3500 Bornes en e30, première partie, Troyes-Guillestre par la Route des Grandes Alpes

Septembre est là ! Pour moi c’est synonyme de road-trip et d’évasion. L’an dernier j’avais fait fort, en contraignant mon e30 à une boucle de 3000km à travers les Alpes. C’est à revoir par ici. Mais cette année j’ai décidé de corser les choses, alors la pauvre a tout intérêt à être fiable ! Je vous propose de me suivre dans cette aventure automobile de plus de 3500km !

Le départ

Tic tac, tic tac. Ça, c’est le bruit de ma montre qui raisonne dans la cuisine. Il est 21h30, plus que 30min avant le coup d’envoi de ce voyage. En fait, ça fait déjà 40min que je touille mon café, assis dans la cuisine, l’heure est à la concentration. La nuit va être longue, la météo s’annonce médiocre, et, toujours cette petite appréhension avant le décollage. Il me reste une demi-heure pour avaler le reste de mon café froid, alors, histoire de tuer le temps, je vais très rapidement vous parler de l’auto.

C’est la même que l’année dernière, à savoir une BMW série 3 type e30. Plus précisément, il s’agit d’une 320i équipée du petit 6cylindres 2.0L pour 129ch. Immatriculée pour la 1ere fois en 1988, elle totalise aujourd’hui 225.000kms. Coté équipement rien de bien spécial à part deux trois bricoles en cuir et un peu de cosmétique extérieur. Depuis l’année dernière les seules choses que j’ai faites dessus sont le changement du train arrière et l’entretien courant.

22h, le gong retentit, c’est l’heure d’y aller ! Le temps de prendre ma veste, de vérifier que je n’oublie rien, et je file à l’auto. Elle est toujours aussi chouette cette caisse ! Je ne me lasse pas du coup de crayon génial de Claus Luthe, tellement simple, tellement efficace! 22h05, les 6 cylindres s’animent, dans la plus grande discrétion. 1ere, et je m’élance dans la torpeur nocturne. Pour l’instant il ne pleut pas, les feux s’enchaînent, les lumières du centre-ville défilent. Puis peu à peu celles des communes adjacentes. Et enfin, vient l’obscurité totale. C’est parti !


1ère étape Troyes, Bourg Saint Maurice.

La nuit a cette étonnante faculté d’isoler et d’apaiser. Pas un chat, pas de paysages, juste le défilé des bandes blanches éclairées par mes phares. Les kilomètres, les secondes s’égrainent, et je savoure ma solitude sur un bon morceau de musique. Étonnamment cette année l’appréhension ne se fait pas sentir longtemps. Très vite, je ne me soucie plus de la fiabilité de l’auto. 50, puis 100km parcourus, me voilà au cœur de la campagne Bourguignonne, et comme annoncé, la pluie commence à tomber.

Dijon, Dole, Lons le Saunier, plus je me rapproche des reliefs plus la météo se fait mauvaise. Cela ne m’arrange pas vraiment car je perds pas mal de temps. Et puis, rouler de nuit sous une pluie battante, c’est rarement une partie de plaisir. Cela dit la 320i est plus sûre que l’an dernier. Je me souviens de ses frasques dans une Furka apocalyptique. Mais cette année elle n’a pas envie de me tuer, le train arrière est beaucoup plus stable et le comportement général de l’auto beaucoup plus rassurant. C’est fou comme 4 bouts de caoutchouc sur le train arrière peuvent changer la donne.

Oyonnax, purée quel temps de chien ! Il est 3h30 du matin, la pluie a redoublé d’intensité, les essuies glaces peinent à évacuer la flotte, la fatigue commence à se faire sentir mais impossible de faire une pause. A cet instant j’ai franchement envie d’arriver au pied des Alpes pour pouvoir attaquer les choses sérieuses. J’aimerais aussi vraiment que la pluie s’arrête et que les montagnes ne soient pas complètement bouchées par les nuages. Annecy, les routes sont gaugées mais la pluie a enfin cessé. Il est 5h du matin, et je longe le lac à train de sénateur. La 320i, aidée par la résonance des glissières ronronne gentiment. Sur ma gauche j’aperçois la silhouette du massif des Aravis. Quelques minutes plus tard les premiers panneaux « itinéraire des grandes Alpes » apparaissent. C’est bon signe !

