est encore au début de la commercialisation de cette dernière, en 1968. Mais la modularité et l’espace proposé dans l’auto deviennent de plus d’arguments que la régie ne peut ignorer. On part alors vers une auto compacte, cinq portes, et avec un hayon. Comme une bonne partie de la gamme de l’époque.

Les études sont déjà bien avancées quand arrive le choc pétrolier. Les demandes des clients changent, la future auto doit suivre. Renault va alors revoir sa copie, en mettant les bouchées double sur la partie sécuritaire. La Renault 14 est étudiée avec des moyens informatiques, ce qui est plutôt innovant pour l’époque, et elle subit de nombreux crash-test.

Quand on fige le dessin extérieur, la Renault 14 est une voiture plus ronde que ses concurrentes. Un dessin avant-gardiste mais qui doit pouvoir vieillir correctement.

Une technique qui fait débat

Pour la partie technique, Renault s’allie à Peugeot. En fait les deux marques sont impliquées dans la Française de Mécanique de Douvrin, qui oeuvre déjà pour la production du PRV. Là c’est un moteur plus petit mais moderne qui va être conçu. Le 1218 cm³ de 57ch est un moteur qui sera installé en transversal, avec la boîte et le pont dans le même carter que le moteur. Tout alu et à arbre à cames en tête, il est résolument plus moderne que le Cléon que la régie a l’habitude d’utiliser à toutes les sauces.
Ce moteur sera donc partagé avec une concurrente, en l’occurrence la Peugeot 104. Ce n’est pas tout, le train avant en est aussi dérivé. Pour l’arrière on reprend le train de la Renault 5 que l’on adapte au gabarit de la voiture.

En tout cas, les agents de Renault ne goûtent pas trop à cette idée. Partager des éléments avec la concurrente, quelle drôle d’idée. D’autant que le Cléon-Fonte aurait eu sa place sans soucis sous le capot. Bref, quand l’auto est prête, elle est déjà mal vue… en interne !

Lancement timide en 1976

C’est fin Mai 1976 que la Renault 14 est présentée par la régie. Elle entre en production peu après, à Douai, sur une ligne en grande partie robotisée. La R14 est moderne et l’assume. Son but est alors de récupérer des parts de vente de la R6 tout en allant chercher celles de la Golf qui est (déjà) une référence du marché. Côté pub, on parle alors de la “7cv du bonheur”.

L’accueil est plus que timide. Seules 58.000 autos sont vendues la première année. La Renault 14 ne manque pas de qualités. L’intérieur est vaste, pas mal équipé avec ceintures de sécurité, essuie-glace deux vitesses, lunette arrière chauffante… Mais elle a aussi des défauts. Très vite son moteur est décrié car peu puissant, surtout qu’avec 870 kg, ce n’est pas vraiment un poids plume. Et puis cet équipement est finalement assez juste, d’autant que les versions L et TL sont relativement proches…

La Renault 14 devient la Poire en 1977

En fait l’histoire de la poire arrive très vite. C’est Publicis qui propose cette idée à Renault. L’idée est de la comparer au fruit, pas tant au niveau de ses formes rondouillardes que de la répartition des éléments. Un petit moteur à l’avant et un grand espace à l’arrière pour l’habitabilité.

Quoi qu’il en soit quand la publicité sort en 1977, la Renault 14 ne capitalise pas dessus puisqu’elle est moquée ! Le pire là dedans c’est que Renault et Publicis vont s’entêter et proposer “La Poire c’est confortable” et “Une Poire qui a la pêche” et finir d’enterrer l’image de la voiture.

Renault va faire évoluer sa R14

La carrière de l’auto continue et pour monter en gamme on propose en 1979 deux nouvelles versions. La GTL reprend le moteur de la TL avec une finition légèrement améliorée. La TS adopte le même moteur mais elle le pousse à 69 ch avec deux carbus. Elle reçoit aussi des vitres électriques et une fermeture centralisée, du jamais vu pour des autos de ce segment. En plus elle reçoit une bande noire dégradée sur l’aile avant qui allège la silhouette.

Le résultat commercial n’est toujours pas là. Les critiques sont vives, notamment avec des problèmes récurrents de démarrage et une corrosion naissante alors que les autos sont encore récentes.

En 1980 on lance une série 2. les clignotants sont à côté des phares et le bouclier est du coup revu. Les TL et GTL passent à 58,5 ch mais la TS reçoit une autre version du moteur. Passé à 1360 cm³ (c’est celui de la 104S) il atteint 70ch mais améliore surtout le couple.

En 1982 il sera même installé sur les GTL, mais avec un seul carburateur. La Renault 14 ne marche toujours pas aussi bien qu’espéré et se retire dès 1983. Une carrière courte, de 7 ans, qui aura vu 999.093 voitures sortir des usines. Un beau score en soi… mais insuffisant ! Dommage pour une auto qui avait de beaux arguments à faire valoir, sur le papier du moins.

L’héritage de la Renault 14

En fait la R14 va surtout aider Renault à ne pas reproduire ses erreurs. Sa remplaçante, la R9, fera appel au Cléon. On aura plus de Renault bâtarde avec une mécanique Peugeot. Et puis au niveau de la pub, la poire tombera aux oubliettes… même si la forme générale de l’auto sera reprise par bien des autos par la suite !

Du coup, c’est une voiture qu’on voit très peu dans le monde de l’ancienne. Peut-être que ses propriétaires n’osent pas les montrer ? En tout cas les versions police sont plus souvent de sortie !

Source : l’Automobile Ancienne

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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