La Ligier JS11, la double presque championne !

Au Grand Prix de France Historique au début du mois de Juillet, le plateau de FIA Historic Master Formula One présentait deux autos bleus dont la livrée parlait à tous. Deux autos qui ont porté haut les couleurs de la France sur les podiums de F1. C’étaient deux Ligier JS11, deux belles autos dont on vous parle plus en détail aujourd’hui.

Ligier en F1 : une écurie franco-française

Les Ligier de course ont d’abord écumé les courses d’endurance. La Ligier JS1 tout d’abord, petit coupé à moteur Ford, dont on vous parle ici, la Ligier JS3 ensuite, une barquette faisant également appel à une motorisation à l’oval bleu, et enfin la Ligier JS2. Cette dernière est probablement la plus connue. Elle a commencé sa carrière de pistarde propulsée par un V6 Maserati sorti du long capot de la Citroën SM, comme les JS2 de route, et a fini sa carrière avec un V8 Cosworth DFV, le même qui faisait des ravages en F1 ! Toute l’histoire de cette auto, c’est en cliquant ici.

Ce dernier a pu apparaître dans sous le capot de l’auto parce que Ligier avait vu l’arrivée d’un sponsor renommé en 1974. Exit BP et sa livrée jaune et verte, et bonjour à la SEITA, le tabaquier français qui apposera sa Gitane sur le flanc des autos construites par Guy Ligier.

Cet apport de budget donne des ailes au constructeur qui va décider de changer de catégorie. Une fois le podium des 24h du Mans 1975 savouré, la marque française se lance en F1. La JS5 sera sa première monoplace, avec le seul Laffite au volant, et décrochera une pôle, deux podiums et un meilleur tour pour finir 6e au championnat constructeur pour sa première année. La JS7 qui lui succède en 1977 signera une victoire, toujours avec Laffite et deux pôles. En fin d’année, Jean-Pierre Jarrier sera engagé sur une seconde auto. La JS7/9 et la JS9 qui courent 1978 ne signeront que deux podiums.

Le dénominateur commun de ces trois autos réside dans la motorisation. Non contente d’avoir un châssis français, Ligier a également un moteur tricolore. C’est le V12 de 3L, bien connu en endurance pour avoir fait triompher au Mans les Matra MS670.

Pour 1979, place à la Ligier JS11

Inspiré, Ducarouge créé une superbe F1

La Lotus 79 est apparue en… 1978. Logique. Et avec elle une exploitation inédite de l’effet de sol. L’appui n’est plus uniquement créé par la pression de l’air sur les ailerons, mais aussi par la dépression générée sous la voiture par la forme et l’étendue du fond plat.

Gérard Ducarouge, directeur technique de Ligier en F1 va reprendre les solutions de la machine à gagner de Lotus. La Ligier JS11 va en partie abandonner la forme en coin de la JS9. Les voies sont élargies, l’empattement légèrement réduit. La structure est toujours une monocoque aluminium, le matériau idéal en terme de légèreté avant l’avènement du kevlar et du carbone.


Le moteur est également changé. Exit le V12 Matra et place à un V8 Cosworth DFV, plus classique mais plus léger. La voiture fera les 580 kg réglementaires.

Un début de carrière en fanfare

La Ligier JS11 sera pilotée par deux pilotes français pour le Championnat du Monde de Formule 1 1979. Jacques Laffite le pilote de toujours est secondé par Patrick Depailler.

Fin Janvier les autos sont à la fête pour lancer la saison au Grand Prix d’Argentine. Laffite va s’offrir un hat-trick pôle-victoire-meilleur tour. Depailler qui complétait la première ligne termine 4e. Début Février, au Brésil, les Ligier JS11 monopolisent encore la première ligne. Et elles signent le doublé en course, Lafitte s’offrant un second hat-trick.

Les deux autos passent à côté de la course de Kyalami en Afrique du Sud, aucune ne voit l’arrivée. A Long-Beach les autos sont 4e et 5e sur la grille. Laffite abandonne et Depailler ne fait pas mieux que 4e. L’euphorie du début de saison est passé, les Ligier JS11 rentrent dans le rang quand Ferrari engrange.
Le sourire revient pourtant dès le Grand Prix d’Espagne, le premier en Europe. Laffite signe la pôle devant Depailler ! Le premier abandonnera suite à une casse moteur au bout de 15 tours, le second remporte l’épreuve et se porte à la hauteur de Villeneuve au championnat du monde !

Une deuxième partie de saison difficile

En Belgique, les Ligier JS11 monopolisent la première ligne. C’est Depailler qui ne verra pas le drapeau à damier, et Laffite le fera en seconde position derrière Scheckter. A Monaco ce n’est pas la grande joie, Depailler est le seul classé, sans même arriver, avec le meilleur tour mais une petite 5e place à l’arrivée. Scheckter encore vainqueur prend les commandes du championnat.