Ugine, col de la Forclaz de Queige ! Enfin, les routes commencent à tourner un peu et le relief devient présent ! Nous voici dans les Alpes ! Pour fêter ça, enfin non, surtout pour me réveiller je hausse le ton. La route est grasse, mais rien de dramatique la 320i s’accroche. Elle me gratifie de sa sonorité typique alors que j’attaque le col du Meraillet comme un sagouin ! C’est clair que le 2.0 et sa boite ultra longue rament dans les pentes à 10%, mais purée qu’est-ce que ça m’avait manqué ! Pif, paf, épingle, je tricote, rétrograde, accélère au tempo de la route, ce court instant de fun me redonne la pêche ! Malheureusement la fête sera de courte durée, je suis arrêté net au deux tiers de l’ascension. Satanés nuages !

Me voilà dans une purée de pois alors que je commençais à reprendre espoir ! Je retombe à 30 à l’heure, on y voit pas à plus de 30m ! Dehors il bruine, les virages surgissent au dernier moment, mon trek sur la route des Grandes Alpes commence bien. Pendant que je ronchonne le brouillard s’estompe, et j’arrive au sommet du Meraillet. La vue et l’ambiance sont assez sidérantes. Entre les nuages surgissent quelques sommets, le lac de Roselend qui d’habitude a des eaux turquoise et offre un beau bleu électrique, le barrage quant à lui semble fantomatique. Au loin on entend quelques cloches agitées par les vaches en pâture. Le sentiment d’être perdu est omniprésent, c’en est presque oppressant. Certes, on est loin de l’image de carte postale, mais je dois avouer que même par mauvais temps le site du Roselend reste une merveille. Et cette sensation de solitude et de déconnexion est franchement grisante.

Après une courte pause je remonte en voiture direction Bourg Saint Maurice. Peu à peu, la végétation disparaît pour laisser place aux alpages. La brume, les reliefs escarpés, les cascades qui surgissent de nulle part et la lande me font penser à l’Ecosse. 1968m, un panneau m’indique le passage du Cormet de Roselend et me voilà aspiré dans la longue descente en direction de la Tarentaise. Je n’aime pas cette route ! Elle est longue avec ses 19.6 km, étroite, pentue, ultra technique et particulièrement terrible pour les freins. Avec cette météo cela relève plus du calvaire que de la ballade plaisir. La 320 est mal à l’aise dans les pentes, les freins fatiguent, l’auto se montre relativement sous et survireuse. La conduite me pompe beaucoup d’attention et d’énergie, il est grand temps de faire une vraie halte. En parlant de ça, Bourg Saint Maurice pointe le bout de son nez. C’est le moment de s’arrêter pour une pause petit déjeuner car ça fait 10h30 que je conduis en non-stop.

L’Iseran le monstrueux.

Après avoir avalé un croissant et un café nous voici de nouveau sur la route en direction du monstre. Je commence à bien connaitre l’Iseran, alors cette année c’est mon accompagnatrice qui a le privilège de faire la montée. Pour elle c’est une première, elle n’a jamais conduit d’anciennes et n’a jamais eu la joie de grimper un col. Alors vous imaginez son appréhension à l’idée de se farcir les 50km infernaux du plus haut col d’Europe au volant d’une vieille propulsion. D’autant que même si la route est désormais sèche le bout de la Tarentaise apparaît ultra bouché. Mais bon c’est plein de courage et de détermination qu’elle se jette dans la gueule du loup.

Sur les premiers kilomètres tout ce passe bien. En fait les choses commencent à se gâter à l’approche du lac du Chevril. La pluie reprend, et je dois avouer ne pas être super confiant assis dans le siège passager. Val d’Isère, les précipitations sont intenses, il reste 15km. Bien qu’angoissée et me demandant de reprendre la main, je décide de lui laisser le volant jusqu’au bout. C’est donc madame qui mènera l’assaut final de l’Iseran. Le Fornet, 1950 m, des panneaux “route barrée” nous font signe de faire demi-tour. Pour moi c’est hors de question, alors on continue malgré les avertissements. 2200m, la pluie laisse place à la neige, pour l’instant elle ne tient pas au sol, mais l’atmosphère dans l’habitacle se tend. Les mains sont crispées, les sens à l’affût de la moindre plaque de verglas ou de la moindre dérive de l’auto.


2500m, nous voilà plongés dans un épais brouillard. A cette altitude la neige tient et le vent commence à souffler violemment. J’avais trouvé les conditions dantesques l’année dernière, cette année c’est carrément infernal. La conduite se veut prudente, à peine 30 à l’heure à l’approche du sommet et je supplie ma conductrice de ne pas trop serrer à droite. La route est couverte de lardasses, étroite, gelée, pleine de devers et je sais qu’un précipice de 800m nous tend les bras en cas d’erreur. Les deux derniers kilomètres durent une éternité, la tension est à son comble. La chaussée est plus mauvaise que jamais et les conditions carrément brutales, décidément ce col ne veut pas se laisser faire ! Enfin la stèle sommitale apparaît, on peut de nouveau respirer.

