Lancia ECV2

La Lancia ECV2, la voiture de rallye extrême

Ce n’est pas la première fois qu’on vous parle ici d’une Groupe S. La première fois c’était avec l’Audi Quattro Sport RS 002. La Lancia ECV2 aurait dû en être la concurrente… si le Groupe S était parvenu jusqu’aux spéciales de rallye.

Rappel : qu’est-ce que le Groupe S ?

Replaçons nous à l’époque mythique des Groupe B. Les autos de rallye sont des monstres de puissance, très démonstratives… et très populaires. 12 constructeurs sont engagés en 1986, chose qu’on ne reverra plus. Le Groupe B attire également les foules sur le bord des spéciales… ce qui va causer sa perte.

Au Portugal, Joaquim Santos sort de la route avec sa RS200 faisant trois mort et des dizaines de blessés. Déjà quelques constructeurs se retirent. Mais le coup de grâce arrive au Tour de Corse. Le 2 Mai 1986, Henri Toivonen et Sergio Cresto sortent de la piste, leur voiture prend feu. Au milieu de la montagne personne ne pourra les secourir. La FISA prend en main le dossier avec l’interdiction des jupes, le raccourcissement des épreuves et les autos de Groupe B seront remplacés dès le 1er Janvier 1987 par les Groupe A… alors que les constructeurs tablent déjà sur leur futures Groupe S.

Les Groupe S : plus fou encore que le Groupe B !

En 1987 c’est donc le Groupe S qui devait arriver en spéciale. Là on avait poussé le curseur encore plus loin que pour le Groupe B. Finies les “fausses” autos de série avec une homologation soumise à la fabrication de 200 exemplaires pseudo-routiers. On aura maintenant besoin de construire 10 voitures pour chaque homologation… ce qui sous-entend presque une nouvelle auto chaque année ! Ici la chasse aux coûts est très, mais alors très très, loin !

Les spécifications de ces autos ? Poids mini de 1000 kg, 2.4L atmo et 1.2L Turbo en bridant la puissance. Les autos feront moins de 4.5 m de long et 1.9 de large en reposant sur des roues de 16″. Un crash-test sera néanmoins imposé pour homologuer l’auto.

Avant son interdiction, Audi a donc déjà travaillé sur son auto, en secret, Toyota a préparé sa 222D, Renault une Maxi Turbo à 4 roues motrices et Lancia s’est lancé dans l’élaboration de l’ECV et de celle qui nous intéresse aujourd’hui : la Lancia ECV 2.

Avant la Lancia ECV2, l’ECV

Ces deux autos tirent leur nom de la technologie qui va être employée pour leur coque. ECV signifie en effet Experimental Composite Vehicle. Tout un programme, surtout au début des années 80.

La base de la future auto est la Lancia Delta S4, alors arme absolue de Lancia qui n’est contrecarrée que par la 205 T16. Sauf que là on va pousser le concept encore plus loin d’abord avec l’ECV, puis avec l’ECV2.

Un châssis composite

Le groupe Fiat ne se lance pas seul dans l’aventure. La partie composite sera produite par IDC, société spécialisée dirigée par Bizzarrini Junior ! Les innovations, c’est de famille !

Alors que les premières coques carbone-kevlar sont apparues en F1 récemment (1981), Lancia veut pour sa prochaine auto une innovation similaire. Pour la première fois sur une auto de rallye, ce sera une coque centrale en composite qui sera utilisée et pas un châssis tubulaire classique. Pour cela on utilise une structure en nid d’abeille aluminium entre deux couches de tissu Carbone-Kevlar imprégné d’epoxy et collé à l’epoxy. En 2019 cela semble archaïque mais en 1986 c’est révolutionnaire.

Pour compléter cette structure centrale, un faux-châssis tubulaire est monté à l’avant pour le trains et une baignoire rigidifiée à l’arrière entourera le moteur qui est prévu pour être porteur.

Le moteur Triflux : l’autre innovation de la Lancia ECV2

Concernant le moteur, on ne peut pas reprendre celui de la S4 directement. Les moteurs les plus évolués de l’époque utilisent déjà la technologie Cross-Flow. Les tubulures d’admissions croisent celles de l’échappement. Sauf qu’avec un moteur turbo il y a quelques inconvénients. Pour garder le maximum d’énergie cinétique dans les gaz d’échappement il faut que la tubulure soit la plus courte possible. Même chose dans l’autre sens. C’est relativement simple à mettre en oeuvre avec un gros turbo, mais lorsqu’on veut baisser le temps de réponse avec deux turbos, c’est plus compliqué.

C’est Abarth qui étudie le moteur de la Lancia ECV2. Et il va reposer sur une technologie qui sera brevetée par le groupe Fiat. On installe une soupape d’admission et une soupape d’échappement de chaque côté du cylindre. Les soupapes d’admissions sont alimentées par le haut et les soupapes d’échappement repartent chacune d’un côté. Ainsi, chaque cylindre alimente les deux turbos !

La Lancia ECV2 se distinguera de l’ECV en adoptant un échangeur air-eau pour refroidir les turbos. En tout cas les turbos sont au centre de l’attention dans l’habitacle, en témoignent les énormes manomètres présents.

Une carrosserie de S4 sur l’ECV, plus d’aéro sur la Lancia ECV2

La première Lancia ECV ressemble beaucoup à la S4. Les proportions sont globalement les mêmes si ce n’est une compacité accrue.

La Lancia ECV2 pousse le concept encore plus loin. Là on s’éloigne de la S4 avec un capot beaucoup plus travaillé au niveau aéro. L’arrière est également modifié et l’aileron est plus déporté, améliorant son efficacité.

Pour autant, il faut promouvoir les Lancia de série. Alors on installe une calandre de Delta à l’avant !

Des roues inédites

Côté roues enfin, on adopte des roues pleines. Là encore c’est pour l’aéro. Là où la Lancia ECV2 se distingue de l’ECV c’est notamment à ce niveau. Sur l’ECV les roues carbones sont pleines et presque sans trous. Sur son évolution, un léger déport est créé et des ailettes permettent un meilleur refroidissement des freins.

Une fiche technique ahurissante

Au final ces autos sont des prototypes qui auraient largement surclassé les Groupe B que nous n’avons jamais pu voir en course :

  • Moteur 1759 cm³ à carter sec, 2 AAC en Tête, 2 Turbo K.K.K., 600 ch à 8000 trs/min et 55 mkg de couple à 550 trs/min
  • 3,69 m de long, 1,88 m de large, 1,5 m de haut
  • 930 kg sans lest
  • 220 km/h de pointe, 0 à 200 en 9 secondes !

Le destin des Lancia de Groupe S

La Lancia ECV est présentée au salon de Bologne en 1986. À ce moment là on se doute déjà que le Groupe B sera interdit et donc le Groupe S oublié… Mais le retentissement médiatique est énorme. L’ECV sera abandonné… mais quand même développée !

Aussi bizarre que cela puisse paraître l’ECV2 est une auto de 1988 ! Rien ne forçait Lancia et Abarth à continuer le développement ! C’est pourtant ce qu’ils ont fait et cette auto a vu le jour… mais n’a jamais été réellement montrée au grand public. Elle est aujourd’hui une des pièces maîtresse du FCA Heritage Hub dont la visite est à retrouver ici.

Infos et photos complémentaires : ECV1.com

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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