Depailler va alors se blesser gravement aux jambes en… deltaplane et il sera forfait pour le reste de la saison. Pour le remplacer, pas de français, mais un belge, Jacky Ickx. Dans le Grand Prix de France à Dijon, resté dans les mémoires pour la bataille incroyable entre Arnoux et Villeneuve, mais aussi pour la première victoire du moteur Renault Turbo, les autos sont loin, aucun point n’est marqué.

Le Grand Prix de Grande Bretagne voit l’arrivée des Williams au premier plan. Regazzoni l’emporte, Ickx prend le point de la 6e place. En Allemagne Laffite est troisième derrière les deux Williams. Parti 8e en Autriche, il accroche un nouveau podium, derrière la Williams de Jones et la Ferrari de Villeneuve. A Zandvoort aux Pays-Bas, encore une troisième place, complétée par la 6e de Ickx. Le français est toujours dans le coup, à 8 points de Scheckter.

A Monza les Ligier JS11 sont hors du coup en qualifs et abandonnent toutes les deux. C’en est fini des rêves de titre de Laffite, Scheckter gagne et est assuré du titre. Les deux grands prix américains offrent les mêmes résultats.

Finalement, Laffite est 4e du championnat mais la Ligier JS11 offre un beau podium du championnat du monde des constructeurs à Ligier. Surtout, elle devance l’inspiratrice Lotus 79 !

La Ligier JS11 devient JS11/15 pour 1980

Pour le coup Ducarouge ne revoit pas toute la voiture. Simplement son aéro est revue et l’effet de sol est encore plus développé ! Depailler cède sa place à Didier Pironi, qui sort de deux saisons en milieu de tableau chez Tyrell.

En Argentine, pour ouvrir la saison les Ligier JS11/15 sont bien qualifiées, 2e et 3e mais le Cosworth les lâche et aucune ne voit l’arrivée. Au Grand Prix du Brésil, Pironi parti 2e engrange les points de la 4e place. On est loin des débuts de 1979 mais le Grand Prix d’Afrique du Sud vient redonner des couleurs aux voitures bleues. Qualifiées 4e et 5e, les deux pilotes terminent 2e et 3e, derrière la Renault d’Arnoux. Un podium 100% français.
A Long Beach, seul Pironi voit l’arrivée, en 6e position.

Il est déchaîné pour le retour de la F1 en Europe. Second sur la grille, il l’emporte devant le poleman Alan Jones, Laffite arrive loin mais avec le record du tour. A Monaco le jeune Pironi brille encore. Il signe la pole, mène 54 tours avant de toucher et d’abandonner… Laffite se hisse sur le podium derrière Reutemann.
Au Paul Ricard c’est à Laffite de partir en pôle. Mais en course, c’est bien Pironi qui termine second, devant son équipier, et à seulement 4 secondes de Jones.


En Grande Bretagne, à Brands Hatch, les deux Ligier sont en première ligne, Pironi devant Laffite. Les Ligier JS11/15 semblent imbattable, pourtant leurs pneus vont les trahir et aucune ne verra l’arrivée. En fait les Ligier JS11/15 sont trop performantes au niveau aérodynamique. L’effet de sol aspire trop les autos, créant des contraintes énormes sur les suspensions, les pneus et les jantes !

Une deuxième partie de saison marquée par les abandons

En Allemagne, à Hockeheim, les Ligier sont 5e et 7e sur la grille. Pourtant, si Pironi abandonne, Laffite s’offre sa première victoire de la saison. En Autriche Pironi éprouve les plus grandes difficultés avec sa monoplace et il abandonne. Son équipier termine 4e. Aux Pays-Bas, un accrochage met vite Pironi hors-course quand Laffite termine 3e.
A Monza les deux autos ne sont que 13e et 20e sur la grille. Seule Pironi marque le point de la 6e place.

Au Grand Prix du Canada, Pironi est qualifié troisième. Il réalise un (trop) bel envol. Lorsqu’il passe la ligne d’arrivée en vainqueur, crédité du record du tour, il se voit infliger une pénalité d’une minute. Il est de fait rétrogradé à la troisième place. Jones qui hérite de la victoire remporte ainsi le titre de Champion du Monde. Au Grand Prix des Etats-Unis de Watkins Glen les Ligier JS11/15 vont encore une fois se qualifier en milieu de tableau. Pironi montera sur la troisième marche du podium, Laffite prendra les points de la 5e place.

Au championnat du Monde, Laffite est 4e, avec 34 points, juste devant Pironi qui en marqué 32. La Ligier JS11/15 fait mieux que la JS11 et se classe deuxième avec 66 points, loin de Williams qui en compte 120 !

En 1981 Ligier reviendra au moteur Matra V12 dans sa JS17. L’association française ira cette fois jusqu’aux pneus Michelin qui remplacent les Goodyear !

Photos : 100% News d’Anciennes et ça c’est cool !

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Benjamin
Redac-Chef à News d'Anciennes
Passionné d'automobile ancienne, il a créé News d'Anciennes en 2013 à force de se balader sur les salons sans savoir quoi faire de ses photos.
Conducteur occasionnel de Simca 1100 il adore conduire les voitures des autres, dès qu'elles sont un peu plus rapides !

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