J’ouvre ma portière et le blizzard me colle une bonne gifle, nous sommes le 2 septembre et il ne doit pas faire plus de 0°C dehors. En parlant de ça, le panorama est sidérant, le vent balaye le sol, il n’y a pas un chat, et tout n’est que noir et blanc. Au loin j’aperçois la silhouette presque menaçante d’un sommet et la chapelle semble sortie d’outre-tombe. INCROYABLE ! Dans cette ascension ultra difficile la 320 s’est montrée à la hauteur, conduite avec prudence c’est une auto qui ne piégera pas son conducteur, ou sa conductrice ! Et dans ces conditions elle n’a pas dévissé d’un poil. Il y en a aussi une qui peut être contente d’elle, car même si elle n’a pas claqué le chrono de l’année, elle a quand même grimpé son premier col sans encombres et dans des conditions infernales. J’en connais beaucoup qui auraient abandonné aux premiers flocons. Cela dit, il faut redescendre. Cette fois c’est moi qui m’y colle (sans jeu de mot) et je ne suis pas pressé de redémarrer.

De l’Iseran au Galibier un festival de paysage grandioses

La descente de l’Iseran coté Maurienne fut plus aisée que je ne l’imaginais. Les conditions étaient un poil meilleures, et le tracé moins délicat. Pour dire, le soleil a même fait son apparition du côté du col de la Madeleine. Niveau paysages c’est le gros kiff, la vue sur la vallée est parfaitement dégagée et la nature encore préservée. Enfin ce n’est vrai que jusqu’à Modane, la moyenne Maurienne est comme toute les grandes vallées alpines : Affreuse. Le temps de prendre un rapide repas du coté de Saint Michel de Maurienne et on repart direction le col du télégraphe. La météo est grise mais les routes sont sèches alors je dégourdi la 320i sur le tracé fun. De toute façon je n’ai pas trop le choix car à ces altitudes-là, il faut avoir le pied lourd pour qu’il se passe quelque chose.

Le télégraphe franchi, c’est un autre monstre Alpin qu’il faut affronter : Le Galibier et ses 2642 m. Alors que je dévore les premiers kilomètres très rapides, la météo se montre de nouveau menaçante. Le Galibier est globalement plus rassurant et plus roulant que l’Iseran, alors les quelques flocons qui commencent à tomber ne me crispent pas particulièrement. Peu à peu le paysage change, et me voilà dans un corridor montagneux sur une route presque rectiligne parfaitement dégagée. En temps normal j’aurais avoiné comme un âne. Mais pas cette fois, les paysages sont majestueux, et j’admire chaque kilomètre comme si je déambulais dans une pinacothèque. Entre les cimes enneigées et le ruban d’asphalte qui déroule au milieu de la lande on se croirait en Islande. C’est fabuleux ! Au fil de l’ascension la couleur de la roche change et devient plus sombres, la nature se montre aussi beaucoup plus rocailleuse, nous sommes désormais dans le Mordor !


La dernière portion du Galibier s’avère être plus technique mais là encore les paysages varient, la couverture nuageuse est plus présente mais le soleil perce à son travers. Passé les 2500m la neige refait son apparition. Après l’Iseran ce n’est pas ça qui va nous stopper ! En regardant dans le rétro j’aperçois le tracé qui zigzague au fil du relief. Ce panorama est spectaculaire ! D’ailleurs il mérite un bon coup de patin pour s’arrêter faire quelques photos. Derniers lacets, derniers mètres sous la neige, et voilà le sommet. Paradoxalement au reste de la montée, celui-ci est assez décevant. Il faudra se contenter d’un simple parking et la vue est moins dégagée qu’en contre bas. Cela dit la cime du Galibier annonce une bonne nouvelle : l’arrivée définitive du soleil ! Le plus dur semble derrière nous, on va enfin pouvoir se faire franchement plaisir sur cette route des grandes alpes.

Du Galibier à Guillestre par l’Izoard : un peu de répit !

Le Sommet du Galibier marque un véritable tournant en ce premier jour de road trip ! Les conditions tantôt extrêmes laissent place au beau temps et même à la chaleur. Col du Lautaret dans le viseur, j’enchaîne sur Briançon. Dans la vallée il fait chaud et c’est fenêtres ouvertes que j’attaque un nouveau mythe alpin : l’Izoard ! Les 20km qui séparent Briançon du sommet sont une partie de plaisir. La chaussée bien qu’étroite est impeccable et le tracé très technique ne laisse pas une seconde de repos. Cela dit il n’est pas particulièrement éprouvant. La 320i « virevolte » entre les épingles et donne de la voix ! Ici elle n’est pas à la peine, même si je suis contraint de ne jouer qu’entre la seconde et la troisième. Bon ce n’est pas un foudre de guerre mais une fois dans les tours elle grimpe et elle donne le sourire.

Au fil de la montée, l’Izoard prend de faux airs de Rocheuses. Après l’Ecosse, le blizzard, l’Islande et le Mordor nous voici aux States ! Les sapins laissent place à un impressionnant cirque ocre au passage de la casse déserte. Le contraste depuis le Galibier est foudroyant tout comme le vent au sommet ! A 2360m ça ne rigole pas, et ce sont des rafales à 90km/h qui me fouettent la face alors que je tente désespérément de prendre quelques clichés. Après une halte décoiffante, j’attaque la dernière descente de la journée en direction de Guillestre. Col de l’ange gardien, gorges du Guil et nous voici arrivés à destination après 850km parcourus depuis Troyes. Quel panard de se vautrer dans sa chambre d’hôtel ! Attendez en fait ce n’est pas fini !

Changement de dernière minute

Dans les Alpes il existe 4 cols monstrueux, 4 routes hors normes qui vous propulsent directement aux portes de la haute montagne à plus de 2700m. Après l’Iseran ce matin, en cette fin d’après-midi je regarde ma montre. Il me reste assez de temps pour aller en voir un second. 42km me séparent du col d’Agnel, il fait beau, la lumière décline alors je saute dans la voiture. Et bon sang qu’est-ce que cela aurait été bête de ne pas y aller ! Car c’est la bonne surprise de la journée. Niché à 2744m au cœur des Queyras cette route n’offre ni plus ni moins que 23km de pur bonheur. Les vastes étendues bordées par les sommets offrent un cadre fabuleux. La nature est totalement préservée et devant vous se dessine une route à l’enrobé impeccable et au tracé merveilleux. Cette fois-ci, je lâche définitivement la bride !

Deuxième, 1500m, les derniers villages sont derrière moi, le soleil rasant disperse ses rayons dorés, instinctivement mon pied droit perd tout sens du dosage. Le 2.0 nous tire comme un élastique, et la mécanique hurle sa joie de vivre passé les 4000 tours. Le compteur ne grimpe pas vite mais les sensations et la bande son y sont ! 90, 100, 105, j’empoigne le levier et enchaîne sur la troisième. Malgré l’altitude et la pente, la 320 reprend avec une sonorité hargneuse et les bandes blanches filent. Le tracé est ultra rapide, les pifs-pafs s’enchaînent sans lever le pied. Les bras tricotent, le regard rivé sur les points de cordes, la 320 y plonge bien calée sur ses appuis ! A cet instant, la route est à moi, je suis seul, libre et je vibre au tempo des 6 cylindres ! C’est un moment de conduite passionnée, politiquement incorrecte et qu’est-ce que c’est bon !


2600m j’entame les ultimes épingles. Ma vieille dame a perdu de son panache avec l’altitude, mais je ne lâche rien et je profite jusqu’au bout. Le sommet est à quelques encablures, la vue sur le pain de sucre et le pic d’Asti est imprenable. 2744m enfin le sommet ! Et là, c’est la récompense. Des deux côtés, le panorama est incroyable, mais il y a aussi une ambiance assez indescriptible à vivre. On se sent soudainement loin de tout, complètement immergé dans les montagnes sauvages, c’est apaisant et je n’ai pas envie de redescendre. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, il faut retourner à Guillestre car la seconde journée de cette route des grandes alpes promet d’être longue. Quant au col d’Agnel c’est promis j’y retournerais !

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Mark
Rédacteur-Photographe à News d'Anciennes

Passionné de photo et de sa BMW E30, Mark a rejoint News d’Anciennes courant 2016.

Essais, road-trip, reportages, tout l’intéresse du moment qu’il peut sortir son appareil photo.


11 commentaires sur “3500 Bornes en e30, première partie, Troyes-Guillestre par la Route des Grandes Alpes”

  1. Bravo…
    Très beau voyage avec une belle voiture.. Double plaisir…
    C’est une 125 CV du début des années 80?
    Quand on avait encore du plaisir à conduire…
    Bonne continuation…

  2. bonjour, j’ai eu une E30 325i 2 portes à boite automatique, c’était une version allemande sans direction assistée, j’en ai gardé un très bon souvenir du 6 cylindres de 177 cv et de la boite auto avec le mode sport qui faisait passer les vitesses très vite avec le compte-tours qui s’envolait, j’avais laissé sur place une golf R32 mais la consommation a eu raison de mon portefeuille. je n’ai pas retrouvé le plaisir de conduire (piloter) avec une autre, c’est vrai aussi que je suis passé à des voitures au gas-oil et pour la survie de mon permis.